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CHAP. XIX. — REPRÉSENTATION SENSIBLE

taines occasions déterminées, produisent sur l'âme le même effet que les impressions venues du dehors. Telle est alors l'intensité de la représentation interne ([ue le sujet ne la peut distinguer des impressions des sens.

121. Il est bon d'observer que dans cette production spontanée les représentations nouvelles ne se rattachent pas toujours à des représentations antérieures correspondantes, mais qu'elles déploient une force de combinaison singuhère, d'où résultent des créations entièrement neuves. Que si cette force vient à s'exercer à l'aveugle, les créations sont extravagantes. Elles deviennent sublimes, elles deviennent des chefs-d'œuvre dans les arts, lorsqu'elle se d(;ploie sous certaines conditions.

Le génie n'est autre chose que la spontanéité de l'imagination et du sentiment développés dans les conditions du beau. Ni la force de volonté, élément essentiel des grandes choses, ni l'imagination qui reproduit le beau, ni le discernement, ni le goût, ni la connaissance des règles, ne constituent seuls le génie. Tous ces dons brillants demandent, pour devenir féconds, un don de plus : la spontanéité instincîtivement belle ; cette spontanéité qui jaillit des profondeurs les plus mystérieuses de l'âme -, qui, loin de dépendre de la volonté libre, s'impose en maître aux facultés de l'homme privilégié, qui le domine, le poursuit dans le sommeil comme dans la veille, dans le loisir comme dans le travail, et souvent dévore son existence — comme un feu trop violent fait éclater le vase qui le contient,

122. Il y a production libre lorsque les représentations s'offrent à nous en vertu de notre volonté et dans les conditions de cette volonté -, exemple : les compositions artistiques, les figures qui servent d'objet à la géométrie.

123. Cette composition à priori n'a point de type dans notre imagination -, ce type, en effet, serait la représentation sensible elle-même s partant, nul besoin de la composer. Mais comment composer une représentation dont on n'a pas le modèle ? Une suffit pas d'en posséder les éléments, c'est-à-dire l'étendue susceptible de figures, puisque ces éléments peuvent servir pour une infinité de figures. Il faut donc quelque cbose de particuber, une règle d'où puisse résulter la représentation désirée.

Afin de comprendre ce qui précède, observons que les intuitions sensibles se trouvent liées à des concepts généraux qui sont comme le fond de ces intuitions. Bien que, par exemple, je n'aie point en ce moment devant moi la représentation sensible d'un bexagone régulier, il me suffit du concept formé des idées ligne, six, égalité des angles, pour qu'il me devienne possible de produire en moi cette représentation sensible. C'est ainsi que l'activité libre, principe des représentations sensibles déterminées, repose sur des concepts généraux indépendants de la sensibifité, lesquels, cependant, se rapportent à la sensibilité d'une manière indéterminée.

124. En analysant l'objet de ces concepts généraux, rapportés à l'intuition sensible prise en géné-

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