CHAP. XX. — REPRÉSENTATIONS INTERMÉDIAIBES
res? Pourquoi l'âme, en vertu de son activité que nous nommons entendement, ne pourrait-elle prendre connaissance, d'une manière immédiate, des affections et des représentations sensibles, enfin de tout ce que la conscience lui présente ? — I^ conscience étant, dans une indivisible unité, le centre commun de tous les phénomènes internes, pourquoi l'activité intellectuelle aurait-elle recours à des espèces imaginaires, sortes de messagers chargés de transmettre tour à tour à nos diverses facultés les impressions qui ne seraient point de leur ressort ?
126. Il nous semble que la philosophie p(;ut admettre \ entendement agissant des aristotéliciens, en tant qu'il signifie une activité de l'âme applicable aux représentations sensibles. Mais si l'on suppose que l'entendement peut produire de nouvelles représentations distinctes de l'acte intellectuel lui-même, nous n'oserions le soutenir. Comprendre, c'est être actif; l'entendement est tout entier activité. Dans l'acte de la compréhension, l'âme n'est passible qu'en tant qu'elle fournit les matériaux. Les concej)ts élaborés en présence de ces matériaux ne semblent être autre chose que cette même activité en action^ activité subordonnée, d'une part, aux conditions qui ressortent de la chose comprise -, de l'autre, aux conditions générales de toute intelligence. '
127. Est-ce à dire que l'acte intellectuel n'ait point d'objet correspondant ? non ; mais je remplace l'idée par des actes d'une autre espèce ; par des affections ou des représentations ; phénomènes actifs ou
passifs, il n'importe. Que si Ton me demande quel est Tobjet immédiat de l'acte intellectuel qui perçoit l'intuition sensible déterminée , je répondrai : Cet objet, c'est l'intuition elle-même. On insistera peutêtre sur la difficulté d'expliquer l'union de cboses si différentes^ mais je puis répondre encore : 1° que cette union existe dans l'unité de la conscience -, et j'invoquerai la conscience elle-même ^ 2** que l'objection peut se tourner contre ceux qui prétendent que l'entendement compose une espèce intelligible, en la tirant de l'intuition sensible -, je demanderai comment l'intelligence, pour composer son espèce intelligible, se met en contact avec cette intuition. Si le contact immédiat est impossible en un cas, il devra l'être dans l'autre-, même raisonnement s'ils admettent la possibilité.
L'entendement, ne s'appliquàt-il à aucune intuition déterminée, se rapportàt-il uniquement à des intuitions sensibles, en général, son objet immédiat est la possibilité de ces intuitions, en général, possibilité subordonnée aux conditions de l'objet, considéré en général, et à celles de toute intelligence -, parmi ces conditions, le principe de contradiction tient la première place.