CHAP. XXIV. — RAISON UNIVERSELLE
sans réciprocité^ mais que l'on y réfléchisse}, et l'on verra que la vérité a sa racine dans quelque chose de supérieur aux faits particuliers :
1" D'un fait particulier nous ne pouvons déduire une vérité universelle, et d'une vérité universelle nous pouvons déduire la vérité de tout fait particulier existant ou possible. La légitimité de la conséquence ressort de l'union nécessaire de l'attribut avec le sujet , nécessité que les faits particuliers et contingents ne comportent point par eux-mêmes.
2° Cette nécessité ne saurait se trouver dans la proposition qui l'énonce. Une proposition exprime le fait, elle ne le crée pas. La formule est vraie, parce qu'elle est l'expression de la vérité -, l'existe^nce de la vérité ne dépend point de la formule.
3" Elle ne relève point de nos idées. Les idées n'ont pas le pouvoir de créer -, toutes les perceptions imaginables ne sauraient changer ce qui est. Le rapport des idées n'a de valeur qu'en tant qu'il exprime le rapport des choses : si nous pouvions un instant douter de la correspondance des idées et des objets, notre raison tomberait dans une impuissance absolue, dans une illusion incurable. Les propriétés du triangle sont comprises dans l'idée que j'ai du triangle -, admettons que cette idée soit purement subjective et n'ait de rapport d'aucune espèce avec un objet réel ou possible, que devient-elle ? simple phénomène de mon esprit , sans plus de valeur qu'un vain rêve. 4° Les -vérités nécessaires ne relèvent point des individuahtés intelligentes-, chaque intelligence les
perçoit isolément et pour ainsi dire à son insu -, hier nous n'étions pas encore, et la vérité existait; demain nous ne serons plus, et la vérité n'en sera ni moins vivante ni moins belle.
5« Il est certaines vérités que tous les hommes perçoivent *, ils ne se sont point entendus, ils n'ont pu s'entendre -, donc toutes les inteUigences s'abreuvent à la même source, donc il existe une raison universelle.