‹ Philosophie fondamentale [microform]Chapitre 317 sur 607 · CHAP. XXVIH. — LA PAROLE · texte numérisé non relu

CHAP. XXVIH. — LA PAROLE

rieurement formulée ? Non, car voici la formule nécessaire : (( Il est faux que tout fait doive être attesté par les sens, puisqu'il en est de très-réels qui ne relèvent point de la sensibilité. )> Ce^ paroles ou d'autres du même genre ne sont-elles pas incompatibles avec l'instantanéité de la négation ?

182. Mais, dira-t-on peut-être, autre chose (?st la négation, autre le pourquoi de la négation. Un non suffit pour la première ; le pourquoi demande ([u'on le formule ; il implique la parole parlée ou pensée. C'est une erreur. Lorsqu'on a dit non^ ce n'était point sans motif-, ce motif on le voyait dans Terreur même que Ton a combattue plus tard -, il faudrait admettre autrement que la négation était aveugle et sans cause. Or, ce motif sur lequel le jugement s'appuie, cette raison de la négation, avec quelque brièveté cju'on l'exprime, s'exprime par des mots qui n'ont pu être formulés ni par le verbe intérieur, ni par le verbe extérieur. Pure question de temps. Le sens de la proposition n'a été connu qu'après ces mots doivent ï attester, et après le point fmal. Avant le point, rien n'empêchait de les remplacer par ceux-ci : ne le démentiront pas.

J'ai dit le point final, pour indiquer l'instantanéité de la perception et du jugement, établissant ainsi que l'entendement ne se détermine qu'en dernier heu. En effet, supposons que l'on eût dit sans point final : les sens doivent l'attester ^ en ajoutant si le fait tombe sous leur appréciation. Ces mêmes paroles n'iraient point provoqué de négation. Pourquoi? —

parce que l'interlocuteur continue. S'il eût cessé de parler ou qu'il eût fait entendre cette inflexion de voix qui marque la fin d'une période, le non eût jailli comme Téclair. Une virgule, un point, dans la parole écrite, produisent le même effet que, dans la parole parlée, une pause, ou l'accent de la voix.

Il serait facile de multiplier les exemples \ mais j'en ai dit assez. Si l'on entend que toute pensée implique une parole intérieure, il y a exagération dans cette formule célèbre : Avant de parler sa pensée^ V homme doit penser sa parole.

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