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CHAP. I.— NÉCESSITÉ DE CETTE IDÉE

le savant, l'ignorant l'emploient dans le même sens, avec la même certitude.

Il est toutefois entre le savant et Vignorant une différence -, celui-ci ne réfléchit point; celui-là médite sur cette idée; mais chez tous les deux la perception directe est la même , également claire , également vive. Telle chose est ou n'est point; a ou n'a pas été ; sera ou ne sera pas; quelque chose existe ou il n'existe rien , etc. Voilà des applications de l'idée d'être ; apphcations universelles, qui ne laissent aucune ombre dans la pensée. Chacun comprend le sens des mots et possède en lui l'idée qui leur correspond. La difllculté, s'il en est, commence à l'acte réflexe, c'est-à-dire à la perception non de l'être , mais de l'idée de l'être. Quant à l'acte direct, c'est un concept qui ne laisse rien à désirer.

3. Ce fait d'expérience se peut appuyer* par les plus fortes raisons. Tous les philosophes conviennent que le principe de contradiction est évident par luimême, qu'il ne demande aucune explication, chaque mot emportant la sienne; or il n'en serait point ainsi dans le cas oii tous les hommes n'auraient point l'idée de l'être. « Il est impossible qu'une chose soit et ne soit point en un même temps; » voilà le principe; il ne s'agit, on le voit, ni d'esprit de corps, ni de substance d'accident, ni de fini de l'infini, mais de l'être, d'une chose, n'importe laquelle, d'une chose en général, et l'on affirme de cette chose qu'elle ne saurait être et n'être point en un même temps. Si nous n'avons l'idée de l'être, le principe est

incompréhensible; où sera la contradiction, si l'idée des extrêmes contradictoires n'existe pas 5 or les extrêmes sont être et ne pas être.

4. Autre exemple tiré du principe : « Quelque chose est ou n'est point. » Ici encore il s'agit de l'être, dans le sens le plus indéterminé ; de l'être en tant qu'être, et rien de plus. Otez cette idée, l'axiome n'a plus de sens.

5. Descartes a dit : « Je pense, donc je suis. » Ce principe implique pareillement l'idée de l'être, « je suis. )) Le philosophe l'explique par ce fait : ce qui nesi pas ne peut agir \ ainsi l'idée de l'être entre nonseulement dans le principe, mais dans la base même du principe.

6. Que l'on prenne comme base de nos connaissances le sens intime, que l'on préfère l'évidence, en vertu de laquelle une idée nous apparaît dans une autre idée, l'élément primitif est toujours l'être, l'idée de l'être (penser implique l'entendement); il nous faut supposer V existence de nos sensations, de nos sentiments, des opérations et des affections de notre âme avant d'en chercher l'origine et la cause, avant d'en étudier la nature. Il nous faut supposer que nous sommes \ il nous faut admettre l'existence du moi avant de faire un acte quelconque d'intelligence.

Donc l'idée de l'être est inhérente à notre entendement ; elle est un élément indispensable de tout acte de raison.

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