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CHAPITRE VL

SUITE DE LA DISCUSSION SUR LA SCIENCE TRANSCENDAN- TALE. — INSUFFISANCE DES VÉRITÉS RÉELLES.

64. Il était bon d'écarter de notre route le système de Condillac, non qu'il ait une valeur intrinsèque ou qu'il soit en honneur aujourd'hui, mais pour déblayer le terrain et préparer un champ libre à des études plus élevées. Ce système, aussi présomptueux que stérile, discréditait la philosophie. Les côtés les plus sublimes de la science de l'esprit s'évanouissent dans l'homme statue et dans les sensations transformées. Mettre hors de cause de telles erreurs, c*est venger les droits de la raison humaine. Ainsi, pour préparer une voie large et sûre, on comble les fondrières et l'on enlève les broussailles et les rcmces qui gênent le passage.

65. Nous voulons prouver que dans l'ordre intellectuel humain, durant cette vie, il n'est aucun prin-

* Voyez la note V, à la fin du volume.

cipe source de toutes les vérités, parce qu'il n'est point de vérité, appartenant à cet ordre , qui embrasse toutes les autres.

Les vérités sont de deux sortes : réelles ou idéales. J'appelle vérités réelles les faits, ou ce qui existe j vérités idéales^ l'enchaînement nécessaire des idées. Une vérité réelle se peut exprimer par le verbe être pris substantivement, ou du moins elle suppose une proposition où le verbe soit employé dans ce sens : une vérité idéale s'exprime par le même verbe pris dans le sens copulatif^ en tant qu'il désigne le rapport nécessaire de l'attribut avec le sujet, abstraction faite de l'existence de l'un et de l'autre : Je suis, c'est-à-dire J'existe ; voilà une vérité réelle, un fait. Ce qui pense existe, voilà une vérité idéale, puisqu'on n'affirme pas qu'il y ait quelqu'un qui pense ou qui existe: en d'autres termes, puisqu'on affirme un rapport entre la pensée et l'être. Aux vérités réelles correspond le monde réel, le monde des existences; aux vérités idéales, le monde logique, celui iespossi^ bilités.

Quelquefois le verbe être sei^Tenicopulativement, bien que le rapport qu'il exprime ne soit pas nécessaire : par exemple, dans toute proposition contingente, ou lorsque Tattribut n'appartient pas à l'essence même du sujet. Quelquefois la nécessité est conditionnelle, c'est-à-dire qu'elle suppose un fait; et dans ce cas il n'y a pas nécessité absolue, puisque le fait supposé est toujours contingent. Par vérités idéales, j'entends ces vérités qui expriment un rap-

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