CHAP. VI. — DIFFICULTÉ D'EXPLIQUER LA VITESSE
en général, toutes les étendues sont absolues-, autrement il faudrait chercher la mesure de la mesure jusqu'à Tinfini. Nous ne pouvons, il est vrai, apphquer aux mesures la "qualification grand ou petit qu'en vertu d'une comparaison ; mais cela ne change en rien la quantité propre des choses. Le diamètre de la t erre est immense comparé au millimètre : or le diamètre de la terre est une étendue imperceptible par rapport à la distance qui sépare de nous les étoiles fixes j ce qui n'empêche point que le millimètre, comme le diamètre de la terre, ne soient des valeurs déterminées en elles-mêmes et indépendantes les unes des autres. (V. Hv. III, chap. xx.)
Si le dénominateur de pétait uoe quantité de même
nature que l'espace, c'est-à-dire si elle comprenait des valeurs déterminées, valeurs ayant leur existence propre et individuelle, la vitesse, même en tant que rapport, pourrait impliquer pareillement des valeurs déterminées, lesquelles toutefois ne seraient abscjlues que dans le cas où deux termes, E et T, seraient (comparés avec des valeurs fixes.
Ainsi, par exemple, si Ton nous demandait une vitesse égale à 4, nous n'aurions qu'à prendre deux quantités fixes d'espace et de temps ayant entre elles le rapport de 4 à i : chose facile, E et T étant des quantités absolues. Dans cette supposition, pour obtenir une accélération ou un retard dans le mouvement de Tunivers, il n'y aurait qu'à diminuer ou augmenter le temps dans lequel Tespace dont il s agit
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est parcouru. Mais, d'une part, nous avons déjà vu quelles difficultés il y a à considérer le temps comme une chose absolue-, de l'autre, on ne peut trouver aucune preuve solide sur laquelle s'appuie cette propriété-, d'où il suit que nous ne savons de quelle manière considérer la vitesse, en tant qu'absolue, même dans le sens que nous avons exposé plus haut.
36. De là cette conséquence également importante et curieuse relativement à la possibilité d'une accélération ou d'un retard universel. Demander une accélération ou un retard universel, en altérant, dans la même proportion, tous les mouvements à la fois, y compris les opérations de notre âme, c est proposer un problème insoluble^ c'est vouloir altérer le rapport de plusieurs termes sans changer ce rapport, c'est-à-dire vouloir l'impossible. Si la vitesse n'est autre chose que le rapport de l'espace avec le temps ; si le temps n'est autre chose que le rapport des espaces parcourus, modifier tous ces rapports dans la même proportion, c'est ne les point modifier-, cest laisser toutes choses dans le même état.
37. Conséquences étranges, j'en conviens-, mais n'oublions point qu'il s'agit ici des idées de temps et de vitesse au point de vue transcendantal : notre esprit, au sortir de la sphère ordinaire, se trouve comme dans un monde nouveau où tout lui paraît contradictoire -, c'est que nous confondons à notre insu, dans la même explication, les idées de temps et de vitesse. Que si, par un effort particulier, nous parvenons à les séparer, notre effort ne se soutient pas, auquel cas