CHAP. ÏX. — APPLICATION DE LA DOCTRINE QUI PRÉCÈDE
r Avant la création du monde s'était-il écoulé un temps? — Non. — La succession n'existant point, le présent seul était : à savoir, l'éternité de Dieu.
2° Est-il possible qu'un monde ait précédé celui-ci.^ — Sans doute ; il suffirait que Dieu l'eût créé sans créer le monde actuel : l'être de Tun, le non être de l'autre, c'était assez-, et comme il y a non être par cela seul que la création n'est point posée, il suit que si Dieu eût créé l'un sans créer l'autre, que s'il eût cessé de conserver l'un en créant l'autre, il y aurait eu succession, c'est-à-dire antériorité.
3" L'existence d'un monde antérieur à celui-ci était-elle possible en un temps donné? En d'autres termes ; au moment où commençait le monde actuel, un autre monde pouvait-il avoir cessé d'être quelque temps auparavant? — Cette question implique une contradiction : elle suppose un temps, c'est-à-dire la succession, lorsque rien n'existe qui se puisse succéder. Un monde ayant cessé d'être, le monde nouveau n'étant pas encore, rien n'existait dans cette hypothèse, hormis Dieu ; donc point de succession : Féternité seule était.
Mais les deux mondes dont il s'agit, le monde présent et le monde passé, ont-ils été, oui ou non, séparés par le temps? — Il n'y a point d'intervalle de temps lorsque le temps n'existe pas : rinteirvalle, ici, est une pure illusion par laquelle nous imaginons un temps, lorsque la question elle-même pos(î qu'il n'en existe point.
On objecte qu'alors les deux tnondes siicressifs
seront immédiats, c'est-à-dire que le premier instant d'existence de l'un suivra, sans intervalle, le dernier instant d'existence de l'autre. — Erreur! Il faut pour cela une succession d'êtres liés entre eux dans un certain ordre, comme les phénomènes du monde actuel. Or les deux mondes supposés n'auraient entre eux de rapports d'aucune espèce ^ donc ils ne seraient ni distants ni immédiats.
Mais, dit-on, point de milieu entre l'être et le non être : la distance étant négation de contiguïté, et la contiguïté négation de distance, nier l'une, c'est affirmer l'autre, et vice versa, ou bien c'est affirmer que ces mondes seront à la fois distants et immédiats. — Cette objection suppose ce qui est en question. L'on applique les mots distance et immédiat, c'est-à-dire on parle du temps comme si le temps était une chose positive distincte des êtres eux-mêmes.
Le principe que toute chose est ou n'est pas, quodîibet est vel non est, ne comporte aucune incertitude, à la condition qu'une chose soit. Mais s'il n'y a rien, que devient la disjonctive? Le temps ne se distingue point de l'être des deux mondes dont il s'agit^ il est la succession de leurs phénomènes : or la succession, qu' est-elle, sinon l'être et le non être^ existence et négation d'existence?
Aux yeux de Dieu , la succession de ces deux mondes seraitsimplement leur existence et leur non existence. Pour une créature intelligente, il y aurait perception d'existence immédiate ou d'intervalle dansl'existence, selon que cette intelligence aurait ou n'aurait pas