CHAPITRE VH. — SCIENCE TRANSCENDANT ALE
taine en soi, ce n'est point étabhr l'existence de A. La proposition, A est A, n'équivaut point à celle-ci : A existe. Le verbe être présente un sens bien différent, nous le verrons dans la suite, selon qu'il est ou n'est pas suivi de l'attribut. Si l'on suppose que A désigne un espace compris entre deux droites, la proposition reste exacte dans le cas même où celle-ci : A existe, serait évidemment fausse. Il ne s'agit pas, en effet, de savoir si A est ou n'est point \ on affirme seulement que s'il est, il doit être ainsi. Il n'est pas question du contenu de la proposition, mais de sa forme \ ni d'un objet dont on sache quelque chose, mais de ce qu'on sait de tout objet, quel qu'il soit.
u De la certitude de la proposition précédente , il résulte qu'entre si et ainsi il existe un rapport nécessaire, celui qui se trouve posé d'une manière absolue et sans aucun autre fondement que la nécessité. Ce rapport nécessaire , je le désigne provisoirement par X. »
Voici le sens de cette analyse embarrassée : Dans toute proposition, la copule, ou le verbe être, n'exprime point l'existence du sujet, mais le rapport du sujet avec l'attribut. Pourquoi tant de paroles, tant d'efforts d'intelligence à propos d'une proposition identique? Mais armons-nous de patience, et poursuivons.
« Cet A est-il ou n'est-il point? Il y a indécision sur le fait particulier. Reste la question suivante : Sous quelle condition A existe-t-il?
« Quant au rapport X, il se trouve dans le min et I. A
tÊ LiVftÈ i. — DE LA CERTITL'DË.
posé pat le moi; car c'est le moi qui juge dans la proposition exprimée et qui juge avec vérité, se réglant sur X comme sur une loi. Par conséquent, X est donné au moi ; étant posé d'une manière absolue et sans autre fondement, il doit être donné au moi par le moi. »
82. Voici le mot de ce logogriphe, traduit en langue vulgaire : Dans les propositions d'identité ou d'égalité, il existe un rapport-, l'esprit connaît ce rapport; il le juge et le prend pour règle; ce rapport est donné à notre esprit *, les propositions identiques n'ont pas besoin de preuves pour obtenir notre assentiment. Tout cela est très-vrai, très-clair, trèssimple*, mais lorsque Ficbte ajoute que ce rapport doit être donné au moi par le moi, il affirme ce qu'il ne sait pas et ne peut savoir. Qui lui a révélé que les vérités objectives nous viennent de nous-mêmes? Est-il permis de résoudre ainsi, d'un trait de plume, les questions les plus difficiles de la pbilosopbie, à savoir, l'oriËTine de la vérité? A-t-il défini le moi? que dis-je? nous en a-t-il donné la plus légère idée? Ou ses paroles ne signifient rien, ou en voici le sens : Je juge d'un rapport; ce jugement se trouve en moi; ce rapport, en tant que connu, abstraction faite de son existence réelle , se trouve en moi. Descartes avait dit avec plus de simplicité : « Je pense , donc f existe. )>
83. Ficbte n'a point dépassé le pbilosopbe français dans la question qui nous occupe ; loin de là, il ne fait que se traîner lourdement , péniblement sur ses pas.