CHAPITRE vu. -^SCIENCE TRANSCENDANTALE
une proposition généralement admise. « Si l'on nous a(jcorde cette proposition, dit-il, on doit nous accorder, en même temps, comme acte, ce que nous vou-^ Ions établir comme principe de l'art de connaître , le résultat de la réflexion doit être que cet acte nous # soit accordé comme principe, conjointement avec la proposition. Nous posons un fait de conscience, quel qu'il soit, et nous le dépouillons successivement de toutes les déterminations empiriques qu'il contient, jusqu'à ce que, ne conservant rien de ce que la pensée pourrait absolument exclure ou qu'on pourrait lui ravir, il demeure parfaitement pur. » (Ibid.)
On le voit, le philosophe allemand ne prétend i rien moins qu'à s'élever à un acte de conscience pur et sans aucune détermination. Chose impossible. Ou Fichte donne au mot acte un sens bien large en désignant ainsi le substratum de toute conscience, et alors il ne fait qu'exprimer, en d'autres termes, l'idée de substance, ou il parle d'un acte proprement dit, c'est-à-dire d'un exercice quelconque de cette activité, de cette spontanéité que nous sentons au dedans de nous, et, dans ce sens, l'acte de conscience ne peut être libre de toute détermination , à moins de perdre son individualité et son existence. On ne pense pas sans penser à quelque chose ; on ne veut pas sans vouloir quelque chose; on ne seîflt pas si Ton ne sent quelque chose -, on ne réfléchit pas sur les actes internes, si la réflexion ne s'attache à quelque chose. Tout acte de conscience implique une détermination : un acte entièrement pur, entièrement
abstrait et indéterminé, est impossible, d'une manière absolue , soit subjectivement , parce que Tac^e de la conscience , bien que considéré dans le sujet , exige une détermination ; soit objectivement , parce qu'un acte semblable ne se peut concevoir comme individuel , et , par suite , comme existant , puisqu'il n'offre à l'esprit rien de déterminé.
L'acte indéterminé deFichte n'est autre chose que l'idée d'acte en général. Concevoir le principe des actes, c'est-à-dire l'idée de la substance, appliquée à cet être actif dont l'existence nous est attestée par le sens intime, voilà toute la découverte du philosophe allemand.
Qu'il me soit permis de le dire : avec cet appareil alambiqué d'analyse, Fichte n'a point avancé d'un pas dans la découverte du premier principe. Demandez-lui compte des suppositions qu'il admet comme prouvées dès la première page de son livre, vous l'arrêterez sur-le-champ. Je vais le laisser exposer lui-même ses idées-, on jugera si mon attaque est loyale,
(( Tout le monde accorde cette proposition : A est A*, de même que celle-ci : A = A. C'est le sens de la copule logique-, la certitude est entière. Demandez qu'on vous la démontre, vous aurez pour réponse : Cela est certain d'une manière absolue \ rien de plus. Si nous procédons de la sorte, avec l'assentiment général, nous prenons donc le droit d'établir quelque chose d'une manière absolue.
« Affirmer que la proposition précédente est cer-