‹ Philosophie fondamentale [microform]Chapitre 460 sur 607 · LIVRE VIII. — L*INFINI · texte numérisé non relu

LIVRE VIII. — L*INFINI

H5. L'idée de perfection implique Tidée d'être; le néant ne peut être parfait ; il y a contradiction dans ces deux termes, non être et parfait.

116. Tout être n'emporte point perfection absolue, puisqu'il y a des manières d'être qui impliquent imperfection : ce qui est perfection pour une chose est imperfection pour une autre.

117. Dans les êtres finis, la perfection est relative : une fabrique très-parfaite serait un temple très-imparfait*, tel tableau orne une galerie et serait une profanation dans un sanctuaire. La perfection semble consister en une certaine appropriation de la chose à la fin qui lui convient. Or on ne saurait appliquer cette idée à Têtre infini, lequel n'a et ne peut avoir d'autre fin que lui-même : donc la perfection dans l'infini pur doit être absolue.

1 18. Si la perfection est être, il semble que la perfection de l'être infini doit consister en certaines propriétés, lesquelles sont en lui d'une manière formelle, et partant excluent toute imperfection. Que serait un être absolument indéterminé, c'est-à-dire sans aucune propriété? Que serait une chose sans intelligence, sans volonté, sans liberté? Les propositions dans lesquelles on attribue à Dieu ces propriétés sont vraies : donc les propriétés existent réellement dans le sujet auquel on les attribue.

119. Un être infiniment parfait implique toute perfection ; mais dans quel sens faut-il entendre ici le mot toute? de quelles perfections s'agit-il? De celles qui n'impliquent point répugnance? Mais à quoi se

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rapporte la répugnance? Ou il est question d'une répugnance réciproque, ou de répugnance avec un tiers. Dans le premier cas, nous avons à présupposer Tun des deux extrêmes, afin que l'autre puisse répugner ; or, lequel des deux faut-il préférer? Dans lu second, quel sera ce tiers auquel la répugnance se rapporte ? Sur quoi repose cette répugnance ?

Que si, par toute perfection, l'on entend tout ce que l'homme peut concevoir, la difficulté reste. Nos conceptions ne peuvent être infinies. — En appeler aux conceptions de Têtre infini lui-même pour expliquer ses perfections, c'est tomber dans une; pétition de principe.

Ces difficultés sont graves \ nous les résoudrons en précisant les idées.

120. On peut nier une chose d'une autre, de deux manières : en appliquant la négation à une propriété ou à un individu. Soit cette proposition négative ; « Une superficie n'est pas un triangle. » Ici je puis rapporter l'attribut ou à l'espèce triangle en général, ou à un individu de l'espèce : dans le premier cas, je nie que la figure soit triangulaire; dans le second, que la figure soit le triangle donné. Dieu n'est pas étendu : je nie une propriété \ Dieu n'est pas le monde : je nie un individu.

Un être ne sera infini dans le sens absolu qu'à la condition qu'on ne puisse nier de lui aucune espèce d'être, et que l'affirmation de l'attribut ne blesse point le principe de contradiction. Cette condition est absolument indispensable, si l'on ne veut convertir l'être

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infini en un assemblage monstrueux et d'absurdités contradictoires.

Ces préliminaires posés, je vais tenter une sorte d'explication de l'idée d'infini absolu, non dans le sens abstrait, mais en tant qu'elle est appliquée à un être réellement existant.

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