CHAPITRE XV
1 10. L'idée de l'infini, en général, offre de grandes difficultés; les difficultés que présente l'idétî de l'être absolument infini ne sont pas moindres. Nous avons constaté l'existence de divers ordres d'infinis, chacun de ces infinis étant un concept formé par l'association de deux idées : l'idée d'un être particulier, l'idée de négation de fimite. Mais il est facile de voir que nul de ces infinis n'est infini dans la rigueur du mot et ne saurait être confondu avec l'être infiniment parfait. L'idée de cet être, bien que très-incomplète, tant que
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nous vivons de la vie présente, peut se prêter à une analyse relativement approfondie. Certains auteurs passent légèrement sur cette idée : je ne saurais les approuver. Les difficultés devant lesquelles nous allons nous trouver dans cette analyse montreront, je l'espère, la nécessité d une réflexion sérieuse; on ne comprend pas assez peut-être combien il importe d'avoir une compréhension claire du mot infini, lorsqu'on l'applique à Dieu.
111. Qu'est-ce qu'un être absolument infini? — L'on répond par cette notion générale : c'est celui qui exclut toute négation d'être, et l'on croit avoir tout expliqué. Oui, l'être infini exclut toute négation d'être -, vérité incontestable, mais tellement au-dessus de notre faible raison que nous nous trouvons dans les ténèbres les plus profondes lorsque nous cherchons à pénétrer son véritable sens.
112. Si l'être absolument infini ne comporte aucune négation d'être, on ne pourra rien nier de Dieu; que dis-je ? on pourra tout affirmer de lui ; Dieu sera toute chose. Ainsi l'idée de l'infini nous jette dans le panthéisme. Que si, par rapport à Fêlre infini, je puis étabhr une proposition négative vraie, il y a donc en Dieu une négation d'être. Dira-t-on que ces propositions négatives ne nient autre chose qu'une négation? Ce serait une erreur, car, en réalité, l'on nie de Dieu des choses positives. Lorsque je dis : Dieu n'est pas étendu. Dieu n'est pas l'univers, je nie de Dieu l'étendue, c'est-à-dire une réahté ; je nie de Dieu une réahté, l'univers. Donc les propositions négatives, appliquées
à Dieu, ne nient point seulement des négations, mais des réalités.
Il est vrai que les réalités niées étant imparfaites, ces réalités répugnent à Dieu. Mais il s'agit ici d'exphquer l'idée de l'absolu infini; et toute la difficulté est de savoir si l'idée de l'infini absolu se peut expliquer par l'absence absolue de négation d être. Ces réalités sont-elles quelque chose? Les nier de Dieu, c'est nier un certain être ; et comme la proposition ne peut être vraie dans le cas où la négation de l'être nié n'existerait point en Dieu, il n'est donc pas entièrement exact de prétendre que l'être absolument infini est celui qui n'admet aucune négation d'être.
113. Il y a plus; il semble qu'un être de cette nature ne pourrait avoir aucune propriété, car les propriétés positives s'excluent les unes les autres : l'inteHigence et l'étendue, propriétés positives, s'excluent. Le libre arbitre et la nécessité s'excluent pareillement; donc attribuer à l'être infini toutes les propriétés, c'est le convertir en un ensemble de contradictions et d'absurdités; c'est tomber dans le panthéisme.
114. L'être infini embrasse la totalité de l'être en tant qu'il n'implique point d'imperfection; je l'admets, et cela est vrai. Toutefois, il nous reste encore de graves difficultés à résoudre. Que faut-il entendre par le mot perfection? — par le mot imperfection? — Questions bien difliciles. Toutefois, impossible de faire un pas avant d'avoir fixé le sens de ces mots.