La sensibilité passive, c'est-à-dire la forme
t:HAP. XVII. — ÊTRE INFINI. 133
sous laquelle les objets du monde extérieur se présentent à nos sens, ne saurait être attribuée à l'Être infini. « L'Être infini n'est point passivement sensible. » Proposition rigoureusement vraie. Nous allons voir si elle nie de Dieu quelque chose de positnf.
La forme de la sensibilité passive est l'étendue dans laquelle entre l'idée de multiplicité. Étendue implique ensemble de parties. Refuser à Dieu l'étendue, c'est affirmer qu'il est simple, c'est nier qu'il soit un ensemble d'êtres, c'est affirmer l'unité individuelle de sa nature.
132. Abstraction faite de l'étendue, il n'y a dans la sensibilité passive des objets qu'un rapport de causes produisant en nous les effets que nous nommons sensations. Cette causalité se peut affirmer et se doit affirmer de Dieu. En effet, la cause infinie est capable de produire en nous toutes les senaitions, sans nul intermédiaire.
133. Cette proposition négative : « l'être infini n'est point matériel, » a le même sens que celle-ci : <c l'être infini n'est point passivement sensible. » La nature intime de la matière nous est inconnue j ce que nous en savons, c'est qu'elle s'offre intuitivement à notre sensibilité, comme un objet multiple, sous forme d'étendue. Donc nier que Dieu soit matériel ou corporel, c'est nier qu'il soit sensible, ou multiple sous une forme étendue.
134. Les propriétés de la matière, comme la mobilité, l'impénétrabilité, la divisibilité et autres propriétés semblables, se rapportent toutes à l'étendue