‹ Philosophie fondamentale [microform]Chapitre 472 sur 607 · III · texte numérisé non relu

III

Définir, c'est expliquer-, comment expliquer ce que l'on ignore ? Or, au début des recherches, l'ignorance est au moins supposée. Ne disons point : voilà ce qu'est la substance-, mais seulement: voilà ce que j'entends par le mot substance, et nous éviterons d'inextricables difficultés.

4. Après avoir déiini le mot, après avoir constaté qu'il traduit une idée claire et nette, il aurait fallu se poser cette question : Vidée de substance représente-t-elle des objets réellement existants, ou n'estelle qu'une idée de rapport, sans qu'il nous soit possible de vérifier si ce rapport imphque une réalité correspondante dans le monde positif-, c'est-à-dire l'idée de substance est-elle l'œuvre de notre entendement, le simple résultat de la combinaison de certaines idées, ou nous est-elle fournie par l'expérience?

On n'a fait ni l'un ni l'autre-, je m'efforcerai d'éviter recueil où mes devanciers sont venus se heurter ; à cet effet, je vais commencer par l'analyse du mot, étudiant à fond la valeur étymologique et les significations qu'on lui donne. Cette analyse des mots prépare merveilleusement l'analyse des idées; les mots cachent souvent un fonds précieux de vérité-, mais il faut que l'attention le découvre et le mette à profit.

o. Substance, sub-stantia, exprime une chose qui est dessous, sub-slat, le sujet sur lequel d'autres choses sont placées-, de même que son corrélatif, accident ou mode, exprime ce qui s'ajoute et survient au sujet, accidit; ce qui le modifie, ce qui est en lui comme manière d'être, modus.

CHAP. I. — IDÉE GÉNÉRALE. l47

6. Par ce mot substance, il paraît aussi que nous entendons quelque chose de constant au miheu des variations, une chose qui, passant par des états divers, selon les modifications quelle éprouve, persévère et se conserve identique sous ses transformations. Lorsque nous disons que la substance a reçu telle modification nouvelle, nous entendons que la substance existe d'une nouvelle manière, mais non qu'elle soit autre en soi. qu'elle ait perdu son être intime et primitif pour revêtir un autre être ; — changement purement externe, lequel laisse intact un certain fonds toujours le même^ ce fonds, nous le nommons substance.

S'il n'en était ainsi, si nous ne concevions quelque chose qui persiste, qui demeure identique sous la modification, comment distinguerions-nous la substance de la modification ? La modification passe du non être à l'être et vice versa ; elle est et bientôt fait place à une modification nouvelle-, mais la substance demeure : elle ne passe point, avec ses modifications, du non être à l'être, et lorsqu'elle disparaît, tout disparaît avec elle.

Cette observation se trouve confirmée par le langage usuel. Survient-il un changement de modifications dans une substance, nous disons que la substance s'est transformée-, c'est-à-dire nous concevons une chose qui était avant le changement et qui persiste après. La substance est ou se présente de telle ou telle manière ^ les modifications sont détruites et disparaissent. Cette chose identique et constante, qui est

le sujet dans lequel les changements s' opèrent, ce quelque chose qui survit aux modifications, qui demeure intimement le même lorsque les modifications se succèdent et passent, cette chose, nous la nommons substance : sub-stantia^ substratum.

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