‹ Philosophie fondamentale [microform]Chapitre 474 sur 607 · CHAP. II. — APPLICATION · texte numérisé non relu

CHAP. II. — APPLICATION

premier cas, il y a quelque chose de permanent qui a passé par des transformations successives \ dans le dernier, ce quelque chose n'est pas la même chose, mais une chose différente. Ici, diversité de substaaces, là, différence dans les modifications.

8. Si toutes nos impressions étaient successives, si nous n'avions aucun moyen de les rapporter à un même objet et de les rattacher à un point commun, les deux faits présentés dans l'exemple précédeat ne nous offriraient aucune différence. Je suppose qu(î l'on nous présente une feuille de papier blanc, et qu'ayant un instant détourné les yeux, nous trouvions à la place de ce papier une feuille de papier vert de même dimension, etc. : il est clair que la succession toute seule des impressions visuelles ne pourra nous faire connaître si c'est le même papier , peint successivement de couleurs différentes, ou un papier différent que nous avons sous les yeux. Mais si nos yeux sont restés fixés sur le papier, nous aurons vu si l on a peint ou changé le papier. Dans le premier cas, l'apparition de la couleur nouvelle se sera continuée avec la sensation du même papier, la transformation ayant eu heu sans que nous ayons perdu de vue le papier 5 ainsi nous affirmerons que le papier est le même , parce qu'il y a eu continuité de sensations , ou bien enchaînement des sensations des diverses couleurs avec une troisième sensation , à savoir celle qui résulte de la position du papier, etc., enfin , de tout ce qui nous sert à connaître ce que le premier ou le second ont de commun. Mais s'il y a substitution,

l'ordre des sensations change -, des sensations nouvelles se produisent, lesquelles ne se lient point les unes aux autres ; il y a donc pour nous une chose distincte.

9. Ceci nous montre comment s'engendre l'idée de substance relativement aux corps, c'est-à-dire comment nous appliquons aux corps l'idée de substance. Nous nommons substance cette chose qui devient centre de sensations, le point d'miion, le nœud qui rattache les sensations et les unijle.

Comme nous trouvons dans la nature beaucoup de ces points de réunion, indépendants les uns des autres, nous disons qu'il existe un grand nombre de substances corporelles.

10. Lorsque nous éprouvons une impression , la- ([uelle se rapporte à un objet , ou que nous considérons comme objective, nous ne donnons point à cette impression le nom de substance, parce que cet objet, par kii-même, est incapable de servir de nœud à plusieurs sensations. Exemple : Nous percevons la sensation de rouge ^ les philosophes eux-mêmes, on le sait, objectivent la couleur, c'est-à-dire considèrent le rouge non comme une simple sensation, mais comme une qualité externe. Qui songe à donner le nom de substance à cette qualité isolée? Il est impossible, en effet, que seule elle serve de hen à d'autres impressions ou à d'autres qualités ; s'il y a changement de couleur l'impression nouvelle s'enchaîne, dans l'ordre du temps, avec celle de couleur rouge ; mais les deux impressions sont distinctes et successives. S'il y a

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changement de figure et que la couleur persiste , nous sommes loin de considérer cette couleur comme le lien nécessaire entre les deux figures ^ nous siavons que la permanence de la couleur rouge n'importe en rien au changement des figures et à leur diversité.

Comme, en général, nous avons éprouvé que nulle sensation ne s'enchaîne nécessairement à une autre sensation, et que, de plusieurs sensations enchaînées les unes aux autres, en un point commun, celle-ci peut disparaître indépendamment de celle-là, nous inférons qu'il n'en existe aucune qui soit lien nécessaire^ c'est pourquoi, bien que nous puissions les objectiver, nous ne leur attribuons jamais le caractère de substance.

il. Il existe dans les corps une propriété indispensable à toutes les sensations, ou au moins aux deux sensations principales de la vision et du tact : cet te propriété c'est rétendue; l'étendue, récipient de toutes les sensations, soit qu'on les considère en nous ou dans les objets. La couleur, le chaud, le froid, etc., impliquent une étendue qui les contienne. Ainsi l'étendue pourrait être élevée à la dignité de substance, n'était son assujettissement à une condition qui lui enlève ce titre. Lorsque nous concevons l'étendue, en général, comme simple continuité, il nous est possible de faire abstraction de toute figure *, mais si nous avons besoin d'une étendue appUquée, laquelle s(irve de récipient aux sensations, impossible de la trouver autrement que sous une forme déterminée. Nous ne voyons pas simplement une couleur, mais nous voyons

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