CHAPITRE Vn. — SCIENCE TRANSCENDANTALE
volonté, dire que le rapport de l'attribut avec le sujet est connu par le moi, c'est affirmer qu'un rapport quelconque est connu par le moi, ou plutôt c'est formuler cette proposition : Je pense.
Remarquons-le bien : s'il se trouve quelque différence, l'avantage est du côté du philosophe français. La pensée, selon Descartes, est tout phénomène intime dont nous avons conscience. Qu'a-t-il besoin, pour constater ce fait, d'analyser une proposition et de surcharger l'inteUigence? Pendant que Fichte se perd, loin du but, en d'inextricables détours, Descartes, le montrant du doigt, dit : Le voici. L'un agit en sophiste, l'autre en homme de génie.
Il faudrait pardonner au philosophe allemand sa méthode, peu faite pour rendre la science attrayante, s'il s'en était tenu aux principes que nous venons d'exposer. Par malheur, ce moi mystérieux ([u'il nous montre au vestibule même de la science, ce moi qui n'est et ne peut être, aux yeux d'une raison saine, que ce qu'il a été pour Descartes, à savoir : l'esprit humain connaissant son existence à l'aide de sa propre pensée, va s'agrandissant, dans le système de Fichte, en des proportions incroyables. C'était un point imperceptible-, c'est un fantôme gigantes({ue, dont les pieds touchent l'abîme pendant que sa tète se perd dans le ciel. En effet, le moi , sujet absolu, existe, par cela seul qu'il se pose lui-même \ il se crée lui-même, il absorbe tout, il est tout, et se révèle dans la conscience humaine comme dans une de ces phases sans fin qui partagent l'existence infinie.
§^ LIVRP I. ^^ DE L4 CERTlTUDg.
Nous en avons dit assez pour faire comprendre les tendance du système de Fichte; nous y reviendrons, cependant, lorsqu'il s'agira d'exposer l'idée de la substance et de réfuter le panthéisme.
Le panthéisme ! erreur capitale , la plus dangereuse des erreurs du siècle^ erreur chère à la philo^ ^phie moderne et que nous devons combattre partout et sous toutes les formes qu'elle sait revêtir. Pour le faire avec fruit, il est bon de l'arrêter dès ses premiers pas; c'est pourquoi j'ai soumis à un examen prolongé la pensée fondamentale de la Doctrine de la science^ du philosophe allemand. J'ai voulu la dé" pouiller de l'importance exagérée qu'il lui attribue. Elle devenait, dans son plan , la base de la science transcend^antalie; car il ne se flattait de rien moins que de déterminer le principe absolu, inconditionnel de toutes le^ connai^ances humaines *,