CHAPITRE VUÏ, — SÇIPNCIS TRANSCENDANTALE. ff
Et ^ d'abord , cette identité ne serait-elle pas une hypothèse absurde? §ur quoi pourrions-nops rétablir?
A part l'unité de conscience, nous ne trouvons rien, en nous, qui soit îm. Multiplicité d'idées, de perceptions, de jugements, d'actes de la volonté, d'impressions; voilà pour le sens intime. Multiplicité dans les êtres, ou, si l'on veut, dans les apparences qui nous entourent -, voilà pour nos rapports avec les objets extérieurs. Où donc est cette unité, cette identité qui ne se trouvent ni en nous ni hors de nous ?
86, Purs phénomènes , dira-t-on peut-être , qui nous empêchent d'atteindre laréahté, l'unité identique et absolue qu'ils recouvrent.
Nous répondons par le dilemme suivant : ou notre expérience s'arrête aux phénomènes , ou elle atteint la nature même des choses. Dans le premier cas, nous ne pouvons savoir ce qui se cache sous les pliépomènes, et alors l'unité identique et absolue nous échappe -, dans le second, la nature des choses n'est donc pas une , mais multiple , puisque , de touteg parts , nous nous heurtons à la multiplicité.
87, Il est curieux d'observer avec quelle légèreté certains hommes, sceptiques à propos des principes les plus simples , se métamorphosent et font profesjMon de dogmatisme , précisément sur les objets les plus contestables, les plus accessibles au doute.
Pour eux, le nîoade extérieur n'est que pur^ ap-. parences, ou du m-oin» une réalité tout autre -qu'elle
n'apparaît au genre humain ^ Tévidence, le sens commun, le témoigage des sens, sont des critérium sans valeur, bons tout au plus pour le vulgaire. On ne satisfait pas à si peu de frais aux exigences de leur philosophie. Chose étrange ! ce philosophe, qui traite la réalité d'apparences trompeuses, qui n'aperçoit que ténèbres là où le genre humain voit clairement la réalité , à peine est-il sorti du monde des phénomènes, à peine a-t-il atteint les régions de l'absolu, il se trouve éclairé d'une lumière mystérieuse : nul besoin de raisonner ; grâce à l'intuition la plus vive, la plus parfaite, il aperçoit l'inconditionnel, l'infini, Tunique , dans lequel toute multiplicité se résume \ il possède la grande réalité, fondement de tous les phénomènes, le grand tout, dont le vaste sein réunit, absorbe , dans l'identité la plus parfaite , la variété infinie des existences. L'œil fixé sur ce foyer de lumière et de vie, le philosophe voit se dérouler, en vagues innombrables, l'immense océan de l'être. Ainsi, il explique la variété par l'unité, ce qui est composé par ce qui est simple, le fini par l'infini. Pour réaliser ce prodige, nul besoin de sortir de luimême \ il lui suffit d'anéantir tout fait empirique, et de s'élever jusqu'à l'acte pur par des sentiers connus de lui seul. Ce moi^ qui se considérait peut-être comme une existence dépendante, fugitive, s'étonne de la grandeur qu'il découvre en lui. Origine de tous les êtres, ou, pour mieux dire, être unique dont tous les autres ne sont que les modifications phénoménales, voilà ce qu'est le moi. Que dis-je? il est l'uni-