‹ Philosophie fondamentale [microform]Chapitre 499 sur 607 · INTERNES · texte numérisé non relu

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124. La multiplicité des substances n'est pas moins attestée par la conscience ou le monde intérieur que par le monde extérieur. Le premier acte réflexe nous révèle le sujet de la pensée ou le moi comme un être un, indivisible, toujours le même au milieu des transformations-, unité dans laquelle les divers phénomènes se réunissent en un point commun ^ unité sans laquelle tout souvenir, toute combinaison, toute conscience deviennent impossibles; sans laquelle notre être lui-même s'évanouit ou n'est plus qu'une série de phénomènes sans rapports et sans liaison. — Mais, cette unité qu'il faut reconnaître comme un fait irrécusable, mis par la conscience à l'abri de toute atteinte, cette unité elle-même nous révèle la multiplicité. Quelque chose existe qui nous afl*ecte , et nous ne sommes point cette chose. Notre activité, notre volonté sont impuissantes contre certaines activités, lesquelles agissent sur nousj il existe donc quelque

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chose qui n'est point nous, qui est indépendant de nous. Quelque chose existe qui n'est point modification de notre être, puisque souvent nous n'en sommes ni affectés ni modifiés. Ce quelque chose est une réalité puisque le néant ne nous affecterait pas. Ce quelque chose n'est pas inhérent à nous ; donc cette chose est de soi ou en une chose qui n'est pas nous. Il y a donc une substance qui n'est pas notre substance ; le moi et le non moi^ qui jouent un si grand rôle dans la philosophie allemande, loin de conduire à l'unité, imphquent la multiplicité de la substance. Que devient alors le panthéisme idéaliste ?

125. Dès notre premier pas dans la vie intellectuelle, nous nous trouvons en présence d'une duahté. en présence du moi et du non moi 5 que si nous poussons plus loin nos observations, une incroyable multiplicité vient effrayer notre pensée.

Notre esprit n'est pas unique dans le monde. La conscience atteste que nous sommes en rapport avec d'autres esprits, comme le nôtre ayant conscience d'eux-mêmes, comme le nôtre ayant leur sphère d'activité, soumis comme le nôtre à des activités étrangères, indépendamment de leur volonté, souvent contre leur volonté. Le moi et le non moi constatés par notre sens intime existent également pour autrui ; et ce qui n'était en nous que dualj té se convertit en une multiplicité prodigieuse par la répétition du fait dont notre âme a été le théâtre.

126. Attribuer cette diversité de consciences à un môme être, considérer ces consciences comme des

modifications d'une même substance, ou comme des révélations de la conscience à elle-même , c'est une assertion gratuite, une assertion plus que gratuite -, elle est absurde.

Appelez à votre aide le sophiste le plus délié, je le mets au défi de signaler une raison , je ne dis pas satisfaisante, mais spécieuse en faveur de cette opinion : que deux consciences individuelles appartiennent à une conscience commune ou sont les consciences d'un même être.

127. En premier lieu, une telle doctrine est en contradiction avec le sens commun et révolte la raison. Le sentiment de notre existence est toujours accompagné d'un autre sentiment en vertu duquel nous nous rendons le témoignage que nous sommes distincts de nos semblables. Non-seulement nous avons la certitude de notre existence, mais nous savons que nous sommes une chose distincte du reste de Vunivers ; et c'est surtout en ce qui touche aux phénomènes de notre conscience que le sentiment de cette distinction se révèle plus profond et plus marqué. Jamais , en aucun temps, en aucun pays, en aucune phase de progrès ou de décadence, vous ne parviendrez à persuader aux hommes que la conscience de tous leurs actes , de toutes leurs impressions appartient à un même être dan^ lequel viennent s'unir et s'enchaîner les consciences individuelles. Étrange philosophie, qui commence par se poser à fencontre de l'humanité et par se mettre en lutte ouverte avec un sentiment irrésistible de la nature.

CHAP. xviïi. — panthéisme; fichte. 259

128. L'idée même de conscience exclut cette énormité par laquelle on s'efforce de transformer les consciences individuelles en modifications dune conscience universelle. La conscience, c'est-à-dire le sentiment intime de ce qu'un être éprouve, est essentiellement un sentiment individuel; la conscience est, pour ainsi dire, incommunicable. Nous donnons à autrui connaissance de notre conscience, nous ne lui donnons point notre conscience même. Celle-ci est une intuition ou un sentiment , lesquels se consomment dans le plus intime, dans le plus caché, dans le plus personnel de notre être. Que serait cette coftscience si elle ne nous appartenait point, si elle n'était rien de ce que nous croyons , si elle était la propriété d'un être que nous ne connaissons point, dont nous ignorons la nature, d'un être dont l'homme serait regardé comme un phénomène et comme une modification passagère? Où sera F unité de la conscience au milieu de cette diversité, de cette opposition, de cette exclusion des diverses consciences.? Cet être, modifié par tant de consciences , n'en aura aucune ; il ne pourra se rendre compte à lui-même de ce qu'il éprouve.

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