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en est de même des idées de fini et d'infini

elles ne peuvent exister dans le panthéisme^ l'une de ces idées est contradictoire : si l'être unique est infini, il n'existe, il ne peut rien exister de fini -, donc l'opposition entre le fini et l'infini est une pure chimère à laquelle rien ne correspond dans le morde réel.

Une seule chose existe, finie ou infinie : dans les deux cas, l'un des extrêmes disparaît: l'une des deux idées est contradictoire, puisqu'elle est en opposition avec une nécessité absolue.

159. Le svstème de l'unité absolue détruit l'idée de l'ordre : l'idée de Tordre implique disposition de choses distinctes , distribuées d'une manière convenable, pour concourir à une fin. S'il n'y a point de distinction.^ l'ordre manque 5 or point de distinction s'il y a unité absolue. L'idée de Tordre est sans nul doute Tune des idées fondamentales de notre esprit. Qu'entend-on par unité littéraire, unité artistique, et en général unité du beau ? Tunité de Tordre. Substituez à cette unité Tunité absolue, toutes les beautés de Tordre idéal s'évanouissent et font place au chaos.

160. Inutile d'ajouter que le panthéisme détruit le libre arbitre, cette liberté dont nous avons une conscience si claire, si vive, et qui accompagne chaque instant de notre existence. Dans ce monstrueux système, Tunité absolue est inséparable de la nécessité absolue : le réel et le possible se confondent ^ rien de ce qui est ne peut cesser d'être ; rien de ce qui n'est pas ne saurait être. L'action naît de la substance par un développement spontané. (Nous entendons ici par spontanéité l'absence d'une cause externe.) Mais cette

action ne peut point n'avoir pas été 5 elle est , pour ainsi parler, une irradiation de la substance unique ; elle jaillit de la substance comme la lumière jaillit des corps lumineux. Sans libre arbitre, point de mérite: un être agissant par nécessité ne peut mériter ni démériter. Dès lors, les lois, les châtiments, les récompenses, deviennent des hors-d œuvre ; Thistoire des individus, comme celle de l'humanité, n'est autre chose que l'histoire des phases de la substance unique, laquelle va se développant dans un mouvement éternel en des conditions fatales, qui n'ont de raison d'être que la substance même.

161 . Non-seulement le panthéisme anéantit le libre arbitre, mais il rend inintelligibles toutes les affections qui se rapportent à autrui. S'il n'existe qu'un seul être, dites-nous ce qu'est l'amour, le respect, la gratitude -, dites-nous ce que sont , en général , les sentiments qui supposent une personne distincte du moi qui les éprouve? Dans le panthéisme, ces afîections n'ont point de terme distinct; et, bien qu'elles

paraissent procéder de principes différents, elles n'on t toutes qu'un même principe. L'homme qui aime celuici et abhorre celui-là, c'est le même moi, s'aimant et se haïssant lui-même-, les apparences indiqueront diversité et opposition; dans le fond il y a unité, identité. L'esprit se révolte en présence de pareilles absurdités !

162. Ainsi le panthéisme, après avoir anéanti l'homme intellectuel, anéantit l'homme moral; après avoir déclaré contradictoires les idées les plus fonda-

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