CHAP. III. — L ETRE NÉCESSAIRE
respectivement a, 6, c, g?; d'où il suit qu'en prenant les choses dans leur état primitif, l'ensemble des existences devra se trouver dans un ensemble d'états nécessaires et inconditionnels, lesquels nous pourrons représenter par cette formule (A% B**, C*', D**). L'expression, disons-nous, représente un état primitif, nécessaire, inconditionnel-, je le demande maintenant : d'où les changements peuvent-ils \enir? Tout est inconditionnel ; comment le conditionnel peut-il s'introduire ?
28. Supposerez-vous que les états primitifs a, ô,r,c^, peuvent impliquer l'action réciproque et primitive de A, B, C, D? Dans ce cas la difficulté reste tout entière. En effet, les actions respectives, en tant que primitives et absolues, produisent primitivement et absolument un résultat dans leurs termes respectifs. Ce résultat sera primitivement nécessaire et se trouvera compris dans la formule : donc la formule reste invariable, même dans la nouvelle supposition : donc il n'y a eu de changement d'aucurte espèce.
29. Imaginer que l'action réciproque ne suppose point un état primitif, qu'elle est une série successive d'états, c'est tomber dans la série infinie, c'est-à-dire dans l'impossibilité d'atteindre un terme de cette série sans avoir épuisé l'infini (chap. ii).
30. Il y a plus : l'essence des êtres nécessaires et inconditionnels A, B, C, D étant distincte, quel motif a-t-on de les supposer (m relation d'activité? Sur quoi repose cette relation si ces êtres sont nécessaires, i nconditionnels, et, partant, indépendantslesunsdes autres?
31. Mais laissons ces absurdités et poursuivons l'analyse de ridée d'un être nécessaire et inconditionnel. L'immutabilité exclut la perfectibilité, d'où ressort la nécessité de supposer primitivement l'être nécessaire souverainement parfait, ou d'admettre qu'il ne saurait devenir parfait. La perfectibilité est l'un des caractères du contingent, lequel perfectionne son être par une série de transformations -, l'être absolument nécessaire est ce qu'il est, et ne peut être autre chose.
32. Le contingent émane du nécessaire -, le conditionnel de l'inconditionnel; donc toutes les perfections, n'importe l'ordre auquel elles appartiennent, se doivent trouver dans l'être nécessaire et inconditionnel. Donc cet être implique, au moins virtuellement, les perfections de toutes les réalités existantes, et il doit posséder for me l/ement toutes celles qui n'entraînent point d'imperfections (Liv. VIII, à partir du cbap. XV jusqu'à la fin).
33. La possibilité de ce qui n'est pas doit avoir un fondement (Liv. IV, depuis le cbap. xxni jusqu'au cbap. xxvm , et liv. V, cbap. vu et vm): les perfections possibles doivent exister dans un être réel , si ridée de ces perfections est possible ; donc les perfections innombrables que nous concevons dans Tordre de possibilité pure, indépendamment des perfections existantes, se trouvent réalisées dans l'être nécessaire et inconditionnel.