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CHAP. VI. —PRINCIPE DE CAUSALITÉ

58. Je ne prétends point affirmer qu'eiii envisageant non A comme négation de A en tant qoe connu, il fût impossible de concevoir A ^ il est évident , en effet, que concevoir non A, c'est concevoir A; A pourrait même être conçu entièrement seul^ il suffirait de supprimer la négation -, mais il faut entendre que dans la supposition où il y aurait un concept du non A, absolu, accommodé au non A, absolu objectif , jamais A ne sortirait de ce concept ; que dis-je ? il n'y aurait pas même concept, puisque la ])ensée de négation pure n'est ni pensée ni concept. Il y aurait donc absence absolue de concept, et , dans l'ordre purement idéal, nous nous trouverions au premier terme de la série, dans la négation pure non A, sans aucun moyen de passer à la seconde série, A.

59. Ainsi, pour ceux qui nient le principe de contradiction, le terme non A passe au terme A sans nulle raison , sans nul intermédiaire. Ils nient la création et ils admettent une chose mille fois plus incompréhensible. D'où infèrent-ils la possibilité de cette transition ? — De l'expérience ? — Mais celle-(îi ne leur offre que succession , partant nulle apparition absolue , dans le sens qu'ils l'imaginent. — De la raison? — Mais la raison ne saurait tirer d'une négation pure un concept positif.

60. Comment se fait la transition du terme non A au terme A ? En vertu de l'action de B , que nous nommons cause , disent les partisans du principe de causalité. Que s'il s'agit de produire une substance, ils font intervenir l'action d'un être doué d'un pou-

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voir infini. Ceux qui nient le principe sont forcés de répondre que la transition du terme non A au terme A se fait absolument. Ils supposent un instant M dans lequel A n'existait point , lequel est suivi d'un instant N dans lequel A existe. — Pourquoi existe-t-il? Ils n'en donnent aucune raison : A est sorti du néant indépendamment de toute action. Comment? Ils l'ignorent. Contradiction manifeste.

61 . Le principe de causalité a pour fondement les idées pures d'être et de non être. Posez le non être seul, il est évident que l'être ne peut commencer. Le principe est donc purement ontologique ^ ceux qui, pour l'attaquer ou l'établir, invoquent les raisons d'expérience toides seules, posent mal la question : ils l'enlèvent à son véritable terrain, confondant mal à propos la connaissance de la causalité avec la notion ou l'idée de la causalité.

Impossible d'établir solidement ce principe sans sortir de l'ordre sensible; c'est pourquoi les pbilosophes qui n'admettent d'autres idées que les sensations sont tombés dans l'erreur ou le doute; doute inévitable pour tous les sensualistes, s'ils avaient su ou s'ils avaient osé tirer les dernières conséquences de leurs doctrines.

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