CHAP. X. — CAUSALITÉ SECONDAIRE
112. Que faut -il donc entendre par causalité secondaire?— La réponse est facile, si nous n'avons pas oublié les observations qui précèdent. Dans l'ordre des êtres créés , A sera cause de B mc»yennant l'ensemble des conditions suivantes :
1« Que l'existence de A soit nécessaire à l'c^xistence de B (dans l'ordre établi), ce qui pourra se formuler en cette proposition : si B existe, A existe ou a existé. 2^ Que B et A forment une série (dans l'ordre étabh), laquelle remonte jusqu'à la cause première, sans qu'il soit besoin du concours des termes d'aucune autre série.
Cette dernière condition demande peut-être quelques éclaircissements.
113. Le mouvement de ma plume relève du mouvement de ma main : véritable rapport de causalité secondaire, puisque je passe par une série de conditions indépendantes de toute autre série -, le mouvement de la plume relève du mouvement de la main ; celui de la main relève des esprits animaux (ou de telle autre cause) ^ celui des esprits animaux de ma volonté; ma volonté relève de Dieu qui l'a créée et la conserve. On le voit, il y a là une série de causes secondes auxquelles j'attribue le véritable caractère de causante, autant qu'il se peut trouver dans un ordre secondaire. La cause efficiente , première parmi les causes secondes , sera ma volonté , parce que dans l'ordre secondaire ma volonté est le premier terme de la série. Le mouvement de la plume du secrétaire qui écrit sous ma dictée relève de ma volonté , non*
comme d'une véritable cause efficiente, mais comme d une occasion ; en effet , vous trouverez dans le secrétaire écrivant la série de termes que je viens de développer dans l'exemple antérieur^ or, dans cette série, le premier terme est la volonté de celui qui écrit; volonté que je ne puis déterminer d'une manière absolue, puisque, en tant que libre, elle se détermine elle-même. Donc la véritable causalité efficiente est dans la volonté de celui qui écrit ^ là se termine la série dont le premier terme n'est à ma disposition qu'en un sens impropre, c'est-à-dire en tant que l'écrivain veut.
H 4. Un corps A, en mouvement, choque un corps B, en repos : le mouvement du corps A détermine le mouvement du corps B -, la causalité se trouvera dans tous les termes de la série, c'est-à-dire dans tous les mouvements dont les communications successives ont été nécessaires pour que le mouvement atteignît le corps B. Supposons que dans la série des communications l'on ait écarté certains obstacles , lesquels auraient empêché la communication du mouvement: ces éhminations étaient des conditions indispensables, posé l'existence des obstacles ; mais ces éliminations ne sont point de véritables causes. Termes étrangers à la série des communications , elles auraient pu ne pas exister sans compromettre l'existence du mouvement. En eff"et , dans la supposition où il n'y aurait pas eu d'obstacles , il n'y aurait pas eu d'éhminations^ et toutefois le mouvement se serait communiqué. Or, les choses ne se passent point