CHAPITRE XI
OttIGtNE DE l'obscurité DES IDÉES EN CE QUI TOUCHE A LA CAUSALITÉ; EXPLICATION FONDAMENTALE.
116. On demandera peut-être de quelle nature est cet enchaînement des termes de la série , comment ces termes communiquent les uns avec les autres, quelle est la chose qu'ils se transmettent, en vertu de quelle qualité ils se mettent en rapport. Toutes ces questions tiennent à la confusion des idées, inépuisable fonds de malentendus et d'erreurs. Pour éviter l'écueil, n'oublions pas qu'il existe une différence essentielle entre les connaissances ÎEtuitive et discursive, entre les idées déterminées et indéterminées, intuitives et non intuitives. (Voy. liv. IV,
chap. XI, xiu, XIV, XV, xvi, xix, xx, xxi, xxii.)
117. Nous avons dit (chap. xxi) que T entendement pur peut exercer ses fonctions au moyen d'idées indéterminées, c'est-à-dire représentatives de rapports généraux, sans application à aucun objet réel ou possible, jusqu'à ce que l'expérience ajoute à ces idées une qualité déterminante {ibid,^ paragr. 135). L'idée de cause appartient aux idées indéterminées {ibid,^ parag. 134), et par conséquent , prise dans sa généralité, elle ne peut offrir que le rapport dètre et de non être, ou un rapport d'êtres liés entre eux en vertu d'une certaine nécessité, d'une manière tout à fait indéterminée {ibid,^ 130). Donc l'idée de cause ne suffit point pour déterminer le caractère de l'activité elle-même et de ses moyens de communication -, elle se borne à nous enseigner certaines vérités à priori-^ l'application de ces vérités aux objets dépend de l'expérience.
118. On a vu {ibid.^ ch. xxn) que notre intuition s'arrête à ce qui suit : sensibilité passive, sensibilité active, intelligence, volonté ^ tout ce qui sort de cette sphère ne nous est connu que par concepts indéterminés, et partant nous sommes hors d'état d'exposer à autrui ce que nous sentons manquer à notre propre intuition. Nous allons développer cette idée en l'apphquant à la causalité.
119. Les corps exercent-ils les uns sur les autres une action véritable ? Les partisans de la négative demandent comment un corps détermine en un autre corps un effet quelconque ; quelle est la chose qu'il
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lui transmet; quel est le caractère de sa ([ualité active. Je doute que l'on ait pu donner une niponse satisfaisante à ces diverses questions. Que fallait-il donc répondre ? Le voici. Nous ne comprenons intuitivement des corps que la sensibilité passive, laquelle, en dernier résultat, n'est autre chose que Tétendue avec ses diverses modifications (ibïd,^ 139). Ces modifications sont la figure et le mouvement ; l'esprit humain ne va pas au delà. Sur ce point notre intuition s'arrête à l'étendue, au mouvement, aux rapports du mouvement et de l'étendue avec notre sensibilité ; c'est pourquoi il doit nous suffire d'étudier les phénomènes corporels et de les soumettre au calcul dans le cercle de cette intuition. Tout le reste dépasse nos forces.
Nous savons que le corps A se meut avec une certaine rapidité que l'on mesure par le rapport de l'espace avec le temps -, dès qu'il entre en contact avec le corps B, celui-ci commence à se mouvoir dans la direction et avec la vitesse correspondantes. Il y a là succession de phénomènes dans le temps et dans l'espace-, phénomènes soumis à des règles constantes et qui relèvent de l'expérience. L'intuition ne nous apprend pas autre chose sur ce point. Sortons-nous de cet ordre de faits, nous voilà dans les rapports généraux d'être et de non être, d'être avant et après, de condition et de conditionnel, rapports qui r 'expliquent en aucune sorte le caractère vrai de la causalité secondaire.