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CONJECTURES SUR L'EXISTENCE DE L'ACTIVITÉ CORPORELLE

lo5. Loin que Texpérience nous autorise à conclure en faveur de l'inertie absolue des corps, elle nous incline à croire qu'ils sont doués d'activité. Nous n'avons l'intuition sensible d'aucune activité corporelle, j'en conviens-, mais les corps nous présentent une série continue de changements, un ordre fixe dans leurs phénomènes. Or si la conscience de leurs rapports dans l'espace et dans le temps, et leur succession constante, prouvent quelque chose en faveur d'une action réciproquement exercée, nous sommes forcés d'admettre en eux une véritable activité. Cette raison, quel qu'en soit le poids dans l'ordre métaphysique, a suffi dans tous les temps pour convaincre la généralité des hommes^ donc refuser aux corps l'activité, c'est aller contre le sens commun.

156. Tout, dans nos rapports avec le monde matériel, nous porte à croire à l'activité des corps. Quelle que soit notre ignorance sur la manière dont nos sensations sont produites , il est certain que nous les éprouvons en présence des corps, il est certain qu'elles leur sont unies par des rapports d'espace et de temps dans un ordre permanent et fixe , de telle sorte que

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nous pouvons prévoir en toute sûreté la sensation qui se doit produire dans nos organes au contact de tel ou tel corps. Principe de changements envers d'autres êtres ^ voilà l'idée d'activité. Les corps produisent constamment en nous ces changements d'une manière apparente ou réelle. L'exercice des facultés sensitives implique une communication avec les êtres corporels 5 dans cette communication, l'être sensitif reçoit des corps une multitude d'impressions qui le souDiettent à des modifications incessantes.

157. L'expérience nous enseigne, dit-on, que les corps sont indifférents au repos ou au mouvcîment^ et dans certains traités de physique l'on établit comme des propositions incontestables, que les corps en repos resteraient éternellement immobiles s'ils n'étaient déterminés au mouvement, et que les corps en mouvement continueraient leur mouvement durant l'éternité, en ligne droite et avec la vitesse reçue dans l'impulsion première. J'ignore comment l'on a pu vérifier ces propositions par l'expérience, et je crois jiouvoir avancer qu'elle semble indiquer tout le contraire.

158. Où trouva-t-on jamais un corps indifférent au mouvement ou au repos ? Tous les corps manifestent une tendance au mouvement, du moins au mouvement de gravitation vers le centre de la terre. Les corps célestes que nous avons pu observer sont tous en mouvement-, le calcul, d'accord avec l'expérience, nous les montre soumis à l'attraction universelle. Où donc est-elle cette indifférence au repos ou au mouvement, appuyée sur l'expérience? 11 serait, certes,

plus vrai de dire que l'expérience constate, dans les corps, une tendance générale au mouvement.

139. On objectera peut-être que cette tendance au mouvement n'appartient point aux corps, et qu'elle tient à une loi du Créateur. A la bonne heure ; mais que l'on ne dise point que rexpérience nous montre les corps indiflérents au mouvement ou au repos. Expliquez, s'il est possible, le mouvement sans activité, niez l'activité, malgré les apparences expérimentales qui l'affirment; mais gardez-vous de dire que ces apparences prouvent absence de toute activité.

160. Si je pose un corps sur ma table, il y reste en repos; je l'y rencontre le jour suivant, je l'y rencontrerai pendant un grand nombre d'années. Toutefois ce corps est loin d'être indifférent au mouvement ou au repos; il est en repos, disons-nous : oui; mais il exerce continuellement son activité par un mouvement de pression sur la table qui le soutient. Cette acUon est incessante. Essayez, en quelque instant que ce soit, de soulever ce corps, il vous résiste ; écartez la table, ce corps tombe; placez-le sur votre main, il pèse sur votre main; il change la forme des corps mous sur lesquels il s'appuie.

1 Cl . Dire que l'attraction du centre de la terre agit sur les corps, ce n'est rien prouver contre l'activité des corps, au contraire. En effet, ce centre étant un autre corps, nous ôtons l'activité à l'un pour le donner a l'autre. De plus, selon toutes les observations, l'attraction est réciproque, et partant la force attractive est répartie dans tous les corps.

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