CHAP. XV. —CONJECTURES
162. Loin de nous apparaître comme une masse inerte, le monde corporel développe à nos regards une activité d'une puissance prodigieuse. La masse des corps qui se meuvent dans les espaces est colossale^ colossale, l'orbite qu'ils décrivent ; colossale, la vitesse de leurs circonvolutions ; colossale, au moins en apparence, l'influence qu'ils exercent les uns sur les autres, à travers des distances incommensurables ! Où donc est le défaut d'activité constaté par 1 expérience? Des torrents de lumière inondent les espaces en produisant dans les êtres sensitifs les admirables phénomènes de la vision ^ des torrents de calorique s'épandent dans toutes les directions et y font circuler le mouvement et la vie. Où donc est-il le défaut d'activité si bien constaté par l'expérience ? La végétation qui couvre notre globe, les phénomènes de la vie que nous expérimentons en nous-mêmes et dans la multitude des animaux qui nous entourent, n'exigent-ils pas un mouvement continuel de la matière, un flux et reflux d'actions et de réactions des corps h;s uns sur les autres, en réalité ou en apparence? Les phénomènes de l'électricité , du magnétisme, du galvanisme, que sont-ils autre chose que des principes d'action? Où donc est l'indifférence pour le mouvement ou le repos ? Les idées d'activité, de force, d'impulsion, ne nous ont pas été suggérées seulement par notre activité interne, mais aussi par l'expérience du monde physique qui, sous des lois constantes, déroule à nos yeux une continuelle variéii de scènes magnifiques dont le principe fait pressentir
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348 LIVRE )t. -^NÉCESSITÉ ET CAUSALITÉ.
un fonds d'activité dépassant tout calcul humain. 163. Donc l'opinion qui fait appel à l'expérience pour combattre l'existence d'une causalité corporelle, est sans fondement 5 ceux-là seuls sont d'accord avec l'expérience qui reconnaissent dans les corps une activité véritable. En constatant les limites de notre intuition par rapport à la causalité et à l'activité en elles-mêmes (chap. xi et xni), j'ai dit ma pensée tout entière. Non, je ne crois point qu'il soit possible de démontrer par la métaphysique l'existence de l'activité dans le monde matériel -, mais je ne puis m'empêcher de le dire-, si le rapport constant des phénomènes dans l'espace et dans le temps, si leur succession invariable prouvent quelque chose en faveur de la causante, il faut incliner vers cette opinion qu'il y a dans les corps une activité véritable -, que dans un ordre secondaire, certains corps rendent raison des changements qui surviennent en d'autres; que partant il existe dans le monde corporel un enchaînement de causes secondes qui remonte jusqu'à une cause première, source et raison de tout.