CHAP. XVI. — CAUSALITÉ INTERNE
générale. Pourquoi cette exception? Toutes les sensations agréables ou désagréables sont également nécessaires, pourvu que nos facultés puissent se développer librement. L'on applique sur ma main un charbon ardent, Ton met devant mes yeux un tableau 5 même nécessité dans le phénomène de la douleur que dans le phénomène de la vision.
173. La spontanéité des phénomènes internes, dans l'ordre pur ou intellectuel, dans l'ordre d'imagination ou de sentiment, confirme l'existence d'une activité indépendante du hbre arbitre, et n'indique en aucune façon la passivité pure de ces phénomènes. Constatons ici une circonstance importante ; c'est qu'aux phénomènes de l'organisation se trouve lié l'exercice des fonctions de l'àme. 11 est d'expérience que, selon la disposition des organes, l'esprit sent avec plus ou moins d'activité -, et l'on sait que certaines liqueurs généreuses ont une vertu d'inspiration.
La fièvre exalte l'imagination ou Fabat^ elle décuple les forces ou les jette dans une stupeur où lintelhgence s'éteint. Ces phénomènes à leur plus haut degré, comme dans une violente perturbation des fonctions organiques, ofl^rent plus de prise à l'observation : mais cela même est un indice qu'avant d'arriver à l'extrémité, il y a une échelle immense à parcourir^ et peut-être que des phénomènes dont l'apparition spontanée nous semble inexphcable relèvent de certaines conditions inconnues auxquelles notre organisme est assujetti. Quelle que soit l'opinion que 1 on adopte sur l'égahté ou l'inégalité des âmes dans
l'humanité, personne ne met en doute Tinfluence de l'organisme sur le talent et le caractère.
D'où il suit que la spontanéité de Famé qui, de nos jours, a préoccupé tant de philosophes, est un phénomène généralement connu, lequel ne détruit point l'activité interne, et ne nous enseigne rien sur le caractère de cette activité.
Il est indubitable qu'il se produit dans notre àme certains phénomènes qui ne sont pas du ressort du libre arbitre ; mais il est indubitable aussi que leur apparition est inattendue et subite, parce que les conditions organiques desquelles ils relèvent sont pour nous un mystère. L'on peut assimiler cet ordre de faits aux phénomènes psychologiques produits par certains états morbides. La sensation est-elle autre chose que l'apparition instantanée d'un phénomène dans notre àme. à la suite d'une modification dans l'état des organes ?
174. Je n'entends point par là que les pensées spontanées, et en général tous les phénomènes dont notre àme devient subitement le théâtre, sans préparation connue, naissent des affections organiques : j'ai voulu seulement rappeler un fait physiologique et psychologique, dont l'oubli peut ouvrir la porte à des divagations inutiles ou dangereuses. Interrogez sur ce point les œuvres récentes de certains philosophes -, leur but est de préparer des arguments en faveur de cette doctrine : que la raison individuelle n'est qu'un phénomène de la raison universelle et absolue ♦, que les inspirations, et en général tous les phénomènes
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spontanés étrangers à l'action du libre arbitre, ne sont autre chose que des apparitions à elle-même de la raison absolue dans la raison humaine; que notre prétendu moi est une modification de l'être absolu • enfin, que la personnahté de notre être n'est qu'une phase de la raison absolue et impersonnelle.
175. Ce que l'on nomme la spontanéité, l'intuition des premiers temps, ne saurait être, aux yeux d'une saine critique et de la raison , que l'enseigaement primitif de Dieu à l'homme. Les arguties des philosophes modernes ne sont qu'une répétition déguisée des raisonnements perfides de l'incréduhté à toutes les époques. Déplorable abus du talent qui profane ainsi les dons qu'il a reçus.
Qu'on lise attentivement les écrits auxquels nous faisons allusion ; qu'on les dépouille de quelques phrases sonores ou énigmatiques; on n'y trouvera rien que n'aient déjà dit, à leur manière, Lucrèce et Voltaire.