‹ Philosophie fondamentale [microform]Chapitre 554 sur 607 · CHAP. XVI. — CAUSALITÉ INTERNE · texte numérisé non relu

CHAP. XVI. — CAUSALITÉ INTERNE

Voyez ce qui se passe à l'égard de notre corps ; certaines de ses fonctions échappent à notre libre arbitre; par exemple, la circulation du sang, la respiration , la digestion , l'assimilation des aliments, la transpiration, etc. Mais d'autres fonctions organiques prennent leur mot d'ordre de la volonté : manger, marcher, et en général tout ce qui a rapport au mouvement et à la disposition des membres. Pourquoi donc l'âme n'aurait-elle point des facultés actives se développant et produisant divers phénomènes indépendamment de la volonté?

Je crois cette solution sans réplique. Toutefois, je me propose de la fortifier à Faide de quelqutis observations sur le caractère des phénomènes durant lesquels l'on suppose que notre âme est simphîment passive.

1 70. L'objection met en avant certaines sensations douloureuses d'où l'activité semble être absente. Qui pourrait affirmer qu'un homme dont les chairs fument sous un fer brûlant soit actif dans ce qu'il éprouve? N'est-il pas plus exact de dire que l'âme est alors purement passive, et dans l'état d'un corps sous la pression d'un autre corps? En pareil cas, l'activité, si activité il y a, n'est que réaction contre une sensation douloureuse. Il est vrai, la volonté libre de celui qui souffre ne maîtrise pas les sensations douloureuses ; sa liberté lutte contre cette sensation. Mais , dans le seul fait de sentir, il n'en faut pas moins reconnaître une véritable activité. Rien de plus incontestable que le développement de certaines facult<is ac-

tives en dehors de notre libre arbitre. Quoi de plus actif que les passions violentes ? Et cependant bien des fois il nous est impossible de ne pas les subir-, ce n'est pas trop de toute la puissance de la volonté libre pour les contenir dans les limites de la raison.

171. La sensation en elle-même ne peut être tout à fait passive -, ceux qui prétendent le contraire montrent qu'ils n'ont jamais médité sur les faits de conscience. Ces faits sont essentiellement individuels, et par conséquent absolument incommunicables. Vous pouvez être affecté d'une douleur égale ou même semblable à la mienne , mais vous ne pouvez éprouver la même douleur numériquement considérée parce que ma douleur est tellement à moi que, cessant d'être à moi , elle cesse d'être. Donc la douleur ne peut m'être communiquée comme entité individuelle ; le seul moyen de la produire en moi , c'est de mettre en jeu ma force sensitive.

Concluons de là que les sensations ne sont point des faits purement passifs. La modification passive est reçue tout entière; le sujet patient n agit pas. Du moment que le sujet possède en lui un principe de modifications propres, il n'est point purement passif. La sensation ne peut être reçue tout entière : elle doit naître dans le sujet sensitif , en vertu de telle influence, dans telle occasion ; mais le sujet qui l'éprouve doit posséder un principe d'expérience propre , sans quoi la vie n'est point en lui, il ne peut sentir.

172. L'objection pose les sensations douloureuses comme si leur nécessité était une exception à la règle

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