CONFUSION D'IDÉES DANS LES DISCUSSIONS SUR LE PRINCIPE
160. Il n'existe point de premier principe, ou plutôt il n'existe point de principe qui jouisse exclusivement du privilège d'être le premier -, mais il en
i Voyez la note XV, à la fin du volume.
existe plusieurs auxquels on peut donner ce nom^ soit parce que dans Tordre des faits ordinaires ou dans Tordre scientifique ils servent de fondement à nos connaissances, soit parce qu'ils ne s'appuient eux-mêmes sur aucun autre principe. On a coutume d'avertir, dans les écoles , qu'il ne s'agit point ici d'une vérité, source de toutes les autres vérités, mais d'un axiome qui leur puisse servir, au moins indirectement, de point d'appui, de telle sorte que ce point d'appui venant à manquer, toute vérité s'écroule 5 d'où il suit que, cet axiome une fois admis, il devient possible, par un raisonnement ad absur^ dum^ de ramener au vrai quiconque s'en éloigne, et de prouver qu'on ne saurait refuser d'admettre les autres principes, sans aller contre la vérité précédemment reconnue.
On a beaucoup disputé pour savoir lequel, entre tel ou tel principe, méritait le premier rang ou la préférence-, véritable confusion d'idées. Il eût fallu ne point confondre des témoignages aussi distincts que ceux de la conscience, de Tévidence et du sens commun.
Voici les trois principes sur lesquels les écoles se sont partagées : celui de Descartes : Je pense ^ donc j'existe; le principe de contradiction : // est impossibîe qu'une chose soit et ne soit pas en même temps ; et celui que Ton nomme principe des cartésiens : Ce qui est contenu dans Vidée claire et distincte d'une chose se peut affirmer de cette chose avec certitude. Tous trois appuyés sur des raisons puissantes, tous