VÉRITABLE SENS DU PRINCIPE DE CONTRADICTION. OPINION DE KANT
189. Avant d'examiner quelle est la valeur du principe de contradiction comme point d'appui de toute connaissance, il est bon de fixer le sens vrai de ce principe. Kant, dans la Critiqve de la raison pure, émet sur la formule adoptée, jusqu'à ce jonr, parles différentes écoles, une opinion particuUère que je me propose de discuter. Quelle que soit la matière de notre connaissance, dit ce philosophe, et quel que soit le rapport de cette connaissance avec l'objet, c'est une condition générale, bien que purement négative de nos jugements, qu'ils ne soient point contradictoires. Cette doctrine une fois établie, il for-
^ Voye? la note XIX, à le lia du volume.
mule ainsi le principe de contradiction : «Un attribut qui répugne à son sujet ne peut convenir à ce sujet,» faisant observer que ce principe, quoique négatif , est un critérium universel de vérité \ que, par là même, il appartient d'une manière exclusive à Tordre logique, puisqu'il s'applique aux connaissances en tant que connaissances , abstraction faite d€ leur objet , et que la contradiction anéantit ces connaissances. « 11 existe toutefois, ajoute-t-il, de ce principe purement de forme et dépourvu de contenu, une formule enfermant une synthèse que l'on confond sans nécessité avec le principe même. La voici : « Il est impossible qu'une chose soit et ne soit pas en même temps, ^) Non-seulement ici la certitude apodictique a été inutilement ajoutée (par le mot impossible)^ certitude qui, de soi, doit être comprise dans la proposition, mais encore le jugement se trouve aflecté par une condition de temps , et pourrait se traduire ainsi : Une chose = B qui est quelque chose = C ne peut, en même temps, n'être point C ; mais elle peut être successivement l'un et l'autre (C et non C). Par exemple , un homme jeune ne peut être vieux en même temps que jeune, mais il peut être jeune en un temps et vieux, ou n'être pas jeune en un autre-, le principe de contradiction, comme principe purement logique, ne doit donc point restreindre sa signification à des rapports de temps ^ ainsi la formule généralement adoptée est entièrement contraire à Fobjet du principe même. L'erreur vient de ce qu'elle commence par séparer l'attribut d'une chose de Fi-