XIV LETTRE A MONSEIGNEUR
Balmès expose le célèbre principe de Descartes : « Je pense, donc je suis. » Il prouve, par des textes formels, que ce principe n'est point, dans la pensée du philosophe français, une abstraction de l'esprit , un pur raisonnement; mais un fait que la philosophie constate. « Vous pouvez douter de l'existence de Dieu , de la réalité du monde extérieur ; mais, quoi que vous fassiez, vous ne pouvez douter de vous-même; et ce fait de votre existence établi, vous êtes forcé de revenir à Dieu, etc. » Qui ne connaît les batailles livrées autour de ce principe qu'il fallait enlever à tout prix !
Voici les titres des livres qui forment les trois derniers volumes de la Philosophie fondamentale; ils donnent la marche et le plan de l'auteur : Sensations, Idée, Étendue et Espace, l'Être, l'Unité et le Nombre, le Temps, l'Infini, la Substance, la Nécessité, la Causalité, questions qui l'amènent à traiter du Panthéisme, cette grande erreur de notre temps.
Lorsque Balmès ouvrait un livre pour l'étudier, il commençait par la table des matières ; et s'arrêtant à l'intitulé du P^ chapitre, dit son habile historiographe (l'élégant et consciencieux traducteur du Protestantisme comparé au Catholicisine), il composait le chapitre avant de lire l'auteur. On comprend quels trésors il dut amasser par cette méthode, toute lecture devenant ainsi pour lui une composition originale et une œuvre critique. Devons-nous reprocher à Balmès de négliger quelquefois la forme et d'avoir trop écrit y — Il s'agissait de venir en aide à la société ébranlée ; le mal était par-
L'ÉVÉûUE D'ORLÉANS. XV
tout , Balmès ne pouvait s'empêcher de le voir. Il s'est prodigué ; c'est la tentation des natures généreuses. Le temps manquait; la vie s'en allait; ajoutons qu'il est mort à la fleur de l'âge et quand son talent pouvait grandir encore. La vérité est comme un diamant brut; certaines intelligences privilégiées ont pour mission de tailler quelques facettes de ce diamant , repolir celles que l'erreur a ternies; la vie, vous le savez , Monseigneur, s'use vite à ce travail ; mais qu'importe à ceux pour qui la vie du temps n'est qu'une halte impatiente et dont les espérances sont ailleurs !
Balmès avait eu le bonheur de recevoir une éducation religieuse et austère. Ce grand esprit ne connut jamais ni l'indifférenee ni le doute; l'indifférence, cette lèpre de notre temps; le doute, négation honteuse, sorte de compromis entre les faiblesses de Tintelligence et celles de la volonté. Il a cherché la vérité non dans les ténèbres mais à la lumière; heureuse condition des esprits chrétiens; cachet particulier des grands siècles et des grands caractères. Balmès appartient, par l'ampleur et la sérénité de son esprit , à l'école philosophi que dont l'auteur de la Connaissance de Dieu et de soi-même est Tun des plus illustres représentants. Il sait et il croit, et la science et la foi rayonnent doucement dans sa parole. Heureux ceux qui croient! Heureux ceux dont la jeunesse a reçu les enseignements féconds de la foi ; heureux ceux qui n'ont point épuisé dans les énervantes obsessions de l'orgueil cette sévc de vérité ! C'est au parti pris énergique de la volonté sur les passions que
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