CONCLUSIONS
Nous croyons avoir établi que la raison humaine a deux mouyements essentiels, nécessaires, suffisants , sa* voir un mouvement de déduction qui va par voie d'identité, et un mouvement d'induction qui va par transcendance.
Ces deux mouvements, également nécessaires , légitimes^ scientifiques, sont la vie même de la raison dans toutes les sciences et dans toutes les directions de l'esprit.
La déduction règne partout pour tout développer, tout expliquer ou démontrer, et l'induction , procédé de transcendance et d'invention, commence tout, soit qu'il faiUe, en physique, s'élever des effets aux causes ou des phénomènes contingents aux lois géométriques ; soit qu'il faille, en géométrie, conclure ou du fini à l'infini, ou d'une série à la limite que la série n'atteint jamais ; soit enfin que la philosophie, à partir du spectacle de la nature, s'élève jusqu'à la cause première, jusqu'à l'idée précise et scientifique de l'existence nécessaire de Dieu et de ses attributs*.
^ Est-il nécessaire de répondre^ ici encore, à un critique^ qui nous accusait, à propos du livre de la Connaissance de Dieu^ d'avoir prétendu découvrir une nouvelle preuve de l'existence de Dieu, la preuve par le calcul infinitésimal ? Dans cette Logique^ dès la première édition^ nous répondions ceci : « Pour nous, nous
iU IIITRO&UGTION.
Ceci étant compris, le lecteur est prié de vouloir bien lire, de ce point de vue, la Préface de notre première édition.
L'importance de ce point de logique est à nos yeux fort grande. Les embarras de la philosophie depuis plusieurs siècles, dans l'Europe entière, viennent de l'oubli de la logique. Ils viennent surtout de l'oubli complet du principal dés procédés de la raison, de celui qui commence.
Et c'est justement pour cela que la philosophie — * je parle de la philosophie séparée — ne cesse depuis trois siècles de chercher son commencement. En attendant, elle ne commence point.
. Et non-seulement les philosophes abstraits ne cbmmençent point, mais qu'6nt41s fait en cherchant aiûsi ce commencement qui est dqà donné, qui est décrit par
« n'avons jamais eu cette ridicule pensée, t» Au fond^ il n*y a qu'une preuve de l'existence de Dieu, et presque toutes les formes en sont bonnes : les plus anciennes, surtout les plus yulgmres^ sont les meilleures. Mais quelle est la nature logique de celte preuve^ qui est unique au fond? Le scepticisme n'a-t-il pas le droit d'affirmer que la preuve n'est pas rigoureuse, parce qu'elle n'est pas purement syllogistique et déductive ? Nous répondons que le scepticisme n'a pas ce droit : nous disons que cette preuve^ donnée par la raison, qui y emploie les deux mouvemients nécessaires, les deux procédés essentiels par transcendance et par identité, cette preuve, dis-je, est aussi rigoureuse que les démonstrations géométriques, qui procèdent ellesHnèmes soit par transcendance, soit par identité* Tout notre usage de la géométrie en ceci est de démontrer que les deux procédés logiques de la rai- ^(M\ s$nt légitimes, puisqu'ils sont employés l'un et l'autre en géo-
Platûu et par Anstote, qui est connu et pratiqué par tous les grands esprits, contiuuellement mis en œuvre par la raison yulgaire, glorifié par la poésie, manifesté dans la géométrie, organisé par les modernes dans Talgèbre et daos le calcul, et qui, d'ailleurs, est toujours U Tusage de tous les hommes qui suivent la raison telle qu'dle est, au lieu de vouloir la créer? Qu'ont-ils fait , dis-je , en cherchant à refaire le coQimencement de la raison ? Ils ont aboli la logique ; ils ont abouti tout naturellement à Hegel qui supprime la logique entière, en niant à la fois les deux principes d'identité et de transcendance^ sur lesquels reposent non-seulement les deux procédés du raisocu^ement, mais encore les deux formes nécessaires et irréductibles du jugement \
Et ces théoriciens ont en effet tellement aboli la logique, je 4is môme la raison , dans la classe moyenne des penseurs, que, depuis plus de cinquante ans, nous avons en Eurotpei de nombreuses écoles scientifiques qui posent comme ., méthode Y expérience sans raisonnement. Ces écoles soutiennent a que c'est à l'expérimentation seule (( qu'ii faut s'en tenir, sans mélange de raisonnement '• i» Ils ont tellement aboU la logique que les hommes intelligents en sont réduits à protester, assez timidement encore, et à demander, pour la raison et le raisonnement, quelque droit sur la science. Cela peut paraître incroya-
* Voyez la Connaissance de l'âme, liv. ni^ chap. m; n« iv.
* Voyez V Éloge académique de Magendie, prononcé par M. Dubois d'Amiens. Il est inutile d'ajouter que le savant et spirituel secrétaire de l'Académie de médecine juge cette doctrine comme elle mérite de Fètre.
116 INTRODUGTIWf.
ble ; mais voîci Tune de ces protestations : « L'expérîi( mentation, dont on abuse tant de nos jours, pas plus « que l'observation la plus laborieuse et la plus intellia gente, ne peuvent suffire, à moins qu'elles ne soient « l'une et l'autre dirigées et vivifiées parla raison. Ceuœ « qui semblent peu disposés à accorder à cette noble faa culte (la raison ! ) l'empire des sciences^ oublient que « les plus belles découvertes, les plus grandes conquêtes a scientifiques sont dues à des hommes qui savaient unir « à l'observation un esprit fortifié par la réflexion et « exercé à comprendre les idées abstraites ^. » Ainsi l'on en est réduit de nos jours , à réclamer pour la raison J'empire des sciences. On avait donc vraiment aboli la logique.
Qu'il nous soit permis de citer, comme un exemple remarquable de cette abolition de la logique, la manière même dont notre Logique a été attaquée. Un écrivain, qui n'est point de cette école matérialiste , dédaigneuse de la raison et du raisonnement; un professeur qui, par sa charge, ne s'occupe que de philosophie ; qui est l'un des représentants de la philosophie séparée la plus sage, cet écrivain croit nous renverser en essayant de démontrer que la raison n'a pas les mêmes lois et les mêmes procédés logiques partout où elle raisonne. Il attribue à la métaphysique une logique spéciale, une autre à la physique, et une troisième à la géométrie. Cela posé , il déclare fausse, nouvelle, absurde, une logique qui fait voir, ce qui d'avance est évident et n'avait pas encore été
^ Ed. Monneret^ Traité de pathologie médieaie.
nié, que la raison a les mêmes lois logiques et les mêmes procédés fondamentaux partout où elle s'exerce *.
' Voyez notre réponse à cette singulière attaque à la fin du tome II. Voici d'ailleurs le résumé de cette critique.
On essaye de montrer que le procédé de la raison qui va par transcendance, soit du contingent au nécessaire, soit du fini à l'infini, ne peut être applicable ^n physique ni en géométrie.
Pour la physique, Toici la raison. C'est que : « la physique et « l'induction ne sortent pas du domaine de la contingence « (p. 926). » Notre critique n'oublie qu'un point, c'est que toute la physique moderne consiste précisément, comme s'exprime Newton au début même du li^re des Principes,k ramener les faits aux lois mathématiques. (Cum recentiores... phaenomena naturae ad leges matâematieas rerocare aggressi sint.) Or, si je ne me trompe, les lois mathématiques sortent du domaine de la contingence. Certes, les lois de la nature ne sont pas nécessaires en ce %en8 qu'elles n'eussent pu être difiërentes. Mais toute notion mathématique en elle-même est notion nécessaire. Donc, quand la raison passe des phénomènes aux lois mathématiques, c'est-à-dire de données contingentes à des notions nécessaires, elle va du contingent au nécessaire.
Si l'auteur de la polémique avait pris la peine, non pas d'étudier la physique, mais seulement de s'informer sommairement de ce qu'est la physique, il eût évité l'inconvénient de soutenir que cette science, qui est à peu près tout entière géométrique, ne sort pas do domaine de la contingence. Peut-être aussi se fût-il épargné le regret d'avoir émis, sous forme de profondeur scientifique, cette assertion, aussi surprenante pour la science que pour le sens commun, savoir : que la lumière, Télectricité, la chaleur, « ne sont que des hypothèses imaginées pour lier les phénomènes * (p. 926). y>
Quant à la géométrie, voici pourquoi, selon notre critique, le procédé qui va du fini à l'infini ne saurait lui être applicable. « C'est que les mathématiques ne sortent pas de la notion de « feur grandeur, pas plus que la physique de la notion de la con- « tingence (p. 933). » Donc, si elles ne sortent pas de \a^ notion de leur grandeur (il parait que grandeur mathématique doit si-
1^8 INTRODiWTiON.
Quoi qu'il en soit, je me^vrois en droit d'affirtner qu'en dehors des écoles ecclésiastiques, • la logique' thémque est presque abolie parmi nous.
gniûer grandeur fînie), si^ dis-je, la géoiçétrie ne sort; pas de l'idée de la grandeur ônie^ il est éyident qu'il ne peut y avoir, en mathématique^ aucun passage du fini à l'infiai. Mais pour étal)llr ce point, oojtre critique est obligé de nier le calcul infijiitésimaU c'est-à-dire de. soutenir cette grosse faute de géométrie que le calcul infinitésimal i^'est qu'une affaire d'approximation. 11 est obligé d'émettre deux propositions dénuées de seiis^ savoir que l'infiniment pçtit, c'est le fini devenant petit, et que l'infîniment grande c'est le fini devenu grand.
Telles sont les deux raisons par lesquellies; on démontre qu'il y a, pour la métaphysique, une logique toute spéciale, qui ne descend ni en physique ni en géométrie, et que nous, qui avons cru à l'unité de la logique huipaine, sommes dajds une gr^^de erreur.
Tout le reste de la critique consista en trois points que voici : on nous adresse ces trois reproches :
Premier repirojQhe. Vouloir faire une logique nouvelle qui consiste surtout dans, une nouvelle théorie de l'inducHoUf .A quoi nous répondons par ces mots de notre critique, parlant, de nous: «c L'induction qu'il propose est morte avec le moyen âge. M tie la «i RESSUSCITERA PAS (p. 3i9). )>,Donc, selon notre critique lui-même, nous ne prétendons pas créer une nouvelle induction, un novum organuniy comme Bacon, ni dès lors une logique nouvelle. A quoi nous ajoutons encore ce résumé qi^ l'on donne de notre tentative philosophique : « Vouloir ramener les esprit^ï à la $omme philoa sophique de saint Tboma^ d'Aquin.(p, 95!^). » Telle; est, en efifet, en grande partie, notre intention. Ge4iui, (i'aiUeurs,,UQ nous empêche en rien, de prétendre à Thoimeur d'avoir conb'ibué au développement de la théorie de l'induction.
Second reproche. Avoir pris pour grande formule logique une certaine formule d* algèbre dénuée de sens. Réponse. D'abord cette formule d'algèbre ne se trouve pas dans notre Logique, C'est un fait. £n outre, elle n'a aucun rapport, ni direct, ni indirect, aux idées développées dans cette Logique. Enfin, cette formule d'algèbre, qui, d'ailleurs, n'est pas dénuée de sens, se trouve citée
jD0 plus, çn, d^bors .d^s, sciences physiques et mathéiwtiques oj^ rj^gi^p ^t triomphe pratiquement la logique
accidenteUement dans notre Connaissance de Dieu,mmii n'a poiat devappOEt auxi idées dévdoppées dans cet ouvrage ni dans aucun de nos ouvrages. £Ue nq saaraH-donc être « la grande formule du « P. Gratry (p. 938). t» Ge reproche, fondé sur une erreur de fait» est longuement développé^ et avec une grande verve. Gette erreur donne lieu au critM^nedenous tourmenter vivement^ et d'affirmer qu'ià se. trouve^ malheureusement^ dans notre Logique <kïs traces d'exaltation/ .
Troisième reproche, l^^avotr pas su que l'infini géométrique est l'infini abstraiU : <woir appelé Dieu cet in/ini abstrait; fournir par ^à des. armes auœ athées hégélien» (p. 934 et 935> Ici encore. notre mtique n'oublie qu'un points c'est de lire le livre incriminé^ sur le sujet qu^on incrimine. Il y eût vu ces mots avec •les ééceloppements qui s'g rapportent (Làgique.y i^^* édit., 1. 11^ p. iSO).: (1 L*infintabstrait est^Û Dieu ? Non« il n'est nen. G'est le c dieu de Hegel qui est athée. L'infini mathématique n'existe pas « dans la nature... .• Linfini mathématique est une abstraction. » Onitous frappe durement pour n'avoir pas dit ce que nous avons dit, dit et développé, écrit et imprimé. Etiorsque nos amis lisent cette ps^e, ils s'étonnient que nous n'ayons pas su « que Tinfini « mathématique n'est qu'une abstraction, » et, sur ce point, ils comprejQOient à regret qu'ils ne peuvent nous défendre^ et que le •critique a raison.., m;
De tout ceci j*avais conclu que cette critique est absolument nulle, et ne repose que sur une grande légèreté, jointe à l'incompétence logique «dont noua parlions*'
Mais nous sommes forcé d'ajouter qu'il n'y a pas seulement incompétence, iSk y :a encore indifférence philosophique dans la plupart de ceux que nous appelons philosophes «éparés.> — Il est toujours bien entendu que nous n'appelons point philosophes séparés les penseurs séparés de rÉglise, mais bien les penseurs séparés de l'un des éléments fondamentaux de la philosophie^ savoir celui que l'admirable Maine de Biran chercha sans relâche pendant vingt ans et « pour lequel, dit*il, tout le reste est fait ; a et sans lequel la vie et la pensée manquent du vrai point d'ap-
t20 INTRODUCTION.
Téritable, je dis que Tabolition de la logique spéculative exerce sur la logique pratique, sur la philosophie en-
c( pui. » Or^ en toute occasioor^ je croîs utile de montrer dans quel état d'esprit^ vague, arbitraire^ fortuit^ inattentif, indifférent, vivent ces penseurs^ séparés du vrai point d*appui. J'ai dit : « indifférence philosophique. » Notre critique, M. Saisset^ nous en a donné récemment un remarquable exemple, en louant sans restriction un livre où l'athéisme est explicitement et chaleureusement enseigné. M. Saisset est-il athée ou panthéiste? Nullement. Mais les philosophes séparés^ la plupart^ font cause commune avec les sophistes, les panthéistes et les athées contre la philosophie chrétienne. La nuance qui les sépare du panthéisme s'efface de- •vant cet ennemi. Uu livre donc où Tathéisme le plus formel est soutenu^ où ta doctrine sophistique de l'identité des contraires est audacieusement avouée, ce livre est^ aux yeux de M. Saisset, que je déclare par ce seul fait atteint et convaincu d'indifférence philosophique^ ce livre c< est une œuvre de haute et large critique, « vainement signalée aux anatàémes de l* orthodoxie par une « plume tranchante^ superficielle et passionnée, d Gomme c'est nous qui avions signalé ce livre aux anathèmes de la logique, nous voulons tirer une loyale^ mais insigne vengeance, de l'entreprise qu'on fait de le défendre. Pour cela, nous supplions tous nos lecteurs de lire ce livre, de l'avoir en leur possession, comme document profondément utile à consulter. Ils y verront quelle est la science et quelle est la logique par laquelle aujourd'hui les sophistes renvenent le christianisme et les bases de la religion naturelle. Qu'ils lisent V Histoire critique de Vécde d'Alexandrie, par M. Vacherot, et qu'ils lisent en même temps la critique que nous en avons faite : Une étude sur la sophistique contemporaine. Si les trois volumes de Fécole d'Alexandrie sont difficiles à lire, qu'on en lise quelque chose, du moins les chapitres indiqués par nous : qu'on lise le court volume où nous les critiquons ; que l'on vérifie sur le texte nos citations et nos critiques ; que l'on médite alors attentivement la réponse de M. Vacherot^ reproduite en entier dans notre volume, et puis qu'on étudie aussi noire réplique. On verra dans M. Yacherot un homme sincère, •érieux et laborieux^ ayant du cœur et des pensées élevées, res-
tière, sur les lettres, sur la vie, sur l'esprit public, sur la raison de tous, la plus désastreuse influence. Une
pectueux pour l'idée chrétienne^ comme fruit humain^ mais animé d'une profonde conviction contre Dieu et contre la divinité ctu christianisme. Dieu^ selon lui^ c'est Fidéal abstrait et infini^ qui n'existe pas^ qui n*a ni vie^ ni intelligence^ ni conscience, ni liberté, en an mot, qui n'a point Texistence, mais qui, en perdant toutes ses perfections abstraites, se réalise, en partie, d'une manière finie, et peu à peu, dans l'homme. Voilà bien l'athéisme. Et quant au christianisme, c'est un fruit de la philosophie alexandrine, élaboré peu à peu, et formulé enfin au concile de Nicée, au grand étonnement du monde. Or, comme ces thèses sur le christianisme et sur Dieu cherchent aujourd'hui à se répandre parmi ceux qui ncisavent pas et ne s'informent pas, je demande à tous ceux qui aiment la vérité de s'infprmer et d'étudier. Je demande surtout aux professeurs de philosophie de faire faire sous leurs yeux cette étude à leurs élèves, avant de les livrer au scandale de la demi-science, au chaos de doctrines qu'ils vont rencontrer dans le monde. Mais je demande instamment une étude, et non pas une lecture. La lecture, en ces choses, n'offre que des dangers; mais l'étude attentive, précise, réfléchie, rend les esprits, si je ne me trompe fort^ invulnérables au danger. Quand ils auront bien vu et bien vérifié par eux-mêmes quel tissu d'erreurs matérielles, de contre-sens pareils à ceux qui font punir les écoliers, de sophismes, d'anachronismes, de fautes d'histoire énormes et inconcevables, on accumule pour expliquer la formation humaine, philosophique et successive des dogmes fondamentaux du christianisme ; quand ils verront que, pour nier Dieu, il faut recourir à l'identité des contradictoires; à l'abolition de la logique, à ce principe de Hegel que a ce qui est n'est pas et que ce qui « n'est pas est, r> alors, dis-jc, ils seront prémunis pour toujours contre ce que l'on appelle trop souvent la science sdlemande. Ils ne croiront plus jamais au renversement du christianisme ni de Dieu, à moins de voir, par leurs propres yeux, les bonnes raisons de ce renversement. Alors aussi Us apprendront à se défier beaucoup de la compétence et de l'exactitude des penseurs vagues et indifférents pour qui un livre sophistique et tout criblé d'erreurs^
122 UfTRODUCnON.
logique^ miitiléeôu perverse, répaiiâue dans lee masses pav Texempâo et par de vagues maximes, étouffe m^me les libres mouvements de la raison, tels que la nature et Dieu les inspirent. Je ne crains pas d'affirmer de nouveau que là se trouve Tun des plus grands dansera du temps présent* Que faire là où manque la raison? Q^^ peut dev^nii^ la m&rale «t que devient la r6ligioD?'Que peut l'apostolat chrétien^ par quel moyen ranimer la foi dans les amas? K^a îohrrr. telle est sa défipitioii dpgo^atique — ^ la' foi est 'un assentiment libre, d'inleHigence et
comme V Histoire de Vécole d* Alexandrie^ ««,est une œuvre de «f haute et large critique^ ja^ne^ient signalée aux anathèmes de <( Torlhodoxie. » Et pour^conDaUrfS^ /de plus près €J:]tcore> la ma,nière des penseurs séparés, oi;i pourrait^ avec bea^ucoup de frait^ non pas lire (ce qui ne mène àri^n),,mais étudier la polémique de M* Saisset contre nous {Remise des dfux mondes de septembre 1855}, Ce travail de comparaison entre notre Réponse, que nous donT nons dans cet ouvrage, et la critique de M. Saisset, aidera beaucoup à j|iger la philosophie s^parée^v pomipe le travail sur l'Histoire critique de Fécole d'Alexandrie aide à juger Ija sophistique. On connaîtra <giinsi la valeur des deux groupes qui §e tiennent en dehors de la philosophie entière et véritable.
Mais l'incomparable utilité de ce double travail sera celle-ci : on saura pour toujours qu'en ce^ choses la lecture n'est rien, que le travail est tout; qu^e les philosophes, séparés peuvent produire des œuvres spécieuses dont le fond est absolument nul;, que la simple lecture lais^ subsister ces apparences); que le trai^ail les anéantit; que le^ ^ojpihistes .et les ennemi^ diu christianisme font apparaître, au nom de la science, des fantômes que la lecture laisse circuler comme vainqueurs de Dieu et du Christ, mais qui s'évanouissent dès que Tétude et l'œil de la raison leur demandent compte de leur substance. Encore une fois, je vous en prie, vérifiez ces assertions sur l'Histoire critique de l'école d'Alexandrie, et sur la 4)olémique de M. Saisset contre nous.
INTOODWTION. 128
de volonté, aux méritée que Dieu révèle. Mfids où prendre un assentiment libre de la raison là où manque la raison, par oonséquent aussi la liberté? Puis, comment prémunir contre* Terreur les .esprits ainsi désemparés ? Où est l'ob^ staele au règne de Fabsurde? Des livres fondés sur le mensonge soiemment pratiqué, sur Terreur transparente comme Teau, sur Fàssertion fortuite et arbitraire, sur rérection -perpétuelle de Texeéption en règle générale, sur la redierche expresse de Tévidence pour la nier et du faux manifeste pour Taffîrnler, sur l'absurde posé en principe, sur la eontradietion adoptée comme méthode, ces livres, dis-je, trouvent des lecteurs et des admira^ teurs. Je ne vois qu'un remède à ces maux : travailler ^u rétablissement de la logique et de la raison.
Oui, l'un des plus grands devoirs de ceux qui ont quelque influence sur la maix^he du monde me parait être de travailler à la restauration européenne des fortes études philosophiques, et à la destruction dtô obstacles qu'apportent 'au développement de la raison la logique vague, tronquée, mutilée ou perverse qui étoufié et perd les esprits. ^ .. r ^ «.: ., »
Mais ce ne Sont pas les institutions qui rétabliront la logique. Ce sont d'abord les convictions et les espérances générales que donne Tamour de la vérité : et puis les convictions particulières sur la valeur et l'efficacité
124 IMTRODCGTMN.'
des procédés de la raison, et sur la possibilité d'un progrès pratique dans Fart d'aller au vrai.
Pour nous, nous déclarons avoir ces convictions et ces espérances. Nous cherchons à les propager par nos écrits, et il nous semble que, si Ton comprenait, comme nous, la puissance de la raison bien conduite, et la portée de ce que nous nommons le procédé prindpal de la vie raisonnable, il nous semble que plus d'une intelligence découragée reprendrait goût et confiance au travail.
Nous croyons que les prodigieuses espérances de Bacon sur la portée de l'induction, sur la révolution philosophique que doit produire la véritable théorie de ce procédé principal de l'esprit, sont un pressentiment du vrai. Ce fut le mérite de Bacon. C'est ce qui fait, aujourd'hui encore, la vie de ses écrits.
Nous croyons même qu'il y a quelque vérité dans l'enthousiasme de cet admirateur de l'induction, le docteur Reid, qui s'écrie : «c Ici commence la seconde grande « ère des progrès de la raison humaine*. »
Nous partageons en outre cette conviction a que la « vraie théorie de l'induction est le lien entre la philo- « Sophie et les sciences, le nœud dans lequel l'expérience « et la spéculation doivent s'unir. » Il nous semble probable que cette conciliation se fera par la France. Nousméme, nous travaillons depuis trente ans à ce rapprochement. D'autres, plus forts et plus heureux, y contribueront davantage. Mais on nous permettra de dire que, déjà, dans notre Connaissance de Dieu^ nous avons indi-
^' Reid, AnoUysîs of Jrîstotes Logih, p. HO.
que la voie par laquelle se fera cette coQciliatîoii, et par où se précisera et se terminera la véritable théorie du procédé fondamental de la raison. Cette théorie, comme on Ta dit, avec une parfaite vérité, depuis que nous l'avons montré nous-même, ne pouvait être achevée dans le détail qu'après rapplication effective du procédé aux sciences exactes, après les travaux scientifiques mo«» dernes, ceux de Kepler, ceux de Leibniz et de Newton. C'est à propos de ce grand progrès de la logique générale que Leibniz dit : a Sans le secours de la partie a intime des mathématiques ce progrès était imposte sible L'analyse mathématique infinitésimale tient
« à la source philosophique la plus profonde et donne h « la philosophie autant de lumière qu'elle en reçoit, » Avant de connaître ces textes nous avions retrouvé cette vérité, et nous l'avons expliquée en détail sôit dans cette Logique^ . soit dans la Connaissance de Dieu^ soit dans la Connaissance de Fâme.
Dès le début, dans notre Connaissance de Dieu^ nous avons résumé notre pensée sur la portée de ce progrès en quelques lignes reproduites ci-dessus ^
Or, nous avons plus que jamais ces convictions et ces espérances, et nous cherchons h les répandre et à les justifier. Toute cette Logique est un effort dans ce sens.
Et pour rendre attentifs à cet effort les esprits qui pensent par eux-mêmes, pour leur faire partager l'espérance d'un grand progrès philosophique, nous les prions de considérer ce qui suit.
* Préface, p. xi.
Il y a, depuis deux cents ans, un fait uniqu^.dans rhistoire de Tesprit humain. Ce fait, c'est la création de la science du monde visible par Tinstauration de la vraie méthode scientifique.
Yoilà un point d'appui pour l'espérance. La science du monde des corps nous montre la route qu'il faut suivre daas l'oBUvre intellectuelle générale.
D'autre patt/ la philosophie est restée en dehors de ce grand mouvement. La philosophie séparée, parmi nous, est plus abstraite, plus ignorante, plus nulle qu'elle ne le fut jamais. De son cûté, la sophistique est plus, absurde et pluâ impertinente qu'en aucun temps. Hégd est jplus décidément, plus systématiquement absurde que Grorgias. Et quant à ses imitateurs sans nom, qui écrivent contre tout, pour tout salir ^ leurs œuvres, totalement étrangères à la science et à la raison, marquent évid^nment le plus. honteux degré d'abaissement intellectuel, de criminel esprit d'erreur, et de cynique mépris de toute pudeur logique, où l'homme soit jamais descendu.
Or, n'y a-t-il pas là un nouveau point d'appui pour l'espérance ? Ne voit-on pas ici bien clairement la route à éviter? Dans le triomphe des sciences, nous avons une démonstration directe de la méthode. Dans les rechutes de la philosophie, nous avons cette démonstration par l'absurde.
La méthodeiou la voky ^ele répète,' qous est montrée. Nous Yoyocis la irotedeS'rechuteSy aussi biea que la voie des triomphes.
Voici la fausse méthode, la \oie des chutes. Sépara l'homme, autant qu'il est possible par l'abstraction |. du principe créateur qui le porte et le vivifie ; puis séparer l'esprit de ràmeyv«c'estr-à<Hdire faire marcher à part la raison puce ; 6ter ainsi à la raison ses deux points d'appui principaux,' Dieu et l'âme; lui ôter tnême son point d'appui terrestre, en l'obligeant à créer la nature àprioriy au lieu de regarder et d'interpréter là nature ; mutiler la raison elle-même en lui coupant les ailes, et lui ôtant l'un de ses deux mouvements nécessaires, le procédé <ie transeendance ; enfin lui retrancher le plus simple et ie {dus ordinaire de seâ mouvements, le procédé syllogistique. Toutes' ces lilutilàtioàs ont été opérées. Les faits sont sous nos yeux.
La raison a trois points d'appui et deux mouvements nécessaires. Quand on l'a isdée de ses trois pointa d'appui (c'es1>*à-dire des trois mondes vivants. Dieu, la natuise et l'Âme) et quand on a détruit ses deux mouvementsy on ne peut rien de plus. Tout est consommé. La raison est éteinte. Telle est la voie des chutes philosophiques, et le contraire de la méthode.
La vraie méthode, par conséqu^it, consiste à rendre ou à laisser à la raison et ses trois points d'appui et ses deux mouvements.
La raison, Sans la science, part d'un point d'appui ou d'une donnée, qu'elle reçoit et qu'elle doit employer. Or, c'est par l'expérience qu'on reçoit. Le point d'appui
128 iimomjGTidN.
c'est rexpérience. L'expérience, c'est l'accueil et la réception des données. Voilà le commencement de tout. Car qu'avez-vous que vous n'ayez reçu ? Cette vérité fondamentale est acquise à Tesprit moderne. Sauf les sophistes, nous sommes tous d'accord sur ce point.
Et la grande science de la nature a été créée précisément lorsque les penseurs se sont soumis et résignés à ne point créer la nature, mais à la regarder, à l'écouter, à la suivre, à lui obéir, à l'interpréter avec patience, humilité, labeur, longueur de temps, persévérance d'efforts. Oui, voilà la première condition de la science. Eh bien, la science de l'homme, la science de Dieu, sont aux mêmes conditions que la science des lois et des causes du monde visible. L'immense monde de l'àme est une base d'expérience aussi, et le monde infini, qui est Dieu, est la grande base et le grand point d'appui. Ce sont là les trois bases qu'a retrouvées expérimentalement, comme étant nécessaires touteâ les trois • la longue recherche du plussincère et du plus persévérant des penseursdecesiècle. La philosophie totale et réelle ne commencera que quand Dieu même sera devenu un objet de sainte expérience, un objet que le sage traitera comme le savant traite la nature pour la connaître : suivre Dieu, écouter Dieu, attendre Dieu, l'interpréter, lui obéir, le méditer, le contempler sans cesse, et j'ose le dire l'expérimenter t Oui, j'ose le dire, car je parle avec saint Thomas, quand il nomme la CONNAISSANCE EXPÉRUf ENTALE DE DiEu [experimmiolem Dei notitiamy. Là est la base supérieure, absolument indis-
' Sum. theol,, q. 43 ; art. ]v, a. 2".
INTROMICTIOR 139
pensable de la vraie science entière, telle que l'esprit humain la veut»
La discipline des sens, aidée de milliers d'instruments et domptée par un héroïque labeur, est nécessaire pour employer scientifiquement le point d'appui terrestre, qui est le monde visible* La discipline de l'âme et de la volonté, la vie morale et religieuse, l'expérience religieuse, l'effort vers la sagesse et la sainteté, sont les premières conditions de la sciaice des deux mondes, divin et humain. La science de la nature avec toutes ses merveilles, physique, astronomie, mathématiques, n'est évidemment point toute la science. L'homme veut connaître l'&me et veut connaître Dieu. Il le voudra toujours et les sophistes n'y feront rien. L'humanité , jusqu'à son dernier jour, cherchera Dieu; le dernier homme, jusqu'au dernier soupir, cherchera Dieu. Ainsi la première condition de la science que veut l'homme est manifeste. Trois points d'appui sont nécessaires, qui sont les trois mondes à connaître : Dieu, l'homme et la nature. Il en faut recevoir les données par expérience, en écoutant et regardant avec patience, labeur, effort, recherche, humilité, persévérance, obéissance, ce qui, appliqué aux trois mondes pris ensemble, n'est autre chose que i^'kxpërience, le tràyàu.,