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Philosophie

% fil- Toutes les impressions faites par l'objet sur le sujet y distinctes en raison des qnalités diverses de l'objet d'un côté, des sens et des organes multiples du sujet de Tautre, tendent à se réunir au fo^er commun de la sensibilité de TespHt, au tensarium cammme. Là se fait 'la conception deTobjet, par laquelle il se reproduit dans le sujet, quand celui-ci est en disposition convenable pour recevoir son action et en être pénétré. Laconcéption intellectuelle, aboutissant de toutes les ibnclions des sens, est le point de départ de la connaissance. Elle s'opère sous les mêmes lois que la conception physique, et par conséquent elle suppose les mêmes conditions, savoir : l"* une forme qui conçoit ou une capacité qui reçoit en elle TinRuence fécondante, ea contient et en nourrit le produit; V des germes aptes à être fécondés, et qui sont inhérents à la ibrine mère; 3" un n. ' 1

agenl lécondaleur dont l'action pot le la vie dans ie^s germes et les excite «au déTeloppemeat.

Le dëreloppem^ni des facultés Intetlectuelles et Ja formation de la oonnaîssanoe YOnt concurremment et s'eipK-

quent l'un par l'auii L. Nous venons d'examiner comment l'esprit fonctionne par les sens et au moyen de leurs orgar nés. Les sensations et les perceptions, qui en proviennent, sont les matériaux de la connaissance, mais non la connaissance même. Il faut que ces matériaux soient mis en œuvre, combinés et ramenés à l'unité pour qu il \ ait, à proprement dire, connaissance de l'objet; car l'objet, qui existe ^ unité hors de iious, agit sur chacun des organes des sens par une qualité distincte. Son action pénètre en nous comme à travers un crible, si Ton peut ainsi parler, en sorte que les sensations et les perceptions qu'il produit, sont d'abord séparées, isolées, sans liaison l'une avec l'autre, jusqu'à ce que par un nouveau trayail • l'esprit les rassemble pour en former une unité intellectuelle, adéquate, sinon semblable, à l'unité physique del'objet extérieur. C'est ce qui se fait au sensotium ou toutes les impressions convergent. Là tous les rayons de l'objet qui traversent nos organes, sont ralliés m un foyer commun où se reproduit limage, 1â représentation de la chose. C'est ce qu'on appelle la conception intellectuelle. Cette conception est la base ou la racine de la connais- • < sance et de la science. C'est le punclum saliens du règne animal, duquel part l'organc^nésie; c'est le germe de la graine à'ofk s'élancent la tige et la racine, et qui est le principe iiu développement; c'est le point saiiii de lii eri-

sbHlisation. La pensée avec tontes ses opérations tramile

sur ce fond, pour Texploiter et en faire sortir par l'analyse ce qu'il renferme, comme nous voj'ons la nature par tous ses agents eiciter au développement les germes fécondés, afin qu'il éxpoaent à la lumière «iu jour l€s trésors de vie qu'il» oontiennent. Noua ne p^nsons^ en effet, que pour ouvrir nos concepLicMis , les dévcioppcr, les étaler pour ainsi dire sous Tœil de i'espril, jusque dans leurs plus petites parties et dans leurs rapports les plus éloignés; puis, par une opération inverse, nous ramassons, nous ftisona rentrer les parties l'une dam l'autre ot noua résumons le tout dans une seule vue crenserable^ dans un si^nc, mcui l a 1 iusiar de la nalurc qui recueille dans la semence tous les résultats du développement de la plante. La condition fondamentale pour bien connaître, pour bieii savoir, est donc de bien concevoir et avant tout de bien sentir, puisque l'espi iL ne coniiait que ce qui fait iniprcssion sur lui. C'est par le sens et par la conception que pcchcni la plupart des esprits, même ceux qui pensent avec le plus de vigueur; et c'est justement ce que réducalion, l'inatruction ni le travail ne peuvent donner, pas plus que la culture ne change la nature de la scnu mu c\ L'art peut perfectionner ces dons de la nature, mais ii ne les crée pas, et ici encore nous pouvons dire au génie, au talent: qu'avcx-vous que vous n'ayez reçu?

La manière dont s'accomplit la conception intellectuelle, va nous fournir une nouvelle preuve de celte profonde vérité qui domine notre enseignement, et qui est vraiment la clef de la sdenee de l'homme et de la nature, savoir, que tous les êtres de l'univera sont régis par les mêmes lois,

lesquelles agissent consteminent, sous des fbnnes diverses, <bns tous les inondes et dans lous les produits de la vie, La science de la vie doit donc être partout la même au Ibnd, malgré ies Yariétës de la fonne; ei la Psychologie et. la Physiologie, envisagées de ce point de vue, reflètent Fune sur l'autre une lumière admirable.

La forme plastique, la capacité eonoerante de . l'esprit humaio est ce qu'on appelle V entendement. L'unique fonction de Tentendement est de concevoir des images et des idées. 11 est donc plus passif qu'actif dans la formalioa de la connaissance. Ixs opérations qu'on lui attribue gratuitement dauâ la plupart des logiques, comme le jugement, le raisonnement, la méthode, appartiennent à la raison et bou à 1 entendement. Il est le récipient de tout ce qui agit sur Tesprit. U est comme une matrice spirituelle où sont implantés tous les germes de nos connaissances. Cesl daus son sein qu'elles naissent, se développent et subsistent.

Cest à la psychologie \)uvc ou transcendante qu'il appartient d'expliquer la généalc^ie de Tentendem€^ty'et ses rapports hiérarchiques avea les autres fecttltés. La psydiologîe expérimentale ne peut en

affirmer que oe que l'obêervalloii interne constate,

sayoîr, que Fentendeaient esl le miroir vivaut de i'âme où vient se réfléchir tout ce qui raffeete. Cest ^iière lumineuse ait centre de laquelle isiège riiiaaie y l'œil psychique , qui par son regard ou son,^a^pn yisuel trace lui-même les bornes de son immde. L*enlendement est à Tàme oe que là eireônnrenoe est au point géométrique. H en détermine le développement; il eu circouscril le rayooaement. forage . de; Tentendement est donc celle d'un

Il n'y a point de lîiculfté de l'esprit humain qui ait été en généril moins coanue ou plus mal expliquée que l'entendement : on Vbi presque toujours confondu arec la raison , avec l'esprit , avec l'intelligence, avec l'âme elle-même, et cependant il y a entre les choses que ces mots représentent» vne différence trâs tranchée qu'une Psychologie eiacle doit fiiire ressortir. Dans presque.toules les logiques usitées dans lèsécoles, on lit qu'il y a quatre opérations de l'entendement: ridée, le jugement, le raisonnement et la méthode. Or de ces quatre opérations , si tan test que la méthode soit une opération. et non vne règle d'opération, une seule est propre à l'entendement: celle par laquelle sont conçues les images et les idées , la puissance de représenter en soi les choses qui existent au dehors. Les trois autres sont des manières d'agir de la pensée , et par conséquent dépendent de la Êionlté de penser, de la raison. Dans cas on prend l'eiUendenient pour la raison.

Lodbs a lait uo grand ouvn^ge intitula: &nu sur l'entendement kummn; il y traite ex profeuo la question de

l*origine de la connaissance , et il explique à sa manière taules les facullés de i^âme qui concourent à la former. Il est évident que l'entendement» pour iui, est l'àme ellemême, opérant par toutes' ses puissances, par tous ses moyens. Aussi ne détermine-t-it nulle part ce qu'est Ten^ lendeiiicnl par rapport à l'âme. Leibnilz, en réponse au livre de Locke, a composé les N ouvecuÂX essais sur t entendement humain^, où la même confusion se retrouve* Reid a écrit un traité en deux volumes , qui a pour titre: Eecherehes sur l^entendement humain, et il parle continuellement des fitcultés de renlendemenl, comme s'il était tout l'homme. Kant, dans sa Critique de la raison pure» identifie à peu près l'entelidement-(F«r<rtoiicl) aveo le jugement ; c'est pour lui la faculté de juger par concept pur ou au moyen des catégories. Du reste il a par&itement distingué cette puissance, inhérente à l'esprit, de ramener à Tu ai té de sa forme toutes ks intui^ons de l'expérience, pour les nkluire en une oonoeptioQ représentative, pour les rendre eompréhm» sOies. La faculté de représentation , ForstdUmgs^F'ertnô^ gen, comme disent les philosophes allemands, est ce qui répond le mieux , au moins pour la partie imaginalive , à ce que nous devons compi^ndre par le mot eutendernent^ Nous allons essayer de déterminer plus éuictement qu'est l'emendenent, tel qu'il se manifeste dans l'expé* -rience et autant que nous pouvons leconnaUre par Toi)» servatioii interne.

Les ol]jels que nous avons vus , connus , se reproduisent en nous par leur image, même quand ils ne frappent plus

nos sens, ot qiielqttsibss bien longtemps après qu'ils les ont affectés. Ces représentations des choses enstent donc

dans notre esprit , et nous avons jusqu'à un certain point Ul i'aculté (le les reproduire, pour en faire l'objet d'une considération noufcUe. C'est seulement de c^le maniéré 4|ae nous pouvons penser sur les choses que nous avons , vues; car on ne pense point au moment même où l'on sent « et voit : on pense après coup , et l'opération de i esprit s'applique à l'image de l'objet ei non à l'objet même. 11 y a donc en nous une certaine capacité , qui étant imprei^ sionnëe par l'action des objets extérieurs , et surtout psr la lumière qu'ils rayonnent ou réfléchisseui, a la propriété d'en former une image el de la reproduire même en leur absence. Or ce qui a la puissancë de former et de reproduire ainsi IHmage d'un d>jet) au moyen des rayons lumineux modifiés d'vne ceMaine manière , s'appelle un miroir. Nous pouvons donc allirmci que l'enientlt iuciiL, qui produit cet eliiet, est le miroir de l'âme; c'est-à-dire ee par cpioi elle peut représenter en elle, dans sa sphèce, les îma^m des choses qui existent hors, d'elfe. Mais ce miroir est spirituel et vivant, et comme tel il a un pouvoir que n'oiit pas les iniroirs uiaLérieis, c'est de reproduire l'image , même quand l'objet n'agit plus sur les sens, sinon à volonté et de primo abord, au moins quand il y est excité par ttne impression ou une perception analogues à l'objet. Quand donc nous disons que l'entendement est le miroir de l'ân^e, uous n'entendons nullement' foire une comparaison ou parler métaphoriquement; nous énonçons un fait positivement constaté par l'observation psychologique et par l'eipérienoe interne.

Si mainleoant nous Toulioiifl ajaiuter des %ure8 à celle consultation du lait» nous pourrions dire avec Locke cpie l'entendement ressemble à la chambre obscure des pliysU

ci.ens, dans l.i(juelle, avi mojcn d'un ccrLain an-aii freinent

de verres qui modifient les rajrons lumineux , les images des choses extérieures viennent -se peindre siv un plan avec tous leurs rapports, li est même probable que la oon^ ception de cet appareil a été suggérée , comme toutes les

inventions de l homme, par la nature à celui qui l'a inventé et qui en aura pris le modèle dans i'admirabie organisation de rœil» ou peut être même dans la constitution de rimagination. €equi est sùr» c^est que longtemps ayant que les physiciens n'eussent fait une chambre obscure, Platon l'avait déjà vue dans l'entendement humain. De là sa fameuse caverne où la plupart des hommes sont en-; chaînés, le visage tourné vers le fond. Là ils regardent les images des choses véritables, existant dans une r^on su^ périeure et qui en passant entre le foyer de la lumière et l'ouverture de la caverne, projettent leurs ombres sur un pian obscur. C'est l'homme considérant dans son entendement les types des objeta qu'il a conçus, à la suite des sensations et des perceptions sensibles.

Mais ce n'csl pas louL Cet admirable miroir n'a pas seulement la propriété de réttécliir les clioses extérieures qui affectent les sens^ il peut encore représenter en images les impressions qui lui arrivent du dedans, impressions spirituelles, psychiques, partant de l'intelligence et de l'âme, et qui viennent s'épanouir pour ainsi dire et prendre forme dans ce miroir magique. Par ce moyen noire esprit, habitué dès le bas âge à comprendre les choses ei\

images et par des formes sensibles» parvient à s'objecliver à iui-méney k peiadie tout ce qoi ie paM en lui» m peoaées les plus abstraites^ ses idées les plus subtiles, ses sentimems les plus profonds. Cest par ^entendement et

dans son miroir (|ue s'opère cette transforma Itou mer- YeâUeuse, qui donne à la pensée, à Tidée, au sentiment, un corps, une oouleur, un Tétenieat Là se trouTC l!origine de la poésie, de l'arC, même de la science en. tant que doctrine, c^est-à-dire de la manifestation de lldée ou du seniiment par la forme; car, sous ce rapport, lii science et Tart sont identiques et ne xliffèrent que par le but et les mojens.

L'entendement, comme la raison , comme l'homme hii"

même, est donc double; il a un double caractère, une double [onction, la même au fond, mais s*exerçant de deux manières à cause des deux mondes ayec lesquels il es^ en communication* £'i9st un niiroir à deut faces; l'une conveae, tournée vers le monde extérieur, reçoit les impressions sensibles et reproduit les images des objets , et dans ce cas, par les conceptions qu'il en forme, on peut dire qu'il spiritualise la matière, idéalise le concret; l'autre concaTe, tournée au dedans wm la nature psychique et intelligente, reçoit les impressions des dioscs qui y ■ correspondent, et nous les Aiisanl concevoir en images, sensualise le spirituel et matérialise jusqu'à un cerlain point l'idéal. C'est par ces deu^ opérations que l'homme, placé entre le ciel et la terre, conune un moyeu terme qui tient de l'un et de l'autre, peut accomplir la mission qu'il a reçue, de ic6 uait-, de les réconcilier, de les harmo- IMser.

D'après cela on peuL disiitiguer deux espèces d'entendemeat : fentendemenl ph^itpie^ en tant qu'il est en oom* merœ aTeo le monde physique et quil réfléchit les dioses malérielleB; Tentendement psychique , en tant qu'il est

tourné vers le monde intelligible et divin , et qu il est employé à reproduire en images, en symboles, les choses de Pâme et de rintelligence, les idéaui, les sentiments et les idées. Dans l'un et l'autre cas , il ne peut rien sans une lumière cpil l'édaire, comme le miroir ne forme point d'images, si les rayons lumineux ne i'atteignenl. ïl y a pour lui deux lumières, puisqu'il est en relation avec deux mondes, la lumière physique et la lumière spirituelle, la lumière de la terre et celle du oiel ; et bien que ces deux lumières soient distinctes, comme les sphères qu'elles éclairent, cependant elles tendent toujours à se fondre dans Tentoadement et ses produits; elles se pé^trcnt sans cesse, comme les deux esprits qui constituent l'esprit humain. En effet , l'dnfe est pour beaucoup dan» les conoep* tîons des choses sensibles , dans les images du monde extérieur, puiëqu'après tout c'eslellc qui voit par les sens, conçoilpar l'entendement, et ajoute ainsi sa vie, son regard, sa lumière, à la lumière extérieure qui colore les ; images. C'est ce qui les rend souvent plus vives, plus belles que la réalité, par la teinte idéale que l'àme donne toujours à ce en quoi elle se mêle. De l'autre côté, quand l'entendement représente en images des choses métaphysiques , par cela qu'il les revêt de couleurs, de figures, de fermes sensibles, la lumière physique y a sa part, et les symboles seront d'autant plus éclalanls, que les sens sont ' plus tmpressiaanables, el le inonde, avec lequel ils sont en

(ii)

rapport, p|u« vivant et piM6 b«au. Voiià pourquoi ie di* mat et la nature eitérieure ODt une si-grande iofluence 9Ut lepoete et sur Tartiste. '

L*âme fécondée par la lumière rayonne et -se pose aubatantiellement hors d'elle par aon i^ard ou par rintelligence, sa manifestation primitiye, sa première puissance. Lenleudemenl; circonscnvauL i iiitelligence, ou englobant son rayonnement comme la droonférence englobe le cercle ^ constitue donc une capacité spirituelle qui renferme en elle à priori toutes les Ibrmes générales particulières, bases de Q06 conceptions y ou autrement les germes de toute science et de toute con naissance. Ici se trouve la so* lutiou de la fameuse quesliou des idées inncesj agitée si infructueusement dans les écoles des derniers siècles , (kuted^une Psychologie exacte. Il n*y a pas plus d'idée inu'ée dans rentendement humain, qu'il n'y a d'homme inné dans le sein de la* femme; mais ïVutk ebïé comine de Tautre , sont des germes qui attendent la fécontlalioii pour prendre vie et se développer. Ici eucoi e est la source des jugements synthétiques à priori , comme les axiomes rationnels y les définitions mathématiques y et ces affirma-* Lions tiim^cv^uddutes, qui M>ut maixiuées tout d a-

bord du caractère de TuaiTei^l, de l'iafioi, de rabsolu«

La seconde condition, pour que la conceplion soit poff-

sible, est la préexistence des germes dans la forme maternelle; Car tout ce qui a vie sort d'un germe, vide, immobile ou mort avant la fécondation» et qui ne s'anime et ne se développe que par elle. Les germes du rè^gne végétal sont dans l'ovaire de la fleur; ceux du règne animal dans l'organe de la femelle; et le règne minéral paraît être comme une coagulation de germes, ou d'existences erabryonnéeSy qui attendent une espèce de libération, de déchainement» pour passer à la manifestation de la vie. 11 y a dans cbaque molécule minérale quelque chose qui est tout à fait analogue an germe, savoir, la base alcaline, qui ne peut constituer un sel ou une existence minérale complète, que si elle est saturée par un acide , unie à un esprit qui lui convienne. Cette loi générale du développement vital doit s'appliquer à tout ce qui natt dans l'ordre spirituel, par conséquent aux conceptions intellectuelles. Elles parlent toutes d'un germe, inhérent à l'entendement qui est la matrice de Tesprit; et de même que dans Tordre physique les germes de la mère et la semence du père sont un extrait de leur substance, une quintessence de leur sang et ainsi une image de leur natuj c et de leur organisation; ainsi le germe intellectuel est comme un extrait de l'esprit humain , une quintessence de sa nature, une image ou un représentant de l'âme elle-même. Tout ce qui est dans Fâme, tout ce qui est de l'essence de

Péspril doit donc s'y trouTer TÎrtuellenient, par eoflsé* quent la forme pure de Tâme, son caractère d'unité, de simplicilé» d'universalité , par quoi elle est Tiiuage de l'infini, la regiemblanoe de son auteur» Bien plus â'âme elle< même n'est qu'un germe diyin qui attend et attire la fè> oondation de son Principe, et si elle n'était en rapport qu'avec Dieu , eiie ne concerrait qu'une seule idée, l'idée de Dieu 9 l'idée de l'infini; comme elle n'aurait qu'un désir« qu'uneaffiection, l'amour de Celui dont elle est. Mais quand elle entre en rapport par son regard avec les choses muU tiples et finies, la lumière des créatures la féconde, non dans son fond où Dieu seul pénètre comme dans le saint des saints, mais dans ses puissances » dans sa forme, dans son entendement , et dans obaque particule de la semence lumineuse dont il est rempli. Car l'âme, en se déployant, rayonne une lumière qui lui est propre, et chaque point de cette lumière est une image du foyer dont elle émane, et peut derenir à son tour un centre de vie, quand la léoondation vient l'animer et le développer.

Chaque conception renferme donc deux éléments, l'élément subjectif qui vient du germe et l'clcmcnl objectif apporté par le fécondateur. Le premier est à priori a puisqu'il enste avant toute expérience, bien qu'il ne puisse se manifester que dans l'expérience. Le second est à posteriori, puisqu'il vient à la suite de la fécondation. C'est pourquoi, par la formation des conceptions dans notre entendement, nous avons le sens intime et nous pouvons acquérir la conscience de deux ordres de choses très divers, qui font les deux parties distinctes de la connaissance humaine : 1° La connaissance pure ou à priori qui

s'Affirme pat* des jugemênts (^tliéU(|ite9 il prhvi, par des

mats non fondées sur les faits et n*en teDant point leur valeur* Me r^lte de la conscience acquise par la réfleckm des formes puires el générales du développement de la TÎe et des lois qui y préskient » en tant qne ces formés et ces , lois sonl Inlicrentes à noire âme, à nos facultés, à noire eutetidement 9 el par conséquent à tous les germes qui s'y développent* Ces formes et ces lois étant universeUeB, s^appliquent aux cas particuliers de toutes les sphères» de tous les règnes, et c'est pourquoi les propositions qui les énoncent, axiomaiiqucs, dogmatiques, sans restriction , portent avec eiies leur évidence» leur force» et sont immédiatement reçues par le sens commun de tons les' hommes ^ par la raison et l'inteHigenee de chacun. Les mer ou seulement les contester, c'est mettre en question la raison humaine, c'est lui ôter tout moyen de s'exercer el de rten prouver. La science de ces formes et de ces lois uni* verselles est la nuithématiquêi la géométrie» science de la foilne et de ses rapports; l'arithmétique , science du développement de la forme ou de la loi He son mouvement et de sa progression. C'est à la nature de leur objet que ces sciences doivent leur rigueur» leur nécessité» leur nniversalité^ tant qu'elles restent mathématiques' pures. Leurs définitions premières sont les eipressions les plus simples des choses dont elles traitent; leurs axiomes formulent [es lois considérées d'une manière abstraite. Elles s'appliquent à toute génération» à toute enstence du ciel el de la terre, mais seulement quant à la forme el à la loi* Aussi unit œ qui eilsie pcnl4l s'exprimer géométriquement ou par

propositions apodicliques , posées

à Toccasion des faits,

ies nombres, el o^est pourquoi il esi dit que Di«ii â fyk chdque oboêe avec poids, mesure «I nombre* Les matbé-

maliques soiU tlouc une douLriiie Loiile sui)j(Xiive, en ce sens qu'elles sont la science de la subjectivité même des cboMS, ou de leur développement interne , en Uinl qu'il d^iend de la plastique du sujet ou du germe^ VolUl pourquoi leurs résultats sont indépendants de l'eipérience et des lails; car quel que soil le multiple ou la matière du fait, les foriaes pures et les lois resteront toujours les méoies, et ii n'y aura de ebangé que les phénomènes, les ciroonstan* ces du ddiors ou la parlle objeotiTe et réelle de fa TÎe: la partie idéale est immuablei

Mais il en va aulrcmenl, quand les mathématiques descendent à l'application pu dans Texpérience» c'est-à-dire, lorsqu'à la forme pure et abstraite s'^oule le Goneret, Tindi- ▼iduel du Aiit, la réalité de l'objet extérieur qui lëoonde le germe et lui impose son esprit et sa vie. Alors la conception qui en provient donne naissance à la seconde es jùcc de connaissance, à la connaissance Àpo^^mori ou expérinientalé* CeUenâ est néoeasairement miztef ooÉiplexCy relaUve, oon* ditionnelle, et la doctrine qui en sortira , identique au fond à toutes les autres par sa partie pure ou mathématique, deviendra distincte, spéciale, particulière, en raison de la nature de l'objet, de sa dignité, de son influence et de son rtipport avec le sujet Or l'àme biunaine ne peut entrer en 'rapport qu'avec troi9 sortes d'objets: Dieu son principe, les créatures intelligentes et la nature physique. Donc trois sciences à posteriori, ou une triple division de la science une, considérée selon son objet; la seienoe divine dont l'idée de Dieu est la base; la seienoe

lfitteHig(bl« ou philosophique dont l'unité, exprimée par lé

variété, est le fondement; la science physique, dont Tidéeprincipe est la force manifestée en muiUpUcilé. Dans oha* oune de ces trois sdenoes et dans leurs sous-diyisîons il y a une partie pure, àpriori ou transoendante, el une partie de faits, à posteriori ou historique. La première's'ëtablil en propositions dogmatiques, axiomatiques , catégoriques; elle est partout au-dessus de la discussion; c'est elle, au contraire, qui fournit les priucipes au raisonne» ment; c^est l'idéal ou la perfection absolue en toutes choBCS. De là les jugements nÀjftsaires à priori du théologien, du philosophe, de l'artiste, du physicien; de là les dogmes, les définitions premières, les axiomes, les aphorismes, les règles supérieures de l'art. La seconde se compose de propositions générales ou particulières, produits de Fobsenration et de l'abstraction , plus ou moins probables et toujours sujettes à la critique, à la contestation, parce qu'elies reposent sur des données sensibles ou d'expérience, filles énoncent ce qui résuite de l'action de l'objet sur le sujet, ou l'histoire du défeloppement réel et concret, toujours variable en raison de la nature de l'olijet et de ses rapports avec le sujet.

Ces considérations étant admises, la question des idées innées, telle qu'on l'a posée dans les écoles modernes, n'en est plus une, ou die se réduit à celle-ci: les germes de nos conceptions préexistent-ils dans notre entendement? La négative étant impossible, à moins de nier la loi universelle de la génération ou son application à l'ordre intellectuel, ce qui serait renoncer à toute philosophie sérieuse de la nature et de l'homme, il s'agît uniquement »

de constater pafrobsemtion comment le germe de telle

idée est fécondé dans rehtendement humain pour produire telle connaissance, telle science, de même que si TOUS Toulez connaître la yîc d'une plante ou d'un animal, il faut Tofaeerfer dans toutes les périodes de son dérelop» pement. Ce n'est donc plus qu'une 'question bîstoriquew \insi on n'a plus à décider entre des hypothèses contradictoires, dont Tune, celle d'Aiii^Lote, fait de l'entende- Aent une table rase, sur laquelle les objets impriment leurs es|idoes ou images, sortes de simulacres volatils qui se détaoberaienl de la surfiice des substances, pour se fixer dans notre esprit par les sens, comme l'empreinte d'un cachet sur la cire; dont l'autre place gratuitement dans l'entendement un dépôt d'idées toutes formées, ou, commeon dit communément, gniTées dans notîre âme, qui se manifesteraient successÎTement par l'expérience, telles que l'idée delà divinité, les idées du juste et, de l'injuste, du bien et du mal, du Trai et du faux, du beau et du laid, toutes les définitions premières ou premiers principes, toutes les données du sens commun. Il n'y a primitivement dans l'ésprit humain que les germes ou les formes pures de ces idées, capacités>ides d'abord et qui le restei ait iit éternellement, si l'objet qui leur correspond ne venait les féconder et les développer. Ces germes ne devieniient des idées que par' cette fécondation, et les idées sont plus vivantes, plus brillantes et plus larges dams l'entendement, à mesure que l'âme est plus en rapport avec l'objet, qu'elle est plus pénétrée de sa lumière, de sa chaleur et de sa vie. L'enfant qui porte en lui le germe de l'idée de Dieu , ne la concevrait jamais, et n'aurait, par conséquent ni foi en Dieu, II. 2

ni senUmenldeDieu , si l'influence divine n'agîmait sur son Allie : el plus celle action sera directe, imincilialc, profonde, [ilus, s li reagil, ii croira en Dieu; plus il le coiinaîlra cl l'aimera. Cbaquebomme a en lui legeme de l'idée de la vérilé, par conséquent le besoin de la vérité, et cependant si une parole de véirtté n'agit sur son esprit, si rinstruotion n'en excite en lui le ^oût el la faim, il l'ignorera corapléiemcnt, ne vivant que de la vie animale, sans développemau intellectuel et sans science. Mbus apportons tous en naissant les germes des id^ du bien et du mal, du juste et de l'injuste, el néanmoins si une parole d'autorité ne pose hi loi dcvanl nous eL en nous, si reaseigncmcnl moral ne vient pas nous apprendre à discerner les caractères opposés des actions humaines, le germe restera stérile, ridée ne se formera pas, et nous serons comme l'animal, iieut eguus et mulua quiius non est intelleetus, dit le prophète, appelant I>icn ce qui agrée à nos appétits cl mal ce qui les géne. Ëniin le germe de l'idée du beau est dans ebaciih; et cependant .combien peu conçoivent l'idéal de la beauté 1 C'est que .la* plupart ne voient dans la nature extérieure que ce qui se rapporte à leurs besoins grossiers, àleursinslincL.s, a Icuis scnsaiions. Ils manqut'uL d'unL; parole intelligente qui ouvre en eux le sens du beau, et leur apprenne à voir la nature d'une autre manière et sous une au|re fajoe, en les mettant en rapport avec ce qu'il y a de . beau en elle, afin qu'ild deviennent capables d'en recevoir et d'eii sentir l'influence. . : -

"sis*.

De même que rhoiume physique doit son existence mdiyiduelle à la iécoadatioa et au déTeloppcment du germe où il était en puissance dans le sein de sa mère, ainsi tous les germes spirituels, qu'il porte dans son entendement^ ont besoin d'être ac« Uotnnës pour entrer en développement , en existence déterminée. L'agent fécondateur de ce germe est supérieur ou inféi ieur à l'iiomme. L'agent inférieur est la lumière physique qui investit les objets sensibles, et agit sur l'entendement au moyen de ces objets, de nos sens et de leurs organes. L'agent supérieur est la lumière intelligible , qui investit les étrès spirituels, et pénètre dans Tentendement par la voie de l'iatelligence. Dans l'un et l'autre cas, c'est toujours la lumière , envoyée par les objets ou enveloppée dans la parole, qui féconde les germes intellectuels dans l'homme; car toute conception, toute image, toute idée, et par conséquent toute notion, connaiss«n€e et adeaoe partent originairement de la vision.

La troisième condition de la conception est une action fécondatrice. Or dans Tordre intellectuel et moral comme dans Fordre physique, partout, c'est la lumière qui féconde; car c'est par l'éternelle Lumière, par ie Verbe de

de Dieu , que tout a été fait et que tout est eoiiserré. La lumière panrieDt à l'esprit par différentes Voies. Celle qui arrive à l'entendement au moyen des sens est appelée physique ou sensible, parce qu elle tombe sous l'aperceptioii de l'œil organique; elle engendre en nous les types ou les images âfs choses extérieures. Nous avons montré précédemment comment le sens de la vue contribue le plus, à la formation des conceptions sensibles. L'esprit reçoit une autre lumière, pbysiqueiuent imperceptible, et qui cependant réclaire, rUlumine dans son intérieur et y engendre des conceptions très différentes des premières, des con- ' oeptions purement intellectuelles, à savoir, des idées universelles ou des notions générales. Cette lumière peut être appelée lumière spirituelle, intelli^ble, parce qu'elle est perçue par l'esprit, par rintelligence. Elle parvient à l'esprit de deux manières , directement ou indirectement. £lie arrive directement, quand elle n'emploie pas d'intermé* diaire sensible ou humain , comme dans les illuminations , dans les inspirations supérieures. De là les hautes conceptions ou les idées du génie , par lesquelles il devient fécond, puis générateur; car le propre du génie, comme son nom l'indique, est d'engendrer, et il ne peut engendrer qu'après avoir conçu, c'est-à-dire qu'il ne peut transmettre que ce qu'il a reçu, comme dans la génération physique, lé père communique la vie qui lui est donnée. Aussi les hommes de génie sont-ils vraiment les pères de l'humanité dans Tordre de la science et delà connaissance. Cela est encore plus vrai du prophète, de l'apôlre, de celui qui parle au nom et en place de Dieu, dont l'esprit pénètre son esprit, dontréternelle lumière, éclairant son in.-

teUigenoe, y produit des conceptions sublimes j^i tiennent du ciel et de la terre» et qu'il est obligé d'exprimer à la manière de l'homme pour l'instruction des hommes. . La seconde Toie est celle de la parole humaine , qui est toujours médiate, comme expression de ce qu i a été vu directement par celui qui parie et enseigne. La parole orale ou écrite n'est qu'un moyen de communiquer la lumière, de fiiire Toir et conoeroir dans et par la lumière. Aussi la première qualité du langage , du stjle, est la. clarté; et le but de l'enseignement est de produire l'évidence dans les esprits, en y faisant pénétrer la lumière. On ne parle que pour manifester, que pour mettre au jour ce qui était dans les ténèbres, et toute manifestation est lumière (Sb Paul, Éph. y. 13). La parole n'a donc de vertu que par la lumière qu'elle i en Ici me, et celle-ci s'introduit dans l'esprit par le véhicule du son et à travers L'ouïe. L'ouïe devient dans ce cas l'organe extérieur de la conception spirituelle. Le disciple conçoit sous l'action fécondante de la parofe du maître, et l'instruction ne lui profite que s'il a conçu. Ainsi se lait la propagation de la vérité dans le monde intellectuei, comme la propagation de la vie dans le monde physique, par voie de génération. H y a une paternité et une filiation selon l'esprit, comme il y a une paternité et une ffliation selon la chair et par le sang. Cest ce qui donne un caractère sacré à celui qui instruit, à quelque degré que ce soit, si sa parole est vivante, féconde, vraiment paternelle ou génératrice; car alors il est un àéAégué dé Celui dont toute paternité dérive dans le ciel et sur la terre (Éph., 111, 15) , pour transmettre la vie spirituelle et la multiplier dans les ànies, comme les pères naturels

sont des cassitix par oh la source de la vie s'épandie dans le temps » et se répand dans le monde.

L'àme , ou l'œil iaténeur de rhoiuiue, eu aspect .aTCC la lumière el touché par sou rayon, soit à travers les organes des sens, soit au moyen de Tintelligeiice, rëagil et rayonae vers la lumière et veifs Tobjet 4^ui reaToie. De celte actioa et réa^ction ré» ' suite une pénétration mutuelle. Les deux rayons se croisent, et par leur identification se pioduit le type de l'objet vers lequel l'àme a dirigé son regard. Ce type, conçue! posé dans rentendement, yit, se nourrit et se développe dans son monde comme le fœtus dans le sein maternel , en vertu de la force plastique inhérente à tout ^erme et à la fôf^mé q^m le jpiorte en elle.

La conception spirituelle s'opère d'après la même loi qpie la conception physique; la diffétenee n'est que dans les

formes. Quelle que soit la nature du sujclet de l'objet, sensible ou intelligible, il faut nécessairement qu ils entrent dans un rapport intime; il faut que leurs rayosis se pé* nètrent et s'identifient instantanément, afin de constituer un troisième terme qui les reproduise l'un et l'autre, et qui ^oii eu raison composée de ses deux facteurs, comme le produit de la muiliplicalion est le résultat de toutes les

unilés du multiplicande , pénétrées par celles du muili* plioaieur. Dans toute génération cbapun des deux termes qui y oonoourent, coopère avec toutes ses puissance», avec tous les éléments de son existence , et c'est pourquoi se re-

truuvciiL dans le produit oouuuuii les traces et cuuirne reffîgie des deux, combinées, fondues ensemi>ie avec la prédominance de Tun ou de l'autre. Dans la conception intellectuelle y Tobjel agit par son rayonnement : rayonnement de lumière physique , si c'est une diose sensible; rayonnement de lumière spiri Lu elle , si c'est un objet intelligible, rayonnement sonore, pluie de paroles ou rosée d'éloquence, si Ja fécondation doit se faire par le langage. Dans ces rayonnements diyers, il y a toujours un ngron principal, un rayon recteur qui en h\t Taxe, et qui allant ilin cLcmcnt au foyer même de l'enttiHkiiiLnt , sans elrc ni réllécbi ni réfracté parce qu'il tombe perpendiculaire* ment, perce, pénètre, porte la tî^, féconde. Mais l'action de l'objet n'est puissante, efficace, qu'autant que le sujet y correspond , que s'il est en aspect avec l'objet , et que par une réaction analogue, il se met effectivement en conjonction avec lui. C'est ce qui arrive par la direction du r^rd de l'âme; que ce regard se porte au debors,- par l'œil organique, pour se poser dans l'objet qui le pénètre, qu'il s'élance avec ardeur i>ar l'intelligence vers l'idéal qui le touche et l'illumine, ou bien qu'il réagisse par rouie vers la parole, que l'esprit absorbe avec amour. On peut donc dire en toute vérité que l'bomme est la mère de ses idées, puisqu'il les conçoit toujours sou» une influence génératrice, et il ne devient père spirituellement ou n'engendre à sou tour par l'esprit , qut^ a iX émet par la parole

ce qu'il a conçu , et porte anisi pdr Pei{Nr«88i<m ée Vidée dans l'enlenclemenl d*uià aulre la lumière qui Fa éclairé, la vie inteUeclueiie qui Ta pénétré lui même.

Du reste, ici comme dans Tordre pbjst<|ue, les voies, les moyens et les moments de la eonceptton ont toujfours quelque chose de mjstérieuY. 'Ël!e s'accomplit souvent à l'instant où l'on s'y attend le moins , quand l'esprit n'y paraissait nullement préparé, et elle ne se fait point quand on le désire le plus, quand on jr tend de toute la force de la volontéw L'homme de génie découvre quelquefois à l'improviste une vérité qu'il a vainement poursuivie par la plus ardente , {>ar la plus persévérante méditation; d'autres fois c'est une chose à laquelle il n'avait jamais pensé, qui se montre à lui toute éclatante de himière et d'évidence. H la conçoit en idée sous l'acUon die cette himière qui l'investit, et cette idée devient un principe^ dont lui ou d'autres déduiront plus tard de nombreuses conséquences et de riches applications. On dit qu'il a découvert par hasard , parce qu'on ne voit pas les agents supérieurs qui y ont concouru, ni la lumière «pii a fécondé son esprit.

L'artiste est saisi soudainement par l'inspiration ; il est pénétré, subjugué, ravi par une. puissance supérieure; c'est dans ces moments sublimes, dont il n'est pas le maître, qu'il reçoit la vie et conçoit sous l'influence de l'idéal ce qu'il doit réaliser par les moyens de son art Son génie, sa muse, sou inspiration de quelque nom qu'on veuille l'appeler, lui vient d'en haut.

Vous entendez un homme éloquent , ministre de la parole sacrée, philosophe, orateur politique, avocat, maître

d'éoole 81 TOUS voulez , peu importe le degré ou la forme ,

pourvu que sa parole -soit chaude, vivante, pleine <ie lumière et d'intelligence ou pleine Je sentiment et d'âme, ei tout à coup vous tous sentez dominé , pénétré, remué; quelque tliose est entré en tous qui a illuminé votre esjHrit ou toudié TOtre coeur. Vous réagisser instinctiTement , sans réflexion , presque sans conscience vers cette parole qui TOUS attire et tous charme; le rajon de la Térité tous atteint au milieu des flots de lumière dont elle tous inonde. Le germe d'une idée nouTelle est fécondé dans TOtre en- , tendement; tous aTCs conçu. Toitt cela se fait sourent si rapidement, avec un entraînement si vif, que l'es prit n'en sait rien ou au moins n'en consenre point le souvenir, emporté qu'ii est aussitôt par d'autres occupations et d'autres soins. Plus tard seulement, quand le germe commence à se dérelopper, à s'organiser et à làire sa forme dans Pentendcraent, la conccpliou devenant manifeste, attire à elle comme en un centre, l'attention, le travail de toutes les forces de resprit, jusqu^ ce que l'idée soit mûre pour se produire dans le monde de la lumière, par la parole ou par tout autre mojen d'expression.

Gomme Tentendemeat ne coanaii que deux agents fécondateurs, il ne peut y avoir en lui que deux espèces de coiiceplious : les, unes provenant de la lumière physique, émise ou réfléchie par les objets sensibles, ce sont les images; les autres provenant

de la lumière intelligible, eogQndraat dan» Teateiidément les types de rnoi^ereel et du nécessaire^ ce sont les idées qui correspondent auK idéaux.

Ces deux espèces de conceptions sont aussi diflérentes entre elles que les objets qui les produisent. Cependant dans la langue ordinaire et dans la plupart des ouvrages

de philusophie on les prend sans cesse l'une pour l'autre, on les appelle en générai du nom d'idée. Cet abus de mots, qui a sa source dans une confusion de choses, conduit à de grayes erreurs, et rend impossible la solution de la grande question de Torigine de la connaissance. On le doit à Técole sensualiste, qui ne voyant hors de l'homme que matière, en riiomme que sens et sensation, a dû rapporter toute idée à un objet matériel, et l'expliquer par la sensation. Il n'y a pour elle qu'une source de la connaissance, et tout ce qu'on appelle universel , nécessaire, aijsoUi, n'esl qu'abstraction, produit de la raison qui généralise ou transforme le concret on abstrait: cxpiicalion superficielle qui ne tient pas devant une psychologie sérieuse^ puisque l'observation interne constate qu'il y a en nous des conceptions universelles dès leur origine , et qui se présentent tout d alxKl ivee le caractère de l'infini et du nécessaire. Telle l'idée de l'Être, source de toute science, Hdée du souverain bien, de la perfecUon, de Tamour pur ou de la charité universelle, de la 'justice absolue, principe de la morale, de la vérité éternelle, de la beauté suprême, etc. Ces idées ne peuvent venir par lesfit^s qui ne pcryoivcat que du iiui, du particulier, du

contingent; et s'il n*y a que du fini dans les percepliouîi sepsibies, comment la raison pourrait-elle en abstraire ou en extraire rinfini? Ëiie9 «e fonoent donc par une autre Toie; elles sont produites par d'autres objets qui n'agissent point sur les sens , mais dont la lumière et Tinfluence pénètrent en nous par l'intelligence. Or, si des images qui existent dans notre entendement, nous oonduops Fcxisteuoe des objets extérieurs qui les produisent, pourquoi les idées ne nous conduiraient-elles pas à la même conclusion? Elles ont nécessairement leurs causes hors de nous comme les images, cl par conséquent l'existence spirituelle des idéaux ou des êtres inteUigibles est tout aussi fondée en raison que celle des corps ou des êtres sensibles.

Du reste, d'un coté comme de l'autre, la conviction de l'existence n'est pas le fruit d'une coiielusion delà raisou. Elle accompagne nécessairement la perception soit sensible, soit intelligible, et elle échappe à toutes les preuves ra> tionnelles. Celui 4|ui a tu une Ibis par le regard d« l'intelligence l'idéal du bien, du vrai ou du beau, et qui en a senti l'action, croità rexistmcc d'un liien absolu , d'une Vérité universelle, d'une Beauté suprême, autant qu'à sa propre existence, autant qu'à l'existence des choses de ce monde, plus même; car les idéaux lut apparaissent ayco toute la splendeur de la perfection, avec tontes les marques de 1 iuliui, commeimpérissahk s, éternels, immuables, comme ne pouvant pas ne pas être, tandis que les choses sensibles son t phéoQménales, contingentes, passagères. C'est de l'evstence bien constatée des idée^ que la raison a^ tiré le plus fort argument pour l'existence de Dieu , l'argument ontologique et psychologique à la l'ois. L'homme^ a l'idée

de.nfifini; Mie idée ne peut lui ▼enir ni des sens, ni par

abstraction, ni de lui-même, puisqu'il csl un êlre fini. Comme fait, elle doit avoir sa cause; sa cause n'est point en nous, a*est point nous, donc elle existe hors de nous, el au-dessus de tous ies êtres finis; donc il j a un être infini qui produit en nous l'idée de l'infini; donc Dieu eiiste, et il est en rapport avec nous, puisque son idée est en nous. Tout le sysLi-me étal»[i dans les méditations de Descartes , en ce qui concerne l'existence de Dieu et du monde , repose sur ce raisonnement, qui du reste avait déjà été développé dans le Manohgium de $• Anselme.

Dans le dernier siède, il s'est engagé une discussion assez vive entre quelques philosophes, au sujet des images provenant de la perception externe. L'école Ecossaise, représentée par le docteur Reid, a attaqué fortement ce qu'elle a appdé la théorie des iééei (elle aurait dû dire des images) , établie par Lodce et poussée ensuite à ses dernières conséquences par Hume, dans la vue de justifier le scepticisme. Hume disait: d'après Locke, nous ne valons pas les objets eux-mêmes, mais seulement les idées ou images formées en nous; or les sensations que les objets nous font éprouver, ne peuvent en aucune manière leur resscmblci ; donc nous n'avons aucun motif de conclure de l'idée à l'objet, et ainsi nous ne pouvons léelleaient connaître et affirmer que ce qui est en nous ou nos propres modifications. Donc, concluait-il» l'homme ne pouvant juger que ce quil connaît et ne connaissant que ce qu'il sent, il n'existe cm cfTet pour lui ni corps, ni esprits , ni âmes , ni substances, ni causes, mais seulement des phénomènes et des sensations. Reid a pris à cœur dans tous

ses ouvrages de combattre oette conclusion de Hume, et il * a cru la ruiner par la baae en niant le principe, à fiaYoir, l'existence de l'idée ou de limage dans la perception esc»

terne. Il a soutenu que celle imsige n'existe pas dans la réalité, que c'est une hypothèse inventée par les philosophes pour expliquer la formation de la connaissance sensible , et qni, loin -de l'expliquer,' en ayait au contrairecompromis la certitude, en fournissant au scepticisme son plus spécieux argument. Ueid affirma que 1 ()l)jet est perçu directement, sans Tinteruiédiaire d'aucune image, et ii en appela, pour prouver cette assertion^ au consentement de tous les hommes, cpii croient voir la cbose elle-inénie et non sa représentation.

LVet^Ie Écossaise, et en France ceux qui l'ont prise pour maîtresse et pour règle, ont adopté cette décision; ils Tont même prônée comme une découverte, et on a fait à Beid une grande gloire d'avoir réfuté complétonent le scepti* dsme de Hume en renversant la théorie Loekienne des idées. Il y a eu beaucoup de légèreté et peu de sens philosophique dans ces assolions. Reid n'avait rien découvert dé nouveau; ii avait tout simplement posé en. fait de sens commun, en premier principe, comme il dit, la croyance de tous les hommes à l'existence du monde extérieur. Quant à l'explication du fait, ce qui eût été vraiment une oeuvre philosophique, il n'en donna aucune, pas plus que ses successeurs. Il a dit superficiellement ce que Kant a eiposé d'une manière profende, saYoir que, quand nous percevons par les sens les qualités des choses, les phénomènes , notre esprit est invinciblement porté par les lois de la substance et de la causalité qui lui sont inhérentes , à ad-

mettre qu'il y a sous ces qualités une substance analogue à leur nature, ei dans celle substance une puissance de produire UÀ effet, de nous affecter de telle manière. À quoi •on a ré(K>ndu , et cette objection bat en ruiné la doctrine d'ÉooM comme cdlle de Kœnigsberg, d'abord que la per. ception sensible est un pur phénomène , une apparence qui dépend du sujet, de l'objet et de' leur rapport; puis, que les lois et les catégories de Teniendement, en vertu desquelles nous affirmons ta substance et la causalité externe > étant propres au sujet, n'ont en effet qu'une portée subjective, et ainsi point de valeur pour établir l'objectif ou Textériorilé. La solution de Reid aboutit donc au même résultat que celle de Kant ; le subjectivisme et le scepticisme qu'ils ont voulu réfoter Tun et l'autre, se sont trouvés confirmés par leurs attaques. CSes derniers efforts du rationalisme et du sens commun dans la question de l'extériorité , prouvent par leur impuissance qu'il y a des choses que l'homme ne peut pas plus établir que réfuter par sa raison , savoir, les principes mêmes de la raison; en sorte qu'elle tourne perpétdellement sur elke*méme, sans point de départ et sans terme > quand elle veut se les démontrer. La philosophie rationnelle s^est vainement agitée de tout temps dans ce cerclé vicieux, et on ne peut l'éviter ou en sortir que par le procédé transcendenul décrit plus haut, procédé ensdgné à l'homme dès Forigine par son Auteur, qui s'est fait connaître avec toute certitude, au moyen de sa lumière et de sa parole.

La force plastique inhérente à rentendement, par laquelle Tesprît reproduit la re[)ré8entatîon des choses qui onl agi sur lui, ou forme, avec les matéjûaux fournis par les sens, des combinaisons d'images qui n'ont point de modèle dans la nature, s'appelle imagination. L'imagination est, à piopremeut dire, la puissance réûédiiâsante du miroir inteiieclueK Sa perfeetion» comme celle du miroir, estd'étre pure et nette, afin que la lumière que les objets y envoient, n'étant point troublée dans son action, y produise des conceptions l^itimes, des types vrais et exacts. Quand Fentendement est obscurci , et il l'est quand les passions agitent l'âme, la lumière perd pour lui sayertu et son éclat, et son action sur lui ne pouyant plus être régulière, il en résulte des générations illégitimes, des conceptions bâtardes et fai^sse^ , quelquefois des monstres.

L'imagination, considércc comme faculté de l auie, est inhérente à l'entendement, ou plutôt c'est Tentendeaient luimême, en tant qu'il conçoit les dioses en images, ce qui est une de ses manières de concevoir. Toutes les fois que nous nous représentons en esprit un objet atjsent , et que les tableaux de l'objet et les circonstances où nous l'avons vu se reproduisent en nous, il y a exercice de (Imagination. Le

souvenir des dioses sensibles ne se coinserre guère que de et tic manière, par leurs images ; ce qui montre Fimportancc du séns de la vue pour la formation de la connaissance, puisque la pensée Iravaille sur les représentations des objets » plus que sur les objets eux-mêmes. U arrive souvent que l'imaginatioii excitée agît eii nous presque sans le concours de la volonté et «pielquefois malgré elle, comme quand un objet nous a vivement frappés, surtout s'il a éveillé dans notre àme un désir, une passion. Son image nous poursuit alors comme un fantôme, et il nous faut de grands eflbrts pour nous délivrer de cette présence opiniâtre, que tout ce qui nous entoure conspire à reproduire et à fortifier. Il I nit bien que dans ce cas l'objet ait laissé en nous quelque chose de vivant, qui se remuant dans notre âme comme un germe fécondé dans le sein de la terre, tend sans cesse k s'y enraciner, à s'y développer pour vivre de sa vie et s'aecrotti^ à ses dépens. Dans d'autres cas, l'activité de la volunLé cl Je Tosprit se mêle au ^ travail de Timagination, soit pour reconstruire l'image jou le tableau, quand nous cherchons à rétablir un souvenir; soit que nous tâchions de rendre par une image de la nature un sentiment, une idée^ une pensée, comme dans toute œuvre de l'art; soit enfin que l'es[>rit, voulaiiL manifester une combinaison de pensées qui lui est propre, des aperçus de rapports, rapprodie des images séparées dans la réalité , e(cn compose un ensemble qui n'a point de modèle au' dehors.

L'imagination peut donc être considérée en deux états: comme passive, lorsqu'elle représente purement et simplement les images des objets qui ont agi sur l'entende-

mmt par les sens, et alors eUe ne £»it <{ue réfléchir, à la manière d*im miroir , les rajons lumioeux enrojrés p«r ' les diOM; comme aedTe , quand l'esprit traTaille «Teo

bon concours, et construit un système, un tout, avec les matéi iaux qu elle lui fournit. Dans ce dernier cas l'imagination ne joue qu'un rôk secondaii^, même dans les œuvm où Ton aupppee oommunément qu'elle a la plus grande part etquVm appelle de son nom. Mai» sa fonction est en* core très-importante, puisque c'est elle qui fournît au tableau toutes les matières premières, qui prépare les couleurs et donne avec le plan et le dessin les teintes et les effets de lumière.

L'imagination seule ne fait pas plus l'artiste que la mémoire ne lait le savant. La science s'acquiert par i'intdliigence de Tidée qui domine et explique les faits, plus que par la capacité de retenir les faits et les détails, bien que cette capacité ait aussi une grande utilité. De même le génie de l'art n'est pas dans la faculté de reproduire un tableau, de le colorier Tivement, de décrire avec magniûcence, de présenter de brillantes images; tout cela est indispensable au grand artiste» mais ne le .constitue pas. Ce qui fait son génie, c'est Vidée, et l'idée suppose une haute intelU^nce^ capable de Toirl'idéal, une sensibilité we et profondepour le sentir, un entendement pur pour le concevoir, un jugement droit, un goût délicat pour discerner les moyens les plus propres à en e3q[>rimer la conception, à la revêtir d'images, à la manifester par la forme» L'artiste qui n'a que de l'imagination, pccliera nécessairement par la conception, par la composition, par la disposition du sujet, par toute la partie intelligible de TœuYre; il n'aura ni idée, n. . 3

oijogemenl» ni foûtf conune auMi oelni qsi aurait ces qualités supénettres sans b piiissanoe de l'inMigmation ne

serait pas ai liste, parce qu'il lui inanqaeniit un des éléments nécessaires de l'art, la partie de la forme, ou la feculté de mettre en tableau^ de manif^ter en images ce qu'il sent; ?oit et pense. Ainsi ia première condition de l'art', c'est le sentiment profond de son ol^; là secondé^ c'est une conception vij^oureuse et saine sou» l^lttfittenee de l'Idéal, une idée vivante; la troisième, c'est le travail de l'esprit pour mettre l'idée en forme; et la quatrième, ^est la beauté de la forme analogue à l'idée» L'imagination n'a guère d'influence que dans l'accomplissement; des deux dernières. C'est pourquoi les artistes se trompent fort et méconnaissent la dignité de l'art et la subliûiiié de leur fomstion, quand ils croient qu'il suffit d'imaginer ou de peindre la nature pour foire du beau. Le génie n'est pas un miroir, ou c'est un miroir magique qui a la merveil-^ leuse propriété d'embellir L mi ce qu'il représente. En lui * leréelvient se fondre dans l'idéal, etc'estceqin ouvreune Toie de progrès indéfini à l'art, qui, sous ce point de vue, est aussi une espèce de sacerdoce, de ministère sacré, puisque concourt oour sa part à rderer la nature, à la resuurer en y rétablissant l'harmonie et ia beauté primîtîve, en la ramenant à son diyin prototype, à l'idée de son auteur.

Les qualités et tes défouls de tlmaginatiofi reasonem de sa nature, qui est mixte & cause des deux mondes dont elle dépend. Miroir de l eiUcndement, qui est lui-même la sphèrede l'âme ou l'âme déploj^ée dans le cercle radieux de rmtelligence, elle sera toujours enraisoM de l'âme, de

son earalïtôre, âe m feculté» tft dè tout ce qui les modifie. De mkoe qu6 la perleclloii de la glaëè protient des ma-

Uères qui entrent dans sa composition, de la ()roporti(m de ces éléments, et de la combinaison cpie le feu opère entre eux par la fusion, puis de là manière de couler, de polir,- et de toutes les eireoustanoefr extérieures qui influent sur eei ôpëratiofisi ainsi le miroir de l'âfme dépend des ln« fluenccs c.vLci'icurcs cl |)liysif}ucs, de tout ce qui agit sur la vie morale et intellectuelle par le corps et par les sens, le cUoiat^ le sol, 4à position, le genre de nourriture, ia mànièrte à6 tmty toùtés les lulntudéi de Fexistenee à ié dtgté de éiTilîsatiofi. Outre ces modifi<ktions générales, il y en a encore de particulières qui se renouvellent sans cesse, et qui font de rimagination de l'homme quelque chose de très mobile, de très variable. Tous les états acoideutels de la vie, depuis^la sensation, le biesotA et l'appétit physique jusqu'aux passion» du cMr, SfttX opinons de Pesprit et aux sentiments de l'àuie, avec les mille circonstances qui s'y rattachent, vont se réfléchir dans Timagination, et la teignent pour ainsi dire de leuroouleur. Alors tout ce qu'elle conçoit et repr^ente prend cette teinlie, ét l'esprit est exposé à voir les choses sous un jour faux, ou au moins d une manière partiale et exclusive. Cela est surtout remarquable dans la passion, qui, comme son nom l'indique, nous rend passiH^ sous l'action d'un objet. La vofonté, rïntéfkigence, l'esprit, (^entendement, tout en nous est doiuinc pur cet objcL, et ainsi ce qui pénètre Jans noire intérieur comme ce qui en sort, subit son influence et est mairquéde son caractère: comme on voit un homme possédé par itte idée fiAè? qUr n'sr dé réalité ^ue dans son

e»pril rapporter tout ce qu'il Benl, p$nse et lait à oett& idée* et tout appr^er par elle* La passion a mmi sen idée -fixe, et c'est pourquoi elle est une espèce de folie.

Celui dont elle Q^he le cœur a nécessairement l'esprit troublé, l'en tendcment obscurci, l'imagination confuse; il est incapable de bien Yoir les cboses, de les concevoir régulièrement, de se les reprv^nter exactement» de les penser sainement. Dans ces cas, la lumière tombe sur le miroir de l'âme comme sur la surface d'qneeau remuée par le vent, comme sur une glace impure ou ternie. Les images ne peuvent être qu'inexactes, fausses, bizarres, sans rapport à la réalité, et de là les conceptions anormales, prodigieu* ses, chimériques, les espèces de monstres qui naissent dans l'imaginalion ile rhoiume, sous l'ioducnce de l'amour et de la haine, de l'espérance et de la crainte, de la colère, de l'ambition, de la superstition, du fanatisme et de toutes les passions qui bouleversent Tâme.

L'homncie ne peut concevoir et penser ce qui existe, que sous les conditions de l'existence , et c'est pourquoi les lois du monde deviennent lies lois de son esprit , quamd il conçoit et pense les choses du naonde. Or la condition première et absolue de l'existence du moude et de tout ce qull renferme, c'est l'espace où il est contenu et le lieu qu'il occupe dans cet espace, ce qui détermine sou ëtcodue. Chaque èUe tient sa place dans le lieu commua, el par son déve-

Iop])ement ou son extension se fait son étendue ou sa forme propre avec ses dimeiisioas et ses proportîoQS. Cette propriété, inhérente à chaque corps, de remplir dans l'espace un lieu qu'aucun autre ne peut occuper en même temps ^ constitue l'impénétrabilité des corps ^ base de leur indi?idualité.

La conception intellectueUe d'un objet sensible

eu tilaiiL l image ou la leprésenlaLion , la couccpliou de rétendue de l'objet, et de l'espace où il est placé, lui est nécessairement inbérenite; ou autrement l'image ne peut se former, sans que la conception de Tétendue et de 1 espace ne paraisse. L'espace est la forme pure et nécessaire de nos conceptions» parce qu'il est la condition absolue de l'existence^ H y a une étendue ialcl lisible comme il y a une étendue Tisible et tangible; c'est celle qui est propre aux images des choses conçues dans rentendement. Il y a un espace iulelligible, lieu général de toutes nos conceptions, comme il y a uu espace physique ; contenant général de tous les corps. C'est la forme même de notre entendement, qui , en tant qu'elle est celle d'un monde, a son extension et ses diniensious.

11 suit de là que les lois de la pensée, les lois logiques,

aont au fond identiques loift-de h nature; oe soni lés

mêmes lois, s'appliquanl à ci'auLres objets et opérant suus (les formes différentes , et aiosi une iogit^iue bien faite doit Gouuàder parfaitement avec une phjnique profonde. Vue de cette hauteur^ la seienoe de la pensée n'ifi plus rien d'isrbitraire, de conTentionnel , d'hypothétique. Elle a son modèle dans la nature, comme tout ce que riminmc invente; et les procédés de l'esprit, les opérations de la raison et ses méthodes, trourefit leurs prototypes dans les règles naturelles de la formation et du développement des choses. Ainsi, par exemple , Pi^tendue est une propriété essentielle de l'existence; car un être ne commence à exister qu'en se développant, c'est-à-dire en sortant du germe oit il était contenu virtuellement pour se poser au dehors , et se manUSester dans une Ibrme. Le point mathématique, d'abord imperceptible, invisible, abtme mys-

tei'ieux où soinmoili<j la vie, s'ex-tend en rayonnant, se déploie et couslilue sa sphère avec sej^ dijoeosions et proportions» Tout corps, yfvant se âiit donc fop éten4ue ; ik n'ieyiste qu^à oetlie pOiMition; c'est pourquoi nous ne pQU^ TOUS nous représenter une existence quelconque, sans que la conception <lc l'étendue et de l'espace ne s'y trouve nécessairement impliquée.

Il faut distinguer deux espèces d'étendue et d'espace. L'une tombe sous nos sens , nous la percevons à la fois par le toucher et par la vue; c'est l'étendue visible et tangible que nous attribuons aux corps, aux choses matérielles. L'autre échappe à la perception externe; mais elle apparaît au sens intérieur» à h conscience, toutes les fois que nous nous représentons dans l'entendem^t soit Ifs objets

pliysîquês qui ont aiecië nos sens, soit les objets spirilucls ti métaphysiques qui se laissent symboliser ou revêtir de foroies dans le miroir de t'imagination. Ck^iui qui obsenre le cid et les astres, qui oonnait les lois de leurs monTeneots, porte éam m téle lo i;fslème du monde; il CBsbrasscdans son horison intellectuel le monde planaire avec toutes ses parties et leurs rapports, avec leurs dimensions et leurs proportions, puisqu'il peut les calculer ra- UonorileBieBt et les déterminer dans son imagination. Il j a donc en nous un espace imaginaire , spirituel , InteHi^ gible, tel qu'on voudra l'appeler, mais enfin un espace qui a tous les caractères de Tétendue extérieure, sauf celui d'être perceptible aux sens externes. De là une multitude d'eiptessions» usitées dans le langage ordinaire^et qui ne sont nullement des fibres ou dissmélapliores. Un esprit vaste , un entendement large, sont à la lettre vastes et lari> ges dans l'ordre spirituel; coiiiiiic un pcLÎL esprit, un enteademeet étroit, sont en effet étroits et petits; car les pre* mtersy par un regard puissant, tracent autour d'eux un immense boHzon , dans lequel ils embrassent beaucoup de choses, et où peuvent se former et se déployer des conceptions grandioses: les seconds, qui ont la vue courte, s'enferment dans un cercle resserré, et par conséquent ils ne peuvent ni voir loin , ni concevoir grandement , ni saisir un grand nombre d'objets à la Ibis. Certes on peut parler de la iu) Il Leur, de la largeur, Je la profondeur d'une pensée, sans prétendre pour cela qu'on doive la mesurer au pied et à la toise. Il y a donc une grandeur spirituelle ^ avec ses dimcnams, ses proportions et aes rapports, qui ne sont peint les dimenssons» les proportions et les rapports' de la

grandeur matërieUe. Biais cnlre ces deux prdm de ohoees dont se compose runiyers , il y a une analogie intime, une

OOn^espumlancc continuelle, en sorte que les uiémes mois sont employés avec justesse pour les désigner , malgré la diversité de leurs formes. C'est surtout dans l'imagination de l'homme que ces deux mondes se rencontrent et se pésètrent, se reflétant pour ainsi dire Fun dans Pautre avec leurs propriétés, leurs qualités , leurs formes et leurs lois, devant i'ceil de l'esprit qui cherche à les expliquer Vuu par i'autreb

La coQceptioa de Tespaoe n*est point uq produit de la sensation ni de Tahstraction rationnelle. Elle

se forme spontanément , aussitôt que Timagination entre en exercice et ayant toute réflexion. Elle est à priori en ce sens qu'elle n'est ni déduite ni induite ^ et que Texpérience, bien que nécessaire pour la faire naître, n'ajoute rien à l'évidence et à la certitude qu'elle porte avec elle. £Ue est la base des axiomes et des définitions géométriques. Élevée à l'infini par rinlelligoucc , laculté de runiversel et de l'absolu, elle devient l'idée de rimmensilé ou de Tëtendue sans bornes 9 qui dépasse les sens, l'imagination et la raison.

La psychologie expérimentale doit constater rapparition de la conception de Félendae et de Fespace, en eipliqnant

la laeuité de Tesprît qui sert principalmeiit à la former. Elle y leeonqaU à son orî^ne oe oaraclère de ntessité » d'unÎTcrsalilé qui distingue tout ce qui n'est pas phénoroé-

nîcpie ou abstrait. Ainsi se iiioiilrenl priiiiiLiveiiiciU toutes les conceptions pures , qui servent de bases à la connaissance humaine; ainsi se fondent tous les jugements syn» thétiques à priori ^ principes de la science et des sciences. Dans la logique, nous examinerons la valeur de ces conceptions cL du ces jugements, compara livemciiL aux conceptions empiriques, aux notions abstraites et aux propositions contingentes et relatives; et quand dans lapsychologie transcendante nous considérerons rintelllgence plus à fond, dans son rapport «wec son principe subjectif et objectif, nous parlerons plus au long de Vidée de l'immensité ou de l'espace pur, produite, comme toutes les idées, par l'action de rinfini se réfléchissant dans notre âme sous plusieurs formes» Tarîées quant à leur mode d'expression 9 mais unes par oe qu'elles expriment.

Le temps est aussi une condition nécessaire de Texiâtence; car toute ezisteace créée se pose par dé- Teloppement, et le développement se fait par succession; tout est donc tempoiaiie daus k niojide: le moade lui-même est une figure qui passe. Comuie il y a une Tie générale de la'nature dans laquelle est comprise layiede chaque être particulier, ainsi il y a un temps commun^ déterminé par le mouvement

OU le dérdoppeinent de cette fie eomminie, el où

chaque être se fail soq temps propre ou sa durée. Daos diaqiie existeoce, néanmoins, il y ^ quelque chose de fixe et de un qui persiste sous les yariations

de la forme, au milieu de la succession du icmps, et qui constitue Fidentité de Têlre dans 1^ phases diverses de sa dur^e.

Dès qu'un germe est animé par k yîb , il rayonne * m développe. L'effet du développement est de poser an dê^

hors , d'exposer ce qui était enveloppé ou enfoui au dedans, de faire passer la puissance en acte, de réaliser ce qnt était virtuel» La YÎe va donc partout de l'être à l'exis-* tfinoe» de l'obsciiF an otair» de la nuit au jour» des ténèbres i la lumière, du métaphysique au physique^ Tout oe qiii se manifeste csl lumicrc, et Loulc luiaicrc est tli-veloppcmeanil. C'est pour(iuoi la Genèse, décrivant la création et ses pé^ riodes, dit de chaque jour qu'il fut fait du soir an matin; expression très profonde dans sa simplicité, parce qu'elle indique ezaclement là marche des choses. L'Évangile, complément de la Genèse, annonce un dernier jour oii tout ce qui était caché sera mis en lumière, et ce jour qui sera la consommation des siècles, sera aussi le dernier de la création temporaire; car alors tout ce qui avait été mis dans diaque être sera manlissté; toute semence aura donné ses fruits; toutes les conséquences seront déroulées et comme épanouies, en liaison évidente avec les principes qui les am ont posées. Ce jour est appelé le jour du «lugement dernier, et cette dénomination est ife la pina grande ri*

gueur, même au< yeux du philosopha , puisqu'en offiel en jour il «ara rendu à ehacuo snhant ses ouvres» ou plu-» idt 4ÇSOMm^ lui rtmeBdrpDl «tec toul ce qu'elles auront produit, et il devra en porter les suites, parce qu'il en a été l'auteur; à chaque cause seront attribués et restitués i^^ts qui en seront sortis ynon-^seulemenl pendant Fe»s~ taage indîfijnelle Uk eausè, mais encoie à trâws la suite des temps jusqu'ià.la fin. Or ees effiats paraissent' suc-

cesdivemenl; ils se poussent pour ainsi tlirc l'un r;mtre, cL (orment un^ chaîne mouvante de phénomènes dont la sucwm istemnipiiè tanl que la yieest en en^roiee, cewitîlnelelempa. On ne peut coneév^rlTaiiëânlissenient, ou plutôt la cessation du temps, que par la terashnaîson du développement, quand Têtre est pleinement manifesté par une forme ^d^uate à son fond. Le caractère du temps ^ U mobilité» flamme i^mnutabilitéesl celuLde i'éteniité; 8t«bîy té fiarfeite , fiitilé înébrâknlalilfi que noua ne pettwis DOW représenter en ttiûon ayee la m dans notre ëtat présent i où le temps est la forme nécessaire de noire manière d'uNi^r, de conc^Qîr et de penser. A lUeu seul, à CkUù qtù eil par iMÎHiiânie et qui n'attend ppînt ses complément d'iin développement* snegesaif» màîs- qui jeiiit éternellement de la plénitude de aa nature, apparttent essentiellement celle sainte immulabilîlé; cl la créature y participe par la communication de sa grâce» par reffusion vO' loBtfti»^ d^ soni amour } qui peut seul remplir le yide de r^nie ét complé|e^ son existence.

Le temps^, comme succession, esl une transition, un pa&sage, un mouvement continu. Donc loul ce qui vît S0U& 89 Ipi, ou par déveioppement , est dans une mobilité

perpétuelle, dans une inoessante agitation. Cest pourquoi il n'y a ni repos ni stabilité ft espérer iet-foas, où tout ondule comme une mer soulevée, fuît comme le courant du fleuve» file comme Tétoile qui tombe. Aucune existence n'y reste stable et ferme; elles naissent et périssent , croissent et décroissent; elles ne TÎTent qu'en mourant » trarersant rapidement la scène du monde qui change élle-niéme à cli ique instant. L'homme est bien insensé d aUacher son désir, son cœur, son bonheur à ce qui passe , et de s'imaginer trouver du rqpos et une joie durable dans cè qui lui échappe sans cesse. Son ftme, faite pour l'infini, s'effime de le saisir dans ce qui est fini; l'illusion de toutes les passions humaines est de croire le posséder, d'espérer en jouir, quand tous leurs efforts n'aboutissent qu'à en poursuim vainement l'ombre. La parole chrétienne qui pro* dame si- haut et de tant.de manières la vanité des choses terrestres , pour empêcher l'homme d'y poser son cœur, et pour le tourner vers ce qui est éternel, est donc profondément philosophique. La morale sublime qui en ressort, et qui prêche à'l'homme, comme la voie de la perfection et du bonheur, le renoncement vofontaire à tout ce qui passe, n'est donc ni une exagération pieuse, nî un ÎUTO de morale; c'est l'application logique des données delà science la plus profonde de la nature et du monde, à la conduite de l'homme et à la direction de sa vie.

Chaque esnstence se fait son temps par la succession de son développement , bien que toutes n'en aient point la eojiseicncc; comme chacune se fait son étendue ou sa forjne propre , au milieu de l'espace général. La durée particulière de chaque être constitue son Age. £Ue s'ap-

précie par comparaison avec ie temps plus générai du monde auquel les existences appartiennent; car diaque monde a sa vie propre, générale relatÎTement à tout oe qu'il renferme dans son sein , particulière en face d'un système plus yaste où il eât compris lui>méme. Il a son développement, marque aussi par la succession de ses principaux phénomènes» et c'est par les phases de ce déreloppement et le retour de ces phénomènes que son temps se détermine et peut être mesuré. Les moiirements périodiques des astres, de ceux surtout qui sont le plus en rapport avec notre terre et dont les révolutions sont plus apparenieçy puis la vanation des saisons» ^ les faits les plus remarquables de la vie de la nature qui dépendent aussi de la marche du soleil et des astres , nous fournissent les grandes divisions du temps. Nous verrons tout à rheure comment s'acquiert la notion de la durée» qui ne se trouve ^e dans les êtres intelligents» quoique tous les êtres ytrent dans le temps et aient leur durée propre.

Tout ce qui esL soumis au. temps est nécessairement instable» périssable, en fluctuation continuelle, condamné à mourir » et cependant» sous cette fluctuation et au milieu de la mort» il y a quelque chose de fixe qui échappe à nos sens et que nous sommes obligés d'admettre comme la base du [ existence individuelle et générique. L'individu change perpétuellement de (orme ; il croit et décroit dans tous les sens et par toutes les TOies» il ne reste pas deux instants de suite le même extâieurement. Néanmoins nous sommes persuadés que c'est toujours le même individu , tant que la mort n'intervient pas, et nous agissons à son égard a?ec la conviction complète de son ideuLité» iden-

ttté «lue notM frecomiaisadiis waêam tux choses fkyàqfm^ inoi^niqttes^ bifin que nous ne puînîoiu pas dire netti^ ment en quoi elle cbnsistei Dans jinè existeiice m^ni0ée,

dans un végétal ou un animal, nous la supposons inhé* fente au foyer de Torganisinc, au principe vital, quel qu'il 8oit 9 et là l'ideolité de l'individu se perd dam le mfiÊèrt du princi|>e un qui ranime* Quant aui corps înorgani» ques , minéraux, sels , terres , ba^ al<Atines , il Aiut bM qu'il y ait en eux une plastique centrale, une molécule mère, fojer d'attraction el d'£^;grégation pour les autres et qui en devienne le oentfe de gravité et d'action. Il aeraU difficile de oofioeroir autrement la raison déteMiinante d'une cristallisation.

Mais ce qui est bien remanjuable, c'est la permanence de l'identité générique, à tiavers les générations et au . milieu de la vajfiélé de» etpèoés et des iaidividus. Toutes les eiistenoes qui sortent d'une même semencv sont nar» quécs du même câracLcre, qui les dis lingue d'un autre genre, d'une autre espèce, d'une autre race. Elles se ressemblent par le dedana et par le dehors , dans le développeiDent de leur vie el dans Isur forme; elle» obéi«* sent aux mènes lois , solit soiÉniaes ave mtoes hifloenoes et produistJiU des résultatii scinblablfs , en sorte qu'on peut les regarder comme un seul être , i être générateur ou le genre 9 mantfesié par mille formea diverses, tou-> jours le même et toujours différent soob ebacmoie^.G'eBl CQ qui lait l'unité et la solidarité dea genres j deéeMeee, des races, des familles. Les caracicrcs primitifs des genres et des espèces ne s'effacent jamais dans la nature ; ils se développent ks uns à coté des autre» sans se eonfonh

dre» lit le» raoèB ne «e «inliîplienl qifà celte eoDditioii^ Les mélanges que la scieDce, l'art oil le cliiprieé de Hioohine

tentent parfois, ne lont que contrarier la naUnc pour quelque temps, eu troublant ses opérations et taussant ses produits. £lle reprend bientôt son eoufs, et se remontre avec son type ordinaire; il jr a encore là quelque chose d'immanent, que nous ne pouvons saisir en isoi et qui ne se révèle que par ses effets. Par ces points mystérieux le monde physique communique avec le monde métaphysique; ce sont les ncBuds cachés où ils s'impliquent l'un dans Tautre. Il appartient à la philoeophte transcendante^ appliquée à l'étude de la nature, de scruter ces mystères qui ne peuvent être éclairés que par une Uunière supérieure, inaccessible aux sens, à l'imagination, à la raison , nouê qui est perfue par Fintelligeaocf ou sentie par la foi. L'eiplication phihMophiqiie de cette «picstion profonde est indiquée dans ees paroles de la Genèse: GetmU ueL Lena herbam virentem et facienieni semen, el iignum pomiferwn facims Jruçlum juxta genus suum, cujus semen in semetipto &t super ierram (Gen. » cap« I, t» 1 1).

Les êtres n'existant ici-bas que sous la condition du temps, il est impossible à notre esprit de les conceYoir sans eette coaditioa : ea d'autres lermes, le temps cotnme Tespace est une forooe oéoessaire de QuUe faculté de concevoir. Or la puissance par laquelle reoteodemenl se représeote ks dioses dans

letempeouaous la forme du temps, s'appelle ÏAtnémoire. Par la mémoire, reotendement peut conserver en lui les conceplious qui j out été formées, en sorte que quaod elles sont reproduites par Timagination, Tesprit les reconnaît èt se rappelle plus ou Uioius exactement les circonstances qui ont accompagné leur formation ou qui ont signalé leur réapparition; de là la réminiscence et le souvenir*

La réminiscence, et surlouLie souvenir qui en est le complément, est un fait très complexe, qui se résout par l'analyse dans les éléments suiyauits :

1^ Réapparition d'une concepticm ou d'une image devant l'œil de Tesprit.

2** Conscience que Tobjet représenté a déjà été tu et senti : reconnaissance de l'objet.

3® Croyance spontanée qu*un certain temps s'est écoulé entre le moment de la première conception et celui de sa reproduction i notion de la durée de l'objet.

4** Croyance spontanée que l'objet est resté le m^me à travers le temps, et malgré les mutations de «91 forme : notion de l'identité de l'objet.

5° Croyance spontanée que nous, qui nous souve- . nous d'une chose» sommes les mêmes qui Tavons

vue précédemment: cooscience de l'identité perfionnelie. du moi.

Saas le concours de ces éléments , le souTënîr est

impossible. Le manque d'un seul paralyse l'exercice de la mémoire.

La mémoire est au temps ce ^ue Hmagination est à l'espace. Sans ces deux facultés , Fentendement ne pour^

rail accomplir ses ibaciions, ni fournir des matériaux à la pensée. L'imagination est pour beaucoup dans la formation de la conception, soit des objets physiques qui ne peuvent être conçus qu'en images , soit des choses métaphysiques , qui ont cependant besoin de revêtir une forme, un symbole, un signe, pour être saisies par 1 esprit. La mémoire et Timagination fonctionnent presque toujours de concert et se soutiennent l'une l'autre. L'imagination aide puissamment la mémoire, en lui représen- « tant en images et en tableaux toutes les parties, toutes les circonslauces du souvenir ; c'est surtout par elle et en que les faits et les pensées s'associent et s'enchainent. Sans la mémoire, l'imagination serait peu utile au dév^oppement de l'esprit , puisque la réfleiion et la pensée portent presque toujours sur les images des choses qui ont affecté précédemment nos sens, et que le souvenir reproduit comme antérieurement connues. Un caractère bien tranché les distingue : l'imagination peut présenter des images sans aucun rappel du passé, sans que la reconnais sance s'y joigne; c'est un tableau, une iigure , un phénomène^ objet de l'appréhension simple de Tesprit. Il If. 4 '

en a milte de ce genre dans Tentendeinent dé Partiale; oe sont des formes pour eiprimer son sentiment , son idée^

Dans Tacle de la mémoire, avec l'image il y a un jugement que l'objet a été connu, et la conception en est rapportée à tel lieu , à tel temps* à telles causes ; c'est la réminiscence ou le commencement du rappel* Gomment tant de conceptiotts^ d'images, dldées, de pensées, de signes, se conservent-ils dans l'cnlendemenl et sont-ils rappelés par la mémoire, c'est ce qu'il est impossible d'expliquer. Il n'^ a aucun doute que toutes ces cboses ne soient dans notre iéte, comme on dit Tulgairement, puisqu'elles »*j mon* Irent dans Toccasion et au moment où Von y pense le moins; et, ce qui c&l remarquable, les conceptions les plus anciennes» celles qui ont été formées dans Teniance, aont les plus tenaces et se reproduisent avec le plu8.de vÎTadié après un long temps et surtout au déclin de la vie. Que deviennent-elles dans Tîntenralie? Il serait par • trop grossier de voir dans l'entendement un magasin d'images, de tableaux et de décors, et cependant il est in* contestable que toutes nos représentations et tous nos ■souTcnirs j sont contenus, au moins wtuellement* Puis nous voyons ces cboses animées d'une certaine vitalité: elles croissent et décroissent. Ainsi un souvenir apparaît d'abord vague, confus, c'est un point à peine perceptible; par le secours de llmagination, par le travail de la réfieiion, il se forme peu è peu , grandit, se développe en parties distinctes, et finit par s'exposer vivement et complètement. Par contre, les souvenirs les plus nets s'aÔaiblissent, s'obscurcissent et disparaissent avec le temps, Jusqu'à ce qu'une nouvellé excitation les réveille et les ra^

niiiie. 8ou» ce rapport Pimagiiiatioii et la méinoire rea» aeflBbkmt fort & ees appareHa de fentaamagorie qui font

surjEpr d'im point des spectres immenses , et qui les y font rentrer graduellemeoU Là, comme partout dans l'homme ^iriiuely on aent m abtme que notre raison ne peut aonder. Ce qu'il y a de conoeptiona et de panaéea de tout genre dana l^entendement dPun homme même médiocrement instruit, qui vit au milieu de la société, est inimaginable^ et ce qui est prodigieux , c'est que toutes 'oea dioaea ne ae mêlent point et que l'eaprit avec un peu de réfleiion et de méthode , les retrouTC quand il en a besoin.

Ce qui confond encore la pensée, c'est la complexité de la moindre opération, de la plus simple modification de notre âme» Dana l'ordre physique noua ne- trouvons k simplicité nulle part, pas même dana le rayon de lumière ^ luul est composé pour nos sens, et nous ne pouvons assigner un terme à la divisibilité de la matière. U en est de même des fails spirituels; la sensation est nécessairement composée de phisieurs éléments» dont les uns sont fournis par le sujet sentant, les autres par l'objet seiJli et par tous les mLermédiaires ([ui servent au sujet pour agir sur l'objet: elle est donc un produit mixte» puisqu'elle résulte de l'action de plusieurs termes Le souvenir est encore bien phis compliqué; car tous les éléments que nous a^ons énumérés s'y retrourent» et Pabsenoe d'un seul le rend impossible.

La réminiscence et le souvenir sont les deux degrés d^in même &it* Au premier degré» il y a rapport au passé» fcconnaissanoe, maia irague» conihse» sans pouvoir

délerudiner lesiaroonsUnces de temps et de lieu. C'est Je commeocement de Taote de la mémoire; et il y en a aaaei pour exciter l'esprit à rëflédiir , afin de ressusciter pour

ainsi ilijo dans l'imagina lion les caractères et les signes rcmémoralils qui manquent. Cela nous arrive jQurneiiement à la vue d'une personne ou d'un i^jet que nous crojcons avoir vu ou connu antérieurement , sans pour voir nous rappeler où , quand et comment. Le souvenir se complète par la déler aiuiallun de ces circonstances. Il est plus ou moins exact, suivant qu'il coïncide plus ou moins avec le passé.

Nous avons parlé tout à l'heure de la manière dont se

forme la notion du temps et de la durée. Il suffit de mentionner ici qu'elle se développe dans le premier acte de la mémoire.

La notion de l'identité paraît à la suite de. la notion de la durée; elle en est un corollaire nécessaire. Nous ne

pouvons concevoir qu'un objet dui c, sans juger qu'il reste le même dans tous les moments de son e.xislcuce, bien qu'il change perpétuellement dans sa forme et par l'extérieur. Sans cette croyance irrésistihle, la mémoire deviendrait inutile, la connaissance et l'expérience seraient im-possibles. Noire vie recommencera il a chaque instant et ne serait plus perfeclible. Il n'y aurait plus de base à la vie humaine, qui, puisqu'elle est un développement, doit avoir une suite, un enchaînement par lequel l'unité subsiste au milieu de la diversité et dans la succession. Sur cette chaîne se pose et s'étend la trame de noire existence intellectuelle et morale; et notre conduite extérieure, notre marche au milieu du monde ne peut être ordonnée.

fixée et fl^tématuée par ta raison, que ai noua crbycma

à ridenlilé des êtres qui nous cnloin ( nt, et à la constance des lois qui les régissent et règlent nos rapports aTec eux. La conviction de cette identité est la garantie de toutes nos aflfeclions, de toutes nos espérances. Elle est notre consolation, quand la mort nous enlève ceux qui nous sont chers; nous avons l'assurance insLinclive qu'ils n'ont point cessé d'être, et que nous retrouverons un jour les mémes'personnes que nous avons connues et aimées.

Mais à quoi nous servirait de croire à l'identité des objets extérieurs, si nous n'avions la conscience de la nùLie? L'identité de notre moi est le iondcment de toutes les opérations de la volonté et de l'intelligence, qui se composant d'actes successifs et se partageant ainsi en plusieurs points du temps, n'auraient point de lien ni d'unité, si le moi ne restait le même dans chaque partie de la durée. Le plus simple jugement deviendrait impossible, puisque nous n'aurions plus où réunir les deux termes pour les compairer. A plus forte raison ne pourrions-nous faire un raisonnement, établir une démonstration, lier un discours. C'est pourquoi ceux qui perdent la conviction de leur identité personnelle deviennent incapables de réfléchir et de parler d'une manière suivie, avec conscience de ce qu'ils veulent et disent. Leurs paroles sont incohérentes, flottantes comme leurs pensées et leurs désirs, ainsi qu'on le voit dans les aliénés, dans ceux que l'ivresse a privés moiiienlanément de l'usage de la raison, dans les eniknts qui n'ont point encore la conscience distincte de leur personnalité, et enfin dans chaque homme quand il perd cette conscience

par Teffisl dv soanbeil^ de réTanouîMemml ou de toill

autre aciiident du même genre. Dans ces cas la mémoire défaitle avec le sentiment de 1 iilenLilé du moi. Il n*y a plus ni suile» oi ordre dans les images et les faits qu'elle peut encore reproduire* L'etfMril les oonfond aYeo lea phénomèoes qui affeclent lea aensy et il en réiulte un aaaembiage bizarre, quelquefois monstrueux , dont la combinaison est presque toujours déterminée par la pensée ou te désir qui préoccupe Tesprit ou domine la volonté.

Mous aTona anahjrsé Tacte le plua complet de la mémoire, le aouTCnir. Il noua reste à voir comment Ifèierctee de la mémoire se perfeclionnc, l L j)ar quels moyens elle coopère à la consolidation, à la syslématisation de la connaifiMnee.

Tout ce qui a été conçu dan» reoteadement j sufaeiste plus ou moiiis longtemps , en raiBoii de la force de rimagination et de la mënnoire. Les conceptions de l'esprit s'associent , se lient l'une à Tautre, comme leurs objets dans la réalité, et elles forment ainsi un ensenàble plus ou moins bien ordonné, correspondant à Tordre objectif et à la naanière dont les impressions ont été reçues. Les mêmes rapports et relations qui unissent les choses extérieures 9*ëtablissent entre leurs types dans Ventendement: relations de l'espace et du temps, rapports d'ongiae ou de génération, de propriété, de fia' ou de but.

de causalitéi analogie ou ideotité de» loi», Miiiita*

rité, coûformilc, etc. Par tous ces moyens, qui se prëaeDteat d'abord DaUireUemeni et que l'art peut employer et perfiBCtionner pour syatëmalÎBer la connaissance, nos conceptions et nos pensées s'enchainent et s'exciteat l'une Fautre à repaiaitie devant Tesprît; ce qui aide beaucoup à les retenir et à les rappelier.

Rien n'est isolé dans la nature» et par conséquent rien ne peut l'élre danç notre entendement, où vient se refléter le monde réel. Gomme la vie, qui est partout action

et réaction, ne peut se développer hors de nous sans que des rapports et des relations iiiukiples ne s'établissent entre les êtres » ainsi en nous, le%images des choses ne peuvent se former et la pensée ne peut s'exercer sur ces images sans que des tiens nombreux ne les unissent CeU ce que les psychologues écossais ont ii\^pe{éV association des idées, en prenant le mot idée pour sjnonyme iVimage ou de pensée. Il suit de là que toutes les conceptions et pensées qui existent dans notre entendement, composent par leur liaison et leur complication une espèce de r^eau, dont on ne peut toucher une maille, sans que toutes les autres ne soient ébranlées, en raison de leur relation plus ou moins médiate avec la partie affectée» De là Textrême facilité avec laquelle l'imagination passe d^in objet à un antre, sans que la volonté s'en mêle et même en dépit . de la volonté. Dans le sommeil et pendant la veille, il y a presque toujours dans noire esprit un courant rapide

d'images et de pensées qui le tmerse, en sorte qu'il est très-difficile de rester, même pendant une minute , sans rîen penser, sans rien imaginer. C'est ce qui rend pénibles, surtout au commencement, le recueillement et la méditation, qui doivent ramener i'esprit au dedans et le fixer plus ou moins longtemps sur un seul point. L'esprit doit se défendre à la fois des deux cotés; au dehors , contre les objets physiques qui le sollicitent continuellement par les sens; à l'intérieur, contre les images, con* tre mille pensées qui cherchent à attirer son attention , k le distraire. Tout homme qui a essayé sérieusement de méditer ou de se retirer dans le fond de son âme, sair ce qu'il en coûte pour maintenir les puissances inierieures et faire le vide au dedans. Ceux-là surtout qui connaissent par expérience la prière intérieure, savent combien on a de peine à laisser tomber toute impression des sens, toute cxcilaiion de riuiagination, tout mouvemeriL de la pensée, toute opération de la raison, toute vue de l'inteUigence, pour ^exposer nûment devant Dieu et entrer avec Lui dans un rapport simple et direct par la partie supérieure de notre être , par un oosur pur, c'est-à-dire vidé de tout ce qui n'est pas Dieu.

L'association des images et des pensées, quand elle n'est . point réglée par la réûexion et maintenue par une volonté ferme, est une des . causes principales des divagations de notre esprit, des digressions et des déviations du discours. * Laissez-vous aller au fil de ce courant, et en peu de temps vous vous .trouverez bien loin du sujet dont vous êtes parti, et sans apercevoir le plus souvent comment vous . vous en êtes écarté. Il y a cependant eu des transitions

eoire yos pensées; mais comme les intermédiaires ont dispara» les deux points extrêmes restent en hee l'un de Faulré, sans liaison apparente. La oonmaàtion qui se hh naturellonent et sans réflexion, prcscuLe à chaque instant de ces dérivations. On passe d'un objet à Tautre sans y penser, et au bout de. cpjelque temps on a parlé de miUe choses qui n'ont entre elles auoane liaison intrinsèque» mais qui se tiennent aecidentellenent ou ont été amenées par les circonstances. Il en va de njrtne dans les discussions qui ne sont pas fermement conduites et maintenues. Elles tendent sans cesse à s'écarter de la question; car à cbaque question s'en rattachent de partielles et de secondaires, d'autres à celles-ci, et comme en définitif e tout tient à tout, puisqu'il n'y a rien d'isolé dans Tunivers, il suit, qu'à propos de chaque chose, on peut parler de tout: oe qui n'avance guère la discussion, li est piquant de suivre ainrî., en témoin silencieux et désintéressé» une conTcrsation ou une dtsputation 'qui se prolonge. On voit de temps en temps la lii^ne du discours fléchir sous l'impulsion d'une force nouvelle , qui , en se combinant avec ia première» la contraint de prendre la. diagonale; ce qui la courbe peu à peu,>et cette courbe est inappréciable à cause de la multitude des éléments qui concourent à la former: ou, pour nous servir d'une autre image, c'est un ruisseau qui, n'étant point maintenu dans son lit» déborde à droite et à gaudie» se divise presque à chaque pas et s'épuise par son propre courant. Il faut une grande force tl'espr il tl de volonté pour rester toujours dans la ligne droite en pensant, en écrivant ou en parlant. l'om cela il faut s'attacher à considérer les choses dans leurs rapports

eMentîds» d non par det relations «ceidtfllifl, qni ne tiennent qa% b romie et à l'eitérieur; car œ sont sunonl

celles-là qui font déTÎer. Cepentiaul la luûmoire s aide de toute espèce de liaiscmS} des pUis superficielles et des pius intimes; mais elle conserve el reproduit les cboses phrn fidèlement, plus sûrement» ipiand lo lim qui le» mMiest lofique, intdleetuet, tient au fond.

Les relations les plus accKientcllcs sont celles de l'espace cl du temps I de la conliguitc de lieu el de durée. Les enfiints retiennent surtont par em moyens* et ils oubtient presque aussitôt II en va à peu près de mtee des rtk^ tions de ressemblance, de ooidbrmhë enérieure» de si* gnes, qui ne porlcnt que sur ce qui frappe les sens et rimagioation; elles n'établissent pas un lien solide entre Im conceptions et les pensées* La piupart.dcs bommes se souviennent de cette manière; la multiplicité des ism* ges et leur peu de oobérenoe nuit à la force et à la netteté de leur souvenir. La mémoire la plus excellente n'est pas celle qui retient et reproduit le plus de cboses; car sous ce rapport les cnfknts l'emportent de beaucoup sur les bommes mûrs; é^est celle qui garde les laits plus longtempa, qui les conservant en ordre et sans confusion » peut au besoin les rappeler soudainement , les représenter avec clarté, avec encbainement » en sorte que la parole n'a qn'à mistr et à esprimer dmqno partie^ tpà ê*ottre k l'eiprit è son tour» et presque spontanément» en mriott avec celle qui précède et «eUe qui suit. Or les dioses ne s'cncbaineiil ainsi dans l'esprit que par la liaison même fie leur développement vivant; notre pensée n'est juste, solide» par conséquent vraie» qu'autant qu'elle perçoit

ei énonce par le discours les rapports ëublis par la nature elle-iDéme. Pour bien comprendre un objet el pour garder le souvenir de ce qu on a compris, le meilleur mojren est donc d'en étudier le développement, soit dans les rapporta naturels de ses parties , telles que la natuve les forme, si i^est m objet vivant; soit dans les procèdes successils par IcsijueU il se coiifecLionne , depuis la matière première jusqu'à la dernière ira n&lorma lion , si jo'est on produit de Tart» On doit toujours chercher à voir les conséquences dans les principes, les effets dans les causes, les faits dans leur origine et tels qu'Us dériTenl de leurs Lermes générateurs. Tout fait est le résultai d'une action; Tactiou part d'un agent, cet agent opère par une puissance qui lui est propre, par une propriélé» La .puissance, en agissant, se manifeste au dehors; elle passe dans un autre terme qui en est l'objet , et de cet objet elle Ta retentir ou se répandre en plusieurs autres, qui sont en communication avec lui. Si vous vouiez rendre compte de ce fait d'une manière rationnelle^ il iaut passer par tous ces degrés, il fout suivre Tactton dans tous ses moments, et alors tous pourrez peroermr les rapports fondamentaux qui lient un ensemble du lUiLs dans la réalité, et qui constitueront un ^fitème solide de conceptions dans votre esprit

Or les rapports essenUels et généraux sont justement ceux qui font la base du discours , lequel doit représenter

la penséç, comme la pensée doit reproduire la réalité. De là ce qu'on appelle la i^ntaxfi du langage, qui détermine soit les modiâcations que subissent les radass des nims, soît la position reUtÎTe des mots ainsi alEpclés, en raison

des rapports essentiels des choses qu'ils expriment. Toute

la 8}^ntaxe se rattache aux cas de la déclinaison, qui est le pivot de la composition de la phrase, et chacun de ces cas y qu'il soit marqué par la désinence des mots ou par une préposition» désigne un de ces rapports profonds qui unissent les êtres et par lescpiels la vie se développe. Le nominatif exprime toujours le sujet de la plirase, soit qu'il agisse, soit qu'il reçoive l'action : c'est le chef ou la tête de la proposition; il gouverne tous les autres mots. Le génitif marque le rapport de génération ^ d'origine, de développement, et par conséquent de propriété. L'accusatif désire l'objet de l'action ^ le ternie sur lequel elle porte directement, ou, en style de grammaire, le. régime direct; c'est la causalité se manifestant en effet ou modU liant ce sur quoi elle tombe. Le datif signifie le cbroplé» ment de l'action, le but où elle tend, la fin dans laquelle elle se stabilise, se réalise: c'est le rq^^mc iti lirecl. Ainsi rapport du supérieur à l'inférieur, du chef au subordonné ou de la substance aux accidents; rapport du principe à la conséquence, ou de génération; de la cause à l'eflfet, ou de causalité et de production; du moyen à la fin, ou de finalité: telles sont les liaisons les plus profondes des choses dans la réalité, et c'est aussi par ces liens établis entre nos pensées, qu'elles prennent de la consistance, de l'ensemble, de l'unité et de la vérité, au point de s'élever à la dignité de la science et de pouvoir être enseignées comme doctrine.

Mais de même qu'il y a des rapports plus ou moins intimes , des relations plus ou moins éloignées entre les existences d'un même monde, il y en a aussi de très reraar-

quables entre les êtres qui appartiennent à des mondes différents et qui sont. régi» par les mêmes lois» bien que leur nature soit autre et les formes de leur eiistenoe di- Ter8e9.Ces rafftports s'appellent analogies. Saisir les analogies entre les règnes d'un même muiide, entre les mondes d'un même système, entre les .divers systèmes de Tuni- Ters, tel esjt le but principal de la spéculation philosophique, qui doit toiyours tendre 4 embrasser toutes choses dans l'universalité , è ramener la Tariëté à l'unité. Pai* là seulement la connaissance humaine prend de la bauteur, de la largeur, de la profomlLiii . Par là les trois grandes sphères de runivers, le monde dÎTin, le monde intelligible et le monde physique s'expliquent l'une par l'antre, et en se reflétant dans l'homme, qui porte en lui l'abrégé de chacune, et qui est ici-bas le représentant du Créateur et de la création tout entière, elles forment par leur union , par leur pénétration réciproque» la science universelle dont il doit être l'organe et le hérauU pour tout ce qui fit et respire. C'est un coli[) dd il magnilique et un secours immense pour celui qui chi t die ardemment la vérité, que d'apercevoir à tous les tl^;rés l'application des mêmes lois, et la même puissance opérant diversement dans diaque monde. Il contemple l'action de la vie dans sa triple manifestation, et il peuL la raconter, l'exposer d'une manière vivante, éclatante, abondante, parce qu'il a en son pouv<Hr les ressources de toutes les sphères, pour faire comprendre diacune. Ainsi, qu'il ait à parler du monde physique et des faits de la nature inférieure, il voit toujours Tàme et l'esprit sous la matière, et sa parole sera plus pure,, plus animée, plus pénétrante, parce que Tiniliience des

deui nondet Bupériem s*y fera MOtir* S'il doit patlcr du

monde intelligible et du monde dirin, les voyant reluire à trarers toutes les formes du mon Je sensible, il prendra les plut balles de ces formes comme sy mboles , et par le ■Mjen des admirables analogies qui unissent les trois mondes, il aidera nos pauTres espritS^, obseinrois parles Iciicbrcs de la terre et par les voiles du corps, à conce- ▼oir les choses sublimes de l'intelligence et la magnifîcence du royaume de Dieu* Voilà comment renseignement phi« losophiipie et l'enseignement religieux peuvent devenir larges et profonds, vÎTants et féoonds. Ainsi ils peuvent répuiiciic aux besoins des hommes de touLcs les conditions, de tous les d^rés, oârant aux sens et à l'imagination de grandes images, sous lesquelles resplendissent l'idée et la parole divines; présentant à l'intelligence des vues levées , des aperçus immenses, une incommensurable lumière; et donnant à Tame une véritable nourriture. Ainsi peut se systématiser grandement, noblement, la connaissance humaine, afin de se rapprocher, par la synthèse de la science, de llmmensilé de son objet

De ces considérations théoriques sur l'association des conceptions et des pensées, sort une méiLode pratique pour le perfectionnement de la mémoire, afin qu'elle coopère plus efficacement à la formation de la oonhaissanoe, et qu'elle -serve mieux l'exposer par le discours* Dans tous les temps on a imaginé des moyens artificiels pour retenir les choses dans un certain ordre, et les reproduire plus aisément par la parole. Les orateura de l'antiquité, et surtout les rhéteura, attadiaient une grande importance à l'usage de ces moyiens. On a beaucoup perfectionné cet art

de nos jours sous (e nom de mnémonique, et quelques hommes sont pammis à donner è leur mémoire une extension elnne ftcilité prodigieuses. Mais la plupart de ces

méthodes remémoratives n'étant établies que sur des relations accidentelles ou arbitraires, non fondées dans la nature même des choses, sont mauvaises en ce sens, qu'elles habituent l'esprit à considérer les faits sous un faux point de -vue, k les rapprocher par des caractères bizarres, à les unir par des liaisons superficielles, et par là elles lut ôlenl la capacité, la force et la volonté de les étudier à fond, et de les connaître dans leurs vrais rapports. Ce sont le plus souTent des moyens de rhéteurs ou de sophistes, de ces charlatans de parole qui Teuknt faire montre de science et parler de toutes choses, sans se donner la peine de rien apprendre à tond.

La vraie méthode pour bien retenir et bien rendre, c'est d'aToir bienvu, bieneiamlné, bien conçu; c'est d'avoir saisi les rapports intimes des choses à chaque degré de leur développement, depuis leur origine ou le principe dont elles.sortent , jusqu'à leur fin ou dans leur dernière oonséquenoe. Étudies-Tous la géométrie? Taches surtout de Toir comment chaque théorème dérive de ceux qui ont précédé, comment dans une démonstration toutes les parties s'enehainent, afin que l'évidence île la première proposition passe jusqu'à la dei*nière et que toutes s'édairent à vos jeux par la lumière de leur identité. Si vous saves ainsi la géométrie, soyez sAr que vous la retiendres et pourrez la retrouver et la reproduire au besoin* Vous pos-^ sédez la Ijonne mnémonique, celle qui est basée sur les rapports naturels et essentiels des choses. Mais si vous

VOUS oonientei d'apprendre de mémoire les propositions, comme elle& se suivent dans Je livre, si vous vous bornez à les réciter littéralement, au moyen de signes de rappel, pour que chacune vienne exactement prendre sa piaoe dans la série du raisonnement,. vous ne savez pas, vous n'avez que la forme de la science; vous prononcez des mots €[ui n*ont pas de sens pour vous, et dans l'oocasion, la moindie chose qui vous distraira ou vous irouhlera, vous fera perdre le fil et rester court; ou si vous arrivez imperturbablement jusqu'au bout, vous n'aurez pas mieux fait quW enfant qui récite sa iàble, ou un perroquet qui répète des mots.

Pour l'histoire, on peut, au liioyon d'un arrangement artihcicl, défiler une kyrielle de noms de rois, d'événements, de faits remarquables, d'époques, de grands bommês, d'inventions, en un mot toute la cbronologte; on peut même prendre la série à rebours, ou là briser en parties et sauter rapidement de Tune à TauLie; on peut encore exposer avec assurance tous les syncbronismes d'une époque donnée. Tout cela est admirable comme effiet de mémoire, mais ce n'est pas ainsi qu'on apprend Thistoice. La science historique n'est pas plus une succession chronologique qu un tableau géographique. Les faits et les lieux n*en sont que les matériaux, et il ne suffît pas de les nommer et de les décrire p<Air les çomprendre. U faut lier ces matériaux par un ciment tenace, et qui s'insinue dans leur substance, pour obtenir une construction solideet qui dure. Ce ciment indestructible, c'est la liaison naturelle des faits; c'est la causalité qui les a produits; c'est la manière dont ils se sont formés, développés, accomplis en raison

de km prindpes el de toutes les droomUnoes qui j ont ooneavra , et avec toutes lel ocmséquences et les résultats

qu'ils ont amenés. Celui qui peut exposer les choses de celte manière, sait Téritabiement l'histoire, parce qu'il la Toit comme elle s'est faite.

li en est de même de l'art de parler. Les sophistes de la Grèce se faisaient fort de discourir sur toutes choses, pour ou contre, et à tout moment. A cette fin, ils se metuient dans la mémoire un certain nombre de notions générales on de cat^ries, appelées lieux communs, auxquelles ils pouvaient ramener un sujet quelconque, et louL i'arlilice consisLait .4 ap[)liquer sur le cbaïup à l'espèce OU à l'individu ce qui était contenu dans le genre : c'était un simple transport du général au partioulier; et cela arrive encore tous les jours, quand on se mêle de parler de choses qu'on ne connaît pas. Dans ces cas on parle toujours mal, même quand ou débiterait les plus belles phrases; le discours est nécessairement vague, superfidei, diffiis et confus; il trahit à chaque pas iigno*

. rance de la matière et le manque d'expérience. On ne parle bien d'abondance cpie sur un sujet qu'on a médité préalablement ou qui rentre dans des études habituelles. Alors se présentent des suites de pensées bien lices qui posent sur le champ la chaUie du discours, et l'esprit, appuyé sur ce fond et sachant ce qu'il veut dire, peut s'abandonner au mouvement de la parole, selon l'excitation du moment et l'entraînement de la circonstance. On improvise la ilic-

- tion, mais non les idées, les^pensées, les connaissances; ou si môme en cela il y a parfois quelque diose de soudain, de non piévu, c'est un aperçu, une vue, un rapport qui II. 5

j»Ulit tout à ooup du rapprocbement vif el iotlmiUiié de cboiet déjà sués , déjà élaborées par la réfleiion.

Règle générale : si ?ous êtes e^cposé à parler en public , étudiez solidement les choses qui sont de votre compétence, et en particulier tel sujet , lumnt l'oeoasion. Ne préleadei point être uniTenel» et ayei votre «pécialité; puis , si par uu don de la nature ou à force dWrcioe tous possédez la faculté de former sur le champ la phrat»e d'une manière régulière et élégante, si les mots vous arrivent aiaémentt à propos» et s enefaaia^t comme d'eux<4Déaies dans TOtre bouche» voiei ooainent vous pourra parreuir à improviser un disoours. Telle question étant posée, après avoir achevé toutes les recherches qui s'y rapporleiiL, envisagez-la attentivement et longtemps dans son ensemble» dans i'unité de son idée ou de sa pensée principale» toujours comprise dans l'énoncé. Prenes à part les ter* mes de cet énoncé, et après les avoir «aminés séparément, i-ypprochez-les [)ar la comparaisou, frottez-les pour ainsi dire l'un contre Tautre par une considération fréquente» afin que les rapports en jaillissent et que les différences s'en dégagent; la division de la question se montrera bientôt d*elle-niénie.'Les principales parties apparat- Iront d'abord, ébauchées, sans liaison visible, comme nageant dans le vague; puis, si le travail d'enfantement de la pensée persiste» elks ee détermineront davantage» seratta- Aeront Tune à l'autre, et s'csganiseront en un tout vivnnt 'et complet. Alors prenes la phime , il en est temps» IVacez sur le papier rcsc[uisse de votre pensée développée; fiies-y le squelette de votre discours, mais seulement le squelette avec toutm ses articulations et ses jointures-» et

que pas une ne muMiue, «fin qu'il puisse nuurdier et se mouToir par tous ses uMmbrety ipiand le souflle de la pa*

role animera ses os desséchés et les revêtira dé bhair. Sur*

tout, que ikns ce sommaire il n'y ait rien d'inutile, que tout mot y soit signe d'une pensée, qu'il soit ju8te à sa place dans le plan écrit, comme la pensée qu'il représente' dans votre conception, afin que d'un coup d'ceil tous puissiez embrasser tous les rapports, et les suivre sans arrêt et sans lacune dans leur endiainemenl. Ecrivez le plan plusieurs fois, pour que k liaison s'en ilxe mieux dans votre esprit, et que les anneaux en soient plus solides. PuiS) avant de prendre la parole, repassez-le de mémoire avec un vif effort d'attention , et ne le lâchez point que vous n'en saisissiez l'ensemble et la suite d'un coup d'œ'A et comme en une seule vue. Allez alors avec confiance; si votre cause est bonne, si votre conscience n'est point mauvaise , et que vous ajes par-dessus tout le désir sincère de faire connaître la vérité, la vérité ne vous manquera point; elle répandra la lumière, la vie et la grâce dans votre discours.

Ainsi doivent agir ceux qui prennent âu sérieux l'art de la parole; ainsi doit se préparer l'orateur honnête, oon->

sciencicux, le vir bonus dicendi pentus, qui veut consacrer son noble talent à la justice, à ia vérité, au bien, et non le prostituer au service des passions et des partis. Voilà aussi la meilkuret la plus sûre mnémonique pour ceux qui sont appelés à parler en public , et qui sont destinés à faire lm« pression sur leura semblablespar la puissancederéloquence» Quant à ceux qui récitent ce qu'ils ont écri^ ou lu , ils ont raisen de s'aider de mojens artificiels, parce que leur opé-

ntion , preM{ue toute iiiécaiii(|uey eidut le mouTement de la vie et l'inspiration du moment. C'est un simple tra*

Taii de mémoire et d'imagination qui ne porte que sur des mots, et où la plupart du temps rinteiiigenoe et Tâme sont pour peu de chose.

De mème :qae rien n*est conçu , dans Tentendement sans une excitation objective préalable , ainsi

pour la reproduction de ce qui a été conçu , pour le rs^pel d'un souvenir, il faut une stimulation extérieure^ une cause occasionnelle. L'homme n'a pas plus l'initiative de sa mémoire que de sa conception el de son imagination. 11 ne se souvient point à Volonté et de prime abord. La réminiscence est toujoiuv éveillée, par une impression quelconque, venue du dehors. Une fois l'impuisiou donnée, la chaîne des souvenirs peut se dérouler en vertu de la loi d'association. La réflexion qui tend à dét^rouillei , à éclaiicir, à compléter la réminiscence, arrive toujours en seconde ligne.

La réminiscence cominenoe sans le concours de notre

volonté. Un souvenir se présente tout à coup, au moment où nous y pensons le moins. La cause ou les causes de cette apparition ne sont pas toujours faciles à découvrir» et cependant il doit j avoir hors de nous ou en nous quel*

qiie fiût antérieur» une ctrconstanoe quelconque qui l'ait amenée par l'un des rapports que nous aTons examinés pré*cédemment. L'esprit ne se rappelle point les choses ad libitum; et pour que la réflexion se tourne sur un souvenir, 41 faut déjà que ce souvenir soit présent. Obscur , vague» con*fus à son origine» il s'éclaircira» se déterminera plus tiettement par les efforts de la volonté excitant la mémoire; mais la volonté ne peut pas plus le susciter directement, qu'elle ne peut immédiatement l'anéantir. Un des plus grands dangers de Toisiveté» surtout|;hez les personnes instruites» c'est que Tesprit ne s'appliquent à rien de sé^ rieux, s*abandonne au torrent des images qui passe en lui; rien ne l'énervé, ne l'amollit davantage que ce laisser-aller à toutes les impressions» cette espèce de difâuence où il perd sa oonsistanoe» et ainsi Tempire sur luimême et sur ce qui l'entoure. Dans cet état il est ouvert à chaque mauyaise influence qui yeut s'emparer de lui, il n'a pas la force de repousser les suggcsiiuris ni;ilignes qu'elle jr jette» pas plus qu'il n'est capable de répondre aux bonnes inspirations et de les réaliser. Quelquefois» quand le cœur agité et l'esprit fatigué ont besoin de repos» il 7 a un certain charme à se détendre pour ainsi dire, et à rester passif dans l'entrainement des souvenirs sans s'y mêler par la réflexion. Au delà du milieu de la vie, on revient Tolontiers sur le passé. L'adolescence et la jeunesse sont au contraire emportées vers l'avenir» que l'imagination leur peint avec de brillantes couleurs. C'est surtout dans les peines du cœur , après l'expérience de la réalité de la vie et des mécomptes qu'elle amène, dans la tristesse de l'âme» vide au milieu des joies du inonde et h'y'lrouvant

tîéi qui puitse la mlisfiiire» qu'oif te prend le plut ordinairement à rè^ev de la sorte. La poésie élégiaque esl Tcxpmsion de celle disposition méiancolîque , et ainsi sa natwéy aon canclère, son sljle el ss fomie dohent en rtêiorlir. C*ctt ntit fluîte dlnugcs du pené ou de rafenir, t'amenànt l'une Pavtre par llmpulflion caebée d'un besoin du cœur, et excitant, à mesure qu'elles paraissent, des sentiments qui s'y xapportent.

1a rémmiaoanoe, qpii se ftiit presque tott^oiirs d*uiie nemère si obaeure pendani la wlle» aik noua aTona la ooiiscience de nous-mêmes, devient encore plus mystérieuse quand elle arrive au moment du réveil, au sortir du sommeil où nous sommes soumis à d'autres ii^ucnces qu'il nous est impossible d'appréoier cneumenL Nous aentons en dormani, nous imaginons « nous nous aonv^ Dons merae, puisque nous rêvons la plupart du temps de choses qui nous ont occupés pendant ie jour; mais ce •ont des sonirenirs oonfus où le jugement dé la durée est Tague et les époques mêlées» En outre, la eonseienœ de ndcnttlé n*est point formée , noua nous Toyons presque toujours en objeclivitc et ciuelquefois sons la forme d'un autre. D'oùpartent les impressions que nous recevons alors? €ar dans le tommeil comme dans la TÂtle, et plus même que dans la TeiUe, il tat des causes extérieures à tout ce que nous éprouTons , ce qui se passe dans notre enten^ dément, puisque notre volonté ny est pour rien, et que nous n'avons pas en cet état ie gouvernement de nousmêmes* If ous nous réveiUdns avec tel souvenir, telle image» - telle pensée, parfois mênie telle parole qui résonne encore à notre oreille. Tantôt l'âme se trouve dans une heureuse

diifiafliliODy SOU* une béiigneinflueooeietelle tetenl portée à féalber les inspirations qu'elle a reçues , à sutrre les

bons mouvemenU qu'elle res&eni au dedans. Tcniioi c'est le contraire, et de cette première impulsion donnée à notre esprit et à ses actes, à notre Toionté et à ses désirs, dépend souvent tout le. cours de nos pensées, toute la suite de nos actions pendant la journée. Un sommeil paisible est un grand bienfait non-seulement pour le corps, mais aussi pour Tâme, à cause des impressions salutaires eiTÎirifiaDlcsqu'elley peutrecerotr, justement parce qu'dle est plus passive et comme dépolarisée^ G^est donc une excellente pratique, à la fois justifiée par la connaissance profonde de Vbomme et fondée dans la foi , que celle de se metlie, avant de s'endormir, sons la protection de Celui qui nous a créés et ^ent seul nous cooserrcr, afin que notre ème, notre esprit et notre corps soient préservés de toute influence maligne, et puisent dans le repos et par la communication mystérieuse avec le foyer de vie dont ils dépendent, les Ibms néoessairea pour eieroer leurs fimctioM et rempGr leur destination.

La conception du temps est aussi essenlielle à la mëmoire,'qtte celle de l'espace à l'imaginatioD. Bile parait avec le premier souvenir. Elle sert de base au jugement spontané de ia duiée, qui devient notion du temps par la réflexiou, quand l'homme a acquis la oonseience de lui-même, el s^est observé dans la

suooession de ses actes. Toutes les définitions premières et tous les anomesde l'arithmétique, postulées nécessaires de la science des nombres, ont lem* racine dans la notion du temps. £le?ée à Tinfini par rintelligence, elle devient Tidée de rétemité, qui dépasse les sens, l'eiiteiidenient, la mcnioire, coaiuie ridée de rinimeusitë surpasse rimaginalion.

Nous examinerons plus au long dans la méUph^îque l'origine de la iiotion du temps et de Vidée de l'éternité. Nous signalons ici leur apparition dans le développement

psychologique de l'homme, et nous constatons qu'elles ne sont, non plus que celles de 1 espace et de Tétendue, des produits de la sensation et de Tabstraction ratiornielle. £Ues sont qe que Kant appelle des eoneepispar», qui ne prendraient point de' réalité, sans les objets auxquels ils s'appliquent, mais dont les lurmes virtuelles sont inhérentes à i'entendemcnt et à rintciiigcnce. C'est pourquoi notre eerlitude de la durée ne dépend nullement des expériences et des obsenrations : nous y croyons aussi ferm^nent au premier souveriir qu'après la plus longue vie; et de même ridée (le rétemité, une fois conçue dans notre iniolligence, n'est susceptible ni d'accroissement ni de diminution. Ce qui cbauge en nous , c'est la notion que nous sTons du temps et l'estimation que nous en faisons, soit que nous le concevions inslinclivement par le souvenir non réfléchi, soit que nous le connaissions ratiouiiellciucat par la réflexion , en nous considérant dans la succession de nos actes; ce qui n'appartient qu'à l'bomme.icî-bas, parce

que lui Miil* a- fa coDAol^noe du moi. L'animal vît dans le temps niM oonnaltre le temps, sans pouvoir l'apprécier en

aucune manière. Il est entraîné dans son cours sans avoir 'la puissance d'en rapprocher deux points ou deux époques pour les comparer* 11 n'j a donc pour lui ni passé ni avenir, et o^€St pourcpiot il n'est pas susceptible de s'ennuyer comme l'homme: l'ennui est un privilège de l'être rais<)n-> nable, car il naît de la réflexion. L'absence de la pensée ôte la conscience du temps*

Moue aurons aussi à eiaminer plus' tard l'origine des nombres, et «les lois qui président à leur formation, ou les axiomes arithmétiques , corollaires de la notion du temps; car rarilhmélique est la science dii icuips , comme la géométrie est la science de Télendue; et l'une et l'autre constituent les mathématiques» science de la forme pure et abstraite de tout ce qui existe.

L'imagi nation et la mémoire dépendent beaucoup de la sensibilité générale, de Télat des seiis en particulier et des impressions, qui dépendent à leur tour de rorgaaismcj des milieux uù il est placé et des objets qui l'ailectent. Aussi la puissance de ces facultés est extrèmemeot variable. L'âge, le sexe^ l'état de santé ou de maladie et mille autres circonstances du dehors et du dedans y ont leur part d'influence. Gomme les sens, eUe» sont susceptibles d'un grand perfectionnement par Texercice réglé, et

SU contraire elles s'affiûfaliaieiii el s'oblitèrent pres«>

que entièremeot par le défaut de culture et d'ac- ' tÎTité.

La foi^ des îmen^ et des sotrrenirs esicn nmon de b

vivacité des impressions reçues ou de la manière dont les choses ont été senties. L'organisme et ses cooilitions ont une grande influence sur la sensibilité» Sur les seps et leurs . fondions. Ainsi ia constitution du oorpe, la firoportlon des solides et des liquides, le tempérancnt, la prépondéranoe du système sanguin ou du système nerveux, de la lym- , phe, de la bile ou des autres humeurs , y apportent des changements notables. Viennent en outre toutes les cir* eonstanoéa du lieu et du temps » Tair phis on moins pur qu'on respire habitueUement, la Inssière plus ou moins brillante, le climat, le genre de nourriture plus subtile ou plus grossière, l'usage des boissons spiritueuses, des liqueurs fermentées ou non fermentées, la position topographique, plateaux, moiilagnefi, vallées, plaines, intérieur des terres , bords de la mer ou des fleuves , continents ou Iles, villes ou campagnes, capitales ou })r()viiiees, et enfin tous les objets avec lesquels l'être sensible est en relation habituelle, et qui modifient singulièrement sa manière de voir et de coneeroir les choses par leur action de tous les jours, de tous les moments. Combien Fîmagination des hommes de l'Orient et du Midi est (lifïérenle de celle des hommes de l'Occident et du JMordt Quelle immense variété dans les facultés bumatnes, dans celles surtout qui dépendent le pins du corps et de ses organes-, amc quatre

pointa otrdtnmnc âo globe, partout oti la température et l'influence du climat sont nolablement diverses! Ici se retrouve i'aclkm énergique de l'esprit physique, résultat du dérdoppeinciit de la nature aniiBale, et qui s'alimente et se répare dans la nature qui rentouve, par la respîratiefr, par la nutrition , par lous les modes d'absorption , par toutes les voies de la rie. Les sens, rimagiuaiton , la mémoire, l'enlendement luî^méme, en tant qu'il est en rapport ïïwo le monde eilérieur, tiennent beanooup de oet esprit, et par conséquent de la nature dont îl émane et de celle dont il se nourrit. Aussi voit-on ces facultés varier notablement dans leur eyerdoe, en raison des mutations organiques causées par Pige, par le sexe» par la maladie. La mémoire et l'issagination sont autree aux dil^ férentes époques dé la TÎe. Fraîches, TÎ^eSy hélitê dans l'enfance , radolesoence et la jeunesse, tant que riioninie pbjsif^ est en croissance , eiks deviennent pénibles, lentes I ternes dans Ilige m«r el surtout dans la milkese. Elles diminuent ayeo le corps et leplus souvent elles s'éteignent avant la mort, à mesure que la sensibilité s'affaiblit el s'émousse. Le desstichement et lamoindrissement des orga* nés qui serrent aux fonctions de ces iaonltée, j contri'^ huent puissamment.

L'iniuence du sese est aussi très remarquable è f époque où rbomme el la femme commencent à se distinguer. L'imaginatioQ de la jeune fille prend un tout autre caractère qneceUe du jeune homme; elle est plus vire, quoique moins impétueuse et ae jetant moins au ddiors, à cause de sa sensibilité plus délicate; et le genre d'images et de tableauj^ qu'elle reproduit le plus volontiers, est analogue

aux pendianu, aux goûts, aux nusurs et aux oecopatiouf

de son sexe. Il v a plus tic mouvement, plus d'éclat, plus de bruit dans l'imagination de l'homme, en raison de son betoio d'actinté pius grand, de ses désirs pius éoergkiuefl, de sâ passions plus violentes. Quant à la mémoire, la femme l'a en général plus facile et plus tenace. En vertu de la force attractive qui domine en elle, elle retient et garde mieux, surtout ce qui concerne les affiiires du osBur, ce qui se rapporte à ses affections, ce qui inté* rase les personnes et les dioses. Elle oublie facilement les notions abstraites et générales «pi'elle comprend moins bien et qui excitent peu son aUciUion, parce que sa vie n'est point tournée de ce côté. La spéculation ne lui va guère et les choses de ce genre lui restent difficilement dans l'esprit.

Enfin la maladie apporte à ces facultés des modifications

dont nous indiquerons sommairement les plus remarquables. Dans les maladies inflammatoires, le ceryeau est sui^ excité par Tardeur de la fièffe, le sang y afflue avec abondance et rapidité; l'imagination s'eialte el il en résulte ce qu'on appelle ▼ulgaireroent le transport, espèce de délire où les images qui paraissent dans l'efitendemenl, acquièrent un tel degré de TÎvacité, qu'elles sont prises pour des réalités. Dans certaines affections nerveuses et dans les phibisies pulmonaires arrivées au dernier d^ré, la sensibilité derient si irritable que l'imagination, toujours en émoi et sur le qui vive, se figure mille choses qui inquiètent et agitent le malade. Pendant la prostration qui succède ordinairement à la période d'exaltation dans les fièvres putrides et typhoïdes, il y a un abattement général, im coma

complet; la sensibilité est comme éteinte; ies seiu font à peine ieurs fonctions» Timagination est frappée de stupeur et la mémoire parait tettement abolie, que le malade ou* blie les mots de sa langue et jusqu'aux noms des choses les plus communes et des personnes qu'il, aime le mieux. L'exerdoe de ces facultés petit encore être momentanément suspendu ou tout à fait empêché par l'apoplexie, qui» en comprimant l'encépbale par un épancbement de sang ou de sérosité, le rend incapable d'agir dans son intép'ité ou par Tune de ses parties. C'est ce qui peut encore arriver par une commotion du cenreau»^ par une lésion^ de «I substance» par la formation d'un abcès ou dépôt, par IWroduclîon d'un corps étranger à la suite d'une blessure, etc.

L'exercijce fréquent bien réglé a une grande influence sur le perfectionnement de l'imagination et de la mémoire. Quand l'imagination domine ou est abandonnée k ellemême, elle s'exalte facilement, divague et extravague le plus souvent, emportée subitement par l'excitation des objets qui affectent les sens, ou de tout désir, de chaque caprice qui pousse la volonté & l'action. 11 devient alors très difficile de l'arrêter, de la mattrîser, de la calmer; elle se monte aiscfocnt jusqu'à un enthousiasme facLlce, qui peut produire toutes les espèces de ianalisme et entraîner l'homme à de grands écarts, quelquefois à de grands crimes. C'est dans -oes cas qu'elle mérite le nom de foUe de la mmson que Mallebranche lui a donné; et en effet elle mène souvent à la folie. Mais si, maintenue par une raison éclairée et une volonté ferme, elle est obligée de s'astreindre dans son exercice à une méthode, sé^

Tère et à des règles fins» eomme dans les ëtudw Uttémiicf el «rti8ti<iues bieo eondiiites; n elle tnifâiUe êom rinspi* ntion dldéeB supérieures , avec la direcUon un juge»

meiil sain et d'un goùl pur; alors elle acquiert, par la répétition de ses actes , une grande facilité de reproduction et de oonobinaison^ et elle détient un infiniment très utile à la raison et à l'inteUtgenoe, pour rendre d'une manière sensible et frappante des pensées abstraites ou de subli^ mes conceptions. Quant à la mémoire, tous ceux qui ont fait des études savent par expérience combien Texercice continu lui donne de force et de sûreté. L'habitude d'apprendie par omr diminue singulièrement l'efibn néces* saire pour retenir et pour rappeler, témoins les enAinis qui, en apprenant chaquejour, finissent par retenir, comme en se jouant» de longues suites de mois et de phrases où ils comprennent peu de chose, et qu'ils oublient aussi facilement qu'ils les ont apprises. €eui que leur état oblige à réciter beaucoup de mémoire, les acteurs par exemple, doivent répéter très souvent ce qu'ils savent pour en conserrer la suite, et en faciliter la reproduction dans l'es* prit; sinon» la chaîne se rompt au bout de quelque temps, des anneaux disparaissent, les liaisons s'effiieent et la mé> moire trâbvcfae à chaque pas. Du reste il ne faut pas croire qu'en ce qui concerne la science et l étude, on puisse jamais suppléer par la mémoire au travail de la pensée. L'imagination et la mémoire ne sont que les serrantes et pour ainsi dire les manoBUTres de l'esprit; elles lui préparent ses matôriaiiz et ses instruments; elles lui fournissent des images et des signes sans lesquels il tie peut fonctionner : mais si Ton n'a que ce qu'elles donnent, si on ne sait que ce

qu'elles représentent» on ne sait en effet que des mots, des images et des signes» on ne possède qi»s Técorce. ou la lettre de la diose, ou plutôt on ne sait rien, car le mot,

l'image et le signe n'ont de sens que par la chose signifiée: l'écorce ne vaut rien sans le fruit, et sans Tesprit ia ieltre est morte. ■

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