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CHAPITRE VL

De Vactivité de Vesprit humain, — Position du moi, — Béacùon volontaire du moi sur le noihmoi* — Mtention.

Les facultés que oqus allons considérer se distiogueat des précédentes par la prédominance de ^activité, comme ccUes^i étaient marquées du caractère de b passi?ilé. L'homme n'est porté à agir que par les impressions et les impulsions qu'il reçoit; c'est pourquoi dans la formation dç la connaissance , ii est d'abord plus passif qu'actif, puisque Jes matériaux avec lesquels son esprit doit travailler lui viennent du dehors, et qu'il doit commencer par les recevoir t:L les amasser; ce qui se fait, ainsi que nous l'avons vu, au moj'en des sens, de renlenderaent, de l'imag^ination et de la mémoire* Ce n'est pas à dire qu'il n'y ait aucune activité dans ces facultés; le nom même d6 faculté indique que l'esprit y agi t j usqu'à un certain point; . car il y a toujours uue rcacLiuu la où une action est reçue par un cire vivant; mais alors la réaction est dominée par l'action. Ainsi, lorsque nous sentons et percevons quelque chose à la suite d'une'sensation , nous recevons plus que nous ne donnons. Quand l'entendement conçoit une iui.i^'e sous l'innuence d'un objet, bien qu'il y ait un acle de l'âme dans la conception, cependant l'àmc y est plus passive qu'active» comme toute forme maternelle dans la fonction de la reproduction. Il y a souvent beaucoup de

mobilité, d'agitation dans l'imagination; néanmoins, de même que le miroir exposé à la lumière, elle reflète passivement plus encore qu'elle ne combine et ne transpose. On peut même dire que ces opérations ne lui appartiennent point I c'est L'esprit qui assemble et sépare les images avec l'intention d'eiprimer une pensée ou une idée, comme (festhii qui observe par les sens et non les sens eux-mêmes. Aussi y a-t-ii toujoui s un jugement dans ce qu'on appelle les créations de l'imagination.

Les facultés qui nous restent à examiner, sont au con*traire des manifestations ou des modes de l'actiTité; c'est l'esprit agissant, traTaillant, comparant, combinant, divisant, développant, résumant, pensant, en un mot; et opérant d'une manière multiple par toutes les fonctions, de la raison: inteUeetua componens et diuidens, disaient les scolastlques. Nous le considérerons ensuite dans son exercice le plus pur et le plus élevé, dans l'acte de l'intelligence et ses produits, autant que nous pourrons les saisir par l'observation interne. Toutefois il n'y a pas seulement aiitivité dans ces cas. L'activité de L'esprit étant toujours provoquée par une stimulation externe, elle prend en grande partie son aliment et sa force dans les impressions reçues, dans les scntimenls éprouvés et par conséquent dans l'état passif; mais ici l'activité a le dessus, la réaction domine L'action.

Avant d'expliquer comment l'esprit réagit volontairement et sciemment vers ce qui l'affecte, il faut voir comment il réagit sur lui-même par la réflexion, pour se poser et se distinguer comme moi en face du non-moi; puis le moi étant constitué et la conscience de soi-même II. ' 6

ttoquisé, avanl d'expo«er les diYenes opéraliona de la pensée, noua avons k décrire commeitt s'opère la réaction

primitive du moi yers le non-moi, ou comment le rayon visuel de l'aine, iiKsiruFiieut et expression de sa force expansive, de son aclivilé, sort: de son foyer, se pose au dehors, et se mêle aux objets qui agissent sur lui pour les pénétrer, comme il est pénétré par leur rayon ; ce qui constitue Vattention, préliminaire nécessaire de toute fonction intellectuelle, et sans laquelle l'esprit, quoiqu'il iasse, n'a ni vigueur, ni puissance, ni pénétration.

Toute créature a, suivanlsou degré, la capacité de recevoir la vie et la . puissance de réagir vers la vie. -f I j a en chacune une énergie propre, une activité qui n'a point en soi la raison première de sou exercice, et qui par conséquent n'est jamais qu'une réaction. Là se trouve la racine de la liberté ou de la puissance du mouveinent spontané; liberté physique dans les êtres physiques , morale dana les êtres moraux, métaphysique dans les êtres métaphysiques. Dans les premiers, raclivilé ou Tespèce de liberté dont ils sont capables, s'exprime par deux faits : d'abord par l'admission de Taction objective qui, après leuravoir donné la vie, la stimule et l'alimente; puis par la réaction spontanée du sujet ' qui amène le dévelopjpement progressif de la forme

organique en se répëtant oontkiâment. loi le déve-

loppemept se fait tout en dehors. Il y a individualité, mais non personnalité.

y Dàiis la créature morale, dans rhotnine ooinposé (lifSleiix natures, la liberté est la puiraanoe de vivre

simultanément do la vie de Tune el de l'autre, avec

' l^iVS^^Pf^ ^^^^ différence, et de la prépoudél^llIKoe qui doit être accordée à la nature psychique sur la nalure pliysique , toutes les fois qu'elles sont en collision. De là la faculté de choisir entre ces deux termes et ce qui 8*y rapporte, dioix qui est le caractère* essentiel de la liberté morale. C'est par Topposition de ces deux natures , inlimément unies quoique esseutielleitient différentes, que l'homme moral se distingue de lliomme animal, dès qu'il peut réagir vers la parole qui éveille son intelligence, la développe, et lui donnant le sentiment de rinfluenoe morale qu'il subit et de la réaction volontaire qu'il exerce pour l'admettre ou la refuser, le porte à se réfléchir en lui-même, à se dis* tinguer de ce qui n'est pas lui; d'où résulte la conscience du moi.

Dans toute erésture vivante il y a une force eenlrale qui préside à son développement» et par laquelle elle tend

à se constituer en forme individuelle, distincte de toutes les autres eiistenoes. Mais parmi les étires qui l^j^bitent œ

monde, les uns vivent sans j>avoir qu'ils vivent ni comment ils vivent, suivant instinctivement les lois de la nature sans les connaître, sans pouvoir en oombattre ni en aider l'application; tandis ifue d'autres ont la puissance de se regarder eux-mêmes en même temps qu'ils se développent, de se représenter par la réflexion ce qui se passe en eux, et d'ajouter ou d'opposer l'influence de leur volonté et de leur activité à Taclion des lois auxquelles ils sont soumis. Dans ces derniers qu'on appelle agents moraux, il 7 a deux sphères d'existence, qui semélentfuneà l'autresans jamais se confondre, comme ces fleuves rlf)nton distingue toujours les eaux dans le lac qui les reçoit. L'existence physique leur est commune avec les êtres purement physiques; Texistence psychique, celle dontl'intdligence et la libertésont les propriétés essentielles, et qui est appelée à gouverner l'autre, leur est propre, et prouve qu'il y a en eux une nature supérieure. Or quand l'homme commence à se développer, la nature p^diique étant enfermée dans la nature physique, et ne pouvant agir qu'en union avec elle; tant que l'âme dominée par les besoins du corps, en suit aveuglément les impulsions et ne reçoit aucune ir>fluence morale qui la porte à se sentir en elle-même , il n'y a point de raison pour qu'elle se distingue de Vautre nature; il y a unité dans le développement humain, l'homme n'est pas divisé en lui, il n'a point conscience de lui, comme distinct de son organisme. C'est l'innocence ou plutôt l'ignorance de l'enfant, qui ne connaît d'aulre loi que celle de rinstlnct, et pour lequel II n'y a encore ni bien ni mal

moral. Jusqu'à ce moment c*esl un individu , mais non en core une personne. L'individualité est commune aux personnes et aux choses; c'est ce per quoi une existence se disti ngue extérieurement d'une autre; c^est sa forme , sa détermination dans Tespace, la circonscription de son déreloppemeat. La personnalité au contraire est toute intérieure, subjective. EUe réside au foyer de l'existence ; elle est justement ce par quoi le foyer se pose comme foyer, en se reconnaissant comme tel par opposition à ce qui n'est pas lui. La mutilation du corps d'un homme entame son in* dividu; elle ne touche point à la personnalité qui subsiste entière dans la conscience, malgré le changement de la forme extérieure. La conscience se constitue par la réflexion du moi sur lui-même, se distinguant ainsi du nonmoi objectif et même du non-moi suljjecLir, c'est-à-dire de la nature physique à laquelle l'àme est unie, et du corps qui en est l'enveloppe. Gomment se fiût cette distinction des deux natures si étroitement unies par les liens de la vieP Question que l'expérience peut résoudre et dont la solution intéresse gravement l'art d'élever et de former les hommes.

Gardons-nous de Croire que l'homme intelligent et moral se développe spontanément et sans le secours d'une

puissance et d'une direction externes. Rien ne se fait de soi-même ou dans les créatures, et cela parce qu'elles sont créatures, c'est-à-dire n'ayant point en elles le principe de leur être ni la raison, de leur développement. Il en va de l'homme moral comme de l'homme physique; il dormirait éternellement dans son germe, sans une excilalion qui le révdlie et le vivihe. Àlors seulement, à la capacité

de vivre s'ajoute ructualité de ta vie. Supposez qu'un entant ne reçoive aucune parole d'inslruction , ou à cause de l'occlusion de ses sens , ou par un isolenaent complet de ses semftilables; qu'il soit perdu dans les Ibréis, enfermé dans une retraite, eadiëe, M telle entre hypothèse que vous voiuliTz^ la iiaLurc psychique restera inerte t-n lui, latente, saus rayonnement, sans manifesialion, c'estànlire sans réaction, parce qu'die ne recevra point d'action qui lui conTÎenne. L'homme physique se déreloppera seul y en raison des influences terrestres qui le pénètrent; ei l'intelligence et la volonté demeureront enfouies dans les instincts et les désirs de l'animalité. Tels les enfants dans leur premier âge; tels certains hommes qui restent enfants toute leur vie, par déAiut de déreloppement moral , comme les idiots et les crétins. Tels jusqu'à un certain point ceux qui s abrutissent par la débauche, pur rivrognerie, par l'habitude des vices les plus honteux, ils en viennent à perdre la conscienee de leur âme, et c'est ce qui eiplique l'absence des remords dans l'excès du crime. Tels encore nous derenons par certaines maladies, dans le sommeil , par Page quand la caducité nous ramène à Tenfance. Dans tous ces cas la personnalité n'existe pas, ou défaille. L'homme ne se connaît point, ne se possède point lui-même; il n'a pas la présence d'esprit ni Is gouYemement de sa volonté, et ainsi sa responsabilité est nulle ou diminuée, parce qu'il n'est plus la cause intelligente de ses actes. Il faut donc, pour iaire passer de puissance en acte la nature psjfohique, une stimulation analogue, c'est-à«dire une influence inldUgente et morale, . laquelle ne peu i parvenir à l'àme humaine dans son état

présent que par b parole. C'est par la parole dé son semblable que l'enfant apprend à se connaître en s'opposant à ce qui n'est pas lui ; et plus la première parole qui le pénètre est intelligente et morale, pleine d-esprit, de sentiment, d'âme, plus vivement elle excitera son âme, son esprit, toute sa nature psychique. Une fois exdlée, cette nature réagit LlmkI ;i se poser ;ui tlchors tlans ses facultés, dans sa forme spirituelle, comme ia nature physique se con« stîtue dans la forme matérielle de l'organisme.

Or il arrive un moment oh ces deux développements si* multanés se heurtent et se contrarient; le corps demandant une chose et y poussant par toute la force de l'instinct; Tâme instruite par la parole, éclairée par une lumière supérienrei ne voulant pas ce que demande le corps et résistant à Tentralnement instinctif; ou si elle y a cédé f sentant de la honte, du regret, des remords. C'est par cette première contradiction entre l'obligation morale et les exigenoes animales, que l'âme et le corps commencent à se distinguer , à se séparer, et que la personne psychique s'oppose à l'individualité physique. Alors s'étahlH cette luUc de Ions les instants qui ue iinïL que par la soumission complète de l'un des deux antagonistes ; fin légitime et honorable quand le corps est dompté et obéit à l'âme en serviteur docile; fin ignominieuse et dépicrable quand l'âme succombe et devient la servante du corps* Dans le premier cas l'homme est fidèle à sa destination, qui est Je gouverner la terre et tout ce qui est de la terre, pour la mettre en harmonie avec le monde supérieur et la relier au ciel. Dans le second , il se dégrade en manquant à sa haute nature et à sa vocation ; il tombe sous l'empire de te fata-

Uté qu'il devait dominer; il se |»erd et perd avec lui les créatures qui attendaient de lui leur râiabilitation et leur

salut; en même temps qu'il manque à son Créateur qui Ta plàcé sur la terre pour être son coopérateur et son représentant.

On comprend d'après cda rimportapoe de la première éducation, et quelle immense influence elle exerce sur la

destinée des hommes, ikuï eux celui dont ie cou a cLécoui bé de bonne heure par la discipUne, dit rÉcriturel Heureux celui qui a reçu dans son enfance une parole d'autorité y posant devant lui le bien et le mal, la vie et la mort; et qui en le mettant dans la nécessité de choisir entre ces termes conUaiies, a exciLé le Jeveloppemcut Je sa liberté, el lui a donné par elle la conscience des deux natures qui le constituent, et ainsi de ce qu'il y a en lui de noble et d'ignoble, de céleste et de terrestre, de l'homme intérieur, et de l'homme extérieur, de l'âme et du corps. Celui qui est entre de bonne heure en lutte avec lui-même, et qui dans les combats continuels qu'il a soutenus contre les puissances de la nature phjrstque, a eu roccasion de déployer toutes les forces de son âme, toutes les ressources de son esprit , celui4à a pu acquérir la conscience pleine de sou moi, de sa personne, de s.i vraie n;Uin e, ea l'expérimentant dans ce qu'elle a de plus prolond, de plus vivant et de plus digne.

La oouscieace psychologique ou la couscieuce du moi humain , est le fondement de la TÎe inleilectueUe

de l'homme, et ainsi de la psychologie et de toutes le» sdeuoesqut s'y rapporteat. Cest la conaaissance que rfaomme acquiert de son propre esprit et delui-noème à tel degré de sa manifeslalion. La coiisciiMice psychologique naît du sentiment intime, produit dans le foyer subjectif de i*ètre humain par l'action d'une puissance objective. Elle suppose donc deux termes corrélatifs, moi et non-moi; moi passif d'abord, sentant, recevant, assimilant; et non-moi actif, donnant, transmettant, imposant. Entre ces deux termes il y a coïncidence d'action et de réaction , et quand par suite de sa réaction vers ce qui l'excite à sortir d'elle-même, TÀme s*est posée au dehors et comme en face d'elle, quand elle a la peicepliou de ce qu'elle a posé, et se voit dans son produit ou dans sa puissance, se disant sujet4>bjet, la condition de la conscience est donnée.

L'homme n'est réellement homme et ne vit en homme, que qikand il acquiert la oonscienoe de lui-même, et par elle la puissance d'un être intelligent et libre qui peut connat-

Uc ce qui se passe en lui, autour de lui, et agir d'après sa coQDaissaDce. Devant Dieu sa responsabilité morale commence, aussitôt qu'il est capable de distinguer sa nature paychique de sa nature physique, ce qui convient & l'une' et à l'autre, et de choisir entre elles et les motife d'action qui en ressortcut. Devant Us hommes et pour la vie sociale, la . responsabilité ne commence qu'à Tage où il est

censé connaître lu société, ses lois, ses ooihditiiMM) ses însliiuLions, ses coiivciiances. C'est l*âge de la majorité civile qui lui confère la capacité légale d'exercer les droits du citoyen* Du reste il jr a bien peu d'hommes qui arrivent à une conscience complète d'eux-mêmes ou qui se connaissent à fond. La connaissance de soi a été dans tous les temps l'objcl principal des vrais philosophes: nosce te ipsum. Cette connaissance Tarie avec les individus, d'abord parce que le développement de chacun est divers , et ensuite parce que tous n'ont pas la même capacité de réflexion , la même puissance d'observatu)!! , la même constance pour se considérer au dedans, la même pénétration pour discerner ce qu'ils pensent. La plupart vivent à la légère, se laissant presque toujours entraîner a« dehors, s^ jetant même par leurs désirs et avec toute l'ardeur de leur volonté. Ils ne se voient qu a l'exlérieur el toujours mêlés par leur activité aux choses du corps et à celles du monde. Le dedans leur échappe» et bien qu'ils sentent vaguement ce qui s'j passe, ils n'ont ni la pensée, ni la volonté, ni la foroe de l'envisager sérieusement; ils ont même une certaine crainte de le voir. C'est pum quoi ils cherchent à s'échapper à eux-mcuics par l'agitation, par les allaires ou les distractions. Cependant tout ce que nous manilestons de nous par la parole et par l'aelion, sort du fond ou de l'intérieur. Le développement objective ou pose en actualité ce qui était virtuellement contenu dans notre âme; et toutes nos facultés avec leurs fonctions et ks laits qui s'y rapf>OTtent , ne sont que des puissances diverses de cette racine de notre être. La consoienoe ne peut saisir que ce qui est déjà réalité en nous par la vie; donc plias la

tSe eut intense, énei^ue» profonde, plus il y aura de profondeur, d'énergie, d'intensité dans la conscience; plus

nous pourrons nous connaître à fond, si nous savons nous observer et nous réfléchir , en même temps que nous virons*

Il en est des individus comme de l'humanité. A chaque période de son histoire, elle se montre sons un point de vue

nouveau , avec une nouvelle iurine d'existence, et il en sera ainsi dans tous les siècles, jusqu'à ce que par son développement sur la terre elle ait manifesté tout ce qu'elle porte en elle, ou tout ce qu'elle peut produire ici-bas; comme 'nous ▼oyons la graine du végétal exposer dans les différentes époques de sa ci oissauce la vie qu'elle contenait en virtualité dans son germe. Ainsi se fait l'histoire naturelle de chaque chose. La science n'en est que le reflet dans l'esprit humain , eherdiant à se représenter les choses accomplies, avec tous leurs rapports, depuis l'origine jusqu'à la terminaison. L'histoire du genre Imin iin, considérée d'une m uiière générale et transcendante, est le résultat de l'effort que fait l'humanité dans tous les temps pour 'acquérir la conscience d'elle^ même; etil y a des époques où cet effort est plus vif, plus constant, parce que les hommes sont plus totnrmentés par le besoin de se connaître. Ce sont les époques philos opliiques qui deviennent aussi des époques historiques; car en «es temps les hommes redberchent plus curieusement, plus subtilement les origines des nations, des peuples, des institutions , des lois et des moeurs, en un mot tout ce qui se rapporte au développement humain. Nous sommes évidemment dans une de ces périodes. Jamais l'homme n'a demandé avec plus d'instance et plus généralement ,

plus explidlement la soluUon des graods problèmes de sotf

existeiice et du monde qui l'entoure. 11 veut savoir ce qu'il a cm jusqu'alors. Il veut acquérir par sa propre réflexion rinteUigCDoe des hautes vérités , qu'il a admises par b foi et au moyen de la parole traditionnelle dans son enfiinee; il veut Térifier les données de la parole divine et ses convictions d'auUviuis, par la c onsLience de lui-même, par la science de la nature. U ne rejette plus la foi; instruit par la terrible expérience du dernier siècle, il en reconnaît, il en proclame la nécessité, et il voudrait l'avoir; mais il la veut pour qu'elle le mène à la lumière, et eomme le seul moyen de trouver enfin des bases stables à sa science et une direction fixe à son activité. Il ne repousse point la parole divine; il croit qu'elle est nécessaire au monde et qu'ainsi elle y doit exister; mais il veut la goûter avant de l'acoep* ter , en faire l'expérience avant de l'admettre. L'enseignement religieux n*a jamais été plus difficile el plus impoi tant que de nos jours. A tous les degrés, depuis l'exposition transcendante des dogmeS). jusqu'à la plus simple instruction caléchëtique, il a besoin pour opérer la conviction dans les esprits de nos jours, de marcher de concert avec la science de l'homme et de la nature.

Quelle que soit, du reste, la profondeur de la conscience psychologique, une fois qu'elle est constituée, elle présente à l'analyse trois éléments distincts , trois moments principaux :

V Une sensation ou un sentiment produit par l'impression d'un objet. C'est pour ainsi dire la matière première de la conscience, ce sur quoi elle porte : si nous n'avions point senti préalablement, la réflexion n'aurait point d'objet.

^ La réflexion ou le repiieiiieDl du regard de l'esprit aur oe qui est seDtii éprouvé » pour le conaidérer, pour le oomvaltre; ce qui donne au dedans un double fiiit, un

fait tic passivité et un flnL d'acûvilé, le premier produit par la cause extérieure de 1 impression, le second par la volonté qui. ramène le regard de Tespril aur la modification ^prouvée* Delà le nom de eoiMcreitee^ eonaém^ scire cwn, savoir avec ou en même temps. Que pour cela il feîlle un acte de volonté, l'expérience le prouve, bien que par l'habitude cet acte devienne presque imperoep- Ubie et que nous le remarquions à peine dans la plupart des cas. Nous recevons dans le cours de la journée une multitude d'impressions qui ne laissent aucune trace dans le souvenir, parce que nous nV avons point donné d'attention, parce que nous n'avons point réagi volontairement vers leurcause; il n'y a pas de souvenir, parce qu'il n'y a pas ^ eu consisiénce. Quand nous sommes très occupés d'un travail et qu'on vieui nous parler de choses étrangères, ou que d'autres objets sollicitent notre regard, si notre esprit reste ferraemeni attaché à ce qu'il considère, nous répondons ou agissons instinctivement, sans trop savoir ce que nous faisons, et après coup nous ne nous souvenons de rien. Nos actions sont, la plupart du temps, le résultat de plusieurs sentiments qui se mêlent ou même se combattent ea nous, sans que nous en ayons conscience. C'est pourquoi nous sommes très embarrassés d'en rendre raison et de dire nettement le motif ou les motifs principaux qui nous ont décid<5s. E\{)osés à une multitude d'influences diverses qui se compliquent de mille manières, nous cédons à l'une ou à l'autre sans le savoir, sans le reoonnat-

tre par U réflexion, et irte louyenl eelle dont nom avons le moins consoience» a le pins de pari à notre r^soiation*

Nos actes se ressentent de ce mélange; ils sont rarement 1 tout à fait bons ou tout à fait mauvais. Le bien et le mal, la vertu et le vice, la justice et la passion » le dévouement et régolsme s'y trouvenl confondus, parce que rien n'est pur en ce monde et qu'il y a toujours de i*bumain dans ce qui sort de l'homme. Aussi nos actions peuvent-elles toujours éue accusées ou excusées par quelque côté. Ceci applique encore comment nous pouvons changer si vite, H être contraires à nous-mèoMS en deux instants qui se suivent. En général l'homme se connaît si mal, il se rend si peu compte de son état moral, il est si peu capable de di»> cerner en lui ks seiilimenls, les désirs, les passions qui l'agitent; l'amour-propre inné à son moi le tient dans une «j telle illusion sur les véritables motifs de ses aetions , qu'il ^ reste stupéfait ou incrédule quand un autre les lui montre et lui présente l'image de son intérieur dans un miroir , fidèle. I

30 La conscience psychologique , pour devenir connais^ sance, science du moi, se complète par une seconde réflexion, qui l'élève à la première puissance d'elle-même et par laquelle nous acquérons la' conscience de notre conscience. Dans ce cas nous nous i chardons au d^.dans avec rintention expresse de constater oe qui se passe en nous, pour nous étudier, pour nous rendre compte de nos impressions, de nos sentiments, de nos facultés et de leurs opérations, de nos penchants, de nos dispositions, de nos ^ actes , de nos aclions et en un mot de toute notre manière d'être et d'agir. Peu d'hommes peuvent arriver à cette

plénilude delà cooscience, même pour un seul acle. Tous, en tant «pie doués de raison, sont capables du Second degré» sans lequel Us ne povmient agir comnie il con» ▼ient à des êtres raisonnables et libres. La 'conscience

psychologique ainsi constituée est le giand instrument de la psychologie ou de la connaissance de soi-même.

Telle est ta composition intime du lait de la conscience dans son intégrité. Il nous reste à voir, comment ce fait se âéve\oppe dans le temps » ou comment la conscience se forme successivement pour constituer le moi, ou la per- ' sonnalité de Thomme.

Dans Ihomme actuel et suivant Tordre uaturei de son développement, la foroialion de la conscience pai*l de la sensation ou de rimpressîon des objets physiques sur le corps, les oigaue;» et les sens. L'enfant a d'abord le sentiment vague de la vie et du besoin- de la nourriture. La recevant d*un autre être, dans les yeux duquel il se réfléchit d abord, il commence à pressentir une distincliou eatre lui et sa nourrice, puis entre lui et les objets qui Tentourent, Obscure, confuse et tout instinctive à son origine, la conscience se détermine gi aduelleuieat dans l'enfant par lei sensations répétées qu'il éprouve et par la réaction oi^nique qu'il exerce. Jusque-là il est comme identifié, fondu avec ce qui renvuonne; il

ne sait pas qu*il existe dans le monde, distinct du monde. Il se Toit objecliyement; il sè nomme à la troisième personne. Il n'y a encore pour lui ni moi, ni non<*moi.

Quand Thomme entre en commerce avec ses semblables par la parole, il reçoit au inu^eti ciu langage Taction des esprits qui l'entourent, et il réagit vers eux par le même moyen. Par là il acquiert la conscience de ce qu'il pense, la conscience logique. Il réfléchit sa pensée et se la représente en lui-même, puis il Texprime hors de lui. Il se distingue, lui écoutant de lui parlant, et de celui qui lui parle. 11 discerne l'action du aon-moi , qui vient du dehors, de sa propre réaction qui sort de son intérieur. En un mot il se pose comme un être intelligent, pensant dans sa sphère inlellecluelle. Il se dëtermiae de plus en plus en lui; et Tindividuaiité s'élevant au sentiment de Tunité personnelle, se prononce par le signe de la première personne je ou moL

Le développement de la consdenoe se fait en deux

temps principaux, dont cbacun est marqué par un caractère pariiculier. Le premier se résume dans le sentiment de rindividuslité, le second dans la conscience de Tunité

personnelle. L'enfaDt $e connaît d'abord comme individu^ en oontact et en opposition avec les autres individus qui l'entourent* Le premier individu dont il se distingue, est sa mère ou la personne qui lui en tient lieu. Rien n^est plus propre à exciter son développcmcnl que Taction incessante et si pénétrante de Vœii d'une nière.,Ëlle couve pour ainsi dire son enfiint du r^ard » pour foire édore en hii, par la chaleur de sa tendresse» la vie de T^me et la réaction de l'amour. Elle l'entoure de ses bras, le presse sur son sein, le rechauffe de son haleine, le couvre de ses baisers; elle l'inonde en quelque sorte d'une rosée, d'une pluie d'afifection qui fait germer la semence psyi^ique. Le premier regard de l'enfant se fixe sur sa mère, et c'est dans l'cûl maternel qu'il se Toit en objectivité ou se réfléchit pour la première fois. Dès lors il leud à se distinguer de plus en plus des objets qui l'environneot et qui sont nécessaires au soutien de son existence; c^eat toujours le li^in qui amène cette dislinction, et elle se tranche et se précise davantage à mesure que les besoins se multiplient. Alors aussi cuinmencc le va et vient, l'acte et le réacte continuel entre lui et ce qui l'entoure; éprouvant l'action des objets dans toute, la périphérie de son corps, et pouvant réagir par ses membres et ses muscles vers tous les points, il apprend, par la continuité des impressions reçues et des réaclions organiques, à reconnaître l'étendue de son corps et acquiert ainsi la notion encore yague et conftise de son individualité. Il ne se conaait jusqu'à ce moment que par le dehors, par sa forme extérieure, à peu près comme on se voit dans un miroir. C'est pourquoi, quand il commence à parler de lui, 11. 7

il emploie ta troisième personne et se nomme par son

nom, comme s'il s'agissait d'un autre, parce qu il n'a point encore fait l'acte de réflexion qui peut saisir le moi au dedans. li se passe probablement dans l'animal quelque chose d'analogue, puisqu'il distingue son individu de tout autre.

Mais ce qui ne se trouve |)oiiil daiis la bete et ce qui ne peut s'j trouver, parce qu'elle est incapable de réfléchir activement et par conséquent de penser, c'est le sentiment de la personnalité, la conscience de l'unité personnelle. L'enfant ne l'acquiert que lorsqu'il commence h comprendre la pai'olc et à parler avec înlelligenee. ce qui sî)j)jM(se qu'il s'est réflécbi iui-mérac poiu* se regarder au dedans. Il faut pour cela que soii entendement soit déjà posé; car cette réflexion ne peut avoir lieu que dans l'entendement. II est bien difficile de préciser le moment où ce dégagement de I hoiiinic raisonnable s'opère. Mais coiiiiiie la réaction suppose toujours une action analogue qui l'excite, on peut affirmer que le moi de l'enfant est éveillé par l'opposition d'un autre moi qui se fait sentir à lui par la parole ou par des actes. La personnalité, la volonté réfléchie d'un autre être s'imposant à sa personne, à sa volonté, le refoule sur lui, et lui donne par ce retour au dedans, qui provoque la réflexion , la conscience de lui-même. Ce qui est constant , c'est qu'aussitôt qu'il a saisi son moi, Pexpression lui est donnée pour le poser au dehors , et dès lors il ne parle plus de lui comme d'un objet; il vSe nomme à la première personne; il s'appelle moi. Dès ce moment il prend en main le gouv^tilementdeson existence et la direction de ses actes, autant que sa faiblesse et son igno-

rance ie lui perniellent. Rien ne se passe plus en lui et dans sa sphère, que son moi et sa volonté propre n'y in* terrîemient, et si on le laisse aller, oette volonté propre naissante, ce moi à peiné éclos va s'exalter au point de dominer tout ce qui i'enioure, de faire opposition à tout et de n'en souiFrir aucune.

Quoi qu'il en soit, il commence à penser, dès qu'il s'est réfléchi en lui-même;' la vie intellèctuelle s'établit; il se pose dans le monde intérieur de son entendement, où vient se représenter tout ce qu'il voit, sen! et éprouve. Ce monde, qui est proprement ia sphère de sa raison, devient pour lui un intermédiaire entre le monde physique qui affecte ses sens, et le monde supérieur avec lequel son intelligenoe et son âme communiquéront plus tard. L'enfant le constitue par la réflexion active de son esprit; et tout ce qui y parait et s'y développe ne prend d'existeoce rati<mndle que par des signes abstraiu, instruments nécessaires de l'exercice de la raison. Nos pensées, nos réflexions et toutes les opérations qu'elles supposent, se font à l'aide des signes du langage. C'est pourquoi l'enfant parle avant de penser; car c'est seulement en entendant parler qu'il acquiert par l'ouïe les signes nécessaires à la formation et à l'expression de sa pensée.

Penser, c'est d'abord r^résenter par des signes ce que nous sentons, ce que nous concevons , comme avant de calculer, il faut établir la numération, ou déterminer la valeur des nombres par des diiflres; puis on dierdie les rapports des nombres en combinant leurs signes. Ainsi, après avoir nommé les conceptions, nous t&dions d'en percevoir et d'en démontrer les rapports par ia combinaison des mots qui

les eiprhneot. 11 n'est point fiicile d'arriver à U oonacïeDce ooroplète de sa pensée. La plupart des boomies ne savent

ce qu'ils pensent; c'est pourquoi si peu savent oe qu'ils disent. Poui bien se comprendre, il faut commencer par se parler à soi-même. La pensée, si abstraite qu'elle soit, n'est jamais qu'une parole intérieure. Or c'est quand Tenfant devient capable de se parler ainsi au dedans et d'objectiver par la réOenon ce qu'il sent, conçoit et veut, qu il acquiert la conscience du moi et tic sa jur sonne. Plus il pense el parle, plus ce sentiment devient net et profonde 11 distingue, très bien oe qu'on lui dit de ce qu'il dit, quand il parle et quand il écoute. Il aent le travail de son esprit pour réagir vers la parole qui lui est adressée; et la conscience de son moi se détermine et s'affermit à mesure que cette réaction est plus vive et plus répétée.

Le moi , ayant conéstenoe de lui-même , est la condition néoessaire de la personnalité humaine; car il faut que

l'homme se connaisse et connaisse ce qui 1 affecte, pour pouvoir agir librement, et décider ainsi par son choix la direction de sa vie. Le moi 9 source de toutes les misères de rhumanîté quand il va jusqu'à T^lsme» est donc aussi le fondement de sa grandeur, et il n'est jamais plus beau et ne dcj)loic plus de force ou une \(riii plus élevée, que quand il s'applique à se maintenir dans les bornes du devoir» à s'abaisser devant la loi, à faire abné» gation de lui-même. C'est à ce but que doit le mener l'éducation morale. Elle commence son œuvre aussitôt que le iiioi csL posé, luttant sans cesse contre les mauvais penchants de la nature. inférieure, contre les tentations gros-

siéra > et surtoul contre la tendaDoe arigineUement tu cieuse, qui est dans chaque homme depuis la chute du

premier homme, a laire de son moi le cenlre du monde, comme il est le centre de son individualité, et à tout rapporter à soi, potM* tout absorber et dominer. Ici est la raison profonde des lois divînes et humaines et des institutions qui en ressortent , pour diriger et contenir dans ia ligiiL du devoir, de lu justice et du bien le moi de l'individu ei du genre» ' \^

Le iuoi est le caiacière dislmciil de Thomme au milieu des eiistences deoe monde* Cooatitiié par la flexion que l'esprit Êût en loi de lui*méme , il est |>lus Jorlemenl posé à uiesure que cette réflexion est plus énergique, et Ténergie de celle-ci dépend en grande partie du rapport de la force attractire à lai ibrce expansiTe dans Pindîvidu. Là où manque la puissance de se réfléchir , la conscience du moi n'est pas possible y et là où cette conscience existe, elle s*affaiblit ou se perd momentanément, (juand la réflexion languit ou cesse, comme dans le sommeil, dans des cas pathologiques qui lui ressemblent , dans cértaines crises de somnambulisme, dana des états de Tâme, produits par une influence extérieure qui la subjugue et empêche ia réacliou libre de 1 esprit , tels que Tivrease , le délire , la Mie , la pimon poua-

sée à reitrème» toute espèce d'exaltation qui traas^

porte le moi hors de lui, ou tout sentiment profond qui Tabsorbe.

Nous Tenons de Yoir qae le moLse constitue définitÎTemént quand l'enfent commence à parler, et surtout à comprendre la j)arole et à Temployer avec inteIlijS^ence.De tous les êtres de ce monde, oeiui-là seul qui parie a un moi et est une personne. L'iiomme seul présente œ phénomène remarquable d'une esdstenoe qui se double, se scinde en deux parties , s'oppose à dle-méme pour se oontempIa\ D'où lui vient celte prérogative qui le rend capable de science et de moralité, et fait à ia fois sa grandeur et sa misère? Pourquoi seul entre toutes les créatures d'ici-bas peut-il réfléchir Tolontairement en lui le monde et luimême? C'est qu'il est un être intelligent, dira-t-on. Mais cetle réponse n'explique rien ; clic afiirme la même chose en d'autres termes; elle laisse la difficulté entière. L'observation, qui constate les feits de l'intelligence, ne peut pas nous apprendre pourquoi l'homme est intelligent, et si nous n'avions point d'autres données que celles de l'expérience, cette question resterait pour nous sans lumière, coomie beaucoup d'autres du même genre.

La parole sacrée qui nous a révélé l'origine et la nature de l'homme, nous apprend encore que Dieu l'a créé à son illiage €l à sa ressemblance, et c'est pourquoi il lui a dit de gouverner la terre , et d'^ tenir sa place. Donc tout ce qui est en Dieu doit avoir son type dans l'homme, avec ia différence du Gréattur à la créature; donc la nature hu-

nuine doit éire Teffigie de la nature divine. Or l'essence de Dieu, Dieu en soi , c'est l'Unité dans la Trinité, la Trinité dans l'Unité, et de là le dogme fondamental du Ghfislia-

nisiiic , qui est aussi la pi ciiiiere de toutes les vérités. La Trinité, c'est Dieu se connaissant et pour cela s'objectivant à. Lui-même, se contemplant en Lui, objet de Lui dans son Fils. Donc trois distinctions en Dieu, savoir: Dieu Père ou centre, sujet de réternellc connaissance, principe de la génération éternelle; Dieu Verbe, lumière émanée du centre, fils engendré par le Père; puis action et réaction de l'un vers l'autre, et de leur rapport intime, de leur pénétration , un troisième terme qui procède des deux, l>ien qu'il soit distinct de chacun, l'Esprit saint, Dieu Esprit. Et CCS trois termes distincts sont cependant un ; autrement rinfini n'aurait ni conscience ni connaissanca de lut-méoK. Connaître et être, sont la même chose pour Dieu, parce qu'il n'ést qu'en se connaissant, par l'éterneUe- réfleiion qu'il fait de l^ui-méme en Lui.

La même chose se retrouve dans la créature faite à sou image, mais elle s'y retrouve comme l'original dans la oo- ^ pie. L'unité de l'âme humaine se manifeste aussi ou s'obj t ctiveà elle-même dans la trinité de la connaissance. L'âme sujet se lait ul i jci. Lllc agitet réagit àur clle-mèniL'; les deux termes se réilécliissent l'un dans l'autre, et de là l'esprit intelligent qui se constitue par le développement même de la conscience, ou quand le mot est posé. La consdence du moi-est donc essentielle â l'être intelligent. Or, comme la liberté morale résulte de la conscience pniNtja il liy a lieu à choisir entre deux termi^s , que quand le moi se distingue des non-moi, il suit que l'homme n'est un être moral,

comme il n'est un être ioleUigeot, qu'en yerlu de fia nature radioale ou parce qu'il est Tiniage de Dieu* U est donc tout ce qu'il est par cette ressemblance et ainsi sa tic n'a de

valeur et de Térité qu'autant qu'elle réalise l'idée qui a pré* sidé à sa création, qu'aulant qu'il reproduit, rétablit ou perfectionne en lui la coniormité avec son divin modèle. Telle est la règle souTeraine dc son eiisience»

La réfieiîon active de l'esprit s'opère par un retour de rftme sur elle-même, par un repliement de son regard à l'intérieur, par une espèce de recollecliua ou ilc recueillement. C'est le mouvement opposé à celui de l'expansion ou du développement par lequel l'être se jette au dehors ou se manifeste. L'acte de la réflexion indique donc une prédominance , au moins momentanée , de la force attractive, un Irionaphc de la force ccnlrale, une tendance a la Goncentralion. Aussi vojons-nous que les hommes où l'expansion dominei soit à cause de l'âge , comme clies les en* fants et les jeunes gens» soli par suite d'un caractère l^ger , comme en ceux qui sont jeunes toiite leur Tie, réflédiisfient peu el avec peine. Ils n'ai i ivejài, jaiiiais à se connaître, parce qu'ils n'ont pas la force de se regarder dans le miroir de leur entendement, de se mirer dans leur conscience. Ceux au contraire où la force attractive l'emporte» réfléchissent volontiers , parce qu'ils se concentrent fadlement, et il leur ÇiiuL un eilori ou une vive excitation pour sortir d'eux, et se manifester par la parole ou par l'action. Ce sont des âmes repliées sur elles-mêmes, des volontés ardentes qui se consument au dedans comme un volcan sans éruption; ce sont des esprits méditatifs, pensant, ruminant toi^jours, peu couiuiuuicatifs et sachaui mal

conumiaîquer. Ces homiQQB aiment les ténèbres , le ailaioe et riannobilité.

Il y a sous ce rappoi t une difîércnce notable entre les deux sexes. Dans la femme la forœ centrale prépondère. C'est pouniuoi il jr a en elle de battrait ou de Tattraci; etle attire l'homme, qui, Miivant h parole de la Genèse, quitte son . père et sa mère pour s'atlaelierà ta femmes Elle est done, en vertuiuèiiie de sa nature, le cenlie de la famille et par conséquent de la société, londce sur la Tamilie. Aussi, pour le dire en passant t toute société cifile où la femme est eschve ou dégradée, est une sodélé dans Tenfiinoe ou une société penrertie, et nous aflArmoÏM hautement qu'airant rÉvangile cl hors du Christianisme qui a rendu à la femme, en la régénérant, son rang dans le monde, il n'^ a pas eu sur la terre de véritable sociabilité. Si hi femme est ainsi constituée, il doit lui en coûter moins qu'à l'homme pour rentrer en soi; die doit s*y poser et s'j reposer plus volontiers; car elle tend beaucoup moins a se manifester au dehors. L'intérieur est son domaioe. Elle se réfléchit ellemême, tout ce qu'elle éprouve et surtout ce qu'eUe aime , plus fiicilement, pluseonstamméot que l'homme; elleiend plus fortement à s'assimiler, k s'approprier. Son moi est plus ardent, plus absorbant, plus dévorant, et l'égoïsme, quand il eusie en elle , est profond et tenace. De là ses bonnes et ses mauvaises qualités, à savoir sa patience, son courage, sa oonstance, son avidité, son désir de posséder, son opinlA* treté qui ne se lasse point, qui ne renonce jamais^ et qui iinit presque toujours par l'emporter sur la force, comme la goutte d'eau tombant incessamment use le roc.

L'homme, plus expansif par sa nature, est porté au con-

traire à se répandre au dehors » et dans la oommuiiauté l'extérieur est son déparlement. Il a done plus de peine h

revenir sur lui-même et sui œ qu'il sent; il scni aussi moins vivement, à cause de sa réaction trop prompte, qui ne laisse pas à Taclton objective le temps de pénétrer et de raffieoter profondément. Aussi préfère-t-il agir par la pensée, par la parole, par le mouvement organique; et quand il se réfléchit, il considère plus les objets que lui-mtjuit ; c'est pour spéculer, faire des systèmes ou des théories , plus que pour se rendre compte de ce qu'il éprouve, il n'aime pas comme la femme à se retirer dans son fond pour j ramener tout, pour tout absorber dans un sentiment, dans un désir, dans une volonté. Il se déploie avec plaisir dans les tableaux de l'imagination , dans les conceptions tle son entèademeot, dans les constructions de sa raison. Il est toujours pressé de réaliser au dehors ce qu'il a combiné, prévu, arrangé dans son esprit. Il s'j met avec feu , avec véhémence; mais si l'œuvre est longue, il se décourage ou se dégoûte facilement, il cède plus vite aux oppositions et aux obstacles. En général la conscience du moi est plus profonde dans la femme que chez l'homme, et sa personnalité moins active, moins violente^ est en effet plus forte et plus solide. Du reste ceux d'entre les hommes , qui sont ap(>elés par leurs qualités supérieures à gouverner ou à diriger leurs semblables, se distinguent ordinairement par l'énergie du moi, par la fermeté et la peraistanoe de la volonté; ce qui suppose oit une haute inspiration qui les éclaire et les soutient, ou une grande force de réflexion pour voir nettement en eux avant d'agir, ce qu'ils veulent, ce qu'ils pensent, ce qu'ils lèronL

Si le moi &e pose par [a réflexion , il se dépose quand elle oesse, et la cotucieaoe s'afi&iîblit ou se perd, à mesure que l'esprit devient incapable dç se replier sur lui. Alors,

comme Texprime très bien le langage vulgaire, on perd la préseuee d'esprit et on reste sans connaissance. On ne cuiinait donc et soi et les choses en soi, qu'autant que Tesprit se re-présente à lui-même, en se réfléchissant lui et ce qui raflecte. Dès qu'il se perd de vue et ne se saisit plus en objectivité, il se dédouble pour ainsi dire; il sent, mais il ne réfléchit pas; la conscience du moi défaille et avec elle la pensée et la volonté propre. I^ous l'éprouvons tous les jours, quand le sommeil nous gagne. Le premier signe intérieur que nous nous endormons, c'est que nous ne savons plus ce que nous faisons , ce que nous disons , ce que nous Usons , ce que nous pensons , ce que nous voulons. Le moi est enlevé à lui-même; aucune fonction intelleauelle ne peut plus s'accomplir; le sentiment de la personnalité disparait pour un temps, et quand le réveil arrive, le prcanLi Liclc du moi est de se re-poser par la réflexion, de se reprendre, pour ainsi dire, en ramenant son regard sur lui; et alors , avec Taide de la mémoire qui lui garantit son identité, des sens et de l'imagination qui le replacent dans les ciroonstances de sa vie de tous les jours, la conscience se réubllL, la personne se retrouve, et sa pensée et son activité rentrent dans ieur cours habituel.

Il en va de même dans cet état analogue au sommeil qu'on appelle rêverie, parce qu'on y rêve tout éveillé. L'esprit qui

comiiience ordinairement par penser à quehpie chose qui rintéresse dans sa disposition présente, se iaisse entraîner

peu à peu par un courant d'images analogues à la passion ,

ausenlimentqui le préoccupent; douoementlialotté, bercé en quelc|ue sorte par les vagues tie l nnagiiuuion, comme sur nne mer moilement agitée, il se laisse porter par le flot, il va et vient sans mêler son. adivilé à la Ibroe extérieure qui le pousse; la réfleiion s'aibiblit insensiblement; il perd €Onseienoe de lut-méme, et la fin la plus ordinaire de ces

&iUi;ilioiis l'oiLiaiilicjuei» , c'est le sommeîl. L'évauuuissement,. la sj^ncopc , les faiblesses, la léthargie, les accès d'épilepsiey de catalepsie, ecà, produisent à peu près le même résultat. Il j a momentanément impuissance de la téflexion et la perle de la connaissance s'en suit En sortant (le ces états on revieal à soi, on reprend ses es[)riis , comme on (lit communément et avec beaucoup de justesse; car l'esprit se reprend en effet, et redevient présent à lut4néaie.

L'état singulier qu'on appelle tamnamhulisme , qu'il arrive naturellement ou qu'il soit provoqué par des mojens artificiels, présente souvent, surtout lorsqu'il va jusqu'à la clairvoyance, une étrange perturbation de la conscience du moi. La réflexion n'est point suspendue; die est au contraire doublée, et il en résulte deux consciences et par conséquent deux mot qui se voient objectivement, et parlent l'un de l'autre, comme s'ils étaient deux personnes distinctes et séparées», l une dans i état ordinaire et l'autre dans la crise. Dans ce dernier état, le sujet se nomme toujours à la troisième personne, comme l'enfant qui n'a point encore 1^ consciaiee du moi, et au sortir de la crise, qui dure quelquefois des mois entiers, au moment liàèmc de son réveil, le souvenir de ce qui s'est passé en lui et autour de lui pendant la maladie kii

est ôté, lecoramençant à vivre dans sou ancienne conscience, sans se douter en aucune manière du tenps qui s'est écoulé, il se reporte spontanément au point où IL en est resté quand il est entré en orise, et se replace pac la mémoire dans les circonstances où il se trouvait à i instant de son départ. Nous connaissons une personne très naïve et très pieuse, qui tombe naturellement dans un tel état, quand eUe est virement affiectée par une cause morale. Alors elle perd soudainement la conscience d'ellemême, telle qu'elle est dans la veille, et elle entre dans une autre forme d'existence, où, comme les clairvoyants, elle voit quelquefois les yeux fermés. Ut une lettre cacbetée, aperçoit ce qui se passe à distance, entend ce qui se dit au loin et autres phénomènes de ce genre. EUe te voit double, comme si elle était deux personnes, et désigne chacune de ces personnes par un nom différent; celle de la veille, elle la nomme Vautre, et celle de la crise, elle la nomme eiie, EUe regarde Vautre comme supérieure à elle , pariant de Vautre avec uti certain respect, et d'elfe avec mépris ou indifft^i L'iioe, comme si dlc était peu de chose. Elle se rappelle plus ou moins confusément œ que Vauire a fait , mais Vautre, quand elle est revenue, n'a absolument aucun souvenir de ce qu'etfe a fait ou éprouvé tout le temps de la crise; du reste parlant toiyours à' elle et de Vautre comme d'un tiers, et meitaut tous les verbes à la troisième personne, en sorte que le mot je ou moi ne sort jamais d€ sa bouche. Puis, quand k crise est passée, elle se reproduit quelquefois partiellement dans le sommeil où cette personne se voit double, vivant à la fois dans elle et dans Vautre, iSous citons oes faits parce que

nous les aTons yus et sans dberdier à les expliquer pour Je moment. Nous y reviendrons dans la Psychologie transcendante. ^

Toutes les fois que, par une cause ou par une autre, l'esprit est enlevé à lui-même et ne peut plus se regarder èt se maîtriser, il perd la conscience du moi. L'ivresse produit cét effet Par Texcès des boissons ferroentées , les esprits animaux s'accumulent au cerveau avoc le sang, au point que le cerveau est troublé dans ses fonctions , et ne peut plus servir d'instrument à l'intelligence et à la volonté. 11 y a dans cet éut incapacité de réfléchir, dépenser, de vouloir; et tant qu'il dure, l'homme est abandonné à l'impulsion des instincts de la brute, aux penchants les plus grossiers et aux influences qui y correspondenL II se dégrade en se dépouillant du caractère de la personnalité humaine, de la conscience et de l'activité du moi.

Le même effet peut être amené j usqu'à un càrtain point , sans qu'il y ait de sa faute, ou au moins sans que sa volonté y ait pris pari iiiiaicdiatement, comme dans le transport de la tièvre, et dans l'espèce de délire qui accompagne souvent l'inflammation du cerveau. L'organe sureicité ne peut plus être gouverné par l'esprit, il l'entraîne au contraire dans son mouvement désordonné, l'empêche de revenir sur lui-même et le fait divaguer. La réflexion devient impossible, le moine peut se poser, et ainsi il n'y a plus ni conscience, ni pensée, ni action suivie, ni souvenir.

L'homme peut encore perdre la conscience du moi ou être jeté hors de soi, comme on dit, par la passion. Dans un accès de colère par exemple, il ne sait plus ce qu'il dit ni ce q\2'il lait, il n'entend rien, ne voit rien

( Hl )

que ce qui le possède, et il peut être entraîné, presque sans le Touloir, aux plus grandes Tiolenoes, aux aolions les plus fabrribles. Il est alors sous une yéritable possession; quelque chose est entré en lui qui l'enflamme, l'agite, le pousse, comme le vent fait tournoyer la poussière; et il est tellement sous le joug de la puissance du mal, qu'il ne peut se maîtriser tant que dure l'accès. Il en est ainsi de toute passion Tiolente quand elle va jusqu'au transport. Elle nous enlève la conscience du moi et l'empire sur nofjs-mêmes , et c'est ce qui rend les passions si dangereuses. Elles produisent jusqu'à un certain point les mêmes effets que riTresse» que la ûèsm; elles rendent incapable de bien voir, de réfléchir, de penser; dies en- flamment le cervenu, exallcut riiuaginatiou, jeUeuL tlaiis le délire; elles rendent fou. Il n*j a point de passion qui ne puisse aller jusqu'au fanatisme, c'est-à-dire jusqu'à se faire un Dieu de son objet, pour lui dévou^sa vie, son âme, tout son amour , à la place de Dieu qui seul y a droit.

L'élal (le lame qu'on appelle cnîliousiasmo, lui ôte momentanément la conscience du moi. L'inspiration, de quelque genre qu'elle soit, poéticj^e, morale ou religieuse, enlève l'esprit de l'homme, le ravit, comme on dit, ou le transporte. Aussi le premier eifet de l'inspiration, c'est rimposslbilité de réfléchir, de penser, c'est la suspension de la conscience et du moi. La muse, le génie de l'artiste, le dieu qui s'en empare, est une puissance plus forte que lui, et il est presque sous sa mai» comme un înstrumént qui rend des sons. C'est ce cpie les anciens appelaient la fureur poétique. L'inspiraLiou morale a quelque chose de saisissant qui entraine soudainement ia volonté,

la pousse à agir avanl toute réflexion. Ainsi ft'exéoiiient le

plus souvent les grandes aciions, les actes de tltvitiiemcnt et d'héroïsme. La vue du beau, ei surtout de la beauté morale, L'admiration qull peut exciter produisent quelquefois le même transport. Une piété Tive, ardente, pleine de foi et d'amonr, peut aussi donner de ces ravissements, quand par l'élan de U pi icrc, Tàmc se dégage de ses liens inférieurs pour s'unir à Dieu; et elle n'y parvient qu'en se perdant de Tue, en cessant de se réfléchir, en laissant tomber son esprit propre, pour s'offrir à la lumière divine comme un vase pur et vide , et atth^r Tesprit de Dieu qui se donne à ceux qui se dépouillent du leur ou se font jniuures d'esprit. La vie religieuse la plus profonde, celle qu'on appelle vie intédeure, repose sur ce fait.

Enfin, toutes les fois qu'une influence pénètre jusque dans son fond et y excite un sentiment vif de joie ou de douleur, Tâmc absorbée par ce qu'elle éprouve, (Irvlent momentanément incapable de réagir. Ëlie est comme iixée, enfoncée en elle par la puissance qui Taccable; die est perdue dans la douleur ou dans la joie; elle nage pour ainsi dire dans un océan d'amertume ou de bonheur. Dans cet état elle ne peut ni penser, ni parler, ni agir; elle n'a point l'esprit présent; elle vit dans un réve; elle n'a pas la force de réfléchir jce qui se passe en elle, et par conséquent die n'a point la conscience de sa personnatilé, et ne peut l'exprimer en aucune manière. Il lui faut un oertain leiiips pour se calmer, pour revenir h elle, pour reprendre ses esprits et retrouver, avec la réllexion d'ellemême et la conscience de son moi , la puissance de penser, ce qu'elle a senti, d'exprimer ce qu'dle pense, et de jeter

au dehors ce torrent de douleur ou de joie qui Ta inondé. Alors seulement YÎeni Tabondanœ des larmes , des paroitt ,

des gestes et Je tous les moyens d'expression.

Une fois que l'aoïe, développée en iulelligence et déterminée en entendement, s'est posée en tnoi personnel par la réfleiion, elle peut réagir yolontaireœent vers ce qui agit sur elle et fixer par son regard ce qui la pénètre. Placée au centre du monde qu'elle s*estcréé^ dont son intelligence est le rayon, et dont son entendement marque les bornes, toutes les impressions qui lui arrivent du dehors, toutes les représentations qui se forment dans son miroir intellectuel, Têircitent à réagir par son rayon TÎsuel vers l'image ou i objet qui raffecle. Celle direction volontaire de Tàme vers tel ou tel objet, ce r^ard de rinteliigence tourné, fiié et maintenu sur un point avec conscience et liberté^ s'appelle attention.

La tension de Tàme vers un objet , ou son at-tetu ttôn s'exprime surtout par le regard. L'œil du corps est le centre de Thorizon physique de chacun. 11 le mesure par son rayon, et son énergie en détermine la droonscrtption. Tou$ les objets compris dans cet

horiam agvseDi ou peimnt agir sur Vm\ au mojen delà himière, et Vmi peat réagir Terrées olijets

par son regard. T>e regard psychique ou physique ne peul fixer qu'une seule chose et môme qu'un seul point de la chose; car c*c8t un rayon simple. L'œil peut Toir à la fols plusieurs objets et en recevoir des impressioas multiples et confuses; mais il n*en peut aspecter directement, immédiatement qu'un seul, et c'est Faspection immédiate et directe qui produit des images iieltes et distinctes.

Il n'y a proprement acte d'attention que là où le regard

est dirigé yolontairement, par conséquent là où le moi est posé, là où il y a conscience <}e la personnalité. Aussi rhommen'ala puissançe d'être atieolif, qu'après s'être reconnu luî-méoDeen se distinguant de ce qui n'est pas hii. Ici se trouye aussi le premier exercice de la liberté morale ou de la réaction voulue vers tel ou tel objet, de la préférencc accordée à l'un ou à l'autre, suivant qu'il paraît boa ou mauvais* c'est-à-dire convenant à l'individu ou ne lui convenant pas. L'élre qui ne peut diriger sa réaction ayec la conscience de ce qu'il veut, n'agit point librement; il est incapable de délibérer et de choisir. Or l'at* tenlion étant la comiilion préalable de tous les actes intellectuels et moraux, et le moi étant la base nécessaire de Tattention, nous devions considérer le fait fondamental de la constitution du m<H, avant de passer à l'explication de ses facultés. Une image peut nous aider à comfirettdre la position que 1 ùme vient de prendre par la réflexion sur

elle-Biéaic, ayant la conscience de son moi et se tenant au centre de la sphère inlelleotuelie qu'elle a étaUie par son propre déreloppement: ^est celle de Taraignëe au milieu delà toile qu'elle a posée par son aeti^ité, dont elle s'est liabilemeiit enveloppée, étendant ses pattes sur les principaux rayons du cercle dont elle est le foyer, en sorte que le moindre mouTemenl des eztrémiiés ae ooanmniqiunil au centre y elle réagît soudain et s'ébnoe Tcrs le point ébranlé. Ainsi du mot : il ressent tout ce qui le touche dans la périphérie de sa forme, soit à travers les se ns , soft dans l'entendement, et il réagit en raison de l'impression reyue el dans la direction du mouvement transmis. C'est surtout par k r«^rd que e'opèreœtleréactioD; et comme le regard est un rayon simple , partant d'un être simple et • un, l'Ame, il ne peut se fixer que sur un seul poinr. Dans ïoidre inlellectuel ainsi que dans l'ordre physique, entre deux points donnés uneseule ligne droite est possible, et la droite ne peut aboutir qu'à un seul point yunlté, lot primitîre de l'âme humaine, parce qu'elle est son caractère essentiel, est aussi la loi de son activité, de ses facultés. C'est pourquoi si nous voulons réussir, soit dans la spéailation, soit dan» la pratique, nous ne devons foire qu'une chose à la ibis; car nous ne pouvons réellement en regarder qu'une dans un moment donné, bien que nous en voyons un grand nombre. Quand nous croyons penser à plusieurs choses en même temps, la succession rapide des actes nous fait illusion, comme un charbon ardent « tourné vivement, parait à Vaàl un eerele de feu. Oq acquiert par l'habitude une telle facilité d'agir, cpie la distinction des actes successifs est à peine perceptible à la conscience. Ainsi en

lisant on en écrÎTanl, il faut certainement un acte d*alten- tion pour discerner chaque lettre et le rapport qui Punit

aux autres. cliscernemenl coûte à rcnlani beaucoup de peine et d'eilorts, jusqu'à ce qu'il y soit habitué; puis, quand il sait lire et écrire et qu'il s'^ est sourent eiercé, cela va de soi-même, les actes s'entratnant l'un l'autre, sans que la Tolonté paraisse y prendre part, bien qu'elle y préside toujours. En effet» si quelque distraction survient qui emporte l'attention ailleurs, l'esprit continue encore quelque temps , à peu près comme une machine qui a reçu Timpulsian, mais il n'a plus la conscience de son acte, et il ne lui en restera aucun soutenir. Dans tout jugement il y a

une perception de rapport, doue une eoiintaraisou el une double attention, non pas simultanée, comme dit Condillac, mais successive; et celte succession est le plus souyent si rapide, qu'elle se confond dans notre conscience avec son résultat, savoir l'sicte de l'esprit qui saisit dans la dualité des termes l'unité de leur rapport.

Celte loi fondamentale de l'attention impose à l'esprit une discipline , une méthode dans son travail , quel que soit l'objet qu'il considère. Pour peu que cet objet ait de complexité, si l'on veut le bien connattre et en rendre compte exactement, on doit le il i viser , le décomposer , puis prendre chaque partie séparément, la considérer spécialement çt subdiviser encore jusqu'au dernier point perceptible. Puis quand l'esprit a successivement fixé son regard sur disique partie, dans un ordre que la nature de l'objet doit déterminer, il les rapproche pour recomposer l'ensemble; îl les rétablit dans leurs rapports naturels pour les voir dans l'unité, et embrasser le tout d'un coup d'ceil; autrement

on n'obtient qu'une vue générale et confuse, qui ne produit point de conceptions distinctes dans 1 entendement, et qu'il est impossible d'exposer clairement. Prétendre voir tout à la fois du premier coup, c'est a^eiposer à ne rien i^^npuilte j la n de notre esprit qui né peut agir que dans le temps, c'est-à-dire successivement, nous impose l'obligation de considérer chaque chose l'une après l'autre, à son tour, dans sa place et dans ses rapports; et la méltj(c4MI>alyt'<|ug » ^> esihi conséfiuence de cette nécessité de la pensée humaine, est aussi indispensable pour acquérir la sclçfice que pour la démontrer ou l'enseigner.

L*attentton étant la direction que Tàme donné à

son rayon visuel , esl moins une faculté qu'un acte, fille dépend surtout de Ja volonté qui Texéroe par Fesprit au moyen des sens et de leurs organes. Excitée par les objets extérieurs, l'âme réagit avec plus d'énergie vers ce qui esl analogue à l'état où elle se trouve au moment de llmpressîon. La vivacité » la justesse et la vérité de la conception dépendent souvent de la force de la volonté et de sa persévérance à envisager et à fixer son objet. Des impressions multiples et simultanées brisent le rayon visuel, divisent l'altentioa et rendent l'acte volontaire faible et incertain.

La force de l'a llcntion dépend eu général de plusieurs

cinBoaftUMoes subjeolives et objectaves. Les objeotîm «ont l^utàon piut ou UMMiis ivn 4e l'objet, la manière donl H «e prétente et noiM «fiècte, et le rapport de Gonrenance

ou de disconvenancc qu il peut avoir avec notre organisation et ses besoins, avec i'état de notre esprit et de notre âme. Les eonditioiu sulijectim sont d'abord l'éner^ de b Yolonléi pu» les motife qui la stimulent, et enfin la disposition ph^rsique, intelleetuelle et morale où riioiTiiiic se trouve relativement à tel objet. Leisâmes fortes <|ui ont une volonté puissante, ont en générai une grande eapaclté d'attration. Sttes savent éoouter, r^rder son- Tent et longtemps; elles Toient et entendent là où il n'y a rien de perceptible pour d'autres: Qui aures habet , audiai. Ce sont ceux-là qui oui des yeux pour voir et des oreilles pour entendre. Celte puissanou de l'a tten lion, soutenue par uqe volonté énergique, est un des traits principaux des hommes de génie. Quand quelque diose leur a ijn^ru, quand ils oot commencé à pressentir, à coneeroir une idée, ils ne la perdent plus de vue. Elle devient pour leur esprit l'objet d'une mcklitation continuelle, souvent presque involontaire; ils la couvent pour aiqsi dire plus ou moins longtemps, jusqu'à ce qu'elle se développe, s'organise et soit mûre pour la réalisation. Dans les sciences d'uLsci vation, la patience est un grand moyen de découvertes, et ici la patience n'est que la persévérance dans l'attention. Une volonté forte a ordinairement un regard d'aigle; elle voit de haut et de loin; elle volt droit et juste. ,

Tout acte d'allcution exige un eilort plus ou Uioius sensible. Il faut vouloir pour être attentif. C'est cet effort

^ui rend Texercice de i'aUeaUaQ pénible aux cnfanu, et à oaix qui viveot comme les enfants. Entraînés au dehors par 06 qui frappe leurs sens. Us se laissent aller à une réaction capricieuse ou fortuite qui les oobupe à diaque instant,

mais sans profil pour leur développement intellectuel. Tant que la Yplonlé n'est pas assez forte pour résister à cet en> tralnement» et arrêter fixëment l'esprit dotant un objets il n'y a point de réflenon possible» point de méditation» point de pensées sérieuses , et par conséquent point de connaissance ni de science. Rien ne peut suppléer à l'attention. Les motifs qui agissent sur la volonté peuvent Tj aider, et le premier de ces motifs c'est le besoin. Les esprits les plus distingués, Jes intelligences les plus hautes se développent ordinairement sous l'aiguillon de la nécessité, par la stimulation d'une siliiatîon inal-aisée. Les obstacles, quand ils ne sont pas accablants, excitent à un haut point la réaction de la Tolonté, et l'esprit s'ingénie plus YiYement, plus subtilement, lorsqu'il est réduit à ses propres ressources. On ne peut dresser l'animal que par le besoin et par la crainte ou le plaisir qui s y i appoi letii. L'homme est animai par la moitié de son existence, et il commence par l'être tout entier* h fautdonc i'intimidei* pour l'in:^ struire, pour l'élever; La crainte du Seigneur, dit l'Écriture , est le commencement de la sagesse. Non que la crainte soit l'unique moyen, ce qui dégraderait l'enfant; mais elle est la condition première, la condition indispensable pour que l'homme animal soit maintenu, discipliné, matté» et ainsi n'empédie point par son effervescence et ses emporteraents le développement de l'homme intelligent et moral. Il est bien difiâcile qu'un enfant qui ne craint point son maître,

Féooutc, et là où il n'y a point d'attention, nnslruction esl impossible. Les punitions et les récompenses, pu la crainte et i'espéranee, sont donc ici comme en toute autre chroonstance des moyens nécessaires pour conduire et former Us hommes. Dans le preuiici àgc, tant que l'animalité domine, elles doiveitl porter sur ce qui est le plus sensible à ranimai, sur les privations ou sur les jouissances qui ressortent des appétits, et de la yie pbjsiques* Plus tard elles 6*élèveront avec l'homme, et tous le stimulerez par des motifs plus nobles, quand il sera susceptible de désirs plus relevés. :

Ceux qui sont chargés d'instruire les hommes doivent avant tout tâcher d'exciter et de soutenir leur attention; c'est. la qualité principale du maître, qualité que l'art, et l'exercice peuvent développer, mais que la nature seule donne, ou plutùt c'est une grâce spéciale, c'est le don de renseignement. Ceux qui ont ce don , savent aussi s'accommoder à la portée de leurs auditeurs, se mettre à leur ni* yeau , les prendre où ils en sont, et leur présenter les dioses de la manière la plus appropriée à leur intelligence. Ils ont un tact loul parliculier pour discerner ces nuances et ces moyens , et leurs tentatives continuelles pour s'ouvrir un diemin dans l'esprit des autres et y insinuer le sens de k parole, donne à leur enseignement de la vie et de l'efficacité. C'est surtout auprès de l'enfance que ce talent est précieu.x; car ce ii Yst pas chose facile que de se faire écouter de ces petits êtres si légers, si distraits, et de fixer même pendant quelques minutes des esprits toujours en. mouvement ; qui ne cherchent que la nouveauté et l'amusement. De là l'invention de toutes sortes de méthodes

qu'on a essayées de nus joui s j>our exciter l'atlenlion des enfants el leur faciliter l'instruction , méthodes plus ou moiDS ingénieuses et utiles, mais qui -ne deviennent fructueuses qu'entre les mains d'un maître capable, qui a le goût et le don de renseignement.

L'attention est aussi en n-ison de la disposition de l'àme et de ce qui la préoccupe en tel moment. Vous la portèrez toujours à réagir, si vous lui parlez de ce qu'elle aime, de ce qu'elle désire , de ce qu'elle craint , de ce qu'elle espère. Un des grands moyens de l'orateur pour s^ faire écouter, c'est de se placer pour ainsi dire au milieu des intérêts et des passions de ses auditeurs, d'entrer dans leur intérieur et d'ébranler successivement. les cordes les plus tendues de leur cœur. Quand la fibre vivante frémit et résonne au dedans, il y a toujours une vivô réaction au dehors. C'est ainsi qu'on donne à la parole de Vactualité, comme on dit aujourd'hui. Ainsi se gagne la confiance des bornâtes: il est facile de les conduire quand leur omur est touché. Sous ce point de vue la passion bien dirigée peut avoir des avantages; elle excite au plus haut degré l'atlenlion et le travail de Tcsprit, en tout ce qui se rapporte à son objet.

Lo regard ou le rayon visuel de Pâme est l'inlelligeace niciue eu acte, c'est un ra^on spirituel qUi doit avoir les propriétés de fout rayon de lumière, savoir, la clarté, la rectitude, Tinteasité, la péné-

tration. Si le rayon , cédant à des îinpreMions ou des

influences divei ses, ne conserve pas la direction droite que lui donne sou priacipe> il perd de sa vertu ori<* ginelle; il devient ligne courbe ou brisée, il se ré-

lléchil ou se iclVau^e. A'ayaiiL plus de foi'ce pour pénétrer son objet, il s'arrête à la surface^ se dissipe et s'éteint dans Tespaoe* L'attention dans ce cas est imparfaite ou nulle*

L'attention porte la lumière de l'esprit dans Tobjet où

elle se fixe, comme aussi elle dispose rcsprit à icccvoir la lumière envojrée par l'objet. Ces deux lumières, de l'objet et du sujet , se multiplient en se pénétrant ; elles se réveibèrent Tune l'autre , et ainsi celui qui sait être attentif, s'éblaire lui-même en éclaireissant la chose dont il s'oceupe. La parole n'est évidente qu'à celui qui sait l'entendre. La même proposition peut être claire pour l'un , obscure pour l'autre, bien qu'en eUennème, comme discours parlé ou écrit, elle doive avoir un sens, une lumière qui y a été mise par l'esprit qui l'a pensée et eiprimée. Mais ja lumière n'apparaît qu*à celui qui a un organe pour la percevoir, et qui peut réagir vers elle par son rayon. Un esprit inattentif ne voit rien , ne comprend rien dans les choses les plus simples* Une attention ferme, soutenue, finit pi^sque toujours par illuminer son objet, et quand une fois le rapport entre le sujet et l'objet s'est établi par Taxe visuel de Tinteiligence , c'est comme un foyer qui rayonne; c'est une source de lumière qui s'ouvre et jaillit avec abondance.

L'aUemioii , pour jouir de toute sa vertu, doit être di> reclB» aikr droit à son objet, «onine le nyén qui tombe perpendicHlaiKnie&t ou d'à-ptomb sur un plaii, le péaètre mm wMt de modifioatîoii, le traVme sans déviation. Si

donc vous voulez bien voir un olijct , il faut le regarder eu i'ace , vous mettre en aspect direct avec lui et le percer pouraineidiredans son centre. Le rayon de l'esprit pénètre alors tout entier, sans être brisé par la réflexion ni par la réfraetion ; rien ne se perd de l'attention, qui restant simple, une, intense, descend jusqn -m Ibnd de la chose et y perle, sa lumière. Mais si vous considérez l'objet obliquement, par ses côsés, par les fiiees^ diverses de sa forme extérieure, par ses aientbm, vous ne le verres point pleinement ni à fiind^ vous n'en apercevres qne des parties, des iaeettes^ des angles, des côtés; et votre regard, réfléchi par toutes ces surfaces, se disperse en rayons multiples qui ne se laissent point rallier en nn foyer commun. 11 n'y aura dans yotre manière de voir ni unité, ni ensemble. Beaucoup d%ommes d'esprit ne savent point enrisager une question autrement; ils la plaeeiiL pour ainsi dire sur un pivot , ils la tournent et la retournent successivement dans mille points de vue, la regardant sous des fiices toujours changeantes, au lieu de la fixer, par un regard Ibnne, calme et pénétrant, dans son point principal , dans son centre. Aussi malgré leurs discours ingénieux et brillants, et ils le sont d'autant plus que ces personnes cherchent sans cesse à saisir des rapports nouveaux et inattendus, ils n'en finissent jamais avec les difficultés sérieuses, et ne décident point les questions [ici caipLoirenicnt. Us jettent de la lumière tout autour de la chose , mais le milieu reste

obscur parce qu'il n'est point ouTcrl* Le ncsud de la question n'est pas même entamé. Ainsi traTaillent ceux qu'on

appelle beaux esprits. Il y a dans leur faire plus d'éclat que de solidité, et leurs œuvics iccitjiut plus l imagination qu'elles n'instruisent l'esprit et n'avancent la science. Ils lui nuisent au contraire en l'embarrassant d'une multitude de théories et de systèmes; car ces esprits partiels et exclusifs sont ordinairement portés à prendre la partie pour le tout , à voir Tensemblo de la chose dans le point de vue faux et étroit qu'ils en ont pris.

La force de l'attention constitue en grande partie ce qu'on appelle la pénétration de l'esprit; car quand le re> gard se porte sur un objet, s'il s'j attache fermement, comme à chaque instant il se renforce par un nouvel acte de la volonté, par un nouvel effort, à chaque coup, pour ainsi dire, il doit s'enfoncer davantage dans l'objet et passer plus avant, comme la sonde des puits artésiens descend plus bas dans les entrailles de la terre, à mesure qu'on la chasse par une nouvelle tige superposée à celle qui vient de disparaître. Cependant les esprits dont l'attention est le plus tenace, ne sont pas toujours les plus pénétrants. Il y a des intelligenoes vives et subtiles qui vont souvent d'un coup d'œil au fond des choses; mais celles-là eu général ne savent point rester longtemps attachées au même objet, et elles perdent, par leur impatience et leur mobilité, les avantages de leur facilité à voir et à corn- * prendre. C'est ce qui se remarque surtout parmi les en^ fants, dont les plus spirituels, les plus intelligents sont or^ dinairemenl les plus légers cl les moins assidus au travail. La pénétration unie à la persévérance fait des merveilles.

L'altention de méine que la lumière répand la vie parloui où elle entre. Le 8ujel le plus stérile en apparence devient fécond aous le regard d'un esprit qui sait le pénétrer, comme «ne terre ingrate sous la main induslrieuse du lal)our( ut , comme la matière dure et rebelle sous le ciseau de Tartiste. L'attenlion est l'instrument de la génération spirituelle. C'est par elle que Tesprit engendre, quand il fait passer sa vie, son feu, sa lumière, sa pensée dans l'esprit et dans Tâme d'un autre; cl c'est par elle aussi que l'entendement conçoit quand il s'ouvre à l'influence de la parole, etréagitexdusÎYementvers elle en l'absorbant. Celui qui parle mollement, sans que le rayon de son esprit anime son discours, n'agira jamais fortement sur ceux qui Tentendent; il ne produira en eux ni émotion, ni idée, ni pensée; ii n y a point de vertu dans sa parole. Celui qui éiX)ute mollement ou ayeo distraction, quelle que soit la puissance de la parole, ne sera point pénétré, vi?ifié, feule d'une réaction suffisante de sa part. Les -rayons de lumière ne tiouvaoL point d'accès, sont lépeicuLcs et vont tomber en dehors. C'est un grand mal que cette impuissance de fixer son attention d'une manière soutenue. On perd par là la fstf}ulté de se diriger dans sa pensée et dans sa conduite, et on aliène pour ainsi dire sa liberté dans l'ordre intellectuel; car la fatalité se retrouve là comme ailleurs et peut-être plus qu'ailleurs. U y a entre nus pensées niille liens cachés par lesquels elles s'attirent l'une l'autre, en sorte que si l'on s'abandonne à leur entraînement, c'est à chaque moment une autre scène qui sollicite notre regard et en brise la direction et la force. La marche de l'esprit est rompue à chaque pas; il dévie sans cesse par les

împulsiont nouvelles qui s'ajoutent Vvme à t*«iilrd et se

coropliqiKîiil. Il n'a plus d'alliirc franche, originale, directe ; son rayon continucltcnicnt brisé et réfléclii se oourbe, perd sa vigueur et sa pénétration» et l'on finit ordinairement par se laisser aller à TaTenture, selon la fluctuation des pensées, oomme un pilote qui a perdu la lèle ne sait plus gouverner son navire. Voilà ce qui arrive souvent, quand on doit écrire quelque chose de sérieux et qui demande de la réflexion. On divague longtemps STant de trourer la roule qui conduit an but. Alors il faut un lûgoureux effort de la Tolonté pour arracher Tesprit à tout ce qui est étranger à son objet, le vider de cec|uipeut l'en distraire, le fixer à la «jiicsiion, l'y attacher, Vy enchaîner comme IVotée, afin qu'il ne puisse plus changer de formes et qu'il soit forcé de voir et de dire la ▼érilé. L'immense différence qui sépare les hommes sous le rapport intellectuel et moral vient en grande partie de la capacité si diverse de leur attention.

Uàme peut diriger son rayoa à travers les sens dans le monde extérieur. Ce mode de ratlenlion est

Xohseriiaiion externe qui s'exerce sui loul par la vue et rouie. L'àme peut, eu fermant les portes des sens et eu se recueillant ea elle-même, arrêter son regard dans son monde intérieur, dans son entendement, pour y coasidéier , soit les images des choses seaftibles, soit les notions abstraites de leurs rapports,

^il Tesprit el le sens de la parole, soit ses propres modifications et opérations. L'attention se nomme dans ce cas intuition , réflexion, méditation ^ obser" vallon interne. Elle peut enfin élever son regard audessus du monde phénoménique et de la sphère de son esprit propre , et le diriger vers les choses intelligibles, \crs les idéaux, pour se mellre en rapport avec la Lumière et la Vérité universelle. L'attention devient alors vision pure, eontempiation.

Observation etterne, observation interne, contempla* • tion » telles sont les trois formes sous lesquelles l'attention s'exerce en raison de la nature de son objet, et de la position relative du sujet. L'homme, dans les diverses phases de son existence, entre en commerce avec trois mondes, avec le monde physique par les sens, avec le monde de son entendement ou le monde rationnel par k réfleiîon, avec le monde idéal ou métaphysique par son intelligence* ÏJors de lui il eonsidèrc les laits de la nalurc, les phénomènes sensibles, et il ramasse et prépare les matériaux de ses connaissances naturelles et de sa science du monde. L'observation eiteme est de la phis grande importance sous ce rapport, et là surtout la constance de Tattention et rapplicaLion répétée de son regard sur le même objet, est une condition sine quâ non du savoir.

L'observation interne présente plus de difficultés. Les phénomènes du monde intérieur ne sont ni moins nombreux, ni moins variés que ceux du dehors; mais le regard de l'esprit a plus de peine à les saisir et à les fixer,

à Gftuse de leur mobilîlé, de la soène changeante où ils paraissent et de l'cxlrcmc subtilité de leurs couiplications et de leurs nuances. A.ussi le talent de l'observation psychologique esl bien plus rare que celui' de l'observation physique.'Il y a cent phymciens distingués pour un psydiologue profond. Plus d'hommes sont capables de s'occuper utilement de la science de la natuie que de la science d'eux-mêmes, en sorte qu'en général ce que l'homme connaît le moins, c'est lui ; et cependant qu'est-ce qui lui importe davantage? L'attention devient plus facile, quand elle porte sur les images formées par les objets dans Fenten dément . pu ce quo les images oni quelque chose de concret ou au moins d'individuel à quoi l'esprit s'attache. Mais quand on doit saisir et tenir devant Tœil de l'esprit des abstractions, des notions générales, des vues de rapport et d'ensemble, il faut un redoublement d'atr tention, une puissance de réflexion et de aiédilalion tlont bien peu sont capables, et où moins encore peuvent longtemps persister. Les abstractions ne se laissent point imagina*; elles sont représentées bu plutôt signifiées par un mot, par un chiffré, par une simple lettre, qui donne peu de prise aux sens et à l'imagination, et c'est a cet os sec et décharné que l'esprit doit s'attacher pour trouver sa nourriture. Cependant cet os peut reprendre vie, chair, figure et mouvement par la vertu de l'attention , et tel signe abstrait, comme le roc frappé par la verge de Moïse, devient soudainement sous le regard de l'esprit, la source d'un développement abondant.

C'est encore par la réflexion ou par la conscience du moi repliée sur elle-même, que nous pouvons percevoir

afin d'établir 'dans aon eotendeinent un sjatème de oon* ceptiom et de notions, adéqpiat au système réel des choses, et qu'il puisse composer et décomposer par son esprit,

comme la nature fait et dcf iii les existences. Ici se trouve la confirmation de ce qui a été dit à la fin du précédent chapitre : que toutes les opérations de l'esprit humain ont leur type dans la nature. Nous ne pouvons penser les choses que comme la nature les produit. C'est ce qui donne une mesure pour apprécier la pensée, juste quand elle est conforme à la réalité, fausse quand elle s'en écarte et substitue des relations imaginaires aux rapports naturels. ËUe est Oomplète quand elle reproduit toute la réalité d'un fttit, depuis son origine jusqu'à ses derniers résultats; elle csi partielle, si elle ne le considère que sous une face, par un côté, faisant ressortir ce qui lui convient et laissant dans l'ombre ce qui la géne ou ne rentre pas dans son point de vue.

Tout être pensant tend donc à se faire dans son entendement le tableau ou la repi ésenlation du monde où il vit, afin de percevoir les rapports des choses et de s'expliquer comment elles arrivent. On peut dire que chaque homme se construit un système, par cela seul qu'il pense. Le système est-il vrai ou faux, le tableau exact ou inexact, c'est une autre question, que l'expérience décide plus que la discussion; car en cas de dissidence ou d'opposition , chacun croit avoir raison, c'est-à-Klire, être dans le vrai point de vue et penser juste. Bfalheureusement, quand les faits parlent et décident, il est trop tard pour revenir. Les conséquences sont posées et doivent avoir leur cours; il ne reste plus qu'à les subir, en profitant de leurs enseigne-

par elle seulement qu'on peui parLicipcr aux irésors de vérité et de scieace qu'ils contiennent cl dont ils enrichissent les âmes qui communiquent avec eux. Ainsi apparaissent à resprif humain ces gn^ndes idées, qui placées auniessus de Tespace et du temps, surpassent les sens , l'imagination , la raison, et valent }K)ur tous les temps et pour tous les lieux : idées universelles comme les idéaux dont elles sont le reflet, et qui peuvoit seules donner des prindpes ioébranlabl^ aui sciences el aux institutions de la terre, tandis que tout ce qui se montre dans le monde sensible, tout ce qui frappe les sens est concre t , inUividucl; cl tout ce qui est pensé dans le monde rationnel, est général , abstrait» par conséquent contingent et relatif.

' L'attention, sous ses trois modes, est donc en rapport, aréole concret ou les individualités par les sens, avec l'ab* straitou la généralité par la réflexion, avec l'infini ou l'uni-; versalité par la contemplation.

L'atteatioii se montre eu types iaférieurs dans les êtres de la nature physique. Partout l'action de la

vie générale excite la réaction de la vie particulière. La, terre s'ouvre à rinfluence du soleil et réagit avec amour rers le rayon qui la féconde. L'alcali et l'acide agivssent et réagissent l'un sur l'autre pour s'unir ou se repousser. Le germe dans la semence réagit vers la lumière qui l'excite, et sa réaction continue fait son développement L*animal réagit vers la lu-

mièoe qui riQTestit, vers Tair qu*ï\ aspire, Ters les substances dont il se nourrît , vers tout ce qui excite

ses appétits et ses inslincls. Mais celte réaction est purement instinctive et aveugle dans la nature phy^sique et dans tous les êtres qui en ressortent. L'attention de rhonime est un acte libre et intelligent de sa volonté«

Tout ce qui est dans l'homme a son symbole dans ia na* ivre Inférieure. C'est pourquoi les mots et les locutions qui expriment les faits intellectuels et moraux, ont presque toujours un sens physique. Sans cette double signification, nous ne pourrions représenter en images les choses métaphysiques, et le langage poétique ou oratoire sérail aussi impossible que la langue philosophique. Il arrive aussi, et par ia même raison , que presque tout ce qui est inventé , établi par l'homme, a son modèle dans la nature et lui est sufj^f^éré par elle, en sorte que le comble de Tart est le plus souvent d'imiter, à force de calcul et de travail, ce que la nature produit spontanément et sans effbrt» Quelle différence y a-t-il donc entre la nature et rhumanité , entre les hommes et les autres êtres qui habitent ce monde? Il y en a une immense et qui les sépare foncièrement. La nature physique ne sait pas ce qu elle fait et ne véiif f pas le faire; les existences qui en dépendent n'ont ni conscience ni liberté, et leur réaction ou leur activité n'ést qu'un mouvement instinctif, déterminé fatalement par les impulsions qu'ils reçoivent. Il n'en est point ainsi de l'homme. Quand il jouit ou souffire, il sait qu'il souffire

ou jouii; quand il agit, c'est qu'il veut agir, ei il sait pourquoi et oomment. Il se distîujgue des influenees qu'il subit, e| il commence dans son int^eur, par sa ▼olonté, une série d'actes dont il est le principe. Il est le seul être de ce monde qui opère, comme Dieu , avec connaissance et liberté, parce qu'il est le seul être de ce monde qui ait été fait à rimage et à la ressemblance du Créateur. Aussi n'obéît-îi pas ayeuglément aux lois unÎTerselles qui régissent . les êtres. En même temps qu'il en relsent l'action , il a la puissance de les connaître; il les suit le plus souvent parce qu'il le veut, et il peut vouloir le contraire; il peut à ses risques et périls se mettre en hitle aTCc elles, s'en écarter on les tioler. L'homme seul peut devenir absurde et immoral; car il peut seul enfreindre les lois morales el logiques; ou plutôt ces iois dans leur spécialité n'existent que pour lui, puisqu'elles ne sont que l'application des lois universelles à l'action libre et intelltgent& L'animal, le végétal, le minéral, ne sont pas susceptibles d'absurdité ni d'immoralité; ce qui prouve qu'il n'y a en eux ni intelligence ni volonté, quoique nous y découvrions un semblant ,^ne ébauche et comme un reflet de ces hautes fa* cttltés.

Dans la nature physique et dans les existehocs qui en

rLSS0! it'ni. il y a quelque chose d'analogue à l'attention de l'esprit humain; c'est la réaction vers une influence plutôt que vers une autre; réaction cpii a lieu partout où il y - a de la vie^ puisque la vie ne s'établit et ne s'entretient que par l'acte et le réacte. C'est l'attention , moins la direction in^ telligente et libre. Quel admirable commerce entre le soleil et la terre ! Voyez comme la terre appelle Taction du so-

leil et .coomie eUe s'j ouvre par tous «es potes t réstgtssaut avec artieor, buvant aviclMent aa lumière, ia di»< leur et ta vie! Il y a là tous les signes du désir, tous les

témoignages de l'amour le plus intense et le plus vif. Aussi leur union est féconde, et chaque année, au retour du pnntempi, les germes se remuent et se développent dans te aeîn delà nature*

Qu'est-ce que les affinités chimiques? Des alcalis et des acides se recherchent ou se fuicul^ quand ils sont unis, ' s'il en arrive un autre qui ait plus d'alBoité avec l'un des dsHX, le préféré précipite violemment son rival et s'attache plus intimement à ce qu'il aime. De là la puissance des réac* tifê. M'j a-t-il pas dMM ces cas un certain discernement, une préférence, je dirais presque un choix? Considérez le végétal dans le développement de m vie, vous le verrez en tout temps eherctor aveuglément ce qui lui convient le mieux, et discerner ent^ plusieurs choses celle qui lui est la plus analogue. Il tend constamment et irrésistiblement vers son objet, vers sa tin. Des qu il germe, il prend une double directionpar ses deux pôles principaux. Le pôle supérieur se porte en faani par la phimuie quilioi t former la tige; il aspire vers la lumière; il peroe d'épaisses couches de terre po u r y parve> nir. Le pôle inférieur s'enfonce par la radicule dans le sol pour y établir les bases de l'existence. Essayez de contrarier leur mouvement, renversez le germe et les pôles; chaoun ae ooaloumera pour reprendre sa direction naturelle» l'un vers le eiel, vers le principe de la lumière^ l'autre dans la profondeur, vers le centre de la terre. Toute plante cherche instinctivement l'air et le jour, i^our les atteindre elle se traîne avec effort , ou elle s'élance vigoureusement

au-dessus de l'ombre qui i'aocable* Elle s'étiole, eUemeurl dans les ténèbres. Sa radne cherche en même temps dans

les entrailles du sol l'aliment terrestre qui lui conyient. Elle traverse souvent des couches de terrain sans s'y arrêter, afin de gagner une autre région qui lui fournira sa nourriture; tantôt elle s'étend à la surlace du sol, tantôt elle descend en pivount, toujours elle ehérche ce qu'elle aime, ce dont elle a besoin pour vivre.

L'instinct de l'animal est encore plus remarquable, parce qu'il est plus vivant et que sa réaction est plus énergique» Quand le besoin le presse, comme il tend de toutes ses force» vers l'objet qui lui est nécessaire 1 Comme il le cherche ardemment, sans relâcbel Gomme il disœrnc rapidement, sûrement ce qu'H lui faut! Puis, outre cette réaction commune à tous les animaux par iaquelie ils souUenneni leur existence, il j a dan» chaque espèce un instinct pairticulier* Yojes l'araignée au centre de sa toMe, les jeux ovrerts, les pattes étendues, Lout le corps en arrêt. Y a-t-il lui type plus irappant de rattention? Le chat qui guette la souris, le chien qui suit le gibier à la piste, ne nous. en offrent-ils pas encore des images? 6t quand "cet animal fidèle s'attache arec tant de constance ft son maître, lie pour ainsf dire son existence à la sienne, et ne vit plus que par le regard et la volonté de celui qu'il aime comme il peut aimer, au point qu'on en a tu ne pouvoir survivre à leur maître et se laisser mourir de feim sur sa tombcf quand l'œil fixé sur celui de l'homme, il en suit tous les mouvemenu pour en deviner l'intention, en prévenir le désir, prêt à se précipiter au moindre signe, n'y a-t-il pas là un reflet admirable de rallention et des facultés morales de l'homme?

N'est -on pas tenté parfois, dans l'espèce d'affection que nous inspire l'iittric bernent d'un pauvre animal, de lui attribuer quelque chose qui le relève au-dessus des autres bètes, en le rapprodiant de l'hunuinité? Néanmoins il faut bien le reconnaître, il n'j a là ni conscieiioe ni liberté; ranimai sent et agit sans réfléchir sa sensation ni son action. Bien quMl y ait en lui un principe de vie, un centre d'existence, il n'^ a point de moi , parce qu'il n'j^ a pas de conscience, par conséquent point de connaissance ni de science , et ainsi entre sa manière d'être et celle de l'homme , entre ses mouTcments et les actions humaines , il j a toute la différence de la science à l'instinct, de la liberté à une activité aveugle; il ^ a un abime.

ClfAPITftBVH.

Dès que Thomme a acquis la couscieuce du moi par la réflexion active de lui-même, quand. il peut diriger yolputairement le regai'^i à& son esprit 3ur les phénomènes extérieurs ^ sur les images qui paraissent dans son euLeudemcat, sur les modiiications ou les actes de sa personne ^ alors il devient capable d'exercer les fonctions de la raison , c*est4dire de penser» Pour cela il observe les faits, les examine dans leur développement ^ les décompose en leurs parties > les compare entre eux et lès combine de toutes manières pour en saisir les rapports et les différences , s'expliquer comment ils se produisent, et les reproduire avec le même ordre dans son entendement et par le discours. Les principes et les causes, les eflels, les conséquences, les résultats, et reachalnement de toutes ces choses, voilà ce que Tétre raisonnable est poussé par sa nature à rechercher curieusement. Connaître ce qui est , expliquer ce qui se fait, tel est le but de toutes les opérations de la |>ensée. ^

Les actes de l'esprit que nous avons examinés iu&qu'iciy iODt ks préUminairtM néoBisairei de la pemée, màia ne «mt pas enoovelafieniée eil&ménie en esercioe. U y a cartaihemeni une opci ation de l'esprit dans les fonctions des sens et dans celles de Tentendenient Par les sens nous sommes aMecewWemflnt pasailt et actifs; la oonoe|»cioa s'acopm* fUt ^ciet aaaa une eertame réaction de la part du sujet l/attention est un aôle de l'esprit, puisqu'il dirige volon* taîremcntsonregaiil sur Lel objel avec l'inteniion c\[»rc.sse de le considérer eA de le connaître. Jusqu'à ce moment nous aveuB cianiiné les îaipreisioqs et les sensations, matière ptumière des images; puis les conceptions sur iesqueUes le travail de fesprit wtt s'appliquer, et enfin la puissance de faii e de chacune de ces conceptions l'objet d'une considération spéciale, pour la connaître en elleHnéme et dans 188 rapports» Ici seuieaaent oommenee l'eiereioe de la raiaen proprement dite oii la fonction de penser. On ne pense point tans penser quelque cbose. En outre il faut que respril puisse se distinguer de l'objeL qu'il pense, séparer son moi du non-moi représ.enié et pensé dans le moi; car le caractère essentiel de la pensée» c'est qu'elle s'opère au dedans, dans Fentendement, par laréfleiion de l'esprit sur lui et sur œ qui est en lui. Tan t qu'il voit, regarde , observe , contemple,il ne pense point, mais il amasse et prépare Im 4Xiatériaux de la pensée, comme l'abeille qui va cbercber au dehors les éléments du miel qu^elie élabore dans son inté>

rieur. C'est {Mmrquoi la pensée n'eiiste que là où 11 j a ca- * paeité de réflexion , retour de l'esprit sur lui-mâme pour

se poser en lui^l s'opposer a ce qui n'est pas lui. L'homme ne commence à penser que quand il acquiert

la GODSoieDoe du moi; mais ici se trouve une diffioullé, savoir: Comment l'enfant procède au premier acte de réflexion qui pose ie moi, et qui devient ainsi le premier act€ de la pensée, puisipi'il discerae en ce moment ie moi du nonmoi» leur rapport et leur diffiérenoe. Il semble qu'un acte de pensée soit nécessaire pour constituer le moi, et cependant, sans le moi déjà posé, l'acte de la pensée parait impossible. Ici, comme dans toutes les questions J'oiigine, il faut en appeler à Teipérience qui tranche la difficulté . par le fait» pendant que la .raison s'évertue Taineraent à la dénouer. L'expérience prouve que l'homme se pose en hii par le premier acte de réflexion , au mojen duquel il se pense lui-même; acte constituant et fondamental, qui est réellement, dans la sphère de rindividu» un acte de souveraineté par lequel le mot se reconnaît et s'établit centre de toutes ses opérations, substancede toutes ses modifications , chef de tout ce qui émane de lui et du mcnde qui l'entoure.

Quel est le but de la pensée, et comment peut-elle l'atteindre? Le but de la pensée , c'est de connaître les choses et pour cela d'expliquer comment elles se font. L'homme est le seul être de ce monde qui réclame cette explication. Il ne lui suffît pas de vivre comme les autios existences, d'en jouir, d'en retirer ce qui lui est nécessaire» utile» agréable. Quand les besoins de son corps sont satisfaits» les besoins de l'esprit et de l'âme se déclarent» et fKinnt cés derniers celui de la science est un des plus vifs. Appelé à duiiiiiier et à gouverner les choses de ce monde, il faut qu'il^ les connaisse, qu'il s'en rende raison, qu'il se les soumette par l'intelligence. C'est pourquoi il les pense»

afin d'établir daos son eDleodement un système de oonoeptions et de notions, adéquat au système réel des choses , et qu'il puisse composer et décomposer par son esprit, comme la nature fait et défait les existences. Ici se trouve la confirmation de ce qui a été dit à la fin du précédent chapitre : que toutes les opérations de l'esprit humain ont leur type dans la nature. Nous ne pouvons penser les choses que comme la nature les produit. C'est ce qui donne une mesure pour apprécier la pensée, juste quand elle est conforme à la réalité, lausse quand elle s'en écarte et substitue des relations imaginaires aux rapports naturels. Elle est domplèle quand elle reproduit toute la réalité d'un fait, dépuis son origme jusqu'à ses derniers résultats; elle • est partielle, si elle ne le considère que sous une face, par un coté , faisant ressortir ce qui lui convient et laissant dans l'ombre oe qui la géne ou ne rentre pa9 dans son point de^tie.

Tout être pensant tend donc à se faire dans son entcn-

demcnt le taijieau ou la représentation du monde où il vit, afin de percevoir les rapports des choses et de s'expliquer comment elles arrivent. On peut dire que chaque homme se construit un système, par cela seul qu'il pense. Le système est-il vrai ou faux, le tableau exact ou inexact, c'est une autre question, que l'expérience décide plus que la discussion; car en cas de dissidence ou d'opposition, diacun croit avoir raison, c'est-à-dire, être dans le vrai point de vue et penser juste. Bfalheureusement, quand les faits parlent et décident, il est trop tard pour revenir. Les conséquences sont posées et doivent avoir leur cours; il ne reste plus qu'à les subir, en profitant de leurs enseigne-

meots pour une aaitr^ oowion» et heureux eeux qui en ivofitentl On ne devient «âge îoUms qu'à ses risques et périls. L'expérienoe «les pères est presque toujours perdue

pour les enfants.

C'est au moyen des signes du langage que Tesprit composeén lui le tableau de Jaréaliié, lesyatèeie ou i'enseoiliiledes'couiieptîonsqui doiteorrespondre à l'arrangement des ol^Mes; et e^est aussi par le langage, s'objectivant par la voix , qu'il donne à sa pensée une autre sorte de réalité qui la rend saisissable , et permet de Tétudier et de ia comprendre* Ainsi se ooBununique la eonnatssanee; Je savant insHuit Hgnorant, et la seienee avance quand oe qui a élé vu, conçu et pensé par les générations précédentes passe aux gt^iiL'iations futures, et leur fournit de quoi élever ou continuer Tédifioe. Dans tous les cas, le discours doit être à la pensée ce que la pensée est è Tol^eti et rénonclation ou l'exposition par la parole est toujours en raison de la manière dont Pesprlt saisit et se représente la chose. L'honime parle comme il pense, ou, pour nousservir d'une formule plus générale qui exprime la même vérité dans toutes les spbàies, il objective joonune il a sulijectivé.

^Toutes les foucLioas de la pensëe se ramènent à ua :^ttl aç(e > Qa ne pease que pour arriver

à ua:iugementr el chaque opéiraM<l<| die.l'çspp^^^ firme ou uie quelque chose. Juger c'ést apercevoir un. rapport ou une diUérence^ ou juge^.e^ di^cei-

nant. IKflieerner c'est distinguer, séparer, puis ap- - prouver ou admettre telle chose de préféreuce à telle autre. Le discernement qai est subjectif suppose diyersité , opposition entre les objets sur lesquels il porte , et ainsi tous nos jugements se réduisent , d'après le nombre des oppositions possibles^ à cinq classes: Thomme discernant entre ce qui est bon ou niauyais, beau ou laid, jusle ou injuste, vrai ou ùkux, bien ou mal.

Dans l'étaL [n éseiU de 1 honiine, il en est de son întelligence comme de sa volonté; l'une et l'autre ne peuvent s'exercer le plus souvent qu'en choisissant, en délibérant, ee qtti montre qn'îi est oèligé d'agir au milieu de termes opposés ou divers qui se disputent son assentiment ot recherchent sa préférence. L'homme est juge dans le monde qu'il habile; c'est pourquoi le travail de sa raison aboutit toujours à un jugement , comme tous ses diseours se ramè* nent à une proposition. De là aussi l'importance de ses paroles, expressions de ses jugement, sentences qui énoncent ses arrêts* Dans la vie pratique nous ne pouvons agir raisonnablement sans poser un acte de liberté , sans pré^ férer une diose à une autre* Dans la spéculation nous ne pouvons penser sans poser une affirmation, sans dire am ou non, par conséquent sans exclure le non ou le oui. Cette nécessité, qui fait ta grandeur de l'homme, puisqtt'eilele constitue arbitre entre les êtres qui l'entourent, rend aussi son existence pénible; sa vie deriei^t un combat continuel contre tuî-ménie, parce qu'il est divisé en

lui, et contre ce qui -coeiiate avec lui, puisqu'il trouTe toujours un ennemi dans celui des deux termes qu'il rejette. Puis vient l'obligation de maintenir ses jugements, de justifier, de réaliser et de soutenir ses décisions, quand une fois il s'est prononcé. La période terrestre de son existence est donc miment un temps d'épreuve, dë prépara- ' tîon , et c'«st parce qu'il est intelligent et libre, qu'il doit subir une préparation et passer par IV preuve. Il faut qu'il juge entre les puissances contraires qui se disputent le monde où il vit. Il faut qu'il s'allie à l'une ou à l'autre, puisqu'il ne peut vivre de lui-même; il faut donc qu'il apprenne d'abord à les connaître, afin de pouvoir choisir sciemment el llbiorueiil. De là toute son existence intellectuelle et morale où il est sans cesse employé à distm^er ce qui est convenable de ce qui ne l'est pas, réunissant ou séparant les choses selon le^ rapports ou les diflG&renoes qu'il perçoit entreelles, et par comparaison avec des mesures supérieures qui lui fournissent la règle de ses appréciations. S'il ne communiquait qu'avec ce qui est bon, beau, juste, vrai» bien, sa vie entière ne serait qu'une affirmation pour recevoir, assimiler, et réagir amoureusement et sans partage vers l'objet unique, vers la seule chose n^sessalre. Il n'y aurait point lieu à discernement, ni à choix; les opérations intellectuelles qu'ils supposent et la pensée ellemême resteraient en puissance dans un seul acte, dans l'acte pur de l'intelligenoe, la contemplation de la vérité ; comme toutes les affections morales seraient concmitrées dans une seule afteclion , l auiour. Tel était l'état originel de la créature humaine, et elle doit y revenir, puisqu'elle a été faite pour connaître Dieu, l'aimer et le servir. Elje en

est déchue par sa faute , en se menant Yolontairement en rapport avec le mal, en lui donnant accès dans son oœur

cl dans son esprit. Depuis ce temps elle est en lu lie avec elle-même comme avec ce qui lentoure, ne pouvant avancer dans le monda qu'à foroe de juger et de décider. C'est pourquoi la pensée est une «condition nécessaire de sa vie présente, et il est de la plus haute importanoe pour elle de bien penser. • •

Tout jugement implique une comparaison. Comparer , c'est mettre en aspect deux conceptiuas, deux notions ou (es signes qui les représentent* Lorsque Tesprit aperçoit ou croit aperceYoir que les deux termes se conviennent d'une manière quelconque, par l'identité, par l'analogie ou par la ressemblance^ il les lie, les unit en lui par lé verbe, il affirme le rapport et prononce oui. Si au contraire il voit ou croit voir entre eux opposition de nature, diversité de lois, différence de formes, il les sépare en lui, nie le rapport immédiat, prononce le non ou la n^alion. C'est ici que commencent à proprement dire les fonctions de la raison.

Tout jugement se résume en oui ou non : Est, non est. Oui; le rapport existe, et les deux termes se conviennent. Aon; il n*y a point de rapport et les deux termes ne peu-

yent être réunis a cau^ de leur discoiivenance. Il faut donc les comparer préalablement, c'est-à-dire les considérer succtssfreaient en fooe l*un de Pautre en leur appliquant une mesure commune, pour diacemer par un acte simple et indivisible de Fesprit^le rrfpport ou la différence.

Les rapports entre les choses sont plus ou moins profondsy et ainsi les jugements qui leS saisissient et les affirment, ont plus ou moins d'importance et de solidité. L'évidence est à son plus haut degré, quand il y a perception de l'identité de nature entre les termes, comme dans le rapport de l'individu à l'espèce, de l'espèce au genre, de la qualité à la substance, de Pefiët à la cause, de la conséquence au principe, etc. Dans Ces cas f'cfsprit "foit les choses sortir l'une de Tautrc, el ainsi altacliécs entre elles par le lien de la génération et de la vie. Il voit celte vie partir de son fegrer, de sim centre, et se répandre par son rayonnement de prodie en proche dans tous les organes et membres qui en dépendent Getl^ évidence de l'identité de nature entre plusieurs objets distincts pai la forme s'obtient, tantôt immédiatement par la simple a$pe&> tion des termes , comme dans les propositions évidentes par elles-mêmes; tantôt médîatement par une déduction plus ou moins longue , par la démonstration. Cela vient de ce que dans la nature tout est posé avec ordi o, à son rang ^ hiérarchiquement; par conséquent chaque existence, et dans une même eiistence chaque propriété, qualité, organe, fbrme ou partie quelconque, a sa place marquée et se manifeste à son tour, suivant son rapport plus ou moins prochain avec le centre ou le principe. Donc entre le prin-

cipe et le second terme il y a ïiaisou iimniitliate, et elle s'aperçoit (le prime abord; mais entre le principe et le troisième il jr a un intermédiaire par lequel la nature passe pour yarriTer,et qui doit être reproduit dans nôtre exposition» si elle est exacte; et ainsi pour les termes subséquents. De là l'utilité du raisonnement, ou de colle opération de l'esprit qui supplée les iatermédiaircs naturels entre deux termes éloignés , pour en rendre la liaison évidente.

Les jugements qui énonoent le rapport d'identité sont analytiques; car ils montrent comment l'attribut, ou plulot la qualité sort du sujet où elle était contenue en puissance, s'en déduit et s'afiirme en face de lui comme lui appartenant essentiellement, comme étant ié sujet même manifesté. Ainsi les qualités et les vertus d'une plante sont la plante même vivant, se développant sous telle forme et ag^issant de telle manière. Les pr(>j)i i( lés qu un sel, un métal, une substance quelconque déploie dans le contact avec d'autres corps, sous l'influence des agents naturels ou des réactifs chimiques, sont essentielles à la nature de cette substance, y préexistaient virtuellement avant de passer en actualité. Ainsi les puissances et les facultés de l'Ame sont identiques à Tàme, puisqu'elles en sont les opérations; et les jugements que nous en portons, ne sont exacts et bien fondés , que si nous apercevons ce rapport des facultés avec leur principe et leur rapport hiérarchique entre elles.

Après le rapport d'identité entre des êtres de même nature, le plus essentiel est le rapport d'analogie ou de lois entre des existences de nature diverse* Les rapports de ce genre, se montrent de tous côtés à l'esprit un peu II. 10

cyiiÎT^» et qui - ooiDDMiioe à se servir du langage avec ni* telligeooe. U y<Ai le inonde matériel et le inonde spirituel se pénétrer oontinuelleoient, et quand il essaie d'exposer des faits intellectuels et moraux, il emploie naturellement des images et des mots qui signifient des objets sensibles, ce qui prouve qu'il saisit une analogie entre ces deuK ordres de choses* De là le oaraetère métaphorique des langues, dont les termes ont presque toujours un double sens, le sens propre et le sens %uré. La poésie, réloquence, la conversation même sont remplies de ces transpositions d'un monde dans l'autre. Les hommes les plus ignorants saisissent souvent avec bonheur ces rapports analogiques, et les expriment dans leur langage grossier avec beaucoup de justesse et d'énergie. 11 se fait plus de figures de rliiilorique dans les marcbés que dans les académies, a dit un homme d'esprit^ il aurait pu ajoutei* que les figures du peuple sont en général plus vraies, plus frappantes que celles des littérateurs, pavée «qu'elles sont plus naturelles. Le but de la métaphore ou du tropis est de désigner par un même signe deux at Lions ou deu\ manières d'être semblables au (bnd, mais diûêrentes par la forme, parce que les âtres auxquels elles se rapportent sont d'une autre nature et appartiennent à une autre sphère.

Les jugements qui portent sur les rapports extérieurs ou de forme sont les plus superficiels. Aussi oni-ils moins d'importance pour la science, et sont-ils le plus eu usage djins la vie commune et dans Tordre des phénomènes. Les jugements les plus élevés^ les plus purs de cette classe sont ceux qui ont pour objet la beauté et ce qui s'y rapporte, parce que pour les établir, il faut encore une mesure su-

périfiure que l'idéal aeul peut donner, cè qui les rattache au monde intelligfîble. Quant aux eomparaiBons des dioses

sensibles entre elles, que notre vie de chaque jour nous oblige à faire pour la satisfaction de nos besoins et la conservation de notre existence, elles donnent lieu à une multitude de jugements relatifs» qui n'ont pas plus de gravité que les objets sur lesquels ils portent et les relations accidentelles qu'ils saisissent ou établissent.

Dans tous ces cas et partout où il y a comparaison, perception de rapport OU de différence» affirmation mentale ou orale, la raison est en fonction, rexercice de la pensée commence*

Tous les jugements portent sur Télre ou sur la

manière d'être. Tous affirment d'abord qu'une chose est» et ensuite qu'elle est ou qu'elle n'est pas de telle manière. L'enfant qui prononce un jugement quelconque, qui énonce la proposition la plus simple, montre que la conception de l'être est formée eu lui. 11 a déjà l'idée de l'être, vague, confuse, obscure, mais cependant assez déterminée dans son esprit, pour qu'il puisse comprendre l'afTirmalion de Tètre et l'ailirmer à sou tour. Il a l'idée de l'être, puisqu'il emploie le signe qui en est l'expression nécessaire , le verbe cLrCj, le mot par excellence, le verbe unique, le h^'^oç. Cette idée se loi me, comme toutes

les autres» par ractiou de l'objet sur le sujet, et aîosî elle sera d'autant plus pure, plus claire, plus féconde, que rentondemcnl qui la conçoil est en rapport plus prochain avec TËtre lui-même, avec Celui qui est.

L'idée de l'être est Vidée^ère de toutes les autres; elle

le» porte dans son sein, comme l'Être qu'elle représente est le père de toutes choses, puisqu'il a tout créé. Il est impossible de faire un jugement sans que Tétre n'y soit affirmé et ainsi sans une certaine conception de l'être et de l'eiistenoe ou de fa manière d'être, du mode sous lequel l'être se manifeste et agit. Nous rechercherons dans la Psychologie transcendante comment se développe cette idée fondamentale. Pour le moment nous constatons seulement, comme un fait d'expérience , la présence nécessaire de cette idée dans la première affirmation de l'esprîL Or il en est de cette conception sous le rapport de son origine comme de toute autre, elle ne peut naître que par l'action de l'objet sur le sujet, c'est-à-dire par l'inlluence de l'Etre universel sur l'âme de l'homme; et, comme toute conception aussi, elle sera en raison de l'action reçue et de la réaction qui y répond. L'Être unÎTersel, Dieu , agit sur notre âme par tout ce qui nous entoure, par les otres naturels et surnaturels, par les choses de ce monde et par nos semblables. L'enfant le sent donc plus profondément, suivant que l'intermédiaire ou l'organe par lequel Dieu opère en lui est plus pur, plus pénétrant, plus analogue par sa nature à l'objet dont il doit transmettre l'influence et au âujet qui la reçoit.

Si Tâme n'osi excitée que par les objets physiques et par les sens, elle ne concevra l'être que sous la forme physique , et un esprit physique ou naturel se dévelojïptra seulement cneklc; Thomme restera sauvage, sans rapport avec le monde intelligible et le monde divin, par conséquent sans science et sans moralité, sans religion et sans Civilisation. Si l'Être le pénètre par la' parole bumainc, rinflnence étant plus sjViritucIle, féconde la plus profondément; il en résultera une conception plus intellectuelle et plus pure. Mais ici encore se trouvent des degrés en raison du caractère de la parole. Quoiqu'il y ait toujours de rintelligence en elle» puisqlie Pètre raisonnable peut seul la former, elle sera encore très {^rossièrc, très matérielle, si elle part dos sens et de leurs appétits, de Tesprit et de l'imagination de rbomme animal, n'exprimant que la partie la plus inférieure de lliumanité. et du monde* Mais si elle sort d'un cœur animé par la foi et par la diarité, si elle est l'expression et comme le rayon d une intelligence éclairée de la lumière du ciel ou brillante de l'éclat du génie , cotiibien elle est ardente, lumineuse, pénétrante 1 Quelle différence dans les effets I Comme l'influence de l'Être sur râmede l'enfant est entravée, resserrée, troublée d'un oftté, tandis que de l'autre elle est vive, subtile, puissanic, vivifiante! Cependant, il se formera des deux côtés une coqcation de l'Être; l'idée -mère nattra dans Tentendement, et de cette idée doit sortir plus tard tout le développement scientifique de l'homme.

Nous sommes convaincus, que rapliiudo si diverse des hommes pour la vérité et pour la science vient surtout de la manière dont s'établit le premier rapport de leur esprit avec

ritre uaivmel. lly ea a qui ne peuTcnt omiGevoir que les objeta physiques; ib n'ont aucun sens pour les dioset in*

tellecLuellcs; ils ne comprennent que ce qui frappe les sens, quece qu'iis peuvent voir, toucher et imaginer. Il csl presque impossible de les élever à une cono^lioa inteiUgibie et de leur faire satàir une idée autrement que «oub une forme senublek G*ett qu'une parole de foi ou d'intelligence n'a pas présidé au développement primitif de leur esprit, n*a pas excité le premier iiiouveineul ti amour de leur Ame. ils ont conçu l'Être matérieliemcnt dès l'origine, et le sens de la matérialité ayant eu la priorité, a imprimé son caractère à leur raison et dominera toute leur existence, âtcc quelle sollicitude ne fkudrait-il donc pas entourer le ber* , ceau des noureaux-nés, nim de ne laisser arriver à eux que de bonnes iniluences et surtout une parole de lumière et d'amour qui, organe de la vérité pour eux, engendre dans leur âme l'idée-mère aussi purement que le comporte leur làiblesse, et pose ainsi au tond de leur être un foyer at* iraclifde la verlu et de la vie du ciel? Ce fojer, une fois allumé dans Tâme bumaine, est inextinguible, bien qu'il puisse être obscurci et comme étouffié dans la suite par les instincts du corps, par la poussière de la terre; à la moindre excilation d'en haut il rajonnera de nouveau et jettera des lueurs dans l'enlendcmcnt, de la chaleur dans le cœur. Avec de tels hommes il y a toujours espoir de retour, parce que le bien est au fond , parce qu'il a possédé leur'âme le premier, et qu'ainsi il j a prise en eux pour une bonne influence. Mais si le mal a eu l'initiative, toutes les chances sont pour lui. On tend toujours à revenir à ce qu'on a goûté, senti, conçu, connu, aimé d'abord; et

les premières impressioiu formenl dans notre ftme un fondément durable, qui détermine en grande partie notre Avenir. Si ceux qui sont appelés à donner la vie à leurs semblables connaissaient mieux iliommc cl la nature, ils ne seraient pas si légers dans le soin de leurs enfants; ils ne les abandonneraient pas, pour s'di débarrasser pendant quelques heures , à une surveillance mercenaire qui infecte souvent leur cœur par la parole du vice ou corrompt les voies de la vie intellecLuelle par la contagion de i i<;noranoe et de l'erreur. Quand plus tard ils voient se développer les tristes fruits de leur iaourie, comme on aperçoit les ravages d'une maladie longtemps après qu'on enli reçu le prin* cipc, quand ils sentent Tamertume de ces fruits de mort, ils gémissent, se désolent, accusent la fatalité, les circonstances, ceux qui les entourent, tout excepté eux-mêmes qui sont cependant les plus coupables, puisque les enfants leur ont été confiés et qu'ils ont manqué à des obliga Lions b.tcrées, impoâée^ u la iùii> par la uaUuc cl par la loi de Dieu.

L'idée de TÊtre est la prémisse ou la postulée né«

cessaire de tous nos ju^('iij( iils, la base de toutes nos airirmatioas, et c'est pourquoi elle est le pi'iucipe de toute science p comme rbtre universel est le principe de toute existence, comme le verbe être est le ]>iuicipe de Loule langue. Chaque cxislence a, si l'on peut parier ainsi,, plus ou moins d'être eu cUe,

OU est eo rapport plus ou moios prochaia avec la source de Tètre, De là son degré dans la hiërardiie

des elres. Celui-là seul juge les choses an foad qui

les voit et les apprécie dans leur rapport avec TËtre» avec ce qui est éternel^ avec ce qui ne passe point.'

Il y a de l'être en toute chose, a dit Descartes, et on peut ajouter: l'Être est au fond de chaque chose, à quel- ' que degré que ce soit, dans Tordre objectif des existences, dans l'ordre subjectif de nos idées, dans le langage qui les représente Tun et l'autre. L'Être s'affirme lui-même hors de lui, ou se posee^livi se, oomme disent les théologiens, par la création ef'la eonsenratlon des êtres; il est perçu et conçu en idée dans l'iriLelligence humaine, et l'homme qui en conçoit l'idée universelle i afhrme par sa parole. 11 doit donc y avoir parmi nos oonoeptions une conception qui corresponde à l'Être, conime il doit y avoir dans le langage, et ainsi dans toutes les langues, un mot qui exprime l Èlic et son idée, et qui tienne daiib la cousirucliou du discours la même place et le même rang que l'Être absolu dans l'univers. Cette idée, mère d^ toutes les autres idées, c'est l'idée pure, simple, une et universelle de l'Être; ce mot qui contient en lui le sens de tous les mots et qu'on appelle à cause de cela le mot par excellence, c'est le verhe cire.

Ën effet, quoi que nous concevions, quoi que nous pensions , c'est toujours l'être qui se représente dans notre esprit, qui se réfléchit dans notre entendement sous telle forme, de telle manière; quoi que nous disions ou

exprimions par le langage, c'est toujours i'éire et l'existence que nous affirmons avec leurs modes et leurs rapports* .Toute la science humaine doit donc pouvoir se ramener à une idée, comme TunÎTers relève d'un seul Être, de Celui qui Ta créé cL qui primilivemenl portait en lui l'idée de la création et la possibilité de la réaliser. Toute langue, tout discours peurenl se résumer en un seul mot, l'expression simple et sans restriction de l'affirmation de l'être, est* Et ce qui est wat de l'uniTers entier, est vrai de chacune de ses parties; ce qui est vrai de la science universelle, est vrai de chaque science particulière. En chacune il doit y avoir une idée principale, adéquate à son objet, c'est-à-dire à la partie de l'être ou de la réalité qu'dle représente, et il n'j a vraiment science pour l'esprit , que s'il voit tout sortir de celle conception fondamentale et lout y revenir. Celui-là seul sait bien, qui Yoit en unité et d'un coup-d'mil ce qu'il sait, qui saisit toutes les parties dans leurs rapports d'ensemble, et toiis les rapports dans une seule vue. Il en est de même de 1 expression par le discours. Tout discours, si développé qu'il soit , doit être l'explication d'un mot qui en représente l'objet, et cet objet est affirmé dans une proposition , qui est la base de l'ouvrage. Cette proposition est g^rosse de toutes les aulres; elle doit les enfanter successivement, les mettre aû jour chacune à son tour et à sa place, en sorte qu'il s'établisse entre elles une certaine hiérarchie, déterminée par l'ordre de leur naissance, parleur rang dans là suite du développement. La même chose se répète dans chaque partie du livre, dans chaque chapitre, dans chaque phrase, où ii ^ a toujours une proposition princi-

pale qui domine » régit les autres ei à kqucUe toutes se rapfKirlenty fuiroe qu'elles ea sortent toutes» S'il j a de l'être dans toutes les enstenoes , si toutes

sont tluns un ccrlain rappui L avec l'Etre universel, en même temps qu'elles sont en relation entre elles et avec l'univers , il suit qu'il y a plusieurs manières de les appré- .etotf selon le point de vue d'où on les oonsidàre et le rapport par lequel on les juge. Ainsi oeui qui n'enirisagent les choses du monde que d'un point de vue purement humain, indiyiduel, mondain, comme dit le langage religieux, c'est-à-dire qui ne les estiment que par les jouissances qu'elles peuTent leur donner dans l'état actuel , par le profit ou la gloire qu'ils en retirent, oeui-là les jugent très superficiellement, parce qu'ils prennent leur mesure dans ce qui passe et varie sans cesse, à savoir leur corps,. leur organisation, leur position dans le monde, leur esprit propre. Ceux au contraire qui les regardent du point de vue chrétien, avec les croyances que l'ÉTangile leur a inspirées, avec la foi en un monde supérieur dont celui-ci dérive et auquel il doit revenir, avec la conviction que cette terre est un lieu de passage où l'homme ne se trouve que momentanément pour se préparer à un état meilleur et plus pur; ceux qui sont persuadés que le corps n'est qu'une forme qui s'use , que les jouissances qu'il procure sont ftinestes à l'âme, que les désirs et. les passions qui en rcssortent ne peuvent que la dégrader et la perdre, si elle ne les maintient sévèrement et qu'ainsi ce qui ne se rapporte qu'à l'existence physique ne mérite point l'amour et l'attadiement de l'homme i ceux-là apprécient les choses de ce monde

d'une tout autre manière , parce qu'ifs les jugeiil avec une meitire immuable, éternelle, qui devient la règle de leurs actions el de leurs pensées, à savoir la parole de Dieu et ses promesses.

De là une immense différence dans la conduite de la vie. Celui qui ne oonnait que le monde, est plein de l'esprit du monde, et jugeant tout par cet esprit, il n'agit que par son impulsion* Le moi, ce qui peut lui servir ici -bas, voilà sa règle; donc chacun pour soi; Tégoïsme est la loi uniyerselle; la recherche de la jouissance est le vœu de la nature. Mais celui qui crosit à un monde futur, où chacun recevra en raison de ses oeuvres, porte sa vue et son désir au delà des biens et des jouissances de la terre* Il ne lui suffit pas de se réjouir ou de faire ses afihires ici -bas; il pense à l'avenir; son regard dépasse l'horison de ce monde, et sa conscience n'est point tranquille, si elle n'est en règle avec la justice supérieure. La crainte de Dieu et de sa loi, l'amour de son Créateur et Tespoir en sa bonté , en sa miséricorde, le touchent; la promesse d'un bonheur éternel réservé à ceux qui observent les comiiiaiulcinents divins d'ici-bas et accomplissent la parole, anime sa volonté, excite ses efforts, et dès lors il évalue les choses par le secours qu'elles peuvent lui fournir pour arriver à ce but supérieur, ou par les obstacles qu'elles mettent à son avancement vers ce terme. De là les sacrilices qu'il a quelquefois le courage de faire, quand il sent que ces choses l'entravent ou Tarrétent; sacrifices qui paraissent folie à l'esprit du monde, parce qu'il les juge d'un point de vue opposé el avec une mesure inférieure. Sous ce rapport, on peut doue distinguer les hommes en deux classes ; ceux

qui jugent les choses au fond , par leur rapport avec ce qui est immuable; ce sont les hommes senêés, au point de

vue divin et selon la sagesse élernelle; ceux t^uî les jugent par la rotiiie ou par leurs relations extérieures, accidentelles, selon les apparences des sens, les illusions de rimagination etles prestiges de l'opinion; ce senties hommes d'esprit, selon le monde, parce qu'ils sont remplis de son esprit, les hommes raisonnables dans le point de vue humain ; ce sont les sages du siècle el les insensés devant Dieu. Leur science, si science il y a en eux, est aussi superficielle que leur conduite est légère et leurs oeuvres vaines.

Non seulement nous jugeons qu'une chose est,

mais encore qu'elle est de telle aiaaiùre, soit en ellemême, soitpàr rapport à nous. £a elle-même, comme dans nos jugements sur le bien et le mal moral , sur le vrai el le faux, sur le juste el l'injuste, sur le beau , jet le laid; par rapport à nous, comme daas nos jugements sur le bon et le mauyais, Tagréable et le désagréable, l'utile et le nuisible. Les premiers supposenl coniuie mesures d appréciation les idées du souverain Bien, de réternelle Vérité, de la Justice immuable, de la Beauté suprême, idéesuniyersellesqui apparaissent à l'inlelligence par le réfrangement dePidéeder£ti'edausie prisme de 1 en leudemeiit humam.

Parmi nos jugements les uns affirment ce que les objets

( iàl )

sonl en cux-niemes ou pai ra|>j)orL a quelque chose d'iinmuabie, cruniversei, d'absolu, qui existe hors de nous et indépendaiBiiient de nous; les autres énonoent oe que les cboses sont pour nous dans leur rapport avec notre existence, notre organisation et notre manière d'être. Les premiers, quand ils sont vrais, participent a la iiaLuic de ce qu'ils expriment; ils sont au-dessus de l'espace et du temps; ils affirment des vëiités qui valent pour les hommes de tous les lieux et de tous les siècles; ce sont des jugements universels et néoiessaires. Les seconds au contraire, ne portant que sur une relaùon accidentelle et variable, sont toujours relatifs, contingents, particuliers, ou au moins ne valent que dans certains cas et sôus telles conditions. Mais tout jugement impliquant une comparaison, et la comparaison supposant une mesure pour apprécier les deux termes, reste à savoir comment nous acquérons les mesures supérieures qui rendent les jugements universels possibles; éa d'autres termes comment se forment en nous les idées du bien, du vrai et du beau, qui servent de bases à tous les jugements moraux, scientiflques et esthétiques.

Ces hautes idées sont formées dans notre esprit, en m me toute conception, par l'influence de leur objet. Leur objet, c'est ridéal de toute bonté, de toute vérité, de toute beauté, se manifestant dans la création par la nature, et dans le langage humain par la Bévélatîon; c'est l'Être universel, Si nu ce de la vie, Principe de l'existence, créant par aaiour d'autres êtres dans lesquels il aime à s'épancher et à se réliédiir^ et conservant par Tiaflux oonti*

1 Deus produxit rcs in esse propter suam bonitatem communicandam enakuis et per eas repraientandam. S, Thom. Sum, Qvatt» 47. orl. /•

nu^ de fion amaur et de sa grâce ceux qu'il a orééB ei ▼ifiés. Donner sans intérêt, sans retour sur soi-méoie, sans

aulre motif que ravanUge de ceux à qui l'on donne, c'est l'idéal de la boaté, c'est la Bonlé souveraine, le Bien absolu. L'Être uniYersel rayonne la Lumière étemelle, cette Lumière inoréée qui a fait toutes choses; car rien de oe qui a été feit n'a été fait sans Elle. Il est donc la Vérité universelle, de laquelle rciiivc lout ce qui est et tout ce qui existe; il est l'idéal de la vérité. Il est encore l'idéal de toute beauté en lui-mémey dans son éierneUe génération ; la vie divine se déployant dans sa sagesse uniTerselle, dans l'unité pure et immuable où se réfléchit d'une manière ineffiihle la distinction des trois termes (jiii la cou^stitucnt, le Vvvc ou le centre, la Bonté souveraine, le Fils ou le rayon, la Lumière infinie et TË^rit ou le rapport harmonicjue entre les deux, fondement de tous les rapports d'ordre. Puis quand les idées divines se réalisent par la création , dans chaque existence, telle qu'elle sort des mains du Créateur, il y a nécessairement un reflet de la beauté suprême et comme un type plus ou moins affiiibli de la triplicité dans l'unité, ce qui fait eo toutes le rapport de la variété à l'unité, l'unité dans la variété ou la beauté.

Ainsi les trois grands idéaux, prineipos objectifs des trois idées fondamentales de l'intelligence bumaine, sont trois manifestations diverses de Tidéal suprême. Source de tout bien. Principe de tout ce qui est vrai, Archétype de tout * ce qui est beau. Ces idéaux entrent en rapport avec notre esprit de, deux manières, par lu j);uole et parla nature. Oui, sans aucun doute, le monde proclame son auteur, et toutes les créatures racontent sa bonté , sa puissance et sa

gloire : Cceli enarrant gloriam Dei, Mais les cieux n'ont de langage que pour celui qui a les oreilles ouvertes à leur voix; leur éclat n'a de signification spirituelle que pour Yml de rintelligenoe, et c'est la parole seule qui ouvre Toeilet l'oreille de Tesprit ou le sens de l'âme. L'homme auquel le nom de Dieu n'aurait jamais été annoncé, ne comprendrait rien au langage symbolique de la nature; la def de ce grand hiéroglyphe lui manquerait.

Qu'on parle donc de Dieu à l'enfant dès le berceau , aussitôt qu'il peut comprendre la parole, comme Dieu a parlé à l'humanité naissante dans l'origine, pour exciter le développement de son intelligence et de son a me. Qu'on lui annonce le nom de Dieu avec foi, qu'on lui dise simplement qu'il est notre Père céleste, qui nous a créés par amour et qui nous conserve parce qu'il nous aime, qui nous donne tout ce qui nous est nécessaire, quand nous le lui demandons avec confiance* Qu'on lui parle de i'immensité» de la puissance» de la toute-science et surtout de Tin* finie miséricorde de Celui qui est; qu'on le lui représente comme une source de vie et de charité, se versant sans cesse dans le cœur des hommes qui l'invoquent, comme le soleil, foyer 4e la chaleur et de la lumière du monde, se donne à toutes les existences; qu'on lui apprenne, en un mot, à répéter les paroles simples et sublimes du Pater, • de cette prière par excellence que Jésus -Christ lui-même nous a enseignée; etTàme de l'enfant s'ouvrira à cette parole de foi et de lumière, le rayon divin la pénétrera, et elle réagira vers le foyer dont il émane, par son premier élan et autant que sa fiiîblesse le permet.

Ainsi commence à s'établir le rappoi L cutre l'âme ,et

Dieu; et. le premier fruit de ce rapport , c'est la conception de ridée de Dieu comme Père, comme Source de la Tie, comme Bien souYerain , comme idéal de bonté. Qu'après

cela, h mesure que soa intelligence se développe, que sa raison se forme, on lui montre , dans les récits de l'iiistoirc sainte et de celle des nations , les témoignages éclatants de la Bonté divine et les signes multipliés d'une PrOTidenoe qui Teille sur les hommes, l'idée du bien, déjà conçue, lui deviendra plus claire, plus frà{>pante, plus familière; elle lui servira de mesure, même à son insu , dans les jugements (|u'il portera sur le bien et le mal des actions humaines, sur la justice ou l'injustice de ceux qui l'entourent. Nouà affirmons que dans cette âme le fondement de la vraie religion ( t par conséquent de la vraie nioraliLé a été posé avec Tidée pure de Dieu, et que si cet enfant n'est point faussé ou perverti dans son développement ultérieur, il deviendra pieux et vertueux : pieux de la véri* table piété, comme tes adorateurs en esprit et en vérité que le Père clierclic; vertueux de celte vcrlu solide et profonde, basée sur la charité, et qui sait aimer comme Dieu aime*

Que si au contraire le nom de Dieu a été annoncé à l'enfant, non avec l'expression d'une foi vivante et tendre,

mais avec un appareil de terreur et de menaces, avec des images de puissance qui l'accablent et l'eiiraient; alors son cœur se resserre au lieu de s'épanouir, la crainte l'emportera en lui sur l'amour, et il se représentera Dieu comme un idéal de force, de justice et de rigueur , auquel il poHiia ohùk par peur, mais qu'il lui sera impossible d'aimer. De là une autre manière de concevoir.

de sentir ia religion, et une piété toute autre. Que flera-cé donc si un enseignement ignorant èt grossier parle dé

Dieu coiniue d'un homme, d'un roi de la Lune qui fait tout ce qu'il veut, nous impose ses volontés parce qu'il est ie plus fort, et distribue les peines et les récompenses selon son bon plaisir? Lldée de Dieii sera faussée à son origine par cet anthropomorpbisme brutal, et la source de la piété et de la mor ilo infcclée. Si enfin, comme Rousseau le propose, on ne parie point de Dieu à Tenfant avant Tâge de quinze ans/ son âme n'étant point toucbée dans le fond par une vertu supérieure, restera latente, inerte ' dans ce qu'elle a de plus noble, de plus virace. Bile' ne vivra que dans ses facultés inférieures, excitées par les influences de ia nature physique ou par ia parole superficielle de rhomme. L'àme sans Dieu, et elle est sans Dieu quand elle n'a point de communication avec lui, est aussi sans Tie; c'est une âme morte. Un tel bomme se développera à peu près comme l'animal, pai la vie organique ; il deviendra même pire que l'animai ; car ii emploiera sa rai' son, que la société développera toujours jusqu'à un certain point, dans l'intérêt exclusif de son corps et dé son grossier égoYsme. Sa volonté sera la règle unique de sa conduite, son moi le principe et îa fin de ses actions. Il sera son. Dieu à lui-m* me, et vous arriverez trop tard quand vous voudrei lui en annoncer un autre.

Ce que nous venons de dire sur la manière dont se forme l'idée du Bien, s'applique aux idées du F'rai et du Butu, et nous avons insisté sur le développement de la première, parce qu'elle est au fond des deux autres, qui n'en sont, pour ainsi dire, que des transformations; car le Vrai est II. - 11

le développement du Bien , comme le Beau esl la splendeur

du Vrai. Que l'enfant entende de bonne heure la parole de Vérité, et le sens du vrai a'ouvrira en lui; il concevra 1 idée de la Vérité uniwaeUe, son esprit excité par l'action de l'idéal aentim le désir, la faim de Tétemelle Vérité et de là sonardeur pourla SGience.$on entendement s'élaigira, son . intellisTence deviendra plus lumineuse, plus pure, plus céleste» et poi uni eû elle le germe de toutes les grandes coneeptîonsi elle sera préparée à voir et à admettre ce qu'il y a d'unÎTCrsel, de nécessaire, d'absolu dans la sdenoe. Mais si l'enfant n*a reçu qu'une parole superficielle, légère, partant des sens, de l'imagi nation ou d'une raison mesquine qui ne sait voir les choses que dans des i^lalions extérieures, passagères ou arbitraires, le germe de l'idée de la Vérité infinie n'aura point été fécondé en lui, il ne concevra que la réalité et ses pliénomènes, ce qui frappe les sens} il ne sera point capable de science.

Il y a aussi des hommes qui n'ont point le goût du Jbeau, qui sont toutà^^fait incapables d'en juger, qui en jugoit de travers quand ils s'en mêlent, et oela ayeo la conviction ferme de la justesse de leurs dédsions. C'est qu'ils n'ont jamais été en communication avec l'idéal de la beauté, avec le beau idéal, avec Celui qui est le Principe de toutes les beautés de l'univers. C'est que leur intelligence n'a jamais entrevu ce divin idéal; c'est que leur entendement n'en a jamais conçu l'idée, et voilà pourquoi ils manquent de mesure ou ont une fausse mesuré pour apprécier ce qui s'y rappoKle. Ces hommes ne seront jamais artistes, ils ne comprendront rien à l'art, comme ceux dont nùua parlions tout à l'heure ne comprennent point

la Trate piété, ni les autres la véritable sdcnoe. Ik se tour-

nerontdonc ensemble contre ceux que l'idéal inspire, que l'amour de la perfection infinie possède, et qui cherchent de toutes leura forces et par tous les moyens à la réaliser iGi^bas dans leurs couvres ou du moins à s'en rapprocher* Ils les traiteront d'eialtés, de rêveurs, d'ilhimin^» d'hommes à imagination, de mystiques, dt Ions vi autres épithètes dont la multitude ignorante a décoré de tout temps ceuK qur Téclairent Le commun des hommes n'aime pas ce qui dépasse le sens commun , c'es^-à-dire ce qui les dépasse; il leur faut une religion , une morale , une science , un art à leur portée, et qui suffisent raisonnal^lenient aux besoins de la vie ordinaire. Ce qui est au delà leur parait eiagéré» par conséquent faux, absurde ou pour le moins ittiitile. Cm pourquoi les saints, les héros de la charité, les hommes de génie ont presque toujours été mé* connus, ou même méprisés, bafoués^ persécutés de leur vivant.

Le bien et le mal moral se discernent primitive-

uieut par le goût de Tàme, par le sentiment moral et non par la aensatioa qui ae se rapporte qu'au corps, ni par le maoDaemenl qui ne fait que dégager et exposer après coup un rapport déjà perçu ou senti. Le vrai et le taux dans les principes, se diaoernedt par te vue de rintelligence, par révideoce intuitive et non par la sensation ou par la déduc-

tion. La juslice des aclioas^ la justesse des conséquences vsont discernées par la raison, jugeant d'après la ici morale d'uu côté et selon les axiomes el les lois logiques de Fautre. Ce n'est point non plus la sensation ni le raisonnement qui décident du beau el de ce qui lui est contraire; c'est le goût de l'esprit, jugeant conformément à l'idéal de beauté qu'il porte en lui.

Les id^ universelles du bien, du vrai et du beau , une fois conçues par rhomiiie, deviennent pour lui des archétypes ou des modèles auxquels il rappprté et compare les

aciiuns, les pensées, les fKuolcs, toutes les œuvres de Dieu et de riiommc qu'il peut connaître. Ainsi dans tout jugement moral, l'idée du bien absolu intervient nécessairement comme la loi suprême à laquelle Tesprit en appelle, qu'il applique au cas particulier. Nos appréciations morales seront toujours en raison de lu mesure qui nous sert à les former , en raison de la manière plus ou moins pure dont nous concevons l'idéal du bien, de la bonté, de la vertu. C'est donc à établir cette mesure dans l'enfant que doivent tendre surtout les efforts de l'éducation et de l'instruction morale; comme pour le rendre capable de science, il faut s'attacher à développer en lui l'idée de la vérité et le sens qui l'aperçoit; comme pour faire un artiste, on doit tâdier de former en lui l'idée du beau, et le goût qui le sent et le discerne. Si cette condition fondamentale est remplie, le reste viendra par le travail et par l'expérience. Mais l'éducation seule ne donne point

k s<'ns |)rol'oiid du bien, du vrai et du beau, ni la capa- ' cité d'en concevoir les idées pures. Là où ces dons man-* quent, Fart n'y suppléera jamais.

Quant à la manière dont les idées supérieures s'appii* quent aux faits, le rappiocbement ou la comparaison s'opère d'abord spontanément et sans aucun cfforldeTesprit. Il en résulteim sentimentparticulierqui saisit la oonrenance ou la disconvenance des choses en général et se prononce par le oui ou par le non; mais sans réflexion distincte et sans se justifier par aucune raison, à peu près comme le goût physique discerne les substances bonnes pu mauvaises pour le corps. C'est pourquoi ce sentiment s'appelle aussi un goût On reconnaît d'abord le bien et le mal des actions par un sentiment moral, qui est le goût de Tâme éprouvant ce qui convient ou non à sa nature. Le vrai et le faux des pensées et des paroles se reconnaissent par un senti-i ment de la vérité, qui est le goût de l'esprit; nous jugeons du beau et du laid dans les productions de la nature et de l'art par un sentiment particulier, qui est le goût esthétique, artistique, littéraire. Ce sentiment, ce goût préalable contient virtuellement en lui tous les jugements que nous porterons sur les choses, pour en déterminer les caractères, et toutes les propositions qui serviront à énoncer ces jugements, par conséquent tout le travail de l'esprit et du discours pour nous rendre compte à nous-mêmes et aux autres de ce que nous avons senti. La réflexion do l'esprit transforme le sentiment en jugement; elle décompose le fait spontané en ses divers éléments, les pose et les considère en face l'un de l'autre pour distinguer les rapports de leur combinaison; puis

elle traduit lerëgultat en propositions qui énoncent successivement et avec ordre ce qui était simultané et conlus»

et donnent à la pensée une objectivité sensible, comme celle-ci avait donné au sentiment de l'âme une objectivité inteUectueiie.

Cependant le travail de l'esprit, l'activité de la réflexion qui sont nécessaires pour détadber les rapports et les mettre

en relief, ne font pas autre chose en définitive qu'exposer ou développer ce qui était déjà perçu ou senti par le goût; et la preuve, c'est que, quand nous agissons sous l'influence primitive du sentiment, par l'impulsion ou l'inspiration du goût, sans que la réflexion s'en mêle, nous agissons ordinairement bien, et nos actions et nos paroles ont plus de loi ce, plus de vie, plus d'efficacité, que quand la réQexion y intervienL Tels les actes de dévouement , d'héroïsme, les grands sacrifices, s'ils sont réalisée aussitôt que conçus et avant que la pensée vienne les entraver ou les abattre. Telles les hautes conceptions du génie, les grandes découvertes qui sont le plus souvent le fruit d'une illumination soudaine, où l'esprit de l'homme met peu du sien; car il est transporté, ravi par la contemplation de la vérité. Telles les plus belles oeuvres de l'art, fruits d'une inspiration supérieure qui s'empare de l'artiste et l'entraîne sans lui laisser le temps, ni la puissance de la réQexion. On peut même dire que la plupart du temps la réflexion qui vient après coup refroidit, afihiblit ou gâte les données du sentiment, le discernement spontané du goût, la première aperception du vrai. Ceux qui ont fait quelque grande action, comme ceux auxquels il est donné de conteimpler la vérité ou de concevoir l'idéal

de la beaulé, confessent en général, que ce qu'ils ont pu etécuter, penser et dire, est toujours resté au-dessous de efe qu'ils sentent, et qiie la réalisation esténeure n'a jamaie été adéquate à la hauteur de l'idée, à la profondeur

du sentiment. C'est pourquoi il ^ a de rhunniité dans les grandes vertus, de la modestie dans le vrai talent.

Quant au discernement du bièn et du mal physique, deTagréable, de Tulile, ou du désagréable et du nuisible, le critérium pour les reconnaUre , la mesure pour les déterminer, se trourent dans Forganisatioti de chacun, daus les instincts qui en ressortent, dans les besoins et les goût» naturels. C'est la sensation qui dans ce cas fait l'office de juge, et la sensation , comme l'orgaiiisalioa , est diverse eu chaque individu. Ce qui est agréable à l'un et lui semble bon ne parait pas tel à l'autre: Ce qui plaît à celui-ci et le charme, déplatt à celui-là et le dé* goûte. Tous les jugements de cette espèce sont aussi variables que l'état organique qui leur sert de base.

Le bien physique est ce qui convient, le mal physique ce qui ne convient pas au corps, dans l'intérêt de sa conser* * vation et de son développement* Nous les discernons ordinairement par les appétits. L'agréable est la sensation de bien-être qui aocompagne le plus souvent la satislaction

^ d'un appétit; c'est toute impression qui donne une certaine jouissance dans le corps. L'utile est plus général et plus difficile à détarminer. C'est ce cpii doit tourner en définitive âu plus grand bien -être de l'indîWdu, c'est son intérêt bien entendu , qui peut être en opposition avec le bien du moment, et surtout avec l'agréable. Quand nous jugeons les choses par ces mesures, nous les apprécions d'après le moi et ce qui lui convient; il doit donc y avoir autant d'opinions que d'individus, ioi capita , tôt sensus. Il est impossible que les hommes s'entendent dans les jugements de ce genre, qui sont l'expression de leur manière d'être individuelle et de leur position particulière; il n'y a donc point d'union possible entre ceux qui jugent ainsi ou qui n'ont point d'autre règle, d'autre loi pour apprécier les choses que leur bien-être, leur plaisir ou leur intérêt. En d'autres termes, les doctrines scnsualistes, matérialistes j égoïstiques, quand elles prévalent parmi les hommes, les isolent, les divisent nécessairement et amènent la dissolution de la société avec la d^radation des individus : car les hommes ne peuvent se rencontrer et s'unir que dans quelque chose de supérieur, duui l'autorité les domine et les accorde. 11 faut un point fixe, immuable où toutes les volontés, toutes les intelligences convergent, comme les rayons du cercle dana le centre. ^ chaque rayon veut se faire centre et gouverner les aiiti es, il y aura bientôt anarchie, confusion. C'est ce qui arrive quand chaque moi, rejetant les idées et les lois étemelles, prétend imposer son bon plaisir, sa volonté propre comme règle, et rapporte tout à son avantage* Qu'on agisse ainsi en ce qui concerne la conservation dii

oorp8, cela est naturel , chacun étant chai^ du soin de son eiîstenoe et n'ayant point à en répondre à d'autres.

Mais dans Tordre moral et intellectuel il n'en peut être ainsi. L'homme n'est point destiné à vivre isolé comme ranimai. Il ne devient vraiment hoœmç que par la société, et la société ou l'association n'est posûble que par la réunion des Tolontés, des intérêts et des forces dans un point commun , c'est-à-dire par la réalisation du bien moral et de la justice au milieu des hommes, qui ne peuvent se soumettre librement et avec dignité qu'à une loi supérieure et aux obligations qui en dérivent*

Le bien et le mal moral sont essentiellement différents du bien et du mal physique. Leur confusion a toujours amené les plus déplorables conséquences. La loi qui détermine la valeur des actes libres de l'homme est une loi immuable, étemelle, universelle qui ne relève d'aucun homme, et dont tous les Hommes relèvent; c'est la loi de la Justice souveraine qui produit la stricte équité dans son application rigoureuse , et l'amour ou la charité dans sa perfection^ Elle découle nécessairement du rapport de Dieu à l'homme, et des hommes entre eux. L'homme ne la comprend que quand il entre régulièrement dans ces rapports. Elle se manifeste a lui, comme idée du bien absolu; et lorsqu'il aperçoit la convenance de ce Bien suprême avec sa nature, il se sent obligé de le réaliser autant qu'il dépend de lui et selon les dictées de sa conscience. €eux qui ont le malheur d'ignorer cette loi , et de ne point concevoir ridée dont elle dérive, n'ont poiuL la conscience morale développée; ils suivent instinctivement dans leur conduite Tentrainement de leurs appétits et de leurs désirs.

(iro)

oomme lea animaux. Mais la plupart y manquent moins par igaoranoe que par faibiesae, et trop aouYent par syi^ tème et par mauyaiae Yolooté» auriout cha les peuples trèa civilisés et dans les temps de décadence et de corruption. La raison nie les lois morales jujui sl- dcbai i asser de leurs obligations ; elle s'eiibrcc d'obscurcir la distinction du bien et du mal » en les eipliquant par la sensation , par les passions , par l'intérêt» par ramour<^propre. Elle applique aux dioses morales une mesure qui ne va qu'aux choses physiques; elle sape lea iiiblilutions qui les représententj elle tend à leur ôter tout crédit, toute aiitorilc en les donnant pour des inventions humaines, fruits de Tarnbition, de l'aYarice et de l'hjpocriste; elle ne laisse plus la sociabilité d'autre base et d'autre lien que l'intérêt personnel, c'ei>L-à-Llirc l'cgoisine qui est justement le plus grand dissolvant de la société.

Aussi quand ces opinions deviennent générales et se répandent dans la masse, la société se met à fermenter comme un cadavre qui entre en putréfaction. Au lieu de cette belle uniié qui nionlraiL toul a riituie, quand la vie ranimait, on y voit naître, au çein de la corruption, mille existences particulières, qui dévorent le corps dont elles sortent -et ne peuvent vivre que de ses ruines ; ce sont les moi qui surgissent, pullulent et s'agitent de tous cotés. Alors l'esprit de parti, de laelion, de coterie, Tesprit propre en un mot, remplace l'esprit public ou le patriotisme. Le vrai patriotisme vit de sacrifices : c'est la force ou la vertu par laquelle l'individu peut renoncer à ses intérêts , à ses droits , et mime à sa vie pour l'avan tage commun, pour le bien de tous. Le citoyen n'est capable de celte ab-

négation que s'il croit à quelque chose de supérieur , que s'il Toitdniis la pairie la réalisation sociale, du Bi«n absolu, ou au moins une certaine application de Tidée de la justice €l du bit'u. Quand celle idée ikcrnelk' irL>>L plus comprise, quand l'homme n'a plus le sentiment moral du bonheur* de la grandeur et de la perfection de l'état dont il est membre; quand la patrie n'a plus rien d'idéal, de divin qui eicite à la fois son respect et son amour, il nê lui reste plus pour mesure de jugeuienl et pour csilmer les personnes et les choses, que les vues mesquines de rintérét propi« sous une forme ou sous une autre, le pouvoir à conquérir, sa fortune à faire, de la gloire à acquérir, des jouissances à se procurer; et comme tout cela revient en définitive à l'individu et n'est que |)oiir son usage, pour son avantage, chacun en vient à dire, ainsi que le grand roi, et certes avec moins de raison que lui ,: L'État c'est moi. Là où il n'y a qu'un seul homme qui ose parler ainsi, la société n'est point encore perdue; car si cet homme qui s'idcnlifie avec elle, ou plutôt (|ui 1 absorbe dans sa personne est grand et fort, elle peui vivre en lui et par lui, au risque de tomber avee lui. Mais quand tous ou le plus grand nombre osent, sinon le dire, au moins le penser, cL agisscnl comme s'ils 11 ci oyaient, alors c'en est fait de la chose publique; elle tombera nécessairement en dissolution, si une force supérieure ne vient la raffermir et en resserrer les parties, en comprimant les prétentions individuelles par une volonté unique et ferme qui se sub-

slilue pour un temps a la voloiilé de tous.

La science et l'art suivent toujours les destinées de la morale, comme celle-ci est en raison de la tendance phi-

losophique qui domine un siède. Quand l'idée du Bien est méconnue, celle de la Vérité s'obscurcît, s'éfanouit, et l'esprit humain priyé de la haute lumière de l'intelU-

gence, n'étant plus en rapport avec le monde dont elle .émane, ne reconnaît plus de vérités éierncUes, universelles, mais seulement des réalités et des phénomènes. Il n'y a donc plus de sdence pour lui , plus de science avec sa vaste unité , ses grandes vues , son immense portée à travers tous les temps et dans tous les lieux. Il y a des systèmes de connaissances, des théories conditionnelles, des inductions re- * latires , des collections de faits, d'observations , d'images , de sensations. Alors on slnquiète peu des principes et beaucoup des applications. On recherche moins le vrai que l'utile, et la récompense du travail la j>lus appréciée, c'est le profit. La science devient la servante de la fabrique ; elle se met aux gages de la manufacture, et le prix des découvertes du savant n'est plus la gloire de saisir les secrets de la nature et de les annoncer au monde; c'est un bon dividende et la hausse des actions. Certes nous ne voulons point déprécier Tindustrie; nous en reconnaissons les immenses' avantages, quand elle est bien dirigée et maintenue dans certaines bornes; nous savons cpi'elle ne peut avancer sans le secours de la science et nous aimons leur accord. Mais nous déplorons que ce (jui doit dominer se subordonne ; nous déplorons que l'âme oublie sa nature et sa dignité, au point de se faire esclave des sens, ne voulant, ne pensant, n'agissant que pour satis&ire aux besoins et aux convoitises du corps avec plus d'aisance et de raffinement; et c'est ce qui .a rive toujours quand l'amour du gain remplace l'amour de la vérité.

( irs)

Dans Tari il y a deux parties, l'idée et !a forme. L'idée, quand elle est vraie, c'est-4-dire représentation fidèle de l'idéal» est éternelle, nnÎTerselle , et c'est pourquoi elle donne rimmortaltté aux œuvres qu'elle anime^ La forme est du moment; elle se rapporte aux sens, et ainsi elle a toujours quelque chose de relatif, de variable; elle est soumise aux changements du temps, à l'empire de l'opinion et de la mode. La forme n'est Traîment belle que par son rapport ayec l'idée qu'elle doit exprimer, et de là la jouissance noble et profonde qu'elle procure. Mais en outre elle flatte les sens; elle excite en eux un plaisir plus grossier, surtout si elle touche par quelque point aux passions humaines. De là deux directions pour l'art, suivant l'esprit qui anime l'artiste, et cet esprit dépend de l'influence avec laquelle il est le plus en r ipporl. S'il conçoit l'idée du beau, si l'idéal le pénètre de son rayon et s'il a le talent d'en réaliser l'image, il produira des chefs-d'«euvre qui ne périront point et qui iront à travers les siècles exciter dans les générations futures des idées semblables à son idée, des sentiments purs et élevés comme les siens. Dans ce cas l'art contribue à éclairer, à perfectionner rhumanilé; il peut être employé à rendre les hommes meilleurs et plus heureux : c'est la voie lumineuse de l'art et du génie. Mais si l'artiste n'a jamais senti, ni entrevu l'idéal , s'il n'y a point éPiâée en lui , il n'y aura pas non plus de feu sacré, ni de lumière du ciel. Il descendra alors au niveau de la réalité, et il sera réduit, poiu* plaire aux hommes et attirer leur intérêt, à en appeler à leurs passions, à complaire à leurs désirs, à irriter leurs

sens. De là le sensualisme de l'art , qui tend à exciter des sensations dans le corps plus que des sentiments de l'âme,

à amuser plus qu*à inslriiire, et qui dégénère bienlAl en licence, en débaticlie, parce que rien n^étant plui bamé que h jouissance sensuelle, il f;iut qu'il use tous tes moyens pour slimuler et réveîtier des sens blasés. Alors apparaissent les monstruosités et les horreurs à la place du beau: c'est la voie ténébreuse de Tart et du talent. L'artiste s'y dégrade, parce qu'il se prostitue au Tain plaisir des autres. Il est le bouffon de ses senibl ibles , au lieu d'en être Tinstituteur et le guide. Ce sont les arts ainsi dégradés que « Platon bannissait de sa république.

En r^umé, une civilisation oft Ildéal ne domine phis, est bien près de sa décadence , comme un corps dont la vie se relire et queTàme va abandonuer. Or si les idées du bien, du vrai et du beau , mesures éternelles de nos jugements, sources ou principes de la vertu, de la science et de l'art , ne sont que les réfhingements dans l'esprit humain de l'U dée une de l'Être universel, de l'idée de Dieu; et si c'est uniquement par le rapport de notre âme avec Dieu que nous acquérons son idée et celles qui en découlent, idées qui eidtent en nous les sentiments les plus profonds et les inspirations les plus pures, il suit que quand les hommes se détournent de Diai , quand ils rompent avec lui autant qu'il est en eux, ils n'en reçoivent plus riniluence, la lumière, la grâce, la vie; ils ne le sentent plus, ne Tenlen' - dent plus , ne le comprennent plus , n'y croient plus ; ils restent livrés à leur sens propre , abandonnés à l'ignominie de leurs passions, en proie à l'esprit terrestre qui meut le corps , et ù l'esprit inférieur dont l'esprit terrestre relève. N'ayant plus en eux d'idées divines, ni le sentiment d'un autre monde, ils s'attachent à la matière qui leur reste; ils

y p09^i i€ur dcsiPi leur cœur, leur ànie; lui demaïuient kur jouisMtioe» leur ▼m, leur banbeur; et voilà ooimnent ils arrivent, «uivant le langage énergique de l'Écriture, à se faire un Dieu de leur vénlre» Ainsi s'explique l'état maladit de noire siècle, liéi itier des vioes honleux du siècic dernier , qui lui a légué avec un sang vicié un esprit faussé par llncrojance, une âme desséchée par Tioipiété, Nous commençons aiyourd'hui à sentir notre mal ; les tourmen«tes d'une société sans direction, les contradictions d'une civilisalion sans principes eL sans but nous en ont avertis. Nous aspirons à noua relever de celte prostration , et nos regards se tournent en haut pour y chercher un remède et de la vie. C'est quelque chose; o^est la première condition pour guérir. Dieu veuille se manifester de nouveau à notre épo> que d'une manière éclatante; car elle ne peulelre relevée, régénérée, qu'ep rentrant en rapport avec Lui , que si elle en reçoit la luioièpe et l'esprit pour en concevoir l'idée, afin de retrouver dans cette idée la mesure immuable de ce qui est bien, de ce quii est vrai , de ce qui est beau.

Outre l'idée de l'Être , prémiaae absolue de toute affirmation , outre les idées uoirersellee du Bien , du

Vrai et du Beau, liiple manifestation de l'idée uae de 1 Etre, et doat i'expressioa diverse par les formu^ les du langage humain constitue les définitions foo- "damêntales de chaque science, il y a encore d^tltrès conditions à l'activité de la pensée. Ce sont les

lois naturellés auxquelles la raison est nëoessairemeDt

soumise dans son exercice , en sorte qu'elle ne peut agir légitimement et efidcacemeot qu^en s'y conformant. Formulées en propositions générales abstraites , ces lois s'appellent axiomes. Elles sont innées à la raison, comme les lois physiologiques à tout être Tivant, comme les lois physiques à tous les oorps. Cest pourquoi elles paraissent à la raison évidentes, incontestables, et les mettre en doute ou chercher à les prouver^ lui semble également absurde.

Les lois de la raison ou les axiomes sont les lois mêmes du monde physique dont Tintèlligence hu*

maine doit subir les conditions, quand elle abaisse son r^ai'd dans la région des phénomènes. Pour bien penser les choses , elle doit les yoir et les représenter comme elles se font. Or la première de ces lois, c'est qu'aucun être ne peut subsister eu ce monde sans être posé dans Tespaoe, sans y occuper une place , sans y avoir une étendue propre, base de son existence et suà^ stratum de ses qualités. Le principe de la substance est donc la première loi de la raison. 11 lui est impossible d'admettre une qualité sans sub$iratum, un attribut sans sujet. Ce qu'elle cherche d'abord, ce qu'elle affirme avant tout, c'est le rapport de la manière d'élre à l'être, du qualificatif au substantif.

Jln'y a point de quaUté sans substance^ lel eèi Tënonoé axiomatique de celle loi.

Les axiomes sont évidents pour la raison el lui paraissent au-de8su8 de la discussion , comme elle est éfidenCe à eUe-méme, comme elle a la conTÎction de sa propre exis* tence, la oonsdenoe de son acte. Les axiomes sont en effet Yirtuellement compris dans son exercice, puisqu'ils en sont les conditions nécessaires , et qu'aucune opération rationndle n'est possible sans eux. Ils font partie de la raison même; ils en sont les éléments int^;rants, comme toute loi naturelle est identique à l'acte qu'elle régit. Nier l'axiome, c'est nier h raison; vouloir le prouver, c'est tourner dans un cercle vicieux, puisque la démonstration, qui tendrait à établir i'axiome, le supposerait. Les axiomes s'affirment spontanément» dès que la raison commence à opérer, et elle n'a d'autre preuve de leur vérité que l'assurance irrésistible qu'ils lui donnent, et l'impossibilité où elle est d'agir sans leur secours. Du reste il faut bien se garder de confondre les axiomes avec les principes. Les principes sont les idées dont sort le développement et que la raison exploite pour en tirer des conséquences. Enoncés dans le discours d'une manière rigoureuse , ils constituent ce qu'on appelle la définition de l'objet, comme en géométrie les définitions du cerde, du triangle, du quadrilatère» etc^ etc. La raison doit toujours commencer par poser le nom et l'idée de l'objet dont elle veut traiter; c'est pourquoi elle le définit ou le décrit au point de départ, et le reste s'en déduit. L'idée, le principe ou la définition dans l'or* II. 12

iiic logique répondent dans la nature au germe, au foyer, au centre, d'où émanent ia vie et la toi nie de Texistence. L'axiome représente la loi qui régit le développement. 11 n'enfante pas une seule oonséquenoe par lui-même, mais il internent dans la déduction de chacune, comme la loi naturelle ne produit pas, mais dirige et soutient la production.

Il 7 a donc identité parfaite entre les axiomes qui règlent les opératiops de la raison , et les lois naturelles qui président à la génération et à la formation des existences. Cest la même chose dans deux spbères dtiférenles , objectivement et subjectivement, dans le inonde et dans l'entendement humain. L'homme actuel, attaché à la terre par son corps , ses appétits et ses sens, est obligé d'en subir les lois , et tant qu'il est enfermé dans la sphère terrestre et que son ftrne s'y pose , il ne peut Touloir , penser ni agir , sans en accepter les condiliijns. C'est le signe le plus évident de sa dégradation et de ce qui l'a amenée. Il a été créé pour dominer ce monde, pour le gouverner, et maintenant il a bien de la peine à en secouer le joug, à en briser les chaînes. Il pense laborieusement les choses en suivant les lois inférieures qui les refissent, pour lâcher de s'élever peu à peu à la science, qui lui était infuse primitivement , et qu'il voyait d'un seul coup et à:fond dans la contemplation de l'idée. Sa liberté est aussi ^ilravée que son intelligence. Il commence par être esdave de la nature à laquelle il derail commander. Ses premières années sont une véritable servlliK le dans les liens de la chair et des besoins pbysiq^ies. Plus tard ces liens sont fortifiés et rivés par ses passions, par les attachements de son csonr aux dioses du mondé

qui le tyrannisent» et tous les efforts de Téducation et à& la religîon tendent à afffranchir aa Tolenté pour lui rendre

sa veriu et sa dignilé natives. Il en est de même pour la nourriture de son corps. Après Pavolr arrachée de la terre à la flueur de son front, il faut qu'il la dépouille de toutes les parties hétérogènes, qu'il l'épure» la prépare» l'élabore depKisiears manières; et encore» de cette masse de matière qu'il absorbe et digère avec peine, la moindre portion sert à le nourrir. Ainsi son existence présente est un travail» et par conséquent une douleur. Elle ne peut donc être qu'une préparation à un état meilleur; elle est le edm* mencement d'une restauration » puisque l'homme avait été fait à riinage et à la ressemblance de son auteur.

Ën attendant cette réhabilitation, ii faut que Thommc subisse dans toute sa personne l'empire des lois naturelles* Il nevit ici-bas qu'à cette condition, et sa raison n'est raisonnable qu'à ee titre; car elle tombe dans l'absurde dès qu'elle s'en écarte. La loi de la subslancc est la première loi de la raison, parce qu'elle est la loi tbndamentaie de l'existence. Ici tine distinction est nécessaire pour bien comprendre ce que veut dire le mot sithsiance. Dans diaque existence il y a de l'être; mais l'être pent se tronrer à l'état latent ou en manifestation. Tant qu'il reste latent, il n'y a point existence proprement dite » car ii n'y a pas de déveloj^ment; la puissance n'a pas passé en acte; le point ne s'est pas posé en ligne. Le propre du point est de n'sToir aucune dimension. Il est donc purement mathématique, tant qu'il ne se déveluppr' pas. Oi au Ibnd de chaque créature terrestre il j a un point de ce genre; c'est pourquoi die tient à la fois au monde métaphysique et

ail monde physique. Tant que le point ou lefojer de Télre reste métaphysique, inTisible, il n^a pas, à proprement dire, de substance, bien qu'il ait une nature terrestre. La substance se pose par l'évolution du point, par son extension dans l'espace, et alors ce qui sort du point, ce qu'il expose» constitue le plan primitif, la forme radicale du corps ou le âubttraittm de son développement, duquel émanent toutes Ses propiiélés et qualités. Comment ce point invisible de la nature terrestre produit-il la substance physique, le corps, la matière? C'est le mjrstère de la génération dans la nature, lequel* se représente en géométrie dads cette question qui lui est identique comment le point mathématique, qui n'a ni Liciiclue, iii dimensions, engendre-t-îl l'étendue cl les dimensions? Il est impossible de concevoir un être quelconque en développement sans une substance qui lui senre de base, sans une certaine eitênsion par laquelle il s'expose C'est pourquoi nous ayons dit précédemment qu'il y a une étendue métaphysique et une étendue physique. C'est aussi dans ce sens qu'il faut admettre des siifastances spirituelles et des substances matérielles, qui ne doÎTcnt pas être confondues avec les natures dont elles émanent Nature ou principe; substance ou développement radical, extension primitive; forme ou manifestation ei^lérieure; tels sont les trois d^és à distinguer dans chaque existence.

S'il en est aiqsi dans la réalité, il doit en être de même dans la raison , qui ne peut penser les'existences que telles qu'elles se font, c'est-à-dire comme nature, comme substance et.comme forme ou corps. Elle n'a rien à dire des natures, puisqu'elle ne peut les atteindre en elles-mêmes. Elle

ne les saisit que dans leur développement radiciil , c'est-à dire comme subaUnces se manirestant en qualités. Aussi 8on premier acte est de chercher le rapport de la manière d'être à Pélrey de la qualité à laaubatance, et en dâinitÎTe tout le trayatl de la raison se ramène à cette affirmation simple: telle chose est ou n'est pas de telle manière. La lui de la substance est donc la première loi logique, comme dans le discours, expression de la pensée, la règle fondamentale de la syntaxe est celle qui veut l'accord de l'adjectif et du substantif, c'est-è-dire le rapport de la lisanière d'être à letie. L'axiome grammatical: 11 n'y a point de qii ililieatifsansun substantif auquel il se rapporte, est une traduction de l'axiome logique : Il nvy a point de qualité sans une substance qui lui serré de base; lequel est à son tour la traduction de cette loi qui préside à la formatioif des choses, savoir: Un être créé ne peut exister sans se poser dans l'espace, sans s'y étendre, sans se faire son étendue ou son plan radical, subslratum de ses propriétés et de ses qualités.

Du principe de la substance qui est la condilioii nécessaire de toutes les représentations de lesprit, comine l'espace est la condition absolue de toutes les existences, dérivent des axionaes secondaires qui en sont des applications ou des transformations. Tels sont les axiomes logiques : Une chose ne peut être et Qe pas être en même temps. — De deux propost-

tioos coQlradicloires Tune est néoessairemeat fausse. — Oa D6 peut afiBirmer à la fois d'ua même sujet deux attributs contraires y etc. Tels sout les aiiomes gëoiT]ëtri(|ues : D'un point à uii autre on ne peut mener qu uae $eule ligne droite. — Le tout est plus grand que la partie. — Le tout est égal à la somme des parties dans lesquelles il a été dÎTÎsé. — Deux grandeurs sont égales^ quand elles coiacident dans toute leur étendue, etc.

Dans chaque science il y a un certain nombre d'axiomes usités 9 dont rappUoatioii revient à chaque pas dans Tescpo^ flition delà doctrine, inipliciteinent ou^expliciteinent. Ces anoiaes ne diffèrent que par la forme ou Ténoncé, tou* jours relatif à Tobjet spécial de la science et à ses conditions* Ils se ramènent à quelques formules générales, expressions des lois fondamentales de la raison, lesquelles sont identiques avec celles du développement des dioses. Ainsi ce qu'on a appelé le principe ou la loi de la contra^ diction en logique n'est réellement qu'une autre énonciation de la loi de la substance. Dire qu'une chose ne peut être et ne pas être en même temps, c'est dire qu'un être qui se développe ou se pose en substance et occupe une place dans l'espace, ne peut pas ne pas remplir un certain lieu des qu'il entre ep développement; c'est dire que l'être qui s'affirme par l'enslence ne peut plus être nié, ni se nier lui-même. Aussi la négation ne pent-elle jamais porter sur Pétre, mais uniquement sur la manière d'être, et quand ou dit: Ceci n'est pas, on veut diie : Ceci n'est

pas de telle niaiueic il n v a que l'insensé qui puisse nier l'Être* De là dérive cet autre aûome logique : Deux propo- 8ÎIÎ0118 contradictoires ne peuvent être mies en roéme temps» ce qui revient à dire; qu'un même sujet ne peut être à k fois de deux manières contraires ou qui se dé* truisent. En géométrie raxionie: Entre deux points donnés une seule ligne droite est possible, peut se irtiduirc ainsi: Tout centre rayonne nécessairement en ligne droite et aucun autre rayon ne peut prendre sa placer ce qui revient à dire que chaque existence se fait son étendue, et qu'elle occupe nécessairement une })orlion de l'espace. — Le tout est plus grand que la partie; tr^^duiseï: Tespace total occupé par la substance d'un coqpét est^plus grand qu'une portion de cet espace» ou encore : Ifes propriétés et les qua^ lités d'un corps sont moindres que la substance dont elles dérivent. ^ Le tout est égal a la somme des parties dans lesquelles il a été divisé, est un autre énoncé du même axiome. ^ Deux grandeurs sont ^les quand elles coïncident dans toute leur étendue; c'est à dire : Deux substances sont égales quand elles remplissent exactement la même quantité d'espace, etc.

La seconde loi de toute créature en ce monde, c*est qu'elle existe dans le temps , son existence étant une succession de fails qui s'amènent l'un l'autie et deviennent causes les uns des autres. Tou^ développement part d'un principe et se produit par une

suite d'effets, de conséquences et de résultats. Tout fait a sa raison ou sa cause dans un autre fait; ez-^ pliquer im fait, c'est le rameoer à Tant^cédent dont il dérive. L'esprit humain ne peut donc penser les faits que selon la loi nécessaire de leur producUoOr Cette loi appliquée à la pensée de l'homme ou se réfléchissant dans son entendement, s'appelle loi de causalité. Elle se fonijuie dans celle proposition axio« matique : Il n'y a poinl d'effet sans cause.

La causalité est la seconde loi de la raison, paroe que le temps est la seconde condition de Teiistence en ce monde. Bans la nature les laits sortent les uns des autres, pour eflbetuer le développement complet de ce qui est dans les

principes ou dans les germes. La l aison exécu Le subjective ment dans l'entendement ce qui s^acconiplit objectivement dans le monde; elle ne peut connaître les choses quecomme elles se produisent dans la réalité, c'estA^dire successivement. Cette tendanceà dM^her les causes se montre aussitôt que la raison paraît; elle en est même le signe caractéristique. C^est dans Tenfant la source de la curiosité qui devient plus tard désir de connaître, amour de la science.

Les explications données par la raison doivent, pour être exactes, correspondre à l'ordre naturel de la production des faits. On explique un fait en rétablissant la chaîne de causalité qui a amené son existence, c'est-à-dire en le rattachant aux antécédents qui ont concouru à le pro. duire. Mais comme tout se tient dans l'univers, pour avoir une explication complète il faudrait remonter à travera

les temps jusqu'au premier fait , source de lous les autres, piiiâ<|ue tous se conditionnent dans le temps; il faudrait encore embrasser d'un coup d'œii, dans leurs rapports, ceux qui s'accomplissent au même moment dans l'espace, où ils se touchent et se modifient réciproquement. Cest ce qui est impossible à l'esprit huiiiain, resserré dans certaines limites de l'espace et du temps, et qui ne peut ea saisir que des portions» Voilà pourquoi notre science aotudle est incomplète ou partielle, comme dit S. PïuU Nous sommes forcés de nous arrêter à certains points du temps ^ et de l'espace, et la faiblesse de notre esprit borne naturellement notre regard.- Dieu seul voit les choses dans leur développement et dans leur ensemble, parce qu'il les Toit dans leurs principes, c'esipà-dîredans ses propres idées qui en ont déterminé la création et qui la soutiennent. Par l'union de notre âme avec Dieu, quand elle participera à son amour, à sa lumière et à son esprit, elle pourra voir en Lui comme Lui, à proportion de sa nature et de sa faiblesse, et alors nous connaîtrons Dieu, et toutes choses en Dieu, comme il nous connaît. Jusque-là nous ne pouvons voir que successivement, par eonsequent partiellement, et • c'est ce qui s'appelle penser. *

La pensée ou la raison pensante s'efforce de saisir les rapports des choses dans l'espace et le temps; elle explique leur existence par la démonstration de ces rapports. Elle nomme en général cause tout fait antérieur à un autre et qui parait contribuer à le produire. C'est dans ce sens que nous dierchons dans les sciences naturelle et par l'histoire, les causes des phénomènes de la nature et des événements humains. Mais dans la vérité, ces faits

antécédents ne sont que des instruments de la causalité , • des moyens par lesquels elle agit , des anneaux par où la force efficiente se communique. A Torigine de chaque suite de faits ii doit j avoir une force capable de la produire; noué arrivons toujours à une force tnlelltgente et libre comme premier terme de la série, comme cause véritable et sullisante.. Ainsi les événements de Thistoire se ramènent en dernière analyse aux volontés humaines avec leurs intérêts^ leurs d^irs et leurs passions, volontés in* fluencées par les ciroonstanoes où elles agissent, mais cependant portant toujours en elles l i raison dclcrminante des choses. Ainsi les phénomènes qui composent le domaine des sciencès nuturellës, finissent toi^ours, quand nous cberdions à les eiplîquer foncièrement, par nous conduire à travers des degrés plus ou moins nombreux jusqu'à l'Auteur de la nature, dans lequel la raison est obligée de supposer la sagesse, lu scieuce et la puissance que manifeste le monde.

La notion de la causalité n'est donc rigoureusement applicable qu'aux êtres libres et intelligents, qui veulent et savent ce qu'ils font. C'est pourquoi la responsabilité des faits leur revient, parce qu'ils en sont les auteurs ou les libres Goopérateurs. Le reste appartient à la fatalité, c'est-àdire à Fenciialnement des faits s'entrainant Tun l'autre dans l'espace et le temps, une fois que limpulsion première a été donnée par une volonté. C'est ce qui distingue esscu- Uellement l'homme de toutes les créatures de ce monde : il est axujte, parce qu'il est intelligent et libre; ii est responsable, capable de mérite et de démérite, de châtiment et de récompense, de perfectionnement et de dégrada-

i ibî )

lioD, Tous les actes qa*û pose refluent sur lui comme vers

leur source, et il doit porter, absorber les conséquences, parce qu*il a pose les principes. Ici est la raison dernière de la justice distribulive el principalement du jugement Hnal auquel chaque homme sera soumis un jour devant Celui qui voit et sait tout; car il faut que chaque chose revienne à son principe, le bien comme le nial^ et la justice ne sera satisfaite, la réparation complète, que quand chacun aura repris ce qui est sorti de lui, et reçu en raison de ses enivres.

L'homme est le seul étre sur la terre qui soit curieux de

connaître les causes et qui soit capable de les étudier. Seul il peut savoir ce que c'est qu'une cause, parce qu'il en est une , parce qu'il a TexpérieDce et la conscimce de la causalité en lui. Aussi ne pense-t-il à les diercher au dehors que quand il commence à sentir au dedans sa propre puissance, l'efficience de sa vol un Lé; c'csi pourquoi sa première explication des phénomènes de la nature est d'y placer une âme semblable à la sienne ou d'anihropomorphiser les forces qui les produisent Chez tous les peuples-enfants, à l'origine de la civilisation , la science de la qature se confond avec la théogonie ci a>i une mythologie.

Da principe de la causalité, condition nécessaire

de tous les actes de la pensée comme le temps est la couditioa de rexisleacc ici-bas, dérivent des axiomes secondaires; qui en sont des applications ou des tra-

ductioas* TeU les axiomes arithaiëtiques: 11 a*y a point de nombre sans unité. — < Si à deux quantités égales on ajoute des quantités égales, il y aura encore égalité. — Si de deux quantités égales ou retranche des quantités égales» les restes seront ^aux. Tels en-^ core les axiomes suivants usitée dans diverses sciences : Il 11 y a point de conséquence sans principe. — Les mêmes causes doivent produire les mêmes effets dans les mêmes drconslances. —Toute actionsuppose un agent. — Point de loi sans un l^islaleur. — roui phénomène suppose une force capable de le produire.* Tout verbe qui désigne une action efficienjte doit avoir un r^me,' etc.

Nous avons vu comment la loi de la substance est au fond des axiomes géométriques. La loi de la causalité est ' encore plus riche en transformations axiomatiques. Elle

répond au temps comme Taulreà rcspacc, et par conséquent les axiomes de Tarithmétique , 5;ciencc du temps , sont des traductions de l'axiome fondamental: // ny a point d^effet mas eaute» Nous ne pouvons concevoir la numération et les nombres sans Tunité. Elle en est la mère ou la cause; car elle les produit, non par addition, comme on le dit communément, mais par multiplication, c'est-àdire par voie de génération, et de là la profondeur de la science des nombres qui a si fort occupé Pytbagore et qu'on pourrait appeler la philosophie de l'arithmétique, A des ' quantités égales ajoutez des quantités égaies, ii^ aura éga-

lité entre iessommes, cela veut dire: Si ta même cause agit

de la même manière en des circonstances semblables, les effets seruiii semblables; et ainsi pour l'autre axiome: Si de quantités égales vous reti*andiez des quantités égales, etc. En 'logique chaque conséquence nous i^mène à un principe dont elle émane^ comme l'effist sort de' la cause; et l'esprit n'est satisfait que quand il aperçoit le rapport qui l'y rattache. En morale toute action implique un agent, c'estrà-dire un être responsable, parce qu'il est capable de faire l'action, qu'il a youIu la faire et qu'il l'a faite avec oonidence; ce qui le rend susceptible de vertu et de crime, et ainsi de récompense et de peine. Otez cet axiome et il n*y a plus de pénalité ni divine ni humaine, les actions de l'homme pouvant être l'effet du hasard ou de la fatalité» En physique et dans les sciences naturelles, tout phénomène provoque à cherdier une force capable de le produire. S'il pouvait y avoir un effet sans cause, il n'y aurait plus de motif aux inquisitions de la science, et l'induction n'aurait plus de fondement.

Nous ne pouvons concevoir une loi' sans un législateur dont elle émane: autre énoncé de la même vérité. Dans l'ordre politique, dans l'ordre moral, dans toute la iialuro, la loi suppose quelqu'un qui Ta établie, qui la maintient et qui en surveille l'application. La loi ne peut pas être une abstraction, en tant qu'elle est vraie , et efficace^ elle est nécessairement imposée par une volonté supérieure, qui Voit ce qui csi liicii, ce (jui csL uLilc, ce qui convient dans telles circonstances, qui le dit, le promulgue en actes ou en paroles et en maintient l'observation. La loi morale, qui parle dans notre for intérieur, implique nécessairement un lé^

f^ilateur de la conscience de l'homme, qui a autorité sur

lui parce qu'il lui csl supérieur en nature, et c*cst pourquoi sa volonté s'impose dogmaliquement à la volonté humaine, qui sent en elle-même l'obligation de lui obéir, floiis^ peine de manquer à l'ordre. Les lois de la nature qui régissent le s^tème du monde dans son ensemble et dans ses parties , relèvent nécessairement d'un être intelligent qui préside à leur accomplissement, et ainsi par ces lois nous pouvons nous élever en esprit jusqu'à leur auteur, comme par l'effet on remonte à la cause. Enfin dans la grammaire ou plutôt dans la syntaxe du langage, dans la science qui enseigne â composer et à organiser le discours, le mol qui ilésigne l'effet produit est tou jours subordonné à celui qui énonce l'action productrice ; il en devient le r^me, comme l'objet qu'il représente subit l'action de J'agenL Cest la seconde r^le de la syntaxe; car après l'accord de l'adjectif et du substantif, ce qu'il y a de plus im<portant, c'est l'accord du verbe, sienne rie l'action, avec son T^ime; c'est-à-Jire avec le terme sur lequel porte l'action. En effet dans la réalité un être ne peut agir sur un autre que s'il est posé dans sa substance, constitué dans son exis* tence, et 'se manifestant par ses puissances et ses qualités. li faut qu'il 5;oit, et qu'il soit de telle manière, pour agir et produire. Les deux premières règles de la syntaxe sont donc entre elles comme les deux premières lois de la raison, la loi de la substance et celle de la causalité; comme les deux conditions premières de rexistenoe» l'espace et le temps.

Les êtres, subsistant dans Tespaoe et se développant dans le temps ^ sont à la fois mêmes et autres, Ily a eo eux quelque chose de uu^ de fixe, d'impérissable sous le multiple qui passe. Leur fond reste identique, quoique leur forme change sans cesse. C'est ï identité des êtres, sans laquelle le développement de la vie serait impossible, et aucune existence n'arriverait à son complément. Cette Ibi domine la raison humaine , qui ne peut penser , si elle ne croit que les objets qu'elle pense restent les mêmes dans leur nature et sont régis par des lois constantes; car toutes ses opëiaLioiis leudent soit à faire sortir la multiplicité de l'unité, c'est-à-dire à développer, à démontrer, à déduire; soit à ramener à l'unité la multiplicité, c'est-à-dire *à réduire, généraliser, résumer. La loi de l'identité se formule dans l'axiome : le même e9t le même.

La loi de l'identité, en vertu de laquelle une substance reste la même sous les transformations qu'elle subit par la causalité, unprmcjperestele même dans la multiplicité de ses conséquences, une cause rate

la même au milieu de la variëlë de ses effets, esl le fondemeul nécessaire du raisoaaement déduclii , par lequel la vérité coateoue dans une prémisse passe à travers des degrés plus ou moins nombreux jusqu'à la conclusion. Chaque proposition intermédiaire est une traduction de celle qui la précède; elle doit exprimer la même chose en d'autres termes, et toutes sont des ëiioiiciations diverses de la proposition principale* Si l'identité est altérée dans la progression, la chaîne est rompue ef la conclusion n'est point valable , car elle n'est plus identique au principe. Tous les axiomes employés dans le raisonnemeot, toutes les règles du syllogisme sont des corollaires et des applications de cette loi.

La loi de ridentiié, qui soutient la raison dans ses opérations* soutient le monde et les existences dans leur développemoit. Lldentité résulte du rapport de l'espace au temps ou de la substanoe au phénomène , du stable au successif, du fixe au vailab le» Le monde, qui esl h nos yeux une scène changeante, une iigure qui passe, a cependant en lui quelque diose de un et de même» à savoir, l'éU« qu'il manifeste, l'idée divine dont il est la réalisation et qui reste immuable au milieu des vicissitudes du temps. Les genres et les espèces se produisent en individus multiples et divers, et dans chaque individu, distinct des autrès par un caractère et des qualités propres, il y a quelque chose qui lui est commun avec tous les in-

dÎTÎdus semblables et qui dénote entre eux une unité de

nature cL d'origine malgi c Li Yariiji,c des formes. Dans chaque existence particulière il y a une mutation perpétuelle. L'existence croit ou décroit sans cesse: elle passe par une série de transformations, pour manifester tout ce qui est dans son principe. Tant que la vie est en expansion, le ciévcloppcment s'opère et il y a mouvement au deliors. Quand l'expansion faiblit, renveluppement commence, la concentration domine, et la yie tend à rentrer au dedans. Dans l'un et l'autre cas, il y a quelque chose dé un soiis le multiple; c'est tantôt le un qui se multiplie au dehors, tantôt le multiple qui rentre dans le un; mais le rapport du un au multiple subsiste toujours; et Tordre, rharmonie, la beauté de Texistence dépendent de leur ba* lancement et de leur proportion. Chaque fois que le un revêt une noureHe forme, <î'e8t pour lui une nouvelle existence ou une nouvelle phase d'existence, comme aussi chaque fois qu'il en dépouille une, c'est une mort, c'està-dire une s^aration, une transformation , et c^est pourquoi la naissance suppose la mort, et la mort amène la renaissance: l'être créé ne pouvant vivre sans se manifester et ne pouvant se manifester sans une forme.

Or la raison de l'homme s'exerçant sous les conditions naturelles, opère comme la nature ; elle développe et enveloppe sans cesse; elle expose ou résume, elle extrait de l'unité ou elle y ramène, cl dans les deux cas elle alYirme l'identité du multiple au un : son opération n'a de valeur que par l'évidence de cette identité. Quand elle juge affirmativement, elle doit percevoir l'identité de la qualité au sujet, montrer comment la qualité lui est inhérente et II. - 13

( lî>^ )

eomimt elle en sort. Dans le raiBOnnement , elle tire suc« cMifcnicnt d'un firiiieipe, idée, notion oo proposition

générale, ce qu'il contient; elle expose et coordonne les conséquences, en sorte que les propositions ém^^nent les unes dans les autres et toutes de la premièi^, qui les portait TirtueUement dans aon sein* Tout l'art du sjUogianie est là. Il montre 4|u'un terme est contenu dans un autre, et qu'ainsi on peut attribuer au premier les propriétés du second qui est plus général : ce qui arrive dans la réalité où les individus et les espèces participent nécessairement aux qualités du genre. Dam la nature la démonstration s'opère par le développement de la vie, la substance restant la même sous ses modifications et Iransformaiions. Dans Tordre logique le développement provient de i'expo&ilion successive et bien ordonnée des idées renfermées dans l'idée-mère, des pensées contenues dans la pensée prinw cipale, et 11 en sort une cbaloe de propositions, quicon» stituc la démons Ira l ion rationnelle. La aussi ce qui sert de principe persiste identiquement dans toutes les propoailions jusqu'à la dernière ou la conclusion^ et c'est justement ce rapport d'identité du principe afec les consé» quences, qui constitue la légitimité et la valeur de l'opération.

11 en va de même quand ia raison résume. Dans ce cas elle ramasse» pour ainsi dire* ce <pii a été exposé; elle lait renlrar les propositions l'une dans l'autre et toutes dana leur principe. Le résumé est exact, quand les développements sont repliés dans l'idée principale et ont repassé, par l'opération de la raison, de l'actualité à la puissance, de la réalité à ki virtualité» en sorte que l'esprit les tient dans

leur genne, el peut toui exprimer par un mou Ainei non» TCjon* au dehors la Tie de la plante ee concentrer de noo* veau dans la graine. Supposez que la loi de l'identité soil

ébranlée, ou plutôt, ce qui y n i ve quelquefois, que Thomme en perde le sentiment et la conviction , dès lors la raison n^aurait plus ni fondement » ni bat 9 ni motif pour agir; elle ne ponrrait plus penser^ parce qu'elle ne saurait pas même pourquoi et comment elle doit penser. Les objets de Sà pensée lui échapperaient à chaque instant un se lenou- Tclant toujours; elle s'échapperait à die-méme, n'étant pas deux momcDU de suite la màne» et ne pouvant se saisir, se tenir au milieu du courant rapide qui Feinporte avec ce qui Tentoure. II n'y aurait plus possibilité de raisonne» ment; il n'y aurait plus de raison en acte, à cause de la défailiance de ses lois fondaïuentales, comme le monde a'abimerait, si les lois de la nature oeasaient un instant de s'appliquer aux existences et de les matntenir.

Telle est l'importance des lois de la raison, que l'esprit humain ne peut rien faire de sensé sans les accomplir, et que toutes les fois qu'il s'en écarte, il tombe dans la démence ou Tabsurdité. Ce qui caractérise l'imbécillité, c'est de ne pouvoir comprendre les lois de la nature, qui s'apprennent ordinairement par l'expérience et par l'habitude, en sorte que l'aclivité de l'esprit n'a plus dérègle ni de guide dans ses opérations. De là le non-sens, la niaijserie et la contradiction des paroles et des actes, tes lois fondamentales de la raison y sont sans cesse violées^ l'esprit n'ayant pas la capacité de voir l'accord des qualités et des substances, le lien des effets et des causes, l'identité de l'être sous la formç de l'existence, d'une idée dans ses

conséquences, d'une pensée sous ses énonciations diverses. Les imbéciiles sont donc incapables de mellre de Tordre, de ia suite, de la liaison , de la constance dans leurs pensées et dans leurs aetiohs; et c'est pourquoi ils n'en sont point responsables, ne pouvant connaliro ni les lois naturelles, ni les lois logiqnes, ni les lois morales.

Nous nous occuperons plus longuement dans la LiOgique des lois de la raison , des axiomes , de leur valeur et de leur portée. Nous montrerons qu'ils n'ont de compétence que dans la sphère rationnelle et dans le monde des phénomènes; qu'au delà ils sont impuissants, ineflfiaces, parce que les conditions de l'espace et du temps, qui les constituent n'^ sont plus applicables. Là nous trouvérons la cause d'une des plus graves et des plus funeskes ierreurs de l'esprit humain, toujours êndin' à transporter dans la sphère intelligible et divine des lois et des mesures qui ne valent que dans le monde sensible et rationnel; ce qui Tentraîne à des absurdités, à des impiétés, quelle que soit d'ailleurs son intention , qu'il veuille attaquer ou défendre, prouver ou nier.

Uidée de l'Etre est la prémisse absolue du juge^ ment; les axiomes sont les conditions nécessaires de l'acte de la pensée; les signes du langage en sont les moyens indispensables. Le but de la raison est de connaître les objets qui coexistent dans Tespace, et les faits physiques et moraux qui advi^nent dans

le temps. Le$ nus et les autres se réflédiisseot en images dans l'entendement, et la fonction principale de la raison, la pensée^ consiste soit à lier ces ' images en saisissant leurs rapports naturels ou en établissant entre elles des relations arbitraires, soit • à considérer les faits dans leurs causes et leurs résultats. Or la raison ne pouvant opérci' iauuédiatement sur les choses elles-mêmes, ni produire au dehoirs leurs types formës dans Tentendement^ il lui faut des caractères nialéiieis pour représenter ces types spirituels; il lui faut des signes pour eiprimei*, non seulement les objets et leurs propriétés, mais encore les rapports et les relations de ces choses entre elles.

Nous pensons en nous, dans notre entendement, les

choses qui existent hors de nous; donc la pensée ne .porte point immédiatement sur l'objet extérieur, mais sur quelque chose qui le représente» image ou signe. Les images ne suffisent pas à la pensée» parce qu'elles sont particiilières, individuelles. La pensée au contraire tend toujours à généraliser, ramenant la multiplicité à Tunité, réduisant le concret à Tabstrait, afin qu'un seul jugement embrasse tous les indÎTidus d'un genre ou d'une espèce. Ainsi seulement eHe acquiert ^ toute sa force, toute son efficacité, et peut contribuer à la formation de la connaissance et de la science. Quand nous parlons d'un être en général ou d'un genre d'êtres, par exemple de l'homme,

de l'aDÎmal, du végétal, etc., nous n'avons réellement dang l'esprit aucune représentation particulière , «jui ê'appU» quant à un indÎTÎdUf reslreândnût à la fois notre pensée et notre affirmation^ mais nous embrassons dans une même vue et sous un seul signe tous les caractères essentiels du genre, et ce signe en devient le représenlant. En arithmétique nous opérons sur des nombres abstraits, c'està-dîre séparés, dégagés de toute individualité; et c'est seulement alors què Topération est scientifique. Il ne s'agit point de dix hommes, de six chevaux, de huit pièces de monnaie; c'est dix, six, huit, etc., considérés indépendamment de la nature des choses et hors du concret; c'est le nombre pur qui ne se laisse point représenter par une image, toujours indindueile, mais qui s'eiqmme par un signe abstrait, chiffre ou lettre. Quand en géométrie nous cherchons les propriétés et les rapports tl'une figure, du cercle par exemple, notre démonstration ne porte pas sur le cercle inscrit sur le labkau; autrement elle no vaudrait que pour Gelut4à et même elle ne serait pas vraie; car H nous est impossible de tracer un cercle parfait. Nous travaillons donc sur un cercle idéal , sur l'idéal du cercle dont celui qui frappe nos yeux est une grossière image. Ce que nous pensons, ce que nous affirmons vaut alors pour tou» les cercles possibles.

Que sera-ce donc si nous voulons exprimer les rapports généraux des choses? Un rapport, même le plus simple, est toujours abstrait; c'est pourquoi il lui faut un signe analogue à sa nature. Puis les propriétés, les qualités, les forces intdlectuelteB et morales , tous ces fiiits métapbjrstques, qui ne tombent point sous Tobservation des sens, et

que noua saisissons par 1q sentiment intime, par ia coascienoe, par Faperceptioii de rUileilige&<^, commet ia . pensée ksftppréhenclera-ueUepour les eonaidérer» les oomparer, les classer, les combiner, les exprimer? Elle peut sans doute se les l'i'présonicr en images jiis([ij'a un certain point; mais alors elle iaii des biérogl^'phes » de ia symbolique, des allégories, et elle risque fort de s^embarrasser dans ses comparaisons et dans ses tableaux. Ce n'est plus penser, c'est peindre. Bile a donc absolument besoin de sigiics d'un autre genre, plus appropriés aux eboses sur lesquelles elle opère « et cela non seulement pour les exposer par le langage» mais encore pour les arrêter, pour les st»biliser dans rentendement et en faire l'objet da son attention. Si ces signes lui manquaient, elle serait paralysée dans son exercice, faute d instruments convenables; car elle ne pourrait opérer qu'avec de grossières images qui entraTeralent son acte et sa Tue par les formes individuelles. Si elle tentait de s'élever à rahatrait» n'ayant pas de forme pour le fixer et lui donner de la consistance, il planerait devant elle coinuie quelque chose de vague, de subtil, de vaporeux, qu'elle eotreverrait toujours sans pouvoir jamab le saisir.

La nécessité des signes du langage est encore plus évidente pour l'expression ou l'objectivisation de ce y|ui a été pensé au dedans. Les images, insuffisantes à la lormation de la pensée, le sont encore plus à sa manifestation. L'esprit ne peut les poser au dehors telles qu'il les Tolt en lui; il ne peut les fiiire sortir de son entendement |M>ur les imprimer dans le monde extérieur* Il essaie 'spon> lanément de les figurer par les mouvements du corps et

des membres; c'est l'origine du langage dessiné, peint ou écrit y qui représente d'abord grossièrement la forme de la dioae» puis la dësigae, pour abréger, par run de ses caractères les phis saillants qui sert à rappeler le reste; langage lent, lourd et embarrassant, qui matérialise tout, et ne peut expi iaier les aperçus généraux, les notions abstraites et encore moins les idées universelles, il faut à. la pensée des moyens faciles, mobiles, expéditifo, qui se prêtent à toutes ses opérations joamme à tous ses besoins d'expression et de eommunicatton. Tels sont les signes du langage parlé et écrit, les mots des langues. Ce sont de véritables cbiffres, ayant une valeur intrinsèque et eitrinsèque, en eui-mémes et par position. Ils oorrespondenl à nos cpnoeptioas et à nos pensées , comme celles-ci correspondent aux choses; et par cette double absiraction de la forme concrète ou matérielle, et de HnKige individuelle, l'esprit peut saisir les choses plus subtilement, plus purement, les considérer de la manière la plus générale, dans ce qu'elles ont d'essentiel, et donner ainsi un sens profond et une grande portée à son langage.

La parole humaiae eiprime la pensée et les coop

ceptions, les impressions, les sensations, les sentiments, les désirs et tous les mouvements de la volonté. Elle expose tout rhomme, tel qu'il est au moment où il parle. Des iotelligenoes pures en rap-

port immédiat entre elles se pénétreraient par le seul regard , Imient pour ainsi dire l'une dans Tautre ce qui les modifie; elles n'auraient pas besoin de langues pour se communiquer. L'esprit de l'homme, an&rmé dans un corps / est dans un rapport médiat aVée-Tésprit de son semblable. Ils ne peureot se comprendre que par un moyen physique et spirituel tfmt ensemble» par la pensée revêtue d'une IbrfDe seaisible. Les signes du langage sont donc doublement nécessaires à la raison, et comme instriup^tsde ses opérations, et comme moyens d expisscimQ* -Expliquer la formation du langage » c'est donc expliquer le développement primitif de la raison^'

La parole humaine est comme l'homme dont elle est

l'expression ou le symbole; elle porte en elle deux natures, la nature physique dans sa forme, la nature psychique ou inteiligibie dans son esprit. Par cette double nature elle sert d'intermédiaire entre les deux mondes qu'elle doit unir, le monde terrestre et le monde céleste. La nécessité de la parole ressort donc de la constitution m^me de l'homme. Son âme, envt lojipée dans la chair, ne peut communiquer immédiatement avec les âmes, ni avec les * dioses de l'âme. Son intelligence, son esprit ne voient point directement les choses întellîgikles, spirituelles. La vérité, la lumière ne pénètrent en lui qu'à trayers son enveloppe organique, et par conséquent il faut qu'elles re-

Yêtenl uoe forme analogue an milieu qu'elles doivent iraverser, comme le ngron du soleil est nécessairement modifié par Tatmosplière ayant d'arriw à. la terre. Sans le minisr tère de la parole il n'y a pour l'humanité ni développement inlellecluel, ni développement moral. iVcsl la parole de Dieu qui a excité dans l'origine 1 anie et l'intelligence de rhonune. La parole humaine » organe de la parole divine et répandant sur la terre et à travers les siècles la vérité et la lumière descendues d'en haut, a continué dans tous les temps l'œuvre de i'iiisLruction et de l educalioii du genre humain; car il est impossible à notre esprit de communiquer avec un esprit divin, céleste ou humain, sans l'intermédiaire de la parole, sans une forme quelconque de langage. Or la plus pure de toutes les formes matélielles, la plus subtile, la plus analogue à Tes p ri t , c'est le langage oral, c'est le discours. Donc, s il y a jamais eu une communication entre Dieu et l'homme, elle a dû se faire par la parole, par le discours; et ainsi la nécessité d'une Révélation primitive objective ressort encore de la constitution de l'homme, et de son rapport avec son' Principe. Le récit de la Genèse, qui nous atteste la réalité de cette communication entre Dieu et l'homme dès rort» gtne, est donc pleinement confirmé par Tofaservation psychologique.

Chaque existence a soa langage, son moyen d'expression par lequel elle se manifeste et parle à

rbomme* Le minéral, le Tëgëlai, raaimal parlent par leur» formes , par leurs mouyemeutoy par leurs

qualités et leurs phénomènes. La lerre parle par toutes ses productions. Le soleil parle par la lumière et la chaleur qu'il verse dans Tatmosphère. Le monde et les cieux parlent par leur beauté^ leur éclat et leur yastitude; ils racoalenl la gloire de leur auteur. Tous les êtres parlent donc, mais tous n'ont pas la conscience de leur laagage subjectif, ni rintelligenoe de la parole objective. Voir, percevoir, concevoir avec conscience, puis exprimer avec conscience ce qui a été TU, perçu, conçu, c'est le propre de la créature intelligente, à laquelle la puissance de la parole est auwsi natm eile que celle de la vision.

CM enearant glonam My dit le psa^lmiste, et on peut

dire la même chose de toute créature. Dans cliacunc il j a une idée, l'idée qui a présidé à sa création et qui est à la Ibis le principe et la fin de son existence; le principe, car les propriétés, les qualités, les formes dérivent de Teisenoe de la chose; la fin , car rexîstence n'a d'autre but que de manifesLc r succcisiv emcnl ce qui est eonlenu virtuellement dans son idée. L'eidstence est donc le passage de l'idée à la réalité, du principe aux conséquences, ou, selon le langage des scolastiqoes, de la puissance à l'acte. Le langage des créatures est dans cette réafisation; c'est ainsi qu'elles posent hors d'elles, ou parlent, ce qui est en elles. La raison liumaine, exprimant ce quelle pense, lait donc la même

chose que la nature; elle extëriore ce qui est en elle; elle objectîye ce qu'elle a subjective; elle manifeste ses propriétés, ses qualités, tout oe qu'elle çst; mais elle le manifeste ayec oonsctence et paroe>qu'elle le veut, et c^est oe qui distingue éminemment l'homme des autres êtres de ce monde. Ceuxci sont aussi remplis d'intelligence; la Sagesse qui les a créés brille à travers leurs phénomènes et |dans leur développement, par l'harmonie de leurs parties, par leurs rapports aveo les autres enslences etavec l'ensemble du monde; et c'est pourquoi ils peuvent Liiiler notre raison à s'élever jusqu'à l'Être supérieur qui les a faits et qui les soutient. Mais cette intelligence, cette sagesse n'est pas à eux; ils ne comprennent pas l'idée qu'ils expriment, et ils la réalisent sans le savoir et sans le vouloir. Ce sont des synir bolts, qui n'ont pas l'intelligence de ce qu'ils signifient, qui ne savent pas ce qu'ils sont. Leur langage est aveugle et fatalj c'est pour l'homme qu'ils parient, ou plutôt Celui qui les a créés parle aux hommes par eux; il les emploie comme les lettres et les caractères d'un langage sublime dont lui seul a la clci, eL que l'homme peut interpréter jusqu'à un certain point avec son secours. Comme créature, l'homme tient aussi sa place et joue son rôle dans ce divin langage; il fait partie du grand symbole de la nature; il est le caractère le plus saillant, la lettre la plus significative du monde qu'il habite. Mais, en tant qu'être intelligent, créé à l'image de Dieu, il a la faculté de voir, de savoir ce qu'il fait, et de juger que cela est bon, il peut connaître ce qui se passe hors de lui et en lui; il peut revenir sur lui-même pour se considérer, s'examiner. L'idée divine qu'il porte en lui et qui constitue sa

nature foncière peut donc arriyer à la consdenoe d'elle* même. Elle se connaif de deux manières; objecliveinent

dans sa nianilcstaiion extérieure par In vie humaine; subjectivement par le seniimeutet la réilexion. Ainsi Thomme acquiert la pleine hdtelligenoe de ce qu'il dit. Son lan^ge est donc différent de celui des autres créatures; car il exprime une manière d'être et d'agir qui lui est propre, à savoir, la vie de la conscience et l'activité de la pensée. C'est un langage intelligent , qui est à la fois divin et humain, puisqu'en exposant TœuTre de Dieu, il y associe l'oeuTre dé l'homme , ce que l'homme y ajoute par son esprit, par sa liberté; Voilà pourquoi il est sujet à l'erreur, comine tout ce qui vient de la créature*

La science et l'art sont fondés sur le langage de la nature. Dans la sdence, l'homme cherche à comprendre ce que dit la nature; il s'efforce d'expliquer son langage pour en saisir l'idée; en d'autres termes il tâche de s'élever par l'observation des faits aux lois qui les régissent, aux causes qui les produisent, aux principes dont Us partent. 11 n*j a point de science sa(ns le recours à quelque chose de supérieur, qui explique la réalité ou le phénomène. La science n'est donc vraiment que l'interprétation de la nature, et c'est ce que Bacon a voulu dire, bien qu'il en ait trop restreint les moyens, en 1^ bornant presque exclusiTcment à l'observation des sens; ce qui a jeté la science moderne dans l'empirisme , dans le matérialisme. L'art a un procédé inverse, quoiqu'il soiL loudé sui le mémo principe. Il tend à manifester l'idée par la forme , et ainsi il concourt avec le développement de la nature, tâchant seulement de la perfectionner en lldéaltsant. C'est une

tmilalion du pouvoir créateur, dana iaipidle ilMMUne t'eil exsAxé dès l'origine » en voulant faire oonuneDieii ou m

rendre semblable à Dieu, ainsi que Tatteste Tantique fable de Prométhée, dérobant le feu du ciel pour animer l'œuvre de ses mains, et expiant par un horrible supplice sa orimi» ndle tentative. Image défigurée, mais encore bien expressive , de la fiiute du premier homme, avec sa cause et ses suites funestes, telle que la Genèse nous la racontel

L'homme est le seul être de ce monde qui soit capable de la science et de Tart, parce que seul i! peut comprendre le langage de la nature, l'eipliquer et le reproduire, soit que par son intelligence il dégage l'idée de la ft>mie, soit que par son imaginaLiou cL ses moyens d expression, il revête d'une forme l'idée qu'il a conçue.

Ueafaat voit natureUenseat sans l*aToir appris* H parle aussi de lui-même, c^est-à-^lire qu'il se montre sans effort ni déguisement tel qu'il est. Mais il faut il apprenne sa langue maternelle de ceux qui eutourent son berceau , comme ceux-ci ont dû apprendre de leurs antécédents Tart d'énoncer la parole de telle manière. C'est que nos langues ne sont que des formes artificielles, enveloppant le langage naturel , qui a sa base dans la parole une ^ pure , intérieure, condition absolue de loule proposition extérieure, âme de tout discours. La diveraité ou la

multiplicité des langues suppose, comme tout iKNnbi e, une unit^ de même nature. Ce qui faisait dire à Rousseau : La parole parait avoir été fort nécessaire pour établir l'usage de la parole*

Ce n'est pas ici le lieu de traiter à fond Is question de

l'origine du lans^age. Cette question ne pouvaiii ùiic résolue par l'expérience seule et à Taide des documenis historiques, appsrtient à la Métaphysique, qui joint à Tobservation psydiologique et aux faits de Thistoire des données d'un ordre supérieur. Cependant, eomme il y a dans ce problème une partie expérimentale, nous Texposerons rapidement, afin de préparer ce qui peut amener une solution , ou mettre au moins sur la voie pour y parvenir.

L'étude des langues prouve, qu'entre les Idlôroeslss plus «iivcrs il y a des analogies fondamentales, par lesquelles ils se laissent ramener à une certaine unité philosophique. Si Ton réduit les mots de plusieurs langues à leurs radicaux, on remarque une grande ressemblance de sens et de forme dans les racines primitives, puis beaucoup de similitude dans les ( aryclcrcs ou les lettres, et enfin identilL' àc lois pour la syntaxe ou la composition du discours. C'est pourquoi il 7 a une grammaire générale, une grammaire des grammaires, ou mieux encore une philosophie du langage. La considération des langues multiples conduit donc à la siij)[H).siuoii dîme langue des langues, d'une langue-mère, une et universelle.

En outre, c'est un fait constaté par Texpérienoe, que renfimt ne parle que parce qu'il entend parler, et il parle

ce qu'il entend et comme il l'entead. Les sourds de naissance restent muets , non parce que la voix et ses organes leur manquent, mais parce qu'ils ne peuvent apprendre à former des sons qu ils n'ont point entendus. C'est 3onc l'oreille qui instruit la bouche; la parole entre par i'oule et s'apprend par l'ouïe. Les enfants reçoivent le langage de leurs parents ou de ceux qui les élèvent; oeux-ci l'ont reçu des leurs, et ainsi de suite, en i t iiiouUiiil à h ivers les siècles jusqu'à la première génération d'homme, jusqu'au premier hoaune. Ici s'arrête ou plutôt commence la tradition humaine. L'homme primitif n'a plus d'homme devant lui. Il n'a pas été engendré par l'homme, et ainsi il n'a pu être élevé ni instruit par un homme, et cependant la loi s'applique à lui comme à ses descendants, savoir, qu'on ne parlé qu'autant qu'on entend parler. Qui donc a parlé au premier homme? Car il faut absolument que quelqu'un lui ait parlé, pour qu'il ait pu parler à son tour.

Une autre considération, qui ressort aussi de l'expérience, et que Rousseau a longuement développée dans son dis> cours sur l'inégalité des conditions, c'est l'impossibilité où est l'homme de former par lui-même le langage et d'établir une langue. 11 y a là en effet un cercle vicieux dont la raison ne peut sortir, et qui même se redouble, se triple autour d'elle. Ainsi d'abord, une langue devant servir à mettre en communication plusieurs êtres, deux au moins sli ne s'agit que du premier couple , il faut que ces êtres conviennent du signe et de la chose à signifier, pour que les mots prennent du sens et répondent au but de leur institution. Or cette convention ne peut se faire sans une communication préalable, par conséquent sans un moyen de

s'entendre, sans un langap^c, en sorte que rétablissement d'une langue par convention humaine suppose déjà une laogiie établie^ En outre» ces conveotions et rinstitution des signes qui en est la suite , impliquent Peierctoe de la pensée et de ses opérations. Or il fout des signes pour penser, comme nous l'avons montré plus haut, et ainsi d'un coté on a besoin d'une langue déjà faite pour apprendre à penser, et de l'autre il faudrait Texercice le plus subtil de la pensée, l'emploi de toutes ses facultés et de toutes ses ressources, pour inyenter la langue et pour la oomprendre.

En troisième lieu, l'institution de la languepar convention suppose une société déjà formée , c'est-à-dire lin problème plus diflficile que celui cpi'on cherche à résoudre, savoir: comment pourrait s'établir la société antérieurement à tout langage; question absurde par son énoncé même. Selon sa coutume dans les questions d'origine, la philosophie du dix-huitième siècle a essayé de se tirer de ces embarras par des hypothèses, et pour édiapper à la seule solution possible, h la Révélation, die a eu recours k des moyens cent loàs plus merveilleux que la vérité. Elle a i\ûi des premiers hommes des espèces de prodiges qui ne ressemblent point aux hommes de nos jours« £Ue les a représentés exerçant de prime abord et naturdiement les facultés les plus hautes de l'intelligence, qui ne se développent parmi nous qu'avec loules les ressources de l'éducation et de la civilisation , et surtout par l'influence si active et si profonde du bngage. Ce sont de pures imaginations, comme l'bommeslatue de CondîUac. Le premier homme était au fond un homme comme nous , puisque nous sommes sortis de lui* II. . <4 .

Il avait fa même organisation et les mêmes besoins; car les conséquences de sa cbute, quoiqu'elles aient retenti dans tout son éire* n'oDt pu ckaoger la nature humaine ni en al- .térer l'essenoe. En admettant qu'il ait été créé adulte par le corps, et quil ait reçu aussitôt après sa formation M pleine jouissance de la vie physique, il n'en était pas moins, à sa naissance, tout à fait ignorant, complètement novice et sans. aucune eipérience. C'était un grand enfant qui arait besoin de tout apprendre , le langage comme le reste* Or c'est à un tel être cpie tous YOulei donner la diarge d'inventer une langue avec ses abstractions, scsgénéralilcs et ses innombrables difficultés, que l'homme , héritier de la civilisation des siècles et qui reçoit tant de secours de ses semblables déjà intelligents et parlant ^ a néanmoins peine à comprendre et à expliquer. Rousseau déclare que cela est impossible; nous sommes de son avis, cl nous disons avec lui y que la parole nous parait fort nécessaim pour établir tusage de la parole {Discours sur t inégalité des conditions).

Les données de Teipérience positive et native nous

amènent donc à celte assertion : le premier homme n'a parlé que parce qu'on lui a parlé; il était incapable d'in- Tenter le langage, et par conséquent il a dû le recevoir d'un être supérieur. C'est ce qu'afiirme la Genèse, qui nous montre dès le commencement Dieu parlant & l'bofbme: Dieu dit à Adam, eie. Il y ;ivait donc un langage entre Dieu et Adam; ce langage devait être le moyen d'expression, par lequel l'Esprit de Dieu agissait sur l'esprit de l'homme pour se faire connaître è lui et lui apprendre ce qu'il voulait de lui; car il n'était pas possible que Dieu,

après avoir créé Thomme, Tabandonnât à lui-même dans le monde où il venait de le poser, sans lui dire pourquoi il Vj melUit et comment il devait y vim. Un rapport vîimi a dft subsister entre le Créateur et la créature, et comme Dieu arait animé le corps humain par l'esprit de vie, il a dû aussi vivifier l'intelligence humaine et la porter au développement par la coriuiiunication de sa lumière et L'inspiration de sa sagesse. Or, Tâmc humaine étant enfermée dans un corps, l'Esprit de Dieu n'y pouvait parrenir qu'à trayers ce corps , et euTeloppé dans une forme analogue, c'est-à-dire dans un signe, dans un s^uiboie; c'est justement ce qui fait un langage.

Quelle a été cette langue primitive, c'est ce que nous ne pouvons déterminer matériellemenU La tradition , i'his* toire ne nous en ont point oonsenré de monuments ni de vestiges, ou plutôt ces vestiges se retrouvent dans toutes les langues parlées aujourd'hui sur la terre, et constituent leur unité au milieu de leur variété. Ge qu'on peut affirmer avec assurance, c'est i|ue ce langage, par sa forme et sa construction, a dû être analogue à la nature des deux termes qu'il mettait en eoiïiiiiuiuc.ilion , Dieu et l'homme; et qu'ainsi, divin par son sens, par son esprit, par l'idée, il était nécessairement humain par ses signes, par ses caractères, par l'eipression; autrement l'homme ne l'aurait point compris. Mais cette expression de l'idée divine devait être aussi parfaite que pouvait le comporter la nature humaine, à laquelle elle voulait se manifester. Ainsi on peut dire , sous ce point de vue, que les éléments des langues sont d'origine divine, comme les idées fondamentales qu^ eiprimeot» hases de la sodété et de U civilisation;

Le langage priiniltf est d'institution divine dans son es^

prit et dans sa fornie; car la forme a dû être déterminéepar le fait même de la constitution de l'homme et de son organisation, quand son âme est entrée en rapport avec Dieu, quknd l'Esprit de Dieu s'est communi^^ à l'esprit humain. Ce qui revient à dire: l'homme n'a pu eonnattre Dieu, que parce que Dieu s'est manifesté à lui sous une forme capable deiui eu donner l'idct;, ou parun modederévélation approprié à sa nature et à sa faiblesse. Ce mode de révélation c'est la parole. Cette r^élation de Dieu à Tbomme est la base de la religion oîi de oe qui relie l'homme à Dieu , et la religion a' commencé avec le rapport entre Dieu et l'homme; elle s'est étendue, développée, jterfecuunnée à mesure que ce rapport est devenu plus profond, plus intimé,. c^est-à*dire à mesure que Dieu s'est plus rapproché ^ de l'homme, s'est plus abaissë vers lui; jusqu'à ce qii'en» fin, pour compléter la connaissance qu'il voulait nous donner de lui-même, pour se manifester pidnement à l'humanité et la porter à réagir vers Lui avec amour, pour se la réconcilier et se l'unir, après avoir employé tous les moyens d'eipression accommodés à la faiblesse huniaine, après lui avoir parlé mtUiifariam, multisque moâis (Hébr., ch. I, V. 1.), il a revêtu sa nature, il s'est fail homme pour instruire, guérir et sauver l'homme. Le Verbe, la Parole, la Lumière éternelle , le Fils de Dieu s'est fail chair pour r^;ënérer la chair. L'Évangile a été l'annonce de cette bonne nouvelle; il est l'histoire de la manifestation de Dieu à l'homme; c est pourquoi il est le fondement de la religion universelle ou catholique, qui est de tous les

temps et de tous les lieux. 11 porte en puissance toutes

les vérités dans la semence de sa parole, comme le pain est renfermé dans le grain que, le. laboureur confie à la terre. Les apôtres ont reçu la mission d'ensemencer le monde de cette divine semence « puis de l'arroser de leur sang pour la faire germer et fructifier. Ils l'ont jetée en effet sur la terre , et toutes les institutions du monde moderne, les croyances, les. mœurs, les lois, les sciences « les lettres et les arts en «ont sortis et y tiennent par leur fond. Notre civilisation tout entière est implantée dans le Christianisme, vivifiée par sa sève, imprégnée de son esprit, et voilà pourquoi elle s'ébranle, chancelle, menace ruine toutes, les fois que le dogme chrétien est attaqué, faussé ou mtonnu. Ainsi se tiennent ces grandes vérités qui sont dans toutes les questions d'origine. On ne peut toucher à l'une sans remuer les autres; car elles sont solidaires entre elles : elles torubeiii ou subsistent ensemble dans les croyances communes. Origine du langage, de ta société» de la législation, du gouvernement , de la connaissance, de la religion, c'est. au fond la même question , que le Christianisme seul peut résoudre, parce qu'il est en toute vérité la science de rhumanité, la science du rapport de Dieu et de Thomme depuis la création du genre jusqu'à sa consommation. Les dogmes chrétiens sont les bases éternelles de cette Philosophie divine, qui a autant de rigueur dans renchalnement de ses principes, de ses préceptes et de leurs applications que la science mathématique, et qui a de plus qu'elle, connue science de faits et de réalités, le mouvement, la chaleur et la vie.

Tous les hommes, ayunL une même ualure, des facultés et des orgaaes semblables, étant éclairés par la même lumière et yoyant à peu près les mêmes objets, subjectivaikt et objectivant d'après les mêmes lois, ue devraient pas plus différer dans leur manière de parler que daos leur manière de respirer. Ils diffèrent cependant * non seulement par l'idiome, (|ui ii'esl que la modification matérielle de la lan- . gue, mais par le langage même. Cest qu'il y a deux espèces de langage^ Tua qpontané, qui est la réaction instinctiye de Tàme vers ce qui l'affecte, Tex* pi^ssion naturelle et inyolontaire de ce qu'elle seot; Tautre réfléchi, qui est composé par Tesprit, combiné par la raison. Or, la réflexion étant l'acte par lequel chaque ruoi se coiisliLue en individualité personnelle et se distingue des non-moi, elle engendre par le fait même toutes les diversités. La pensée est donc nécessairement individuelle dans chaque homme, par conséquent différente dans tous, et il en est de même du langage qui l'exprime.

Le lan^e spontané est l'expression naturelle de ce qui est senti par Tâme dans son fond, dans ses

puimnoes, daas les sens el daas le ciMrps. L'àme

en lace du moQde ou de tel objet qu'elle considère, est passive, ou recevant i'actioa de ce c(a'eUe sent. - Le seatiineiit produit par la première impression

d LUI uhjel sur ràiue, est ce qu'il y a de plus simple, de plus vrai, de plus intime el de plus mystérieux dans rhomme. 11 correspond à Taclion, soit immédiate soit médiate, du bien et du mal eiltre lesquels l'homme se trouve placé sur la terre.

Le langage spontané esl en raison de Tobjei bcnli el de la fuaoière dont le sujet senL Toute impression reçue leod à passer en expression. L'âme est comme, un ressent qui eberdie toujours à reprendre sa position naturelle quand il est comprimé. Plus la compression esl forte, plus la réaction est vive lorsque la délente s'opère, il y a des nuance» très marquées dans ce langage spontané » selon la nature du sentiment manifesté. Ici est la base naturelle des diirers moyens d'eïpression employés par l'art, et spécialement par l'art de la parole , jjour agir sur les amus et les esprits. ISous sentons et concevons les cboses extérieures à la suite de l'impression qu'elles font sur nous. Cette impression va se réfléchir dans l'enlendement où elle produit Timage de l'objet, image que nous figurons par le geste on par le dessin, quand nous voulons la poser hors de nous telle que nous la voyons en uous^ c'est l'origine du langage graphi que 9 hiéroglyphique ou symbolique; c'est l'origine du langage dans l'espace ou de récriture et de la lettre. Mais l'impression de l'objet peut descendre plus avant: elle

peul agir vivement sur i aïueà iravors l'organisme, et dans ce cas elle modifie noUbiement la vie intérieure. Celie-ci, émue, réagit sur l'organe oentml qui en est le si^ physique et llnstniment principal. Le eœur affecté dans sa fibre qui se contracte ou se dilate, imprime au cours du sang un mouvement analogue. Le système ncrvcuv, sans lequel il ny a point de sensation , excité d'une certaine manière, propage Texcitation de proche en proche à travers leoorp^ et spécialement aux organes de la Toix. Les sons s'édiap* pent alors avec une certaine vibration qui répond au sentimenl cpiouvé. Leur ton, leur inflexion, leur accent, leur caractère ressort de la disposition où Tàme se trouve, et cette disposition dépend de l'impression produite par l'objet.

Les modifications de la voix expriment donc à la fois la

subjectivité et l'objectivité , la qualité de l'objet qui nous affecte , et la nature et le degré de l'impression éprouvée. De là une certaine correspondance analogique entre les sons, leur liaison, leurs combinaisons, et les diverses manières dont nous voyons et sentons les choses. Dans celte analogie toute naturelle se trouve la raison pi ofundc des racines primitives des mots, et voilà pourquoi ces racines sont à peu près les mêmes dans toutes les langues. Mais il ne hul pas oublier que cette expression naturelle des choses par les sons de la voix suppose une manière de sentir très pure, très naïve, et par conséquent des âmes encore vierges pour ainsi dire, non faussées ou perverties par les préjugés et les habitudes d'une vieille civtlisation. 11 a dû en être ainsi à l'origine des langues, toutes les fois que les hommes se sont trouvés en rapport immé-

( 2ir ) .

diat «vec la nature ci oiiL reçu directement rinlluence des oUoses. Les premiers éléments du langage une fois posés, U réflexion s'en est emparée et elle les a élaborés, foigés, combinés de mille manières , comme l'atteste l'immense Tariété des mots et des dialectes.

Uexemple de la musique confirme ce que nous venons de, dir^. La musique est oertaÎDement un langage; elle est plus qu'un cri, un gazouillement ou un chant d'oiseau; elle est un chant d'homme, l'expression mélodieuse d'une àme intelligente , et par conséquent elle doit exprimer des idées, des sentiments surtout, et avec les sentiments les objets qui les excitenL Or pour rendre ces choses , l'artiste n'a en son pouvoir qu'un certain nombre de sons, qu'il arrange de plusieurs manières , successiTCment et simultanément, par la mélodie et fràr l'harmonie. Pour^ quoi, quand il veut chanter tel son liment et telle scène qui 8*y rapporte, eiupioie-t-ii certains sons et certaines combinaisons plutôt que d'autres, sinon parce qu'il y aiin rapport secret entre ces sons et tellCB modifications de l'àme, et par celles-ci avec les objets qui les produisent? Il y a la un langage naturel, dont nous sentons d'autant mieux la signification que nous le recevons plus passÎTement, sans y mêler la réflexion et le travail de la jpensée,

. Il en est de même, au fond , du langage oraL il est aussi

une musique; et notre âme, touchée par les objets, rend cette musique spontanément, comme on le dit de la statue deMemnon, dès que les premiers rayons du soleil l'atteignaient. C'est ce qui explique TefEet produit par les choses à la première vue, surtout sur une âme pure, simple,

innocente, qui n'a point imaginé d'avance ce qu'elle doit sentir; car rien ne fausse plus la sensibilité que la représentation préalable du sentiment C'est pourquoi de nos jours on sent si peu et surtout si mal. On va au devant (le la réalité, on la lialc par la lecture, par la cotiversation, par les spectacles, par des fictions qui déflorent TA me en lui enlevant les prémices de sa sensibilité » ia vîi^nité de son amour. Puis quand on se trouve en face des objets, quand les impressions de la vie réelle ar^ rivent, on les reçoit mal, parce qu'on y est préparé d'uue manière arlilicielle. L'esprit et la réflexion y prennent plus de part que le cœur «t le sentiment; on est plus occupé à juger ce qu'on sent qu'à te sentir elfectivement; on le compare avec ce qu'on a entendu, lu, vu, imaginé, et endéBnitivo, ;ui lieu il'uiio impression naturelle et féconde, il n'y a qu'une exaltation factice, fruit de l'imaginationi une sentimentalité niaise et stérile» qui finit toujours par des mécomptes. Voilà pouvquoi îl y a en général si peu de naturel dans Part et dans le langage des modernes. Nous vivons plus avec les livres et les théâtres qu'avec la nature. Les anciens vivaient en face des choses elles-mêmes, sous leur action directe 9 sous leur influence immédiate, et alors ils disaient naïvement ce qu'ils sentaient et non ce que d'autres avaient dit Aussi étaient ils bien plus artistes (|ue nous. On retrouve encore dans l'enfance de ces impressions natui'elles, virginales, s'exprimant par un langage plein de candeur, qui est en même temps plein de sens» On peut soupçonner par là ce qu'a dû être l'homme dans l'origine, en face de la nature, et appliquant sous ses inspirations, pour dénommer les choses du uiunde, la lan-

gae primilÎTe doni U lumièrè ei les éléments lui aYai<»il été donnés d'en haut par sa communication avec le Gréa* teor.

ÏI y a encore dans le sentiment produit en nous par la première impression des personnes et des choses un fait remarquable : c'est le penchant ou raYerBion* la sjmpa* thîe ou l'antipathie éprouTés ayant toute râOeiion , avant tout jugement formel et sans le concours de notre toïonté. Les êtres se révèlent ainsi a nous dans lenr nature» dans leurs qualités essentielies, dans leur caractère, par leur influence bonne ou mauTaise» comme Tarbre se ^1 connaître par ses fruits; et le plus soutent, quand les passions, les préventions ou les préjugés n'ont point faussé ou altéré la sensibilité, dans les choses religieuses et morales, de science, d'art et dégoût, et surtout dans nos rapports de société, nous jugeons sainement à la première vue: le sentiment intime, dont nous ne pouvons pas tou* jours rendre raison et que cependant nous sommes parfois comme obliges de suivre, nous avertit bien et nous conduit sûrement.

Le langage du sentiment est celui de la nature même. ^lalgré Topacilé de la matière qui enveloppe ici-bas l'àme iiumaine, les affections qu elle éprouve apparaissent jusque sur sa surface organique. Ce qu'elle sent se manifeste spontanément, soit avec éclat, soit dWe manière obscure, par les sous

de la voiX| dans les yeux^ sur le front, sur le yisage et même par tout le corps. Ces expressions, quand elles s'échappent par la voix, soal simples comme le sentiment lui-même. Ak I oh! ouhl sont des Toix ou voyelles pleines d'âme, qui se retrouvent dans toutes les langues et que chacun comprend. On les appelle exclamations, et on leur assigne ordinairement le dernier rang dans ce que les grammairiens nomment les parties du discours, quoiqu'elles soient les premières manifestaliuiis de Tâme, qui sent avant que l'esprit ne connaisse , qui aime ou abhorre avant que la raison ne calcule ou ne pense.

Les voyelles ou les pures émissions de la voix sont les bases de toute langue: elles expriment les impressions de râme aTsnt que ta réflexion ne les ait modifiées, transformées. Âussi les exclamations, qui ne sont que des voyelles aspirées, sont comprises par chacun et produisent leur effet tout d'abord. Elles contiennent en elles la somme du discours» c'est-à-dire le sentiment dominant qui y préside et qu'il doit expliquer. Mais dles le contiennent virtuellement, en puissance, comme la semence renferme l'arbre, qui en sort après un long travail de la nature. Il faut aussi un long travail de Tesprit pour analyser le sen« timent renfermé dans une exdamakion et le développer complètement. Dans un discours animé, le sentiment éclate de temps en temps par des intet jections qui le mcltcni eu saillie ou le résument^ ce qui vivifie singulièrement la pa-

rôle cl louche les aiuîilciirs, poiirvii (jiie le sentiment soit . céellement éprouvé et non imaginé» forcé. En outre la manière dont chaque Toyelle est prononcée , ou dont la voix de diaque mot est émise, a une grande influence sur ceux qui entendent la parole. Le ton de la voix , Tinflexion, Paccent donnent aux mois uue significalion cl une vertu particulières, analogues au sentiment ou au mouvement de l'âme, et il j a sous ce rapport une immense différence entre les hommes qui se servent des mêmes termes et qui parlent la même langue. Du reste les modifications naturelles de la voix peuvent aussi être formées par l'art, et à force d'art ressembler à la nature; c'est la perfection de la déclamation et surtout de la décbmation théâtrale, oh un homme s'efforce d'exprimer des émotions et des passions qu'il ne resscnl pas, en se plaçant par Timagination dans la position du personnage qu'il représente. L'acteur qui peut ainsi faire illusion > doit certainement éprouver quelque chose de ce qu'il dit, et il lui faut une grande vigueur de réflexion pour s'abstraire de sa personnalité^ en revêtir une élraiigère et exciter en lui , à force de s'imaginer dans un autre, des sentiments et des mouvements conibrmes à la situation. De là, pour le dire en passant, ce qu'il y a de. peu estimable dans cet art, tout diflieile et brillant qu'il soit; car il n^est pas digne d'un homme de dire ce quil ne sent point, ce qu'il ne pense point, de se doubler en luimême, pour .jouer une vie (jui n'est pas la sienne, el cela afin d'amuser un instant ses semblables et d'exciter en eux quelques émotions fugitives. Tant il est vrai que ce qui > est contraire à la vérité nous répugne instinctivement, excite notre réprobation , même quand nos passions s'en

.aoooniinodent et que nous y irouYon» notre avantige ou notre plaisir. On n'estime miment qpie ce qui est honnête. Les grammairiens, qui considèrent en général les langues

toutes faites et ne s*inquiètent guère de leur formation, à peu près comme ics physiciens considèrent lé inonde et ses phénomènes, sans s'occuper de l'origine des choses , les grammairiens n'estiment pas grandement les exclamations, parce que, à leur sens , elles jouent un mince r6le dans le discours, à cause de leur isolement et de leur roraïc invariable. Ils les expliquent ordinairement comme des ellipses et enseignent à y suppléer par une ou plusieurs propositions. C'est donner en cuivre la monnaie d'une pièce d'or. ^ Il pourra bien y aToir ^lité de valeur, d'après lea con* ▼entions reçues , mais au fond le cuivre ne sera jamais de l'or; il n'en aura jamais la vertu. De même dans ces pauvres traductions. Le sens grossier s'y trouve, mais l'esprit de la parole n*y est plus; la vertu de la voix s'évanopit, le sentiment n'est point exprimé. Les exclamations sont donc dans la parole ce que les sentiments sont dans l'ordre des idées et des pensées , les principes , les semences , les germes du discours, qui donnent à tout le reste la vie, la nourriture et la force. Ce sont les signes les plus simples et en même temps les plus substantiels du langage articulé.

Le sentimeat profond , produit par i'actioD d'un objet analogue à la nature de Tàme, et qui la surpasse en puissance; enchaioe les organes du corps

ou les fixe> au lieu de les mettre eu mouvement ^ et suspend instantanément Texereice des fecult^ de ^

Tespi il. L'étôuiK ment , 1 admiration , rdli oi rendeat im mobile, Quaad i'aclioa des objets arrive à Tàme par les organes et au moyen du sang^ c'est aussi par lé sang, les organes et les membres qu'elle réagit. Toute impression vive, faite sur i organisme, opère un diangement plus ou moins notable dans les fonctions de la Vie animale, qui réside dans le sang.

Les modiiications principales du sentiment s'expriment par la rougeur, la pâleur, le tressaillement, le frémissement , les palpitations , etc., phénomènes qui sont produits par le mouvement du sang et par l'irritation du système nerreuz. On rougit ordinairement dans la joie; par la honte , la colère et Findigoation, le feu monte au visage. La ( rai nie, le remords, une grande douleur de Pâme font pâlir. Dans le premier cas, Tàme réagissant ayec force ▼ers ou contre l'objet qui l'émeut, chasse le sang à la suriace du corps. Dans le second , elle se retire , se concentre, et le sang reflue au cœur. L'effroi réfléchi est senti dans les jointures des membres, et les brise. C'est que lai éflexion, cjui a lieu dans l'espi it, est en lapport analogique avec le système des arti-

culalions, comme le sentiment, qui est de Tàme,

est en aiialot^ie avec les uiouvemeols du cœur et ia circulation du sang.

Les phénomènes organiques, par lesquels s'eiprime

naturellement le sentiment, varient avec la nature cl le degré du sentiment. Quand il est prorond et fort, il concentre Tâme en elle-même^ l'absorbe, en sorte qu'elle ne peut réagir, au moins pendant quelque temps. Sa Tie ' est toute employée à sentir» et elle n'a presque plus dé puissance pour manifester ce qu'elle sent. Dans ces cas, elle est sous rimpression tl une force supérieure qui l'accable, la subjugue. Elle est aussi incapable de penser que de parler, et le corps participe à Tenchalnement de la volonté et de resprît. Il reste immobile, dans la position même où le sentiment l*a saisi , comme s'il était frappé de caïalcpsie. Tel est à divers degrés l'efTet de l'étonnemcnt, de l'effroi, quelquefois même de l'admiration, quand elle est portée à son comble, jusqu'à la stupéfaction. Là Yue du sublime produit quelque chose d'analogue. L'esprit défaille dans le sentiment de l'infini qui éclate à Lravci s Its formes du monde ou de la pai oie, et qui le frappe comme la foudre, le renverse, le jette dans une certaine stupeur d'admiration où la joie se mélange à la crainte. 11 est exalté en luinoiéme par l'immensité de ce quil sent, en même temps qu'il est abattu, confondu par la conscience de sa faiblessé, de son impuissance en face de rinfiiii. Aussi le sentiinenl du sublime se manifeste ordinairement par un geste, par un cri, par un mot, par une phrase et le plus souyent par l'immobilité et le silence.

L'abseoce, l'impuissance de l'expression est alors un.signc très frappant; le silence devient plus éloquent que la parole, et c'est peiit-étre la manîfestatibn la plus éclatante

du senliment , que de ne pouvoir le manifester. En général , les affections qui remuent l'Ame profondcmeiit ea la mettant en communication avec un monde supérieur» et surtout le. sentiment religieux» aiment le silence, le calmé» la solitude» et une certaine obscurité qui les préserve des regards profanes. Elles se complaisent clans L'in» Icricur; elles s'y réfugient comme dans un sancluaire, oii elles trouvent la lumière et ta vie qui leur conviennent; elles ont toujours quelque peine à se montrer au dehors» paroe cpi*elles ont la conscience de leur impuissance à s'exprimer complètement. Il y a là une veine immense de poésie.

Quand l'âme est en relation avec les choses physiques » quand ce qu'elle prouve se rapporte surtout à son union avec le corps, aux désirs qui en proviennent « à ce qui

l'émeut par le sang et la vie ualuicilc, alors ses sentiments, bien qu'ils puissent encore élre très vifs, ne vont pas jusqu'à son fond , et c'est pourquoi ils ne peuvent jamais la reinplir. Ils la remuent surtout dans ses puissances; ils ise reflètent volontiers dans l'imiaiginatidn, se laissent anaivscr par la peiisée eL se manifestent facilement, spontanément, par les moyens mêmes qui ont servi à les former, c'est-à-dire par les nerfs, le sang, et les oi^anes. hà rougeur et la pâleur sont les symptômes les plus habituels des sentiments de cette espèce. Ces phénomènes prouvent l'intime corn m ei ce de l'àme et du corps et leur influence réciproque par l'intermédiaire de l'es- II. 15

prit y el par conséquent de la réfleiioA. Aiaàsi cette expression est moins spontanée que l'exelamation. Il n'y a

cil lITcL que l éue intelligent qui rougisse et pâlisse, et cela lui arrive seulement lorsqu'il est capable de comprendre la parole et de s'en appliquer le sens; ce qui dénote l'intervention d'un acte de la pensée entre le senti* ment éprouvé et le signe qui le manifeste. L'enfant qui ment pour la première fois, rougit, se trouble , balbulie, parce qu'il juge lui-même que sa parole est contraire à la yérMé; sa rougeur est l'efTet de Tangoisse qu'il éprouve à la vue de cette contradiction , de l'embarras où elle le met, et de la crainte d'être découvert. Il en est de même de la pudeur. Elle n'est sentie et ne Aut rougir que quand on soupçonne le mal ou ce qui est contraire à l'honnêteté. La comparaison du fait avec la loi, comparaison qui pour s'accomplir rapidement, n'en est pas moins un acte de l'esprit, cause le malaise, le trouble, l'embarras de l'âme, exposée à entendre, à voir, à commettre ou à souffrir de» choses qui ne conviennent ni à la pureté ni à la dignité de sa nature. L'enfant tout à fait innocent, c'est-à-dire ignorant le bien et le mal, ne rougit point.

Dans ces circonstances* le sang suit toujours les impressions et les; mouYcinents de l'àme. Quand elle est entraînée ou poussée au dehors, le sang aiilue à la surface du corps, au visage surtout, et le colore vivement. Quand, au contraire, elle est refoulée dedans et se concentre, le sang reflue au cœur et abandonne les extrémités , qui restent sans couleur et sans chaleur, à peu près comme au moment de la morl. Ces accumulations du sang au cœur, quand elles sout brusques et fréquentes, causent de la

jdouleur et amènent de crueiles maladies. On dit dans OQê eu qa*on a le oœur serré , tenaillé, brisé; et en elfet la substanoe de l'organe est condensée, sa fibre contractée;

à la longue le tissu organique s'allère par l'inflammation, il s'épaissil, s'endurcit, s'ulcère quelquefois dans l'une de ses parties ou de ses dépendances immédiates^ et de là les horribles douleurs de ranérrisme/ qui se renouTellent à cba<|ue battement du coeur continuellement entravé dans son mouTemciiL et dans ses lunctions. Des chai^n ins secrets qu'il faut iibsorber en silence, des inquiétudes prolongées» des angoisses fréquentes, des émotions contraires qui se succèdent souvent et rapidement', en sont les causes les plus ordinaires. Il y a aussi des éiemples de mort subite par Teffel de la rupture du cœur, distendu ou contracté outre mesure par un sentiment violent et soudain de joie ou de peine.

La rougeur et la pâleur sont involoiilaîireB , et il est dif^ fidiede les enpédier. On y parvient cependant jusqu'à un certain point par une longue habitude de la réflexion, qui donne de l'empire sur soi-même, en sorte que Tàme ne se laissant surprendre par rien, réagit aussitôt vers le senti'» ment éprouvé pour l'étouflferet en arrêter la manifestation* Il faut pour cela une grande force de volonté , employée longtemps à refouler au dedans les émotions du cœur, afin de se rendre impassible, au moins en apparence. Il j a des hommes qui «ont su se faire un front qui ne rougit jamais»; il y en a dont le visage ne dit jamais ce qu'ils sentent ou pensent.

Le cours du sang ne peut être troublé sans que le système nerveux ne s'en ressente primitivement ou consécu-

iivemcnt, suivant la nature de rafieclion. De là toutes ies espèces d'excitations nerveuses , le IreMaillement , le frénaissemenl, TagUation de loal le .corps , les convulêions; ces sigfnes ont quelquefois une puissance d'expressioih effrayante. Il y a dans le tremblement des membres une signification particulière. Il est ordinairement produit par l'effroi péflëelii , quand on revient en esprit sur un danger passé ou qu'on envisage un péril futur. Alors, par l^effet méme'de la réflexion sur un passé oiî un avenir terrible , les ar liculaliuiLs sunL comme brisées, la ci ciinlc tombe sur les meaibres et en rend l'usage impossible pendant quelque temps* Pourquoi celle espèce de sentiments affecte>t^

' elle d'abord les articulations, et non les nerfs ou le mouvement du sang ? C'est que la inflexion y domine et que tlans l'ordre organique, le sjslème osseux, qui est formé dejpicces distincles mais attachées l'une à l'autre, correspond dans l'ordre intellectuel au système réflexif , à la pensée, qui détacbe, isolé les parties pour les réunir én-

. suite. Le langage articulé, qui en résulte, est le système osseux de la pensée; c'est par lui t(u\ Ile s ^rticule dans le discours* Tant il est vrai que tout ce qui est dans l'homme a son reflet dans la naturel La vie se.produit des deux cètés, sous les mêmes lob el par les mêmes voies mais à des degrés divers et avec des formes différentes. Le corps humain, dans sa conformation, dans son organisation, dans ses membres, dans ses fonctions et ses mouvemenis, est un symbole continuel de Tâme, de ses facul* tés, de ses modifications; et si on savait exploiter cette admirable analogie, on rendrait l'étude de l'organisme plus intéressante et surtout plus fructueuse,, non seule-

ment pour la connaîssanoe de rhomme physique , mais encore pour celle de l'homme intellecluel et moral; car dans toutes les parties du corps, à travers ses tissus et

SCS tôt tues, reluil sans cosse le principe vilal qui Tîmimc : la vie de l^àme et de l'esprii s'imprime eu caractères de chair et de sang dans les fonctions organiques , comme elle s*écrit en signes sensibles sur le vbage de Thomme et k la surface de sa personne.

L*àme n'a qu'uae puissance restreinte sur le corps; son action directe ne s*ëtend poinl ordlnatrement

au delà du système musculaire. Elle doil exercer sa puissance dans le monde , et elle Texerce en elTet au moyen des organes de la voix, et par les membres qui sont des prolongements du plan radical du corps, des lignes externes faisant des brisures, des angles en dehors du tronc, instruments dociles qu'elle emploie à son grë. Le double prolongement de l'axe du corps lui donne la faculté de le transporter d'un lieu à un autre dans Tespace ; et par le prolongement de son diamètre, elle manifeste sa puissance à Textérieur, porte le sceptre, parle par geste et opère dans le temps»

Quand Ykme désire TiTement un objet dont l'im-

prcssiou lui agrée, elle l'exprime yjar lo mouvemenl physique; elle ëleud la maia, le bras^ même lea deux bras vers robjet; elle penche le corps de son eStè comme pour s'unir à lui, et semble vouloir l'atlirer à elle par soa reg£yrd. Elle montre l'adhësion de sa volontë par toute sa personne; elle dit Oui par tous les mbuTemenls de son cor{)s. Refusel-elle au contraire l'aclion de l'objet, elle en détourne le regard, et autant qu'elle le peut^ toute sa personne. Ëlio le repousse des bras, se couvre les jeux avec la main , dît Non par tous ses mouyements. Quand eiie est poursuivie par une force ennemie qu'elle ne peut éviter, elle élève à la fois le regard et les bras vers le ciel , comme pour se réfugier dans une région supérieure ou en liiire descendre un secours qui protège sa iaihlesse. Le langage du geste , spontané dans ses expressions élémentaires, peut être perfectionné par l'art, et alors il devient un auxiliaire, quelquefois même un suppléant, du langage articulé ou réfléchi.

Le corps est l'enveloppe de l'âme. Par leur union intime ils influent oontinueUenient Tun sur l'autre d'une manière

mystérieuse dans ses voiesy mais très évidente par ses effets. Tous les mooTemepts que Tàme imprime au corps derittinent des moyens d'expression , et principalement les

mouvements des parlics sur lesquelles elle a le j)]iis d'influence, les membres. La volonlé agit sur l'organisme par le système musculaire, et les muscles répandus à la superficie du corps serrent à le mouvoir dans son ensemble ou partielleraent Entré Pâme et les muscles sont les nerfe, qui d'un côté transmettent au\ muscles I influx de la volonlé, et de l'autre communiquent à l'âme i'impression des choses extérieures. Là où il n'y a point de muscles, excepté dans le oenreaiu , la ToloUté n'a point d'inûuence directe^ et il y a même un muscle sur lequel elle n'a point de pouvoir îromcdiat, si toutefois on peut appeler le cœur un muscle. Les organes renfermés dans les cavités, et qui servent spécialement à l'entretien de la vie animale, sont pour la plupart soustraies à l'empire de la volonté; ils accomplissent leurs fonctions sans qu'elle s'en mêle, et elle ne peut les aider ou les troubler qu'indirectement. Ainsi s'opèrent toutes les sécrétions , ainsi se font la digestion, l'hématose, Tinnervation, etc. Il y a certainement là un témoignage frappant de notre dégradatton,une preuve que le rapport naturel des deux natures qui nous constituent, a été troublé; puisque l'àme, qui doit commander au corps, et par lui au monde oit elle est placée, se trouve maintenant enfermée dans ce corps comme dans une prison dont elle connaît à peine l'intérieur, ne voyant pas même les liens qui l'y aLLaelieuL, et n'aspiranl qu'a se jeter au dehors pour exercer sa puissance et jouir de sa liberté. Les instruments principaux de l'activité de l'âme sont

les nietitbres, dont les iuléricurs sonl des prolopgemenls de l'aie du corps, et les sup^ieurg du dtamètre; en. sorte que. la focmè humaipey dans son pldn développement, est étendue sur une croix, cVst-à -dire sur une perpen*. diculaire coupée par une horizontale, plan radical du cercle et de la sphère. Mais chez L'homme actuel le point d'iutersection n'est plus au milieu ; le centre a été déplacé; è'est pourquoi sa forme, au lieu d*étresphérique, est une fiUipse allongée. Là encore il y a pour le philosophe l'indice d'un désordre, qui a rctenli jusque dans 1 organisme, et en a détruit les proportions, et l'harmonie. Le corps humain est une croix désharmonîsée; ce qui peut nous faire pressentir pourquoi tout a dû être restauré par le mystère de la croix.

L a\c csi le support de chaque existence; c'est autour de Taxe que sont groupées loulcs les parties, qui en reçoivent le mouvement général. Par la bifurcation de l'axe du corps, par les deux jambes, le corps humain se soutient, se meut , se transporte dans l'espace; et la manière dont s'opère ce transport, ce qu'on appelle le port du corps, est eu général très significative. La marche, la station, l'attitude sont des signes du caractère, des dispositions morales, des capacités inlellectuelles; caries habitudes de l'âme s'impriment pour ainsi dire dans le corps, et le façonnent. Une volonté énergique, décidée, qui sait ce qu'elle veut et y tend directement, a ordinairement une démarche ferme, bien posée et qui va droit au but; il n'y a rien.d'inoerkain, de vacillant dans ses mouvements. Un caractère mou, faible, timide donne au contraire à l'allure dii corps quelque chose de douteux, de tergiversant, qui trahit Thé-

fii talion du dedans; comme l'esprit qui la dirige, la marche n'est jamais sûre et droite; die Ta et vient, elle s'agite beaucoup sans ayaooer. Les hommes dont les penchants

sont grossiers ou Tcsprit lourd, onl ordinairement une marche pesante et une tournure ignoble. Des mœurs pures, des go^tsdjélicats, une întelligenôeirelevée communiquent au corps je ne sais quoi de léger, d'aérien^ de céleste qui le trans6gure. La gravité, le sérieux, ia piéié, la sainteté impriment à Tcxlérieur quelque chose d'imposant, lueu n'embeliit plus les mouvements que lu grâce; elle les anime d'une ezpi^ssicin suave, qui plait ,plus. . que la beauté. L'homme tout entier se peiiit, dans son port et. dans sa marche; un œil exercé peut y retrouver les traces des sentiments les plus iiitiiiies de Tauic, de ses passions, de ses habitudes et nicme de ses croyances.

Les bras et surtout les niîiins qui les terminent, ont encore une expression plus vive^ Us sont Tinstrument et Tinsigne de la puissance de l'homme. Placé ici-bas poiir commander au monde, il impose sa volonté par la main, comme avec un sceptre Tout ce que rinteiligence et la volonté tendent à réaliser sur la terre, passe par la main, s'accomplit par ses mouvements* Le langage naturel du' geste se divise en deux parties, suivant qu'il exprime des seuLimentsou des images; ces deux j)arties se conibndent dans ia réalité, parce que nos sentiments dépendent des objets qui nous affectent et sont, toujours relatif^ à notre manière de les concevoir. Les faits élémentaires du langage de scnlimcnt par le geste sont peu nombreux; ils correspondent aux trois mouvements de l'âme indiqués dans le paragraphe, savoir: le désir qui cherche à s'unir à l'objet et

qui par causéquent rattire, en tendant vers lui le bras et la main; rarersion qui Teot i'éloigner ou s'en éloigner» et qui pour cela le repoune du bras et cherdie par tous les raojens à lui opposer un obstacle. Puis TinTOcatioD d'une puissance supérieure, le recours en haut qui s'exprime par rélévation des bras vers le ciel» par le croise» ment des mains en signe de supplication » accompagnés ordinairement, même ohes les hommes les phis l^ers et les moins croyants, de rexclamalion : Dieu! Oh mon Dieu! grand Dieu! Teliement le sentiment religieux est inné à Ilionunel Tant il sent le besoin d'un être supérieur, quand le danger le menace, quand tout secours humain rabandonnet Cest pourquoi 11 lui est bon de soufirir, pour revenir à lui-même et à Dieu.-

Ces éléments peuvent être multipliés et combinés par la réflexion» surtout quand on / mêle la représentation des conceptions et dés pensées par des ima^ et par des signes. Il en résulte alors une langue du geste, qui jointe aux mouvements des yeux, au jeu de la physionomie et aux attitudes du corps, prend beaucoup d'expression, et peut jusqu'à un certain point suppléer à la parole articulée , quand elle manque; ou en augmenter l^eflfet, quand elle s'en empare : c'est ee qu'on appelle le langage d'action. Perfectionné par l'art, comme dans l'éducation des sourdsmuets, il parvient à exprimer ans jeux par les signes de la mam» des choses abstraites» morales» métaphysiques. Dans la mimique, il aflfecte TÎTement les spectateurs par la manifestation des sentiments et des passions; et dans ces cas, pour produire plus d'ctlet, il s'associe ordinairement à la musique et à la danse. Mais nulle part il n'est plus

beau, plus cfficaoe, que quand il «oooinptgiie la parole» Cioéron a dit que l'action de l'orateur fait la moitié de l'éloquence, et cela est vi ai; car l'action est le complément nécessaire de la parole, comme moyen d'expression. Il n'j a point de Téritable orateur sans un port et un geste oohyenables. Le mouvement des bras et des mains aide singulièrement à sentir et à comprendre; ils achèvent pour ainsi dire l'expression en la formalisant, en la syinbolisant davantage. Il semble que la main dessine la chose, en même temps que la bouche Ténonce et que la voix la fait sentir par le ton et i'aooent L'action oratoire est très diffidie; elle s'apprend, ainsi que tous les arts, par renseignement, par l'exercice et surtout par de bons exemples. Du reste, ici comme ailleurs, l'art ne peut donner ce que la nature refuse. Gehii qui a vraiment le don de Téloquence, qui sent vivement, conçoit nettement, et peut exprimer aussitôt cl avec élûgaiicu ce qu'il sent cL coru;oiL, s'il se laisse entraîner à son inspiration lorsqu'il est réellement sous l'impression du sentiment ou de la vérité ^ celui «là aura le plus souvent des gestes vrais; son action sera facile , naturelle et pleine de sens. Mais pour oek il faut être en train, comme on dit, et on ne peut s'y m et In tout d'abord. L'art peut y suppléer jusqu'à un certain point, et ceux qui sont destinés à parler en public devront se former de bonne heure, non seulement au débit oratoire et à la manière de dire, mais encore à la manière de sv. itrésenter, de se poser, de se porter, de uiouvoir leur corps et surtout de gesticuler. Autant un geste noble, gracieux, spirituel , aide à la comprébensfon de la parole, l^édaifcit, la soutient et la relève, autant une action triviale,

inlempestive, mal r^Iée, nuit au discours « dégoûte les auditeurs, repousse leur aliention et fend ainsi ridicules

ou au moins inutiles, les véiilùs qu'il pourrait contenir. La Tonne seule ne sert de rien; mais quand l'esprit Tanîmey elle prend de l'influence et réagit à son tour vivemenf sur Fesprit.

Le laogage spontané paî t de l'àme, et est l'expi es- ^ sion simple et naturelle de ce qui est senti. Le langage réfléchi part de l'esprit, el est le produit de la réflexion qjue Tâme fait d'elle en elle-même. La réflexion porté, soit sur le sentiment ou la sensation,, soit sur Tobjet qui les excite. La réflexion du sentiment el de la sensaLiou, qui s opère par le repliement du regard de Tàme sur elle et sur son état , lui donne la conscience de ce qu'elle éprouve, et la porte à dire: Je scns^ je sau/frc ou je Jouis . A la suite de la réflexion de Tobjet, cUe prononce: Cela me convient ou me répugne; cela est bon ou mauvais, beau ou iaid, vrai ou faux, bien ou mai. Le langage réfléchi exprime donc la perception des rapports entre le sujet et Tobjet, et les relations des objets entre eux. Il exprime la comparaison, le (liscernemcur, le jugemcul , le raisonnement, la pensée en uu mol , qui est , dit Platon , le lan-

gage de 1 ame avec eUe>iiième sur les choses qu elle obseryé^.

La réflexioa se rapporlanl toujours au moi, au sujet réiléchissaiiti rhomme acquierl par elle, non la sdenoe de lui-mêine, tel qu'il est dans son fond, ou celle derobjetqui ai^il sur lui, inais seulement la conscience de son état actuel , la conscieuce de la modification qu'il subit par suile de l'action à laquelle il est soumis. Le sujet r^fléchissaut et Tobjet rëflëchi sont un, identiques; c'est toujours le moi replié sur lui pour se considérer ou se contempler. C'est pourquoi le langage de l'esprit nomme constamment le moi eu première ligne. Jeoxxmoiy signe de la personnalité , est le premier nominatif, le nom chef de toute langue. Je sens ^ je veux, je pense, telle est l'exprcssiou du moi réfléchi par luimême, de rëgoïsme. C'est aussi le langage de la raison, et par conséquent, de la disputation rationnelle , peu utile en général' à la découverte de la vérité, justement parce qu'elle esi emploj'ëe à po-* ser la pensée et le vouloir propre de chacun.

(^ThééL cdit. de Deux-Pontsj.

It y a dans l'homme deux manières de vivre : Tune qui lui est commune avec tout ce qui a vie, l'autre qui lui est propre et qui fait son caractère disttnctify en tant qu'être raisonnable. La première est la vie naturelle, dont nous

avons obsLt vé tout à l'heure la maiii[csLaCioii spontanée, Texpression instinctive. La seconde est la vie réflexive, celle que l'homme pose par la réflexion qu'il fait de lui en lui-même. Celle-là est simple, naïve, toujours la même, elle tend directement à son objet , pour le posséder et en

jouir, et elle ne s'inquiète que de ce qui peut la salisl'aire. Celle-ci est double , composée , changeante ; elle suppose la première et elle a pour but de l'examiner, de l'expliquer, de la connaître. L'âme, dans cette manière de vivre, revient sans cesse sur elle pour se considérer; le mouvement de sa vie est coiiliiiucllemeul brisé par la réilexiou qui replie le regard de l'esprit; et alors, le langage, par lequel elle s'exprime, n'est plus naturel, coulant, d'un seul jet, mélodieux et barmonieux comme celui du sentiment; il est, au contraire, morcelé, saccadé, raboteux, compose (Je pièces rapportées et articulées, par conséquent très artificiel. La réflexion veut connaître, savoir; elle chcrcbe donc partout les rapports de l'homme aux choses, des choses entre elles. Dès lors l'esprit doit diviser, analyser ce qu'il éprouve, pour en rendre compte, distinguer ce qui est de l'objet, ce qui est du sujet, et comment ils agissent et réagissent l'un sur l'autre. Ce qui est un dans le sentiment devient multiple et distinct par la réflexion, et ainsi il faut des signes nouveaux pour désigner tous ces termes et leurs rapports; puis il faut ajuster» combiner ces signes , afin de former dans l'enten-

dément une représentation de la réalité et poser ensuite iiu dehors 9 par la parole, ce qui a été imaginé ou pensé.

L'homme %e crée dooo au dedans de lui , par la réflexion» un monde factice , image du monde réel, et dans lequel son esprit se parle à lui-même sur les choses qu'il a vues, senties. Les opérations du ia pensée ne sont au fond que les divers modes de ce discours, ou les manières difiërentes dont ii doit se parler pour s'objectiver à lui-même» ou se démontrer ce qui est en lui. La pensée ne Tient jamais qu'en secundc ligne; elle est un moyen d'exposition, Je développement ou de récapitulation, de résumé; elle est une parole intérieure^ et c'est pourquoi le mot Xoyoç signifie à la fois raison et parole. Bile ne peut qu'extraire ce qui est dans les données ou les principes qu'elle reçoit d'ailleurs. Elle est surtout propre à discerner les rapports, et à les mettre au jour; mais ils sont toujours sentis et souvent aperçus, quoique confusément, avant qu'elle ne les distingue et ne les détache. La réfleiion n'a IMnitiative en rien, justement parce qu'elle est réflexion; t lie rcsscnible sous ce rapport à la mémoire , qui ne peut revenir que sur le passé et n'entre en exercée que par une excitation préalable, par une sensation ou une perception qui provoque la réminiscênce. De même la réflexion se replié sur un état antécédent, senti mais non connu; elle peut l'édaircir, en y appliquant la considération de l'esprit et sa lumière, comme on rend un objet plus clair en le plaçant devaiit un réflecteur; elle en d^ge tout ce qui y est renfermé, mais elle n'y met rien de plus, elle n'j introduit pas lin seul élémenL

C'est pourquoi l'acte réflexif, si intense qu'il soit, ne

peul nous donner la science profonde des choses ni de

nous-mêmes; car il ne saisit point l*objct purement et simplement, à nu, comme il est en lui, mais Luujuurs tel qu'il appiirait dans le miroir de rentendement, moulé dans les formes des sens el teint des couleurs et des nuances de notre disposition. Quand nous réfléchissons, c'est nous-mêmes que nous voyons, nous modifiés par les objets , et nous ne voyons l'objet qu'à travers celte modification. Il jr a dans ce cas deux intermédiaires entre Tobjet et nous: d'abord notre manière de sentir et de percevoir, puis la réflexion que nous eh faisons. C'est par celte réflexion active que se forme la science humaine, qui est plus humaine et par coiiscqueiu plus variable, à mesure que notre pensée y met plus du sien ; elle est au contraire plus Traie, plus certaine, quand les objets se réfléchissent passitemient en nous, avec leurs traits, leurs qiKjliiLS, leurs rapports, comme une belle campagne dans une eau limpide. Ainsi devait être la science de rhomme primitif, sous l'influence de la lumière divine; ainsi il devait réfléchir dans son intelligence la splendeur de Dieu , sa sagesse et la beauté«de Tunivers, admirant et goûlanl d'auLml plus la vérité, qu'il n'y mêlait point son activité propre et que la joie qu'il en relirait n'était point achetée, comme aujourd'hui, par un travail pénible, et gagnée pour ainsi dire, à la sueur de son front. C'est à cette science qu'aspire la raison partons les efforts de sa pensée; nous ne savons bien, que quand nous parvenons à voir la vérité d'un coup d'œil , à saisir la multiplicité des faits dans l'unité de l'idée, à posséder l'idée dans un sentiment : et encore maintenant, dans l'inspiration du génie et les

claU qui en apppocbent, toulcs les fois ({iie i'homme reçoit une iUunûnalion de l'intelligence, une noble impulsion du cœur 9 son esprit est phis passif qu'«ctif| c'est une espèce de science infuse ({ui hii est donnée ^ sonv^t quand il y pense le moins et par des moyens et des organes qu'il ne connaît pas.

11 est clair que par la réflexion i'homme, revenant sur lui-même, s'enferme en lui; il pose autour de son âme un cercle , ou plutôt une sphère, qu'H afiermît et redouble à mesure qu'il réfléchit davantage. Il tisse sa prison comme la cbenille; il se construit son tombeau; heureux si comme elle, il sait le briser quand les ailes lui poussent, pour s*élancer dans la région de la lumière : image frappante du passagede la raison à l'intelligence quand, élev^ par la foi au-dessus du cercle vicieux de notre esprit propre , nous acquérons la faculté de contempler la vérité et de conceroir les idées! Jusque-là le moi domine la pensée et par conséquent le langage» Il s'établit hardî> ment au centré de l'horizon; moi ou je, est pour l'individu le principe ou le terme de toutes choses. Les grammairiens l'appellent naïvement le pronom de la première personne, ce qui «veut ^ire^ que pour chacun son moi est au premier rang et doit passer avant les autres , et cela arrive en ef-* fet dans l'homme qui se conduit habituellment par la . réflexion. Il parle presque toujours de lui, de ce qu'il pense , de ce qu'il sait, de ce qu'il veut ; il se met en avant de toutes manières, propose sa conduite pour modèle, son jugement pour r^le. La vanité vient de la réfleiion de son propre mérite; on se gonfle en s'admirent , et on s'admire en se mirant en soi-mémç. L'bomme vain pro-

nonce à peine une phrase^ sans que le. moi ou le je ne la gouverne; ce qui le rend insuppoiLable aux autres, dont le moi veut aussi se produire et qui s'irritent de Toir ungoura devant eux le moi d'autrui. De là les jalou* aies, les oolliaiona, la guerre des amours-propres et tout ce qui arrive quand les hommes sont en face les uns des autres et se choquent.

C'est ce qu'on voit à nu dans les en&nts qui commencent, à se t^édiir, à se poser en eux-m^mes. Lèur noi, dont Us Tiennent d'acquérir la consoienœ, se montre crûment dans leurs discours et dans leurs aclious. Dès que la raison de Tadolescent ou du jeune homme prend de la force et a pln9 conscience d'elle- même» elle s'empresse de jugier» de décider; elle prononce, tranche, affirme et nie avec assurance, le plus souvent sans connaissance de cause, sans motif solide, mais toujours en mettant en avant quelque raison qui lui semble irrécusable» parce qu'elle vient de lui. Die là la présomption et Timprudence de la jeunesse. Voilà aussi pourquoi les combats de raison ou les discussions, la polémique et la controverse sont en général peu profitables. Chaque adversaire, placé à son point de vue, enfermé dans sa propre réflexion, voit les choses en lui ^ pour lui, et il tend de toute sa force à les poser au dehors, comme il les voit. 11 s'inquiète peu de la manière dont les autres les considèrent; son attention et son travail sont employés à faire prévaloir sa pensée, c'est-à^ire son moi, avec sa vanité ou son -intérêt; car tel est presque toujours le dernier mot de la discussion. Réduite en formes -et revêtue de l'appareil syllogistique , la disputation exprime

nalTerocai la pviéUifilioii 4'iiii|)9Mr ans pitm 4a ppoprt! eiD^qu'elle a jugé : dkû 0$ eq^t^fté^, prahi objicioj, insto, argumcntabar, etc. Cette manière d'élviettre

sa pensée est certainement ce qu il y a de plus contraire h l'esprit chrétien dont l'humilité e^^ la base, et l'abnégatioD de soi-même le couronnemeiit. Le mi chrétien s'efforoé de a'oubtier dans ses rapports a^ec ses semblables, et cherche l'avantage des autres plutôt que le sien; il s'efface pour les laire paraître, et jamais de sa propre vplonié il ne se met en ayant. U est bian difficile qu'un ns^ prit e^ereé da bnnne hamw à aas lutlas aoolastîqiieSy quâ en a pris les habitudes et les formes, et «pu suplmit s'est laisse enchanter par les succcs de la dispute, revienne un jour a la modestie, à la simplicité, au désintéressement, à l'oubli da lui mtog* Au moins paninon affirmer ugae ce n'én est pas la meiltoure préparation*

S lis.

Dans le langage réfléchi , l'esprit se parle à luiiqème avant de parler aux autres. Il pense sa parole avant de parler sa pensée. Cest ce qu'il ne peut faire saïas des signes , servant à fixer les objets qu'il dislingue par la réilexion, <st les rapports qu'il perçoit entre em* Cea signes lienn^pt à la fois de la n$|t|irp àe l'âme et de celle du corp. C'est pourquoi ila peuvei^ être employés comme intermédiaires entre |es lieux monde» <iu*ilaikiivent uair* fipiriJtuek par leur

sigDÎfiicalioii, €*e8t4Hlire par le deatiaieai, l'idée ou la pensée qu'ils représentent , ils sont matériels ou

sensibles par leur forme c^uaiiJ ils se réalisent par les organes de la voix, ils constituent alors le langage articulé et les langues»

Dans le lang.igc spontané, l'homme' reste simple, et

(le là le naturel, la naïveté de l'expression. Dans le langage réiléchi, Thomme se double; l'expression n'est plus que le contre -coup, l'écho de l'impression; ce qui est senti n'est plus coulé, fondu dans le signe. Il j a une distinction, une succession entre le signe et la cèose signifiée; il y a même enlrc eux une espèce d'opposition et de lutte. Aussi le langage articulé ne peut jamais rendre tout ce qui est senti , pas même tout ce qui est pensé. Il j a donc deux temps dans le discours : le temps de l'impression et le temps de l'expression; et l'expression elle-même a deux momenls : elle se forme dans l'esprit avant de se produire au dehors. Le discours n'a de sens et de force qu'autant qu'il est alimenté, soutenu par la réflexion; il faut toigours que la pensée précède la parole articulée et la conduise, même quand celle-ci parait s'échapper spontanément et couler d'abondance. Autrement l'expression manque tout d'un coup, la phrase s'arrête, parce que le sens qui en fait la vie ne lui est plus fourni; ou bien ce sont des mots vides, de vains sons qui sortit de la bouche. Dans la plus simple conversation , dans l'entratiiement du discours, il y a tou jours une réflexion préalable, un retour sur soi pour prévoir ce qu'on va dire,

s'en emparer rapiikmeot» le résumer dans un point de tuc, puis le développer el en exprimer diaque partie séparément et à sa place. Ce travail exige de la présence d'esprit , de l'attention , de h pensée. C'est pourquoi les enfants ont

(le la pt'im- à |)arler quelque temps d'um» rtianière suivie. Ils n'ont point encore assez de réflexion pour se repi*ésen« ter les choses avec ordre dans leur entendement; ils ne savent par où commencer la plirase ni comment la finir.. Il en est de même, mais pour une autre cause, chez les personnes (|ui se troublent iaciloinent ou qui se laissent distraire. L'émotion, la crainte otent aux uns la présence d'esprit, les empêchent de réflédiir, et ainsi ils deviennent incapables de disposer leur pensée et de l'exprimer; les « autres peijJent le fil de leur discours, rompu subitement par une chose qui les a frappés, par une pensée ou uneimage qui , venant à la traverse, a distrait Fesprit de son objet L'attention prenant une autre voie , ils sont obligés de s'arrêter, ils restent court , ou s'ils ont assez d'assurance pour pousser en avant sans savoir où ils vont, ils divaguent.

Nous avons déjà remarqué que l'improvisation ne porte , la plupaft du temps, que sur la forme. du discours. Le fond , c'est-à-dire la sdence, les connaissances, les principes, les systèmes, les pensées, est ui din.iiieuient donné d'avance, comme fruit d'études et de réflexions antérieures, comme l'acquis de l'orateur. Mais ce fond est exploité au moment même , quand il. s'agit de parler à l'improviste; et le développement, cxeilé soudainement par la circonstancif, doit se plier cl se conformer aux exigegces de raciualité , à la nécessité de l'à-propos. U se passe

alors â»àà Petitefidemetll'liiiitiatii qiid(|ite chttëii dé véitleux, qu'il est iitiposslble d'expliquer Complètement; c'est cette soudaineté de la pensée él de Teirpression , alrHTant presque en màue temps , quoiqu'il j ait tou^ uiie ôârtaiife distanoë ehtre èlles» illib suocesaioii presque impeh:epliblé, Pexpression rept^iiîsatit à fin* stant et fidèlement ait dehors ce qiie la pensée posé au dedans. Pendant que Torateur achève une phrase, il pense déjà à celle qui va venir; il la voit mentalement, d'un 6oup d'àeil de IVcprit el comme par édalr; il la pro* jélle, pour alilài dire , devant lill » eomine un plan sor lequel le discours va passer , comme une voie où la parole entrera; et s'il parvient à suivr-c droitement la ligne tracée^ sans la perdre de vue» son développement sera ferme» dafr, irapide el ootllaîlt $ les mots alrtverout oomme d'euK<« méineS el à prihe si l'esprit s'ooeupeni de leur arràtogeoienti Ils prendront leur place comme des soldats habitués à la manœuvre, et cependant, sous cette spontanéité appa^ rente, il a une continuité d'actes de pensée^ dont la suoeession ne se dbtingue plus, à 'cause de leur hipidité: tél un charbon ardent qui tourbillonné, parait à VM Un cercle de feu. C'est celle aclivilé de la raison , ce feu Je la pensée > ce mouvement toujours renaissant de l'esprit réfléchissant et considérant la même chose sous toutes les faceSj k loumant et retournant sâns cesse; c'est la fi* Tàcité, Toriginalité, p^Hbis même Pétrangeté de Tekpres* slon qui donnent à la parole, 1 1 surtout a l'enseignement improvisé, tant d'efficacité et de bonheur.

De cette obsenratlon psychologique sort une conséquence qu'on peut formuler en un précepte pratique, le-

quel) pour n'^étre oeuf, n'en M pas noms ulik; C'est t€»ut simplement, qii'a¥«iit de sViposer k parler H hnt

rétiécbir à ce qu'on veut dire, comme avant d'agir il feut savoir ce qu'on veut iaire. Quaod vous devez parier en publîG, si bnèvemem que ce soit» penses-y d'avanee» ne fÙt-ee que quelques minutes, pour reeusillir vos souve» nirs el préparer une suite dépensées, une espèce de plan résumé en quelques points principaux, qui deviendront des sources jaillissantes, quand vous y enfonperez la pointe de Fesprit. Le mieux est de se préparer avec calme, en silence, en y mettant le temps convenable, surtout quand il b'agil du cliuses gravcii, de qucjjUuiis imporlaules, et que la circonstance ie permet. Une parole qui s'échappe sans préparation aucune, risquera fort d'être légère, dif- Aise, inoohérente, vide de seiis, pauvre d'idées et de faits. C'est une espèce dfnoodation subite qui n'a pas de lit, répandant ses eaux a droite et à gauche et ravageant pour ainsi dire ies questions, comme un torrent bouleverse les campagnes sans les arroser. On tombe alors dans des lieux communs, et pour ne pas rester en chemin, on se prend à des bannalités, qui peuvent encore être exprimé en , phrases pompeuses ou élégantes, si Ton possède Tart du St^ie, mais qui n'apprennent rien.

Ce que nous disons du discours parlé est encore plus vrai du discours écrit. La pensée doit toujours marcher avant la plume et la guider. Ici il y a plus de calme, parce que l'esprit n'est pas sous le coup de la circonstance; ayant le temps de la réflexion, il peut considérer son objet plus à l'aisé Àussi il y a des hommes qui écrivent admirablement dans le silence du eabinel et qui sont incapables

d^imprayiaier deux phrases devant un auditoire, si peu imposaBt qpi*il soit. La presse du mçmenty loin de les exciter, les aocableen leur ôtant la liberté de l'esprit; leurs

sentiments et leurs pcnsccs se confondent, et le temps leur manque pour se représenter nettement ce qu'ils veulent dire et pour trouver les expressions qui y répondent. Jean-Jaoques était ainsi fait^ et Ton dit qu^un des plus grands écrivains de ce siècle, celui justement dont le style ressemble le plus au st^'le de Rousseau , est aussi dans ce cas.

Le lajigage articulé, devenu laugue particulière^ est la somme des mots employés par des homnies composant une même sodétë, pour exprimer leurs

.bâtiments, leurs vues, leurs coaceplions, leurs pensées. Les mots de cha(]ue langue sont des types sensibles, des images de ce qui existe dans l'esprit suus une forme inlrlligible; et comaie rien n'cxisle dans Tesprit qui n'ait son original dans Fu ni vers, les mots expriment à la fois la conception et Tobjet qu'elle représente, ainsi que Ta manière dont il a été vu, perçu, senti. Le langage ailieulé peut donc être considéré sous un double point de vue : l!^ dans ses éléments subjeetifs ou relativement au sujet qui le forme; 2^^ dans ses éléments objectifs ou par rapport à lobiet qu'il exprime.

Il j a beaucoup de choses dans un mot» sî simple quH paraisse. l>euK mondes s'y rencpritrent, et il n'est vraiinent

mol ou signe, qu'à la condilion de rna!)ilesl<jr par une forme sensible quelque chose de métaphysique, d'idéal ou d'abstrait. Le mot tient à la fois du sujet qui le prononce et de l'objet qu'il représente; le subjectif et l'objectif s'^ unissent, et leurs éléments respeclifs doivent se retrouver dans sa composition. Tout signe du langage articulé énonce immédiatement une conception ou une pensée de resprit» et médiatement l'objet extérieur auquel elle se rapporte, tel qu'il est conçu et connu 'par le sujet. C'est pourquoi il est vrai de dire que tout liomme a sa langue, même ceux qui emploient des signes semblables; car chacun conçoit . et pense à sa manière, et met par conséquent plus' ou moins de sens dans tel mot. Un terme scientifique a une autre valeur pour un savant et pour un ignorant, et parmi les savants eux-mêmes, pour ceux qui ont étudié la chose plus ou moins profondément. Condillaca eu raison de dire qu'une science est une langue bien faite; car les mots de la langue ne représentent pour chacun que la somme de ses connaissances. Mais outre la connaissance que nous prenons de l'objet, il nous afïcctc d'une certaine façon, et ce qu'il nous f^it éprouver doit se retrouver dans la manière dont nous prononçons le mot, dans l'accent, dans le ton , dans la vibration de la voix. De là un des moyens les plus expressil^ delà parole, et tout à fait caractéristique de l'individualité de chacun. Ainsi deux hommes peuvent avoir sur un sujet donné à peu près la même instruction, et cependant combien ne diffèrent*ils pas dans la manière d'en parler 1 L'un exposera froidement, lentement, méthodiquement ce

qu'il fliiîl, et sa parole sera tntéressànte pour eaix qui

sauront l'écouter: la diction de l'autre sera au contraire chaude, vivante, saisissante; il donnera aux mots un ac> cent et un ton qui augmenteront singulièrement leur signification ) sa phrase sera une espèce de chant ou de récitatif animé qui s'insinuera dans l'oreille des auditeurs, s'emparera l!l îciii aUciUi(3n et fera pénélrei ce qu'il voit, pense ou sent, dans leur esprit et dans leur âme. Il les forcera pour ainsi dire à concevoir ou à sentir comme lui.

Pour expliquer d'une manière satisfiiisante la formation du langage articulé nous avorts à eiaminer suceessiTement

ce qu'il lient du sujet cl de l'objet. Le langage est tou- . jours le même dans sa constitution objective, parce que les éléments des choses ne Tarient pas et que les lois de la nature 'sont constantes. Il est toujours autre dans sa Ibrmation subjective, parce que chaque être raisonnable a sa vie propre, par conséquent sa manière de sentir, de voir, de penser et de parler.

La parole humaine est d'abord îatérieure , toute spirituelle dans Tùme et dans l'esprit. Elltî |ku l de la poiUiiie, du cœur, du ibyer de la vie physique et morale, dont elle eêl la projection, 1« rayon. BUe se polarise dans la tête; puis quand elle s*ëchappe au dehors, elle s'enveloppe à son passage dans le souffle^ et, modifiée par les organes de la voix, elle se produit dans l'air sous la forme de son et de ton,.

OMBUie rayoD ou émissioa de la tie humaine, la parole derhomme porte la vie en elle. Elle doit donc 86 ireproduire eu iokage d'elle-même dans, tout récU pient ànalogué où elle est admise; et <iomme la yie est ce qu'il y a de plus divia daus la créature, il iaul eu conclure que la parole est la manifestation la plus pure du dmn par Thumain, de l'absolu par le relatif, de Dieu par 1 houiiue.

La parole humaine peut être considérée en trois étals, dans râtne, dans Tesprit, el telle qu'elle sort delà bouche, dans le discours. Toujours la même au fond, die varie par sa forme, suivant qu'elle est plus ou moins développée, objectivée, réalisée. Dans Tàme, elle est renfermée virtuellement dans le sentiment éprouvé, dans l'impression reçue, dans le désir qui en nait, et pai suite dans ia volonté expresse ou l'intention, qui tend à satisfaire le désir par i'expressiou éitériéure; car l'homme, être raisonnable, ne lait rien, ne dtt rien sans raison; il y a un motif à ses actes el à ses paroles. Ce motif ou cette motion lui vient du dehors, d'un moteur ou d'un objet, qui affectant Tâmc agréablement oU désagréablement, excite en elle un désir ou une aversion. La manière de sentir l'objet , et la force du désir et de la volonté (pii en proviennent, sont la vie de la parole. Or le coeur qui est le centre de la vie physique, est aussi le siège de la vie morale et de ses affections. Comme Tâme anime les puissances et les Ikcult^ qui dépendent d'elle, ainsi le cœur au moyen du sang stimule les organes et principalement ceux de la poitrine, qu il louche immé-

dtatement et qui sont les premiers inslruments de la réalisation de la parole. La voix s'échappe spontanément de la

poitrine en exclamations, quand le cœur est ému et sent le besoin de manitesler son émotion. C'est ce qui donne de. l'énei^e à la parole « parœ qu'alors elle part du fond et le jette au dehors. Dans ce cas il y a langage naturel, spontané, mais non parole articulée; car Phomme n'a point conscience de ce qu'il exprime; il ne sait encore ni ce qu'il sent ni ce qu'il veut : c'est IJinstinct de l'expression. Pour que cet instinct devienne conscience, il faut que la parole monte du cœur à la tâte et se réfrange dans Tenteiidement. Alors l'esprit s'en empare et l'analyse par la réflexion. Les couleurs, les nuances enveloppées dans l'unib; du senliluent ou de l'inleution apparaissent, se détachent, s'épanouissent, et l'homme voit en objectivité ce qu'il éprouye, se le représente, le considère, le pense : il en a conscience.

Nous avons déjà montré que ce travail ne peut se faire * uis signes, lesquels sont intellectuels, abstraits et cependant Imaginatifs, tant que la parole reste dans l'esprit • et n'est point encore réalisée par le discours. Quand cette réalisation s'opère, il s'accomplit en nous une transformation mervettleuse. A toutes les parties de la pensée, revêtues de signes intellectuels, correspondénl des sons de la voix diversement modifiés, qui s'articulent et se combinent entre eux comme les signes de la pensée et les objets qu'elle représente. La volonté imprime aux muscles des organes vocaux les mouvements nécessaires à l'articulation et à la pi ononciation des mots, en même temps que Tesprit disposera pensée à sortir de l'entendement comme par une filière, enveloppe d'un son chaque partie à son

passage , préside à la ioruialion de l'expression , à la com position de la phrase, pensant et surveillant à la fois IV. pératton de la pensée et de ia parole. Puis au fond de Tune et de l'autre il va encore le sentiment, l'émotion de l'âme, raflection du cœur, ic iiiouvotnciiL de In volonté. C'est une admirable triplicitë d'àœe, d'esprit et de corps, se mouvant dans l'unité de la vie; et quand le talent de la parole se trouve joint à un esprit vif jet pénétrant, à une âme sensible et à une volonté ferme, de leui sympalliie et de leur accord résulte une magnifique harmonie, une expression vivante, qui va au oœur en même temps qu'elle éclaire l'esprit et charme les sens.

Sous ses diverses formes la parole exprime uiie seule chose, la vie de celui i{u\ j)arlc, la vie de l'Orne, la vie de l'espril ou la vie du corps. Or le propre de la vie est de tendre toujours à se communiquer et à se reproduire. Dans toule'paroie vivante il y a une vertu génératrice, un esprit vivifiant qui fécondera partout où il sera reçu, partout où un germe s'ouvrira pour l'admettre. Mais la vie ne vient pas de l'homme: il la reçoit et la transmet; il ne la fait pas; il n'en est ni le créateur ni le propriétaire; die sort de la source de toute vie, de Celui qui est, de Dieu. Donc toute propagation de la vie est la transmission d'un dôn divin, laquelle n'est productive que si Taction de Dieu s'y trouve et opère par la créature. Partout ia génération est un mystère et a. quelque chose de sacré, parce qu'une puissance plus haute y intervient, ta puissance du Principe de la vie, dont toute paLernilé dérive. Comme il y a dans l'homme deiu natures, il y a aussi en lui une double vie, se propageant par une double voie, et par conséquent

il y a pour lui deux générations, deux espèces dcpalernilé eL de filialtoii. Lâ vie physique se Iransmei pqr la g(> nération organique ; la vie morale , inlellecluelle par la génération spiriuieile, au mcjen^ie la parole. Il y a des parema selon l'âme ei Tesprit comme il j en a selon la oMr et le sang; les uns et les autres sont des organes plus ou moins médiats du foyer de la vie. Les parents naturels reçoivent le don de la vie par l'intermédiaire de la nature et du monde physique; les pères selon Tesprît le ref oÎTSDt directement du monde spirituel , quelquefois de Dieu même; et moins la chair et le sang ont de part dans km opération, plus ceux qui instruisent et ceux qui sont instruits sont dégagés des liens et'des aifeetions du^ eorps, étevésauniessus des eboses de la terre; plus eussl il j a de TSrtu dans la parole, pluselle féeonde l'&me et l'inteUlgence, plue elle donne de vie. La parole humaine est la manifestation la plus pure en ce monde de la vie qui vieiit de Dieu, son expression la plus simple, la plus spirituelle relativement à Thomme aetud; c^est pourquoi elle a été dàs le eommeneeniept et dans tous les temps le œojrep de comnuinieat&on entre Dieu et Tbomme.

Le son, le ton .et le souiïle constituent la parole extérieure, et l'articulation la modifie. Le son rient de la dilatation de i'air dàm la poitrMie , de l'émis* sîon de Fair à travers les or^aes ToestUY* expriio<r en général Télat de Vksoe , sa dieposifioo. La too se

forme par la ooniraclian, par la oondmiaalioii de l'air. Il répond à Tespèce d'affe^ion dont Vkme est

émue el au degré de force de sa voloDlé. De là le ton doux ou grave, tendre ou majestueux, etc. IL Mt le caractère de la parole, comme il détermine tel genre de musique. Le souffle pectoral, qui enveloppe le son et le Ion, leur sert de véhicule, perce Tair extérieur, le fait vibrer et produit ainsi des voyelles ou des voix,

La parole se pose dans le monde extérieur par la voix. La voix se produit par le son ou par l'air mis en vibra-

lion. Mais cette vibration prend un ciuaclère parlu iilicr en raison de la oause et de rinstrument par lesquels elle s'efiSîMtiie. La cause, c'est Tâme humaine voulant exprimer 06 'qu'elle sent, pense et veut. Il y a idans la voix une émission , une irradiation de l'âme se communiquant aux organes pectoraux et vocaux par Tinflux nerveux, et qui, en se concrétant, pour ainsi dire, dans l'air de la respira» tion, constitue ce qu\>n appelle le soufflée ou l'haieine. L'instrument des vibrations sonores, c'est le biynx, qui par son organisation et par ses mouvements, modifie l'air à son passage et produit soit le loii naturel et ordinaire de la voix, soit ses tons variables et accidentels; ce qui démontre une correspondance intimé, une lympathte particulière entre les mouvements exécutés par les parties de cet organe auxquclli,s !a volontc commande, et les divers sentiments et attections de l'âme. Mous avons donc en ce moment trois questions principales à examiner:

1* Comment se produit le son de la voix humaine ? 2* Qu'efit-oe qui ooostiiue le ton et les tons de la voix? Qu'estroe que le souffle de Tbomnie?

Pour répondre à la première qucslioi^ , nous emprunterons quelques pages à uu livre trop peu connu , qui nous semble donner sur ce sujet des explications plus satisfaisantes que la plupart des ouTràges répandus dans les écoles.

« La yoîx , dit M. Blaud , dans son Traité élémentaire de l^iiy-^iolo^a; philosophique, l. II, [>. 230, est nn son rendu par l'air expulsé iiors de la cavité tboracique. Pour que la Toix, considérée comme expression , puisse étre produiti», il faut: 1**que l'air extérieur pénètre dans la cavité du thorax; 2" qu'il en soit chassé avec un certain degré de Ibrce; 3® qu'il reçoive dans son trajet un mouvement vibratile; 4° enfin que ie son qui résulte de ce mouvement, soit ensuite modifié selon les affeoUons qu'il doit exprimer. Il faut donc qu'il y ait : 1* un réservoir susddptible de dilatation et de rétrécissement pour recevoir l'air atmosphérique et se prêtera son expulsion, et des agents pour opérer cette dilatation et ce rétrécissement, et pour expulser l'air que le réservoir renferme; 2^ un tube pour diriger ce fluide an dehors; 3' un organe particulier pour lui cornmuniquLi dans son trajet le mouvement vibralîle; 4« un appareil pour mettre le son produit par le mouvement en liarmonie avec les affections morales.»

«Or le réservoir destiné à recevoir l'air extérieur est formé par les poumons, organes situés l'un à droite, l'autre à gauche dans la cavité thoracique et composés d'une infinité de cellules (les cellules bronobiques) qui aboutissent par des tubules à des conduits plus considérables,

lesqnds forment pti^ leur réunion deux tuyaux principaux, eertibgîneux , élastiques , qu'on nomne les bronches* Ces

cellules sont unies entre elles par un tissu odlalaire lâche, qui en favorise la dilatation par l'air atmosphérique, et munies.de fibres musculaires qui concourent à leur resserrement pour reiqvulsioa de ce fluide. Elles sont tapissées tntérieureoiciit par une membrane muqueuse, dont la sé-. créiion s'oppose au contact trop irritant de l'air extérieur et des corpuscules qui y nagent, et leur masse générale est enveloppée d'une membrane séreuse qui facilite le mouvement des poumons.»

«Les agents qui produisent la dilatation et le rétrécisse» inonL du réservoir pulmonaire et qui y déterminent l'accès et l'expulsion de l'air, sont: V les côtes, arcs élastiques, en partie osseux et en partie cartilagineux, disposés ohliquement de haut en bas et d'arrière en avant; de manière que leur élévation détermine -la dilatation de la cavité thoraciquc,ct leur abaissement la diminution de sa capacité: - 2° les muscles qui élèvent les côtes et que l'on appelle hupirateurs, parmi lesquels se trouve coroprb le diaphra^e* cloison musculeusequi forme la paroi inférieure du thorax, qu'elle dilate de haut en bas en se contractant:

eui'm les muscles que l'on nomme expitateurs. Les cotes concourent elles-mêmes à leur abaissement par leur élasticité propre et celle de leurs ligaments articulaires » qui les ramènent du degré de torsion , qu'elles ont éprouvé , à leur situation ordinaire.»

«Le conduit qui dirige l'air hors de la cavité ihoraciquc est la trachée'-artère , tube formé de cerceaux cartilagineux, placés successivement les uns au-dessus des autres, , II. . '17

et unis entre eux par un tissu fibreux. Ce tube se continue ayec les deux tuyaux bronchiques, qui n'en sont que les , dmsions, et est tapissé comme eux d'une C[ueuse.»

«L'orp^ane qui mcL l'air un vibration, est situé a la partie supérieure de la trachée, qui lui transmet l'air sorti des poumons. Il porte le nom de larynx , du grec )MfvySi sifflet II est composé de plusieurs cartilages.de grandeur et déforme différentes et mus par différents muscles pour les diverses fondions qu'ils ont à remplir.»

a Le plus grand, le plus remarquable de tous, formant à lui seul presque toute la partie antérieure de rorgane, représente une sorte de boudin et semble destiné à garantir des chocs extérieurs' les parties qu'il recôuTrè. Il a reçu à cause de cela le nom de thyroïde (de d'VQeoç, bouclier, et eîâoç, forme). Au-dessous de celui-ci se trouve un autre cartilage de forme annulaire appelé cricoïde (de xlçxoç, anneau, et c/Wol, , lorme) qui , furmant un demi-cercle antérieurement où il peut être en quelque sorte considéré comme le premier anneau de la trachée, s'élargit, prend plus d'épaisseur et s'élève postérieurement, pour soutenir deux autres cartila«;es qui complètent la paroi postérieure du larynx, cL i>'arLiculcr avec eux. Ceux-ci, appelés arylé^ noïdes, représentent une partie de la gorge d'un entonnoir, ce qui leur a fait donna* le nom qu'ils portent (aqvnaiva, entonnoir, et Moç, forme). Ils sont unis au précédent par une articulation très mobile, et articulés entre eux par leur face interne, au moyen d'une capsule lâche et de ligaments extensibles, qui. leur permettent des mouvements très étendus. «

«La glotte est une espèce d'anche, située dans le la* rynx et formée par quatre replis de la membrane muqueuse qui tapisse la surface interne de cet organe. Ces replis disposés par paires et Tun au-dessus de Tautre de, chaque c6té, se fiient d'une part aux cartilages aiytënoides, et vont s'attacher de l'autre, en marchaint de dehors en dedans et d'arrière en ayant, à l'angle rentrant du thyroïde où ils se confondeiiL entre eux. Ils forment donc un angle dont le sommet est en avant, et dont les côtés, fixés par leurs extrémités à deux cartilages mobiles, doivent nécessairement suivre 1^ mouvements dé ceux-ci.»

« Chaque repli muqueux inférieur renferme un ligament consistanl et élastique, qui en suit la direction et qui s implante aussi, postérieurement aux cartilages aryténoïdes, et antérieurement à l'angle rentrant du thyroïde. Ces ligaments donnent aux replis qui les recouvrent, là consistance et l'élasticité nécessaires pour ciUi cr en vibration par le choc de l'air expiré. Ils constituent les bords de l'anche vocale, les organes essentiels à la production des sons, dont les modifications dépendent des mouvements divers que les cartilages du larynx exécutent......

«Telle est l'admirable structure Ju larynx, organe essentiel de l'instrument vocal, dont il forme pour ainsi dire remboudbure. Les autres parties qui complètent cet instrument, et qui sont destinées à convertir en voix expressive le son développé dans le larynx, sont le pharynx, l'épigluLle, Ii; voile du palais, les euitcs nasales cL buccale, la langue, les lèvres, les arcades dentaires et les muscles qui les rapprochent ou les éloignent Tune de l'àutreMo»

«Tel est eit Tappareil tocsiI considéré d*iine manière générale. Eiaminons maintenanl commenl U effectue la pro-

duction des sans.»

«Lorsque nous voulons dcvelu|>pei un son vocal, nous déterminons l'entrée de l'air extérieur dans nos organes pulmonaires par Taction du diaphragme el des muscles inspirateurs y et nous contractons ensuite plus ou moins fortement les muscles qui compriment et abaissent les parois thoraciques. Ce fluide, pressé alors de toutes parls^ s'échappe par la trachée-artère et traverse ie iaryns.»

«Mais pour qu'il entre en vibration dans cet organe , il faut que la glotte soit suffisamment rétréde, et que les ligaments, qui en forment les limites, soient asseï fortement tendus el jouissent d'une élasticité convenable. Si l'on pratique une ouverture à la trachée, au-dessous de la glotte, il y a aphonie. Si la glotte est trop dilatée, IViir la traversant trop librement, n'eieroe sur les ligaments vooaux qu'un frottement faible qui ne peut les faire vibrer. Enfin si ces ligaments ne s )nt pas assez fortement tendus ou suffisamment élastiques, le même effet a lieu et aucun son n'est produit.»

« Des expériences foîtes sur des animaux vivants prouvent que la glotte se resserre pendant la production des sons;

c'est le muscle aryténoïdien qui [iroduit ce resserrement , en rapprochant l'un de l'autre les cartilages aryténolides. L'élasticité des ligaments vocaux est sensible sur les cadavres; mais elle est bien plus considérable pendant la vie^ par l'action des muscles crioo-aryténoïdiens postérieurs et crico-tbyroïdiens, qui concourent à leur icnsion.»

«C'est donc en frappant contre ces ligaments élastiques.

lendos 6l suffisainnMiit rapptocbés^ qiiei'air^ chmé fbié ou moins fbrianent du potmioiii vibre et deviM 80nm«. Telle est la prodiidkm du son considérée d*Une manière générale. Examinons maintenant 1^ causes des différentes modifioalions qu'il peut éprouver. »

«Le son de la voix humaine présente» comme tous ceux produits par les corps sonores en. général, trois qualités dlffi^ntes Tàne de l'aulre» satvoir i le tiinbre» le ton et la force.»

«Le timbre de la voix dépend uniquement de la nature . desvibrationsdes bandes voeales.. Il peut être plus ou moinaf elair, plus ou moins éclatinit ou plus Ou moins sourd, selon que ces vibrations sont elles-mêmes plus 'ou moins parfaites. Il est eiilitirement subordonné aux divers degrés d'élasticité des ligaments vocaux, oomme le timbre d'une lame nétaifiqne est d'anUnt plus pur que ses molécules o«t plus d^élastieilé et sont dans une aggr^tion réctpro- ([i\e plus uniforme et plus parfaite. D'où l'on voit qu'en deruière anal)^se le timbre de la voix a sa cause dans la sLi uclure intime des bords de la glotte; qu'il sera mi et clair si oes bords sont très élastiques, rauque et peu distinct aucontrarre, s'ils ne peuvent vibrer qu'imparlaitement. C'est pai la sii iK Liire infiniment variée de ces lames, qu'on peut expliquer toutes les variétés du timbre de la voix , coiv sidérée dan^ les divers individus.»

«Le timbre naturel de la voix est modifié, et changé en expression, par les dimensions et les formes diverses que peuvent prendic le pharynx, l'isthme du gosier et les autres parties de l'instrument vocal.... Le ton de la voix huBiaiDe est déterminé d'une part par l'épaisseur et de

Taulrc par la longueur des iigamente vocaux.... Ceat aux ▼ariétés aAnïes de ces deux dimensions des bandes vocales qu'il faut attribuer toutes les variété individuelles

de la voix considérée dans son ton. On conçoit parla pourquoi l'en fa il l l'a plus aiguë que l'adulte, et la femme plus que l'homme.... »

«L'organe de la voix humaine n'est exclusivement ni on instrumenj; à andië, ni un instrument à cordes, mais un composé des deux. Il se rapproche d'un instrument à cordes, quoiqu'il en dili'ère, sous beaucoup de rapports, par la tension variée dont les ligaments vocaux sont suscep- ^ tibles; et il tient d'un instrument à andie en ce que les deux lames de la glotte forment par l*écartement dé leur extrémité postérieure la moitié d'une anche ordinaire....»

« Dans la voix ordinaire le ton dépend des dimensions des lames de la glotte et de l'état respectif des puissances opposées qui les rapprochent et les éloignent, les tendent ou les. relâchent. Plus ces lames sont longues et épaisses, plus elles sont éloignées l'une de l'autre et relâchées, plus aussi le ton de la voix est grave. li est au contraire d'autant plus aigu que les ligaments vocaux sont plus minces et plus courts, comme on le voit dans les enfants et les femmes, et qu'ils soiit plus tendus et plus rapprochés. Toutes les variétés de ton qu'on remarque dans la voix humaine, dépendent de celles dont sont susceptibles les dimensions, le rapprochement et la tension de ces iigamentiB.... Plus l'échelle des dimensions dont le larynx est siisoeptihle et' celle de l'ouverture de la glotte est considérable, plus la voix a d'étendue et peut parcourir de tons. Plus l'action musculaire qui détermine les changements de

tlimeiiâioiM âe nnètnimenl Tocal est prompte, yive^ fmàkf plus la voix a de flexibililé, eto.»

Nous ajouterons une rem ii (jue en ce qui concerne le ton. Il y a deux espèces de tons; l'un, mécanique ou organique, si l'oD peut parier ainsi, est rendu par tout corps sonore, animé ou inanimé, quand il entre en vibration et fait TÎbrer l'air; il résulte de la eonstîtotion du corps, de la nature cl de l'arrangement de ses parties, et il change avec cet arrangement, comme dans une corde qui s'allonge ou se raccourcit, qui s*enfle ou se dessèdie. Ainsi la Toix naturelle de chaque homme, de chaque animal, dépend de l'organisation particulière de son larynx. L'autre ton est lornié volontairement et avec intelligence, dans l'intention d'exprimer telle ou telle chose. C'est 4a pui»> sance de former ces tons à volonté, qui donne à la voix humaine et aux instruments employés par la bouche ou la main de l'homme, une supériorité si remarqualilc sur ta voix et léchant des animaux. Les oiseaux chantent tQujours la même chose, de la même manière et dans les mêmes tons. L'homme varie les tons de sa voix, suivant ce qu'il veut exprimer par la parole articulée ou par la parole chantée; et de là l'expression de son discours et de ^es chants. Le larynx est garni d'un grand nombre de muscles et de nerfs ^qui le soumettent à l'empire de la volonté; elle peut en varier les mouvements, en changer rapidement la disposition, de nimlci e a modifier la voix dans une échelle plus ou moins étendue et à produire des sons très divers, suivant la nature des sentiments et des désirs qui l'animent. Il y. a sous ce rapport une immense. différence entre les hommes, bien que tous aient un certain pouvoir sur l'or-

gane de la ¥oix» Tei bomme a une belle voix» lut beau dé» bit; ses phrases sont bien tournéesy ion diaoïnit» éléganl, tl «pendant sa parole n'a point d'action, point .d'cifet;

elle ne mord pas, pour ainsi dire, sur l'esprit de faiid»teur; elle ne saisit point ralleniion; c'est que son àme y est pour peu de chose. U sent Jaibkmeni ce qu'il exprime; son omr n'est pas touché, mDué» ot dès lors l'émisaios de sa Toti est moUo, incertaio», sans Tertu, mène qnand il cric beaucoup et bat Tair de ses excbtmations. Telle cantatrice a une voix d'un timbre superbe, d'une étendue prodigieuse , qui parcourt facileoQent tous les inter- ▼alles du ton le plus grave a« plus aigu^ el tiia%ré cela, sa voix, qui cbanne au premier moment, perd bientôt de sa puissance , parce qu'elle est froide et vous laisse froMi: c'est encore l'àmc qui manque. Une autre au contraire, iûen inférieure par l'organe, toudie, remue, transporte par l'expcession de son chant, par l'ime qui respire dans • sa Toix, par le sentiment qui en Êât frémir les cordes. Ge sont les mêmes tons des deux côtés; mais quelle différence dans la manière de les produire, de les faire vibrer dans i'air^et par L'air dans les poitrines et dans les cœurs!

Reste le souffle pectoral que les physiologistes et les physici^St qutonttentéd'expliquer la phonation ,^ ne nouS semblent pas avoir mieux compris que le regard, quand ils ont parlé de la vision.

Sans aucun doute, pour émettre des sons, la poitrine doit m-tpiMr l'air, comme pour voir, L'œil doit receroiir la lumière^ Nous ex^sj^rons en grande partie l'air que nous avons inspiré, au moin^ ccUc portion qui ne peut servir à la réparation du sang. Mais s'il n'^ avait que

cela dans Vex-spiration, elle serait une siinpie excrétion, une espèce de déféoalion des poumons, et eepcndaol le souffle fattmaiii-a toujoura été regardé oooiine quelque cho66 de flpirkuèl et même de Mcré. Cest «pi'en effet dam toutes les maniresLailons de 1 àuic par le corps, quelle qu*eh soit la lorme, il y a de 1 aine; il y a une projection» une éinissioB d'«Ue-méme qui pa«e au dehors , et donne du sens, de la vîe et de la vertu à rexpression* Dans le regard H j a une irradiation du foyer psychique , une lumèrOyiin rayon de l'iiileUigeiice; et de là sa merveilleuse influence. De ménie dan& la voix. Àu delà du mou vctn eut. organique qui presse les pounwns et en chasse l'air! il y a un mouTement d'une autre natuDe, un monrement monU qui produit le notfte" ment physique; comme la volonté rrarae le^ bm, bien que nous n'apercevions pas le inoytn Urmc qui les unit. Nous ne voyons pas davanta^ comment l'affeciion éprou^ Tée ment les pouvons et lea oi|;anes de la voix; mais œ qui est bien eonslant, parce que nous réprouvons tous les jours, c'est que la lorcc et le ton de la voix sont en raison de ce que i amc sent et veut. Nous dirons donc que par l'organe voeal, l'âme a la puissanee d'exhaler adn esprit, eomme elle émet par Tottl son rayon. Cet esprit psycfaM|ttes'niiit à Fesprit physique du eorps, lui imprime son inoiivonuiii; et celui-ci poussant l'air contenu dans les cellules bronchiques, le chasse à travers le larynx et les organes vocaux, où il est moplé et façonné poor donner un eorps à la parole De là œ que nous appebns le souffle pectoralou lehâlement, halitus, qu'il ne Aiut pas confondre avec le souffle de la bouche, qui est la simple expulsion de l'air par le mjouveioeot des arènes. Le souffle pectoral,

imprégné de la m de Tâme dont il est le yéhieule, est très

mystérieux; il lient des deux natures de rhuiiime avec prépondérance de la nature psychique; et sa vertu dépend de la force de Fâme, de son étération, de sa pureté, suiTant que oelui qui l'émet est plus ou moins en rapport a^ec le monde supérieur, ou participe par transmission à un caractère sacré. C est que le souffle ou l'air est uuc des expressions les plus actives de la vie et de Tesprit de vie; c'est l'esprit lui-même, sous la forme sensible la plus subtile et la plus pure. C'est pourquoi dans toutes les religions le souffle a été employé comme un moyen d'initiation ou de consécration pour coiiHiiuniquer un esprit supérieur, avec la puissance de le propager. Jésus-Christ a soufflé sur ses ap6tres après sa résurrection , quand il les a envoyés dans le monde annoncer l'Evangile et établir le royaume de Dieu. Les successeurs des apotK s souiikat sur le front de ceux auxquels ils imposent les mains, en les investissant des fonctions du ministère sacré; en leur donnant la mission, ils leur transmettent l'esprit, le pouvoir et la force pour l'accomplir. L'huile des catéchumènes et des intirmes, qui doit foriiiicr par i'Ësprit d'en haut l'âme de ceux qui naissent et de ceux qui meurent, reçoit sa consécration et sa vertu du bàlement> du pontife et des prêtres.

Il est aisé de comprendre, par ce qui vient d'être dit, ce qui constitue la force ou l'intensité de la voix. Elle dépend du volume d'air émis par la poitrine et de l'impulsion plus ou moins énergique qui lui est donnée. Le volume d'air est en proportion de l'ampleur des poumons et de la capacité des cellules bronchiques qui le contiennent, ainsi que de

oelle des bronclies, de là trachée^rtère, du larynx ^ du

gosier et enfin de la bôuche. L inipuision dépend de la* force du sujet, tant dans les fibres musculaires des cellules, que dans les musclés inspirateurs et expirateurs, les pecloraux, le diapliragnie, etc. Hais ïoi l'énergie morale joue un grand rôle. Un sentiment profond, et un Tif désir de se faire entendre et comprendre, donne à la voix de rélan, du ressort et quelque chose de vibratoire et de perçant <pii a plus d'effist que Tintensité du son. Il y a des. hommes d'une constitution faible et d'un corps grêle, qui parlent plus TÎTement et plus longtemps que d'autres plus robustes et qui ont des voix puissantes. L'àme les soutient, l'esprit les vivifie; mais c'est toujours aux dépens de l'oiganisme, qui s'use , se dévore à mesure que le discours a phis de chaleur et d'action, comme le flambeau qui se coDsnme en éclairant.

La voix prend des sign ilications diverse suivant la manière dont elle s'échappe de la boudie, après avoir subi certaines modifications., analogues à la situation de Télre qui l'émet* Dans son état le plus naturel, on l'appelle en; c^est la manifiestation simple de la vie par la projection du son. Il y a autant d'espèces de cris que Je modes de l'existence. Chaque animal a son cri, qui se diversifie en raison de ce qu'il éprouve, mais dont le ton fondamental et le caractère lui son t propres. Ce cri, détermin é pa r l'organisation de l'être vivant, et spécialement parcelle du larjnx, est une expression symbolique de sa nature et de sa manière de vivre. *

Quand le cri se prolonge et traîne, il est ordinairement un signe de douleur et de souffrance continue; .on

le noimne gémiêêement», Le gémiaMmeiil csi intlintilîf ; îl fiiut «ne oerUrine forée dé Toloiilét un efibrl tor seî-méne

pour l'ail êier. Laiiiiiial malade géniii, cL comiiie loul ce <]ui objective, le gémissemenl donne du soulagement.

Le soupir ressenbie au gémissement, sauf que l'air est rejeté sans donner de Tok* H prodak seulement le brait parlienlier cyne faîl le sovfle^ en iM>rtanl d*itne oayité pir une cuver iiirc cli uilc. Le soupir est en général le signé d'une douleur morale, d'une peine du cœur. On dit vulgairement dans ces cas <|o'oa a le cœur groSt et le coiur se gonfle en effet et augamite de Tofaime par VMhkx d» sang qui s'y ooneentra II y a une sensaliott de pesanteaT, d'oppression dans la région précordialc, el il en résulte une certaine difticulté de respirer, qui nécessite un grand effort pour inspirer l'air extérieur, lequel est rejeié amsitôt avec violence, comme pour dilater le oosur et les poumons et j rétablir la oiroulation plus libre de la vie.

Le sanglot tsL aussi une expression de douleur ou plutôt de dt'solalion. 11 accompagne ordinairement les larmes, quand elles oouieot en abondance. 11 provient de la gène qu'éprouvent les poumons à admettre l'air, en sorte que l'inspiration , au lieu de se fiiire d'un seul trait et coalinuenieuL , se iaîL à petits Ira dis et avec des secousses répétées, comme quand on avale à petites gorgées. Pour une seule expiration il y a plusieurs inspirations préoipir técs. Lesenfents sanglottent aussitôt qu'ils pleurent, parce qu'ils ont enoore peu de puissanoe sur leurs organes* Il faut une peine bien forlc pour arracher deë sanglots à un adulte et surtout à un homme*

(je rire est le contraire du sanglot par son expression, et

par h manière dont il 8e forme.^ C'est une suite d'eipira-

tions coupées, saocadées, par lesquelles l'air sort de la poitrine en faisan L un lu uit particulier. Au lieu de s'échapper d'un seul jet, il est comme repris par intervalles, ce qui donne des sons détadiét. Aussi y a-t4i dans le rire quel* que ebose de réfieiif* L'bonune seul sur k terre a la fii* oulté de rire, et jl ne rit d'un manière décidée que quand . il commence à penser, quand ii a la conscience du aïoi. A mesure qu'il y a plus de réllexion, plus de retour sur le moi dans le rire. Il est aussi moins naturel, moins frane« et il eiprime plus la moquerie» laeriiique, lesargasme qne la gaité et la joie. Chez les enfants qui ne parlent point encore, et clans tous les cas on il est spontané, le rire exprime un eertain épanouissement de la vie, et alors il se manifeste par l'émission lininehe de la Yoiz, par la Toyelle a répétée {ah! ahl ahf). Quand il est réfléchi, U s'opère par ri (ki! hilhil) qui indique une certaine contraction de la voix ramenée sur elle-même.

Lè chant est la voix modulée , c'est-à-dire gouvernée de manière à ce que les sons suooessils qu'elle rend, se conviennent et produisent un enchainement agréable à l'oreille. Sous le rapport musical , les sons de la voix humaine ont été rameiiës à sept tons pi incipaux, qui constituent l'échelle de la voix ou la gamme. Quelques-uns les ont réduits À cinq, à cause des deux demi-tons de mi à /à et dé «ià ut* D'autres n'en ont admis que trois, h prime, la tierce et la quinte, qui suffisent pour constituer un accord, et nous sommes de leur avis. Il n'y a vraiment que trois sons fondamentaux, comme il n'y a que trois voyelles pures, trois termes de la proposition , .trois parties essentielle»

du discours, trois couleurs i^iacîiNiies, etc.» parce qli'au fond de toute nature créée est empreint le sceau ^e la Trinité créaLiico, ( L que la loi de rélernelle génération est aussi la loi de toutes les générations temporaires. Le chant a une expression universeUe, comprise naturellement par tous les hommes. Tous les peuples diantent; tous cherchent à donner à leur Toix par la- modulation quelque chose de régulier et d^harmonieux qui en relève le caractère, et l'idéalise. Le chant et la musique instrumentale, qui en est Timitation , ont été employés de tous temps dans le culte religieux» soit pour célébrer les louanges de la Divinité et faire monter jusqu'au ciel la reconnaissance et la prière des créatures, soit pour émouvoir les cœurs, y (aire naitre le sentiment de la piété, les tourner vers Dieu et les disposer à lui rendre l'hommage de l'adoration et de l'amour.

Maintenant que nous saTons comment se forme laToix,

cherchons dans ses modifications fondamentales les éléments essentiels des langues.

La voyelle la plus simple et la plus profonde, qui esl la racine de toutes les autres, c est VA. A est l'expression ia plus spontanée, la moins réfléchie, Vexr pression dû premier mouyement central dans Tétre; de là le sens de celte parole: «Je suis Talplia et l'oméga. » La voyelle A. est encore le type du centre en

( 2ri )

expansion dans toute sphère aalurelie , de l'unité , principe des nombres, du ton fondamental ou de la note appelée prime ou tonique dans Facoord parfait.

La voyelle 0 est la première dëicrminatioa formelle du premier son, sa forme la plus complète. L'O dans son émission est le youloir déterminé , le soQ et le ton hai^moaisës. 11 est le symbole physique de la lumière en rayonnement , d'un monde développé. C'est le cercle en géométrie. Dans Tarithmétique , c'est le signe qu'on appelle zéro j et qui ne représentant rien en particulier, est par cela même le type de l'existence en général. Dans la musique , c'est l'octave, terme ou pôle du sou et du tou développés.

IL n'y a, à proprement parler, qu'une voyelle , puisqu'il n'y a qu'une voix; mais la voix , sortant du fond de la poitrine, est modifiée dans son tra jet par le canal qu'elle parcourt jusqu'à rextrémitc des lèvres, où elle vSe détermine et se formule complètement. Ce sont ces modifications qui donnent lieu à distinguer plusieurs voyelles. La voix, dans toute son expansion, donnée à plein gosier et avec la bouche entièremciu ouverte, produit le son J, y/ est donc la voyelle-mère ou le cômmencement de toute voix. De là le sens moral et intelligible de l'alpha, qui désigne partout l'origine des choses^ le rayonnement primitif » la première

manifestation de la \ic, le premier mouvement de Texpamion cenlrale. C*esi œ que signifie la parole attribuée par rApoualypse à Jîfeus-Cbmt, qui » eomme Veriie, mi h génfëralion étemelle du Père, son rayon oonsubstantiel et comme Créateur ou Auteur de l'existence, le Principe de toutes choses; car il a fait tout ce qui existe et «lien de ce qui a été fait n*a été fait sans lui.»

Quand la Toix , parrenue aux extrémités de la boudie , est moulée par les lèvres qui Tarrondissent, elle devient A UO, par la manière dont il est constitue, est le symbole de toute forme, ou de la ?ie harmonisée par son expression complète. La voyelle O est donc le signe de tout dévelop* pement harmonieux, soit de la lumière rayonnante, posant autour du centre enflammé une brillante auréole; soit d'uiie vio cjuclconque, dont le foyct tend toujours à s'objectiver et à se réaliser par la sphère. C'est ce que signifient d'une manière abslraite le cerde et la sphère géométriques qui coniienneni virtuellement toutes les autres figures. L'O en est le type dans le langage, et il en est aussi la représentation par sa forme littérale, ou quand il est écrit. Considéré en lui-même, et abstraction faite de la vie qui l'anime, O n^^l plus qu'une forme morle, une circonférence sans centre, et c^est ce qui distingue leséro arithmétique du cercle géométrique : ce dernier étant plein , puisqu'il est la somme de tous les rayons émanés du centre, tandis que le premier est vide et sans âme; STmbole du corps privé de la vie, ou de l'existence considérée d'une manière générale, séparément de l'être et de la substance dont elle est l'expression. C'est pourquoi le 2cro ne vaut. point par lui-même; comme la forme ou la

chair toute sople né «ert de Heu , mAi7 prùde$t, CesÊ. Fes-

prit qui lui donne de |a vie et de la signification. Le zéro p'ji^ aM$ât de valeur que par l'adjonction de l'unité ou d'un Q<Hnlire.9 prp#it de {'upité; et Je DQinbre» ft*e^i la vie à t^le pipî«9iio^ tiff> efl â^ns b pr^gr^ion des nom* bres oe que la fi>rnie purement matérielle , la matière proprement dite, est dans le JcveIoppeme.nl vital : le résultat exLreoie de la force d'expansion au ternie de soa^uisemenl. Quand il a'aasocie à Tuoilié, il la reproduit aous une aulne Ibrme et «omnwme i|ne nouvelle série; opmme la ▼oii, parvenue à son oçtaTe, reproduit la tonique à une autre puissance et pose la base d'une nouvelle échelle diatonique. L'octave résonne à l'unisson de la prime; c'est un monde terminé et complet* La TOyelfe O est donc Te signe ajrmbolique de toute terminaison , *de toute fin reproduisant son princifie ou Texposant dans )a plénluide de sa Corme.

i^insi sont idfiatiqueç {e principe ét la fin de chaque cjbo^y et liOUt rèridit en^éfinilive à l'unité. L'O ^ 1'-^ pleinement objeetÎTé,- comme la Sagesse divine est la manifestation de Dieu , comme l'univers est la manifestation de la Sagesse, comme l'entendenient est la forme spirituelle de l'âme humaine ^ comme la terre est le déploiement de son centre, comme chaque monde est la réalisation de son idée, comme une forme organisée, animale ou vc^^ciale, est l'exposition de son principe vital , comme une conclusion est la conséquence de son principe, comme le discours est Veiprewion de la pensée. Il y a seulement cette différence, que dans l'alpha ou le principe tout est contenu virtncUement, et dans Ja lin ou Tom^ tout cal

réalisé actuellement. C'est la même chose à deux états opposés ou plutôt contreposés l'un à l'autre, invisible et visible, latent et rayonnant» en puissance et en acte, virtuel et réel. Le mouTement de la vie Ta et Tient entre ces deux termes, soit qu'elle passe de ta puissance à l'acte, ce ' qui s'appelle naitre, se développer, croître, s'organiser; soit qu'elle revienne de l'acte à la puissance, ce qui fait la décroissance , le dépérissement, la concentration , la d^ sorganisation , la mort. J ei O sont donc identiques au fond ; ils ne diffèrent que par les phénomènes de la ritalité et par l'expression de la forme.

E et I sont la Toyelle ou le son primitif restreiut par le commeacetneat du gosier dansE, par le haut du palais et le rapprochement des deats dans /• Si À est supposé au cénlre, O fait le hapt du le pôle supérieur de Taxe, E eil font les pôles relatifs du diamètre. U voilé (OU) fait le bas, le profond, le mystérieux, tandis que le U out^ désigne Textrême opposé et pour ainsi dire, la projection de la yie au delà de la forme. Les quatre voyelles qui marquent les quatre degrés principaux du déTcloppeanent de la voix, répondent aux quatre notes de l'accord pariait, prime, tierce, quinte et octave; elles sont l'âme du chant, comme du langage articulé. VU {OU) exprime^ soit le bouillonnemeot de la vie

dans le centre avant sa sortie, soit ie refoulement de la vie au foyer, ou Tëtouffenient et rextinctîon

de la y oh, Cestle signé des ténèbres opposé à celui de la lumière.

B et I sont des sons mtermédiaires entre J et O, en-

Ire le commencement el la fin. Os deux vovcllcs sont formées dans ie passage de la voix depuis sa sortie du larynx et du gosier -jusqu'aux lèvres. L'jé devient £ par un mouvement des organès en arrière qui indique un retour de la voix sur elle-même, une restriction, une espèce de réflexion, dans le sens le plus large de. ce mol. Ce mou- Tcment est encore plus marqué dans la formation de ÏL Ces quatre voyelles correspoiidant aux quatre' notés de l'aocord parfait, ont chacune leur type daos les parties fondamentales du cercle, image de l'accord où deTharmo'nie. y/ et O se ra[>[)ortent à l'axe, (jui est la ligne d'expansion , de projection; ^ et / au diamètre qui coupe l'axe à aiigle droit et détermine la constitution de la sphère; car une sphère naturelle ne se forme point par le dehors comme une sphère arlificidle; elle se fait par le dedans, par le déploiement du centre, et ainsi par 1 irradiation simultanée, quoique hiérarchiquement distincte , de Taxe, du diamètre et dès pôles qui les terminent. Or, de mène que le diamètre est une restriction de l'axe, puisqu'il est posé par le retour de la force centra sui elle-même pour se constituer, ce qui produit un certain balancement de l'expansion par la eonoentration , de même les voyelles £ et / ne proviennent pas simplement de la projection du

ion, mais il 7 a eiiQore «n elles un moureni^t d'inspira* tion ou de reprise de la Toiz, qui en modifie Texpansion

et la consolide au deilans.

La Yoyelle U, prise à son origine, est la voix dans la profondeur de la poitrine» avant qu'elle ne soit formée par le larynx. C'est une sorte de bruit sourd qui ei^prime quelque chose de sinistre, de trisLc, d inibnial; soit que la Y0\\ ne puisse se faire jour et gronde au dedans avant d'édaler, oonune la foudre au sein de la nue; soit qu'au moment de s'échsipper par Teiitrstnement delà passion, die soit contenue, arrêtée par la râlexîon, par un ^nd eftorl sur soi-même, ce fjuî donne alors un murmure, des sons sourds, rauques , enirecou pés , qui ont quelque i^ose d'effirajant» de menaçanL VU, ou plutôt V&9% «prime ee qu*it y a de plus profond, de plus obscur, le mystère. C'est Pabime du cenlic ou le puits de rabime, selon le [:mgage de i'Apocal}^psc ; c'est le monde ténébreux opposé au monde de la lumière t Ouest le signe des ténèbres, comme ■0 est celui de la lumièi«. Mais quand le on se manifeste ou se dévoile, alors c'est le Ibnd qui se jette' an didiors a^ec violence, sans mesure, sans règle, outrepassant les bornes de l'organisme ou la circonscription de la forme; ce qui donne le son le phis eitrâmé, diassé hors de la boucbe par les extrémités des lèvres, débiiovdant l'Oet édiappant à toute expression régulière. \JU (hu), ainsi projeté, est le signe du rejet, du repoussement, de ce qu*il y a de plus extérieur, de plus superficiel, de plus vide, au delà même de la matière, du rîen, si ce mot a quelque sens. C'est la créature épuisée par une eipansion désordonnée, par l'a* bus de la vie.

Les exclamations, que les grammairiens appelleot Interjections parce qu'elles sont jetées à travers le

discours, sont dans toutes les langues des voyelles aspirées, fia ou ah est toujours l'expression simple et spontanée de la vie dans sa généralité, le signe de l'expaa6iou. llo ou o/i cal l'expresîsioa de la surprise, de TadmiratioD , de rinvocaliony de la supplication* Ué ou eh est le signe de la contraction, de la rëflexioB , de rappellation. Hi marque le rire, rhilaritë, la gallé. Hu^ ouhl expriment Taversion, le dédain, Thorreur, la terreur, Teffroi. .Chaque voyelle a donc un sens propre; elle manifeste une affection spéciale, excitée dans le sujet par telle action objeclive qui pénètre en lui par tel sens, par tel organe. Fixée dans la forme littérale , la voyelle est toujours le signe de la vie, du seuliment ou de la sensation, et peut , comme tel, les rappeler et les reproduire.

Le sens des exotamations est purement naturel dans toutes les langues; cé-sont les dlverMS voyelles, eX'Sprée* plus ou moins fortement, et jetées au dehors soit comme

sons suiiples, soil comme sons composes ou diplithongues. Ixs plus naturelles sont les plus simples. Le a/i, par cela même qu'il est rémissiOD de la voix dans sa géné-

ralité, est propre à rendre tous les genres d'affection, suÎYayit l'intensité du son et le ton qui lui est donné. Le

oh! O, a (juelque chose d'analogue par sa forme même avec ce qu'il exprime, savoir, le beau qui excite surlout radoiiration, et l'exclamation qu'elle produit. La beauté est lliamioiiie ou l'Unité dans ta Tariété; le cercle en est le symbole, .et la voix, en s'échappant sous l'Impulsion du sentiment du beau, reproduit en effet le cercle par le mouvement et la disposition des lèvres. Olil exprime encore la Bupplicatton, l'inrocation. Dans ces cas Tàme s'adresse à un être supérieur; elle s'élève vers lui par le désir, par la prière qui entraînent dans leur mouvement les parties du corps que la volonté peut mouvoir^ la tête, les bras, les yeux et les organes de la voix; la* voix monte alors à son octave, comme pour se rapprocher de celui qu'elle implore. L'j? exprime la contraction de la vie par la manière mèiriti tlonl il se forme, ainsi que nous venons de le voir, et en effet Tinterjection eh, ou désigne l'appellation, dont le but est d'attirer à soi, de faire venir vers soi, ou. signifie dans le discours la restriction apportée à une parole et la reprise de ce qu'on vient d'avancer, pour y réfléchir de nouveau, le revoir, le modifier et en limiter le sens. Eh! meus! ...ehim,, Ufaut voir, *.ehl messieurs, etc. Le Ai est le signe du rire, mais surtout du rire qui part de l'esprit, de la réflexion jugeant une chose absurde, déraisonnable et par conséquent ridicule. C'est, comme nous l'avons Tait observer tout à l'heure, le rire de la moquerie. Le hu! uhl surtout quand il est lancé par une consonne labiale, qui le pousse plus en avant, est l'expression de ce qu'il y a de plus méprisant, de plus insolent. jETm^ pfu, pu, fui, etc..

dans la plupart des langues marquent l'expulsion , le dé* dain, comme si ron r^rdait la personne ou la chose comme rien, comme si Ton voulait Tannihiler, en l'assimilant à un Tain souffle. Voukl est partout le cri de l'horreur, de la terreur, de Toppression; c*est le gémissement étouii'é de la voix, qui peut à peine s'exhaler, et se faire entendre sous le poids qui accable la vie, et dont elle s'ef force vainement de se délivrer*

Uorgaae vocal , par la disposition naturelle et le mouvement accidentel de ses diverses parties,

forme certaines figures qui deviemient aulant de moules où le son se verse et se façonne dans son trajet. Ma& ces moules sont vivants; ils sont mis. eh mouvement par la volonté, qui au inoyea de leurs battements ou de leurs touches, frappe, martelle pour ainsi dire et détermine les voyelles: de là les coiisonnes. La consoune csl le second élément, Félément formel des molè et des langues; elle est, si Ton peut parler ainsi , Tenchàssure du son. En ellemême elle n'est qu'une forme vide, un plan géomé* trique, une lellre morte. Elle est à la voyelle ce que le corps est à Tesprit, à Tâme. La.voyelle est esprit et vie, et elle subsiste comme la vie et Fesprit. La consonne est l'enveloppe organique qui se décompose, dès que Tesprit la quitte. .

Le qombre desconsonaes est dëteniitaé pai* la nature comme celui des voyelles. 11 est en raison du uombre des organes qui oiodîiieat la voix, sât^oir : . ieç lèvres^ left dents» la languè» le palate et te gosiéir. Il y Ja cinq consonnes prîmitiTes, parce qu'il y a dnq touches oi|;aniques, comme il y a cinq voyelles, comme il y a cinq sens. De ces cinq touches, trois seulement sont parfaitement distinctes dans leurs. niouYcmcnts : la touche labiale ou Textrême en dehors, la touche gutturale ou Textrême en dedans, et entre ces deux eitrèmes sont les trois autres qu! semblent se confondre dans leur jeu; car le palais et les dents n'ayant point de mouvement propre, il VLy a de consonnes dentales et palatales que parce qu'il y en a de linguales. Chaque voyelle a sa consuuue à laquelle elle s'associe de préférence , en raison de l'analogie de leur formation; les labiales aux la* biales, les gutturales aux gutturales , et ainsi de suiteé

La voyelle seule lionne un son plus ou moins vague poiir Tesprit , quoique souvent très significatif pour le cœùir, quand elle est ekclainâtion. Les voyelles ne peuvent sVtkabher l'Une à l'autré que par uii liéii, uûe jointiiré, uiié àHtcùlatlon fournie par là consonne, cpii n*esl rieh en elle-raérae, comme toute forluc vide, mais qui prend

un sens , en s'ùnlasant à la voyelie. Chaque consonne a cependant, en tertu dè sa formation, un caractère dift-

ttttëi, comme un moulu a ses IméaiiiLuLs qui ressortenl quand la matière y est Versée. Les consonnes reçoivent ce earatitôre. des organes qoi les ptoduisenl par leurs ' mdiiTetiièntS. C'est pourquoi Ton reltouve dans toutes les langues les mémes^élénients du langagé , l'homme ayant partout le même organisme, et ainsi la voix (jui sort de sa poitrine devant subir les mêmes modifications. Cha- , cnne des cîiiq consonnes primitives peut éire prononcée doocement, forleihent et avec aspiration; et 11 peut encore y atfrir des degrés dans ces nuances, ce qui amène quelques distinctions dans les alphabets des divers peupies. La consonne peut être considérée à deux états , orale ou paillée» tracée ou écrite. Parlée, elle doit avoir dans la manière dont elle se prononce, qui K^ue chose de semblable 6u d'analogue à Tobjet qu'elle représente; écrite, sa forme doit se rapporter jusqu'à un certain point à celle de la chose, pour la dés^er symboliquement ou d'une manière hiéroglyphique. Il n'y a rien de purement arbi* traire 6u ConTentlonnel dans les si^eS élémentaires des langues, et par conséquent tous ont quelque \ erLu intrinsèque, qu'ils tiennent de leur rapport avec leurs prototypes. Il est plus fadle de retrouver ce rapport dans les moU paHés quô dans les mots écrits; cal^ ta parolë est toujours plus haturélle qué lé ity\e , qui suppose plus de réflexion ; puis l'écriture curstve ou habituelle finit par altérer les fbrmës du caractère , ce qui eu obscurcit encore le sens. Ainsi , par exemple , la consonne glittulrale, le 3^ et le x des GrcCs^ devient ^ en s'aspirant, q et c chez les Latins ,

k, q cl g chez les Français, ch chez les Âlieaiands» elc. La significaliou fondamentale de ces con$onnes . est k même; ' c'est quelcfue chose de profond qui a de la peme à sortir, à se manifester, et qui tend Tolontiers au re-

. tour ou à l'enveloppement. La labiale peut aussi se prononcer diversement, comme b, p , f, pf< £lie couserre toujours le son principal , mais arec des nuances ; c'est le signe de ce qni se pose au dehors, se développe , s'objccLive, par coiiscquent de la généraliuu eL de la paternité. C'est pourquoi la labiale est la consooue radiçale du mot père dans toutes les langues , et c'est aussi la première consonne prononcée par l'enfant, parce qu'elle est la plus extérieure et la plus facile. Il en est de 'même de celles qui se forment par le concours du palais , de la langue et des dents. Les palatales, appelées liquides ou cou^ lantes, expriment en efifet par leur mouvement tout ce qui coule et roule; c'est L et R. Les dentales et les sifflantes ont aussi beaucoup d'onomatupLc. Les premières

r marquent toujours ce qui lape, frappe, martelle. Le T est la dentale dure, le D est la dentale adoucie, le -d* la dentale aspirée. Le sigma, Vs, le z, ts, le p, i*x français, le ih anglais, etc., sont des modifications de la sifflante , dont le son , poussé par la langue à travers les dents presque fermées, exprime ce qui siffle. Quant aux consonnes dites nasales, M et N , elles nous paraissent mal nommées ; le nez ne pouvant pas être regardé comme une touche organique, puisqu'il n.i poiut de iiiouve.ment propre pour modiiier la voix. Tous les sous peuvent être rendus nasaux ou nasillards , quand la voix passe par Les fosses nasales, ce qui arrive quand on ouvre peu la

bouche en parlant Le if est une labiale en dedans , si l'on peut parler ainsi; les lèvres, au lieu de projeter le son au dehors, comme dans le B el le P, le reprennent, le re^ ibuient à intérieur et l'obligent à monter dans les cavités du nez. Âussi cette consonne est le signe de la maternité, de la forme qui absorbe , embrasse , assimile el détermine; le if est, dans toutes les langues, la consonne radicale du mot correspondant à celui de mère. Ije N est une dentale nasale et elle exprime aussi très bien ce qui triture , meurtrit, broie, non pas tant objectivement ou en poussant au dehors, comme le T et le D, qu'en ramenant au dedans , et ainsi avec un son plus sourd , phis Yoilé, comme dans la

fonction |>rupre aux Jciils.

Quant à la lettre des consonnes ou à leur forme littérale, nous sommes convaincus qu'elle doit avoir une certaine analogie avec leur prononciation ou leur forme s(^ nore, et aussi avec Tëtat ou l'action qu'elles représentent.

Mais ce rapport , sans doute très saillant dans les langues primitives, est extrêmement difficile à découvrir dans la plupart des mots des langues modernies , composées des débris de plusieurs langnea, se compliquant Tune l'autre par des emprunts réciproques, et en outre donnant plus à l'arbitraire par l'excès même de la civilisation et l'abus de la réflexion. Dans tous les temps on a essayé avec plus ou moins de bonheur de restituer le sens hiéroglyphique et symbolique des caractères alphabétiques, et sans qu'on soit jamais parvenu à une démonstration complète, on a 'cependant obtenu des indications utiles sur la valeur analogique des signes et des mots; ce qui donne plus de sens et de force au langage articulé. Platon a écrit un dialogue

sur oelte inallèfe, le Cratylus* Nous avons en français plusieurs ouvrages estimables ijui traitent le même sujet,

dont les plus remarquables sont ceux du président Des* brosses, de G>urt de Gébeiin et de Fabre d'OUvet.

Le iaugage articulé parlanl de la voyelle et du tOD, est à 80D origine poé$ie ou chant, et devient prote et Hyle dans le dernier degré de son développement. Entre ces deux exliùmcs, le chant ou la poésie pure et le style prosaïque, il y a la mesure ou la cadence des syllabes et des mots, ou la prose poétique. Le chant pur et la mélodie vienneat de ràme; c'est le langage du cœur, de Tamour, de laffection, de la passion. La prose et le stjle viennent de l'esprit; c'est le langage de la pensée, de la réllexion. Le premier , plus subjectif, s'exprime en hymne et musique; le second, plus ol>îeclif, se développe en phrase et diacoura*

Chant, poésie, prose, style, tels sonl les degrés par où IMSse le lâtigage.articulé pour parvenir à son développement complet, à sa perfection. L'homme sent avant de ré* fléchir et de penser; c'est pourquoi il gémit, crie, chante, avant de parler. Le cluint est l'expnïssioa la plus ualurcUc, mais aussi la plus vague de ce qui est éprouvé, avant que le sujet puisse s'en rendre compte et se l'objectiver à lui-

mtee. QiiAiid la pAPole se mélo au chant ^ la poésie naU: e'eal le langage articulé, mesuré» cadenoé, conduit par la

mélodie. Toute poésie a du être diantcc dans rorigincet elle devrait toujours Tétre. La tradition rapporte qu'Homère ou les Rhapsodes allaient obantant les de l'Iliade el de rOdjasée aux peuples de la Grèce; et dans le wojm^ âge, à la naissance des langues modernes, les poêles du temps, bardes, troubadours et trouvères, récitaient leurs muvres en a^accompagnant de la harpe. Le récitatif italien, el aurUMit la eafttilèoe des improrisateurs, aembleni être tin reste de cet usage.

La prose est le langage ariiculé, débarrassé des entraves de la mesure ou du mètre et se déployant en liberté, suivant le hesoin de celui qui parle; ^ermo Èolutm, disaient les ILatins. Le discours en prose s'on^upe surtout de Pexpression analytique et exacte de la pensée, afin de Pexposer dans toutes ses pai iies et avec toutes ses nuances. C'est Je langage de la réflexion et de Fesprit* Il peut cependant» il doit même y avoir dans la belle prose un lythmie, tm nombre dans l'arrangement et la sueccMiôn des mots, dans l eiicluinement des propositions, dans le développement de la période; car Toreille veut t^tre agréablement afiéotée par le langage. 11 y a un^ proae poétique, comme . il y a de la poésie proaaX<}ucu

Le style s'applique spéciaienieni 4 la manière d'éarir& Un homme qui parle bien a uae belle élocu lion; celui qui écrit bien a un bon style. C'est dans le style que se trouve la perfection du langage articulé ou du discoursi parce <pi*en réerttaiit oti le pose de la maaiàre la plus Hfiraie» la plus nette, ia plus exacte; il s'épure, se polit et se finit le

mieux en passant par la plume, l'èsprit ajani alon le temps de réfléchir et pouvant à loisir tourner et retourner la

phrase , jusqu'à ce qu'elle coïncide parfailemqnl avec la pensée qu'elle doit rendre.

Ici, comme en tout ce que hit l'homme, se montre le <»ractère dominant des Individus et des peuples. Ceux qui sentent plus qu'ils ne pensent, qui vivent plus par Tâme ou le cœur que par l'intelligence ou la raison, chantent plus volontiers qu'ils ne parlent. Ils tiennent plus au chant et à la musique qu'à la pensée et au discours , au point même de $*inquiéter peu des paroles , quand le chant est expressif et la musique significative; tels les Italiens, chez qui le poëte est, en général , l'esclave du musicien. Maïs il j a plusieurs manières de sentir et par conséquent de chanter. On sent plus dans l'âme ou dans le corps; on éprouve des émotions profondes qui tiennent à la vie religieuse et morale, ou des affections purement naturelles qui tiennent aux liens du sang, aux relations de famille, ou enfin des sensations qui viennent surtout du corps, de ses appétits , de la concupiscence et des passions cpii en émanent. De là un chant religieux, une muisicjuc sacrée, sublime et profonde comme l'infini qu'elle manifeste; . un chant naturel et harmonieux qui exprime la vie ordinaire de l'homme dans la- famille et dans la société, et les affections qui en naissent, l'amour humain avec ses formes, ses nuances, les passions qui lui sont opposées; un chant sensuel, une musique des sens, qui excite les instincts inférieurs et pousse l'homme à la dissipation et à la recherche des jouissances grossières. En chaque peuple, en chaque individu qui chante, il ^ a une nuance de ce

genre. La musique des Hébreux ^ dont les psaumes de David faisaient le fond, devait éire presque céleste; la musique grecque était toute humaine et paraît avoir tenu du second genre; la musique italienne de nos jours se rapproche du troisième. Elle est plus propre à charmer les sens y à exalter l'imagination et les passions qu'à toucher l'Âme d'un sentiment profond et à la porter en haut.

Les peuples et les individus qui pensent plus qu'ils ne sentent, sont ordinairement plus aptes à la prose et au style qu'au chant et à la poésie » et ici encore il y a des variétés, suivant te degré de l'intelligence. Ceux qui exercent surtoiit leur raison et qui réfléchissent beaucoup ont un dis^ €OUPS péniblement construit, une phrase pleine d'inversions , des mots chargés de consonnes. Leur slyle est en général embarrassé, exprimant confusément la pensée. Ceux en qui l'intelligence domine et qui voient la vérité plus qu'ils ne la réfléchissent, ue pouvant s'arrêter dans les abstractions rationnelles ni dan&le positif matériel , veulent toujours aller au fond des choses , pour en saisir les principes. Ils tendent sans cesse à l'idéal et à la réalisation de Pîdéal ; ils demandent de l'idée partout. Il y en a donc habituellement dans leur langage; leur langue a de l'élévation, de la pureté, de la clarté, de la limpidité; ils ne peuvent dire ou écrire quoi que ce soit, sans sentir te besoin de l'énoncer nettement et aussi convenablement qu*il est possible, et ilâ ne sont satisfaits du discours que s*il réfléchit parfaitement, cQuinie un miroir, ce qu'ils sentent, conçoivent, pensent et voicnL C'est ce qui donne à la langue française un immense avantage sur toutes les langues vivantes, quant à la prose. Elle est de-

vanue la langue uniTerselle» aiiatitèt qu'dle a été ceiMli-

tuée , parce qu'elle est éminemment philosophique , c'està-^ire la plus propre par son iléveioppement logiijue, par sa <;on8trttpUon directe coiaiome à la mai^ 4^ la nar ture» à «iprimer le« dwwes telles i]u'<iUêB » font dam la . réalité et aVec Tordre même qv'ellm suivent dans leur manifestation. Nous avouons, du reste, qu'elle est une des langues les o^oii}$ poétiques du monde, soit à ipufi^ àe Ja rigidité de jia construction n'aime pas k iipiitter la Toîe logique , soit par son acoenlu<|tion si £dblë et sa pro? sodie à peine marquée, soit par ses voyelles muettes si sourdes et ses consonnes nasales si désagréables , ou plu> tôt par toutes ces* causes 4 la £tm el par d'autres emsor». U p'j apotntde ps^s oin Toid parte mm qu'en France, où Ton cause plus spirltiieUemenl; U y en a pew.où l'on chante pius mai. ■

Le langage articulé, considéré dans sa formation objectÎTe ou par rapport à Tobjet quHl exprime, se

compose d'un certain nonnbre de mots^ foraiés d'un ou plusieurs sous, et dont la combinaison constitue la proposition ou la phrase. Les signes nécessaires de toute langue sont appelés lei^i ('lâncnts ou \(is parties du discours. Leur nombre .et leur seus.sont déterminés par U nature mèode des choses que le laiiT gage doit représenter; car le discours élaot un type

de la vérité el de la réalité, tout ce qui est néccss* saîre pour constituer uue enstenoe , doit avoir son terme correspondant daos le langage , à savoir : 1° L'être se manifestant ou la nature en développement, la substance; 2* la manière d'être ou la forme de la manifestation, la qualité; 3* le rapport de 1*6tre à la manière d*être, de la sultsiauce à la qualité ou le lien vivant qui les unit. Il ny a donc, en toute rigueur, que trois parties essentielles du dis* cours.

Il en est des mots des langue% comme des corps de la nature. Si nombreux qu'ils soient, les corps se laissent réduire par la cbiiuie à un certain nombre de substances élémentaires, dont les combinaisons multiples forment tou* tes les antres. On appelle substances simples, ou indéoom* posées, celles qui résistent à Tanalyse. Nous pouvons aussi ramener tous les mou à quelques termes jiriiuiùli,, <i où les autœs ressortent et qui sont les fondements du lan-. gage. C'est ce qu'on appelle les parties du discours. Les grammairiens qui s'arrêtent ordinairement au sens superficiel et à la forme extérieure, en ont admis dix. Les philosopbes qui regardent au sens profond et à l'origine, en ontresu^nt le nombre, mais la plupart arbitrairement, ou au moins sans suivre assez fidèlement les indications de la nature.

Le discours csL le tableau ou l'expression de ce qui est et existe; il affirme, décrit, explique; il se réduit donc en définitive à dire qu'une chose est ou n'est pas de telle ma* I. 19

nîère; il est toul entier danala proposition* Un diicours bien fait n'est qu'une suite de propositions liées entre elles, qui

tioivcnt rentrer l'une dans l'aulrc cl loulrs d.iw^ uiéc seule. Donc les éléments csscnlicls du discours ou les parties con^ stitutives de la langue sont les termes nécessaires de la proposition , lesquels sont déterminés par la nature des choses ; car une . proposition dans le langage doit être adéquate à une exisleiicc dcveloppéc dans la nature. Or trois distinctions fondamentales apparaissent dans l'unité de chaque existence : 1** L'être de la chose, ce par quoi elle est, son fond, le point indestructible qui la constitue^ L'être peut se trouver à l'état latent ou à l'état rayonnant; latent, comme dans le germe non fécondé, là ou il ny a pas encore eu d'animation, de viviiication, et dans ce cas il n'j a point d'existence y puisqu'il n'j a pas de manifestation, par conséquent il n'y a point lieu à oonnaissanoe ni à proposition; rayonnant, quand la fécondation est interrenue; alors le point sort de lui-même, s'ex-tend; rinvisiblc devient visible, la nature prend de la substance en prenant de l'extension» et elle se fait, par son extension même, le plan radical de jui Ibraie* 2" La forme de l'être ou son corps^ résultat de son développement et de son organisation, ce par quoi l'ôlre s'affirme au dehors ou se pose en face de lui, son revêtement, sa splendeur, sa gloire, le produit de son objectivisation. ^ Le rapport de l'être à la manière d'être ou du fond à la forme» de la substance à la qualilé, oe par quoi l'être se pose dans l'existence, se déleémine par elle, et par quoi aussi l'existence ou la forme se repose daqs l'être, s'appuie sur lui, gravite vers lui. C'est le lien vivant qui unit les deux extrêmes, le dedans et le

debors; ils coouBankittcnty se pénàtrenty s'idcaUfient par le rapport 9 qui est partout Focpreisioii de la Tieen acte» La proposllkm grammatioale eal le Qrpede la proposition

naturelle; ou autrement, le langage de rboromedoit être calqué aur le langage de la nature » c'est-à-dire sur ledéveloppemeut des êtres et sur la manière dont ils se posent on se proposent cus^méniesdans la râilité. Les élémenlade la proposition sont donc les vraies parties du discours, les i.eul> termes nécessaires et irréductibles, savoir: le Substaaiif, qui exprime la substance ou Tétre en développe* ment; le QÊtaUficaiifqai correspond au mode, à la manière d'être, à la qualité^ le Verbe, signe de la vie ou de l'être pas> sant en existence. Les autres parties du discours dérivent de ces parties primitives , et en sont des suppléments ou des compléments. Ainsi le Pronom supplée le nom, en tant que pronom personnel; oomme pronom possessif, détermlnattfou autre, c'est un qualificatif. L'Article n'est qu'une aliiévialion du pronom àc. la troisième personne; il sert à mieux désigner l'objet dont on parle. L'Adverbe est un qualificatif du verbe dont il augmente, restreint ou modifie l'action. Le Participe, comme son nom l'indique, tient à ta fois du verbe et du qualificatif et se résout dans l'un et l'antre. La ConjoncLion qui sert à unir et à identiikr les propositions, est par cela méfue uu terme secondaire, puisque toute proposition composée peut être divisée en propositiona simples ; c'est pdur rendre le bn-. gage plus rapide et plus serré, qu'on encbalne les propositions ou qu'un les rend elliptiques. On peut donc à la rigueur se passer de la conjonction. D'ailleurs comme signe de rapport, elle se rattache au verbe, qui est l'express

sion Décessaire de tout rapport; la conjoaction par excel* lenoe, celle qui peut suppléer toutes les autres (et), n'est dans la plupart des langues , queFabréviation du verbe^^iv* Nous ne dirons rien de l'Interjeclion , qui n'est pas une partie du discours, mais un discours tout entier ou plutôt le germe, le principe d'un discours par le sentiment qu'elle exprime. Considérée sous le rapport grammatical , c*est la plus forte des ellipses. Reste la Préposition, qui sert à mar» quci les rapports des mois entre eux, comme la conjonction désigne ceux des phrases. Or dans la proposition élémentaire ce rapport est marqué par le rerbe^ sans lequel il n'y a point de rapport possible; et comme tout discours peut être réduit en propositions de ce genre, la Préposition, à la rigueur, n'est pas nécessaire. Partout où elle se trouve, elle est un appendice ou un suppléant du verbe, auquel seul il appartient originairement d'exprimer le rapport; on remploie le plus souvent pour ne pas répéter le verbe , ou bien quand on l'y associe, c'est pour mieux déterminer l'action, refficacilé, la tendance du mouvement, surtout quand cette action est indirecte et médiate. On a donc tort de dire qu'une préposition gouverne tel cas, ou veut le nom qui la suit à tel cas. ta préposition, à proprement dire, ne gouverne rien: c'est le verbe seul qui r^t, parce que seul il établit les rapports, et c'est pour les faire resjiortir et les mettre en évidence, que les mots sur lesquels porte son action, sont modifiés dans leur désinence ou dans leur position.

L'homgie ne coamieiite point par prononcer une proposition complète. H disceroe dès qu'il vit; mais ii ne juge pas d'abord d*une manière formelle, et n'exprime point explit il< iiicnl son jugenictit. Avanl de composer le discours, il laul qu'il en ait acquis les matériaux; et ici seretrouye, pour la formation du langage, Tordre naturel et progressif que nous avons remarqué précédemment dans le développement des sens et de leurs organes. La vue est le premier sens qui entre en exercice; Tobjet correspondant à la vue, c'est la lumière, la première et la plus générale des substances. Les premières conceptions deThomme, dans Tordre hiérarchique et dans Tordre du temps, sont celles qu'il acquiert par Tévidence ou la vision de leur objet; et les premiers termes qu'il prononce sont les noms de ce qu'il voit, les nomi iub9tantifê,

Tous les noms véritablement substantifs désignent des objets qui correspondent à la vue. C'est par la vue soit physique^ soit intellectuelle, que Timageou Tidée . une et oomfdèle des objets se forme dans notre enten-

clément , les peix^tioDs que nous pouvons avoir d'ailleurs supposant uu objcclil loi mel et substantiel, un objet visible et qui a été vu. Aussi toute connaissance y toute science vraie implique la vbion (Je son objet; et toute doctrine, tout enseignement part du nom représentatif de l'objet. Ce qui n'a jamais été vu ne peut être connu, et ce qpi n*est point connu n*a point de nom dans les langues.

L'enfiint acquiert suooessivement les éléments du langage, et il apprend avec peiuc a les c^jinhincr pour constituer le discours. L'ordre qu'il suit dans cette acquisition est déterminé par Tordre de la formation de ses conceptions et par celui du développement de ses organes; et il ne peut en être autrement, puisque le langage suppose la connaissance, comme la connaissance suppose le rapport du sujet et de Tobjet, qui s'établit primitivement par les sens. Nous retrouvons donc ici une application de ce qui a été eiposé précédemment sur la manière dont les sens entrent en exercice et dont leurs orgjines se forment. C'est par le sens de la vue que Tesprit communique d'abord avec les objets, et c'est aussi par la vue qu'il en obtient la connaissance la plus complète, les autres sens ne lui donnant que des sensations et des perceptions détachées, isolées, tandis que la vue saisit l'ensemble de' la chose > dans sa forme subslantielle. Une fois que ia subsLance, ou le plan, est donné par la perception visuelle, les autres sens y attachent les qualités et les propriétés qui les affectent, et c'est par et dans la forme visible que leurs

pei cep lions, el les sensations qui les accompagnent, sont raiiiunccs à Tiinil^ pour coiisLÎLucr l'image d'un objet. C'est pourquoi il n'^ a ni coanaiâsaoce ni science possible sans la vision et sans l'évidence qui en résulte; pour savoir il faut voir. Le sentiment, la croyance, la foi sont des préparations à la science, des degrés pour y parvenir; mais on n'y parvient réellement qu'en voyant les choses dans leur substance, dans l'unité de leur forme, dans Tensemblede. leur emtenee propre et de leurs relations avec les autres êtres. Jfotre scienoe iei4)a8 sera toujours partielle, incom* plèle, notre vue étant bornée dans son étendue par sa faiblesse, et dans son intensité, parce qu'elle ne peut pénétrer au fond des choses. Or, coram^ on ne sait bien que ce qu'on a vu, on ne parle bien aussi que ce qu'on sait; et renseignement ou l'exposition par la parole, pour être ce qu1l doit être, implique la vue claire, nette, distincte de son objet. Le langage ou la doctrine est toujours en raison de la sdence, la science en raison de l'évidence, et cela est vrai pour les cboses physiques qui tombent sous les sens , comme pour los choses métaphysiques qui sont perçues par Tceil de l'intelligence.

Le nom substantif est le premier mot que l'enfant pro- Bonoe, parce que la substance, qu'il ne faut pas confondre avee U nature, comme nous l'avons expliqué précé^ demment, est la première chose qu'il connaisse; et le substantif devient, dans Le langage la base du discours ,. du développement verbal, comme son prototype est dans la nature le fondement de l'existence et de la manifeslalion réelle, •

11 j a dans les langues une multitude de noms dits substantifs j qui n'expriment ni des êtres ni des substances^ mais seulement des manières d èlre ou d'àgîr^ des qualités et des modifications considérées abs* tractivement de léur substratum. Tels sont les mots blancheur j douceur, puissance, etc. Dans la réalité il n'y a point de couleur sans un objet coloré, point de douceur sans un être doux , de puissance sans un être puissant, etc. Ces termes représentent donc des abstractions réalisées ou des êtres de raison. Ce sont des noms artificiels, des noms de signes plutôt que de choses. C'est pourquoi l eulaat ne les comprend pas d'abord; il ne les prononce qu'à Tâge où il devient capable d'abstraire.

Les substantifs abstraits sont appelés en logique des êtres de raison, parce qu'ils n'ont point de modèle coaeret dans la nature. C'est la raison humaine qui leur donne, au

moyen des signes du laugage, une existence factice, indépendante de la réalité; ce qui lui est commode pour considérer les choses sous tel point de vue» pour les enyisagerpartiéllement, les classer à sa manière et en parler comme elle

rentend. Mais par cela même qu'elle fait ces substantifs, elle y met ce (prellc veut ou au moins ce qu'elle sait, et c'est pourquoi ces mots ont un sens si variable; car cha*

que raison observe, absliait el généralise à sa maDière* Les langues sont remplies de subsiantiCs de ce genre, qui ne désignent que des propriétés, des qualités, considérées séparément de leur sujet et relativement à un nombre plus ou moins grand d'individus. Ceux qui signifient des qualités sensibles sont les j>lui» laeiles à comprendre. Mais il y en a beaucoup qui représentent des qualités morales et métaphysiques, des manières d'être ou d'agir qui ne tombent point sous les sens, et c'est ici qu'il devient très difficile de s'entendre à cause de Vindividualisme de chaque raison , qui néanmoins tend toujours à s'imposer aux autres comme la raison générale. Prenez par exemple les mots U" berté, patrie, loi, honneur, bonheur, etc., et demandes-en l'explication à des personnes de diverses classes de la sociélé, de ei oyances, de sectes ou de partis différents. Vous aurez une foule d'opinions divergentes ou contradictoires, et cependant tous emploient le même terme, et tous agiront dans la pratique en raison de leur opinion. Jugea comme ils s'entendent au fond, en paraissant quelque» fois s'accorder par la forme.

Ce sont les abstractions réalisées et les termes abstraits qui embrouillent les discussions et rendent presque impossible de les mener à une bonne fin. Il faut, dit-on, commencer par définir les expressions qu'on emploie. Soit; mais on définit les mots avec des mots, et ceux qu on ydace en seconde ligne, ne sont souvent pas plus clairs que les premiers, tes bons esprits qui cherchent à s'entendre et à être compris, se servent aussi peu qu'il leur est possible de termes abstraits et généraux ; et comme on ne peut les éviter entièrement, Us tâchent de leur donner par la

position €t kft circonstances une signlication plus précise. Il y a 8009 o& rapport une différence notable entre les hommes. Les uns, et ce n'est pas le grand nombre^ ne pronon» cent pas un mot sans j attacher un sens déterminé, sans savoir, sinon tout ce que veut dire le mol, au moins ce qu'ils veulent dire en remployant. Ce sont les esprits solides» les hommes d'un jugement sain, qui aiment à s'entendre, et ne laissent aller à Taventure ni leurs actes ni leurs paroles. Les autres, et c'est la multitude, prononcent le plus souvent les termes sans les comprendre ou n'y donnent qu'une signification superficielle, extérieure, qu'ils y attachent plus par habitude et imitation, que par l'intelligence du mot et la conscience de sa portée. La parole douces hommes est légère, sans effist. €omme on le dit très bien dans le langage ordinaire, ce ne sont pas des liommes de sens, car ils ne setuent pas ce qu'ils disent; ils ne jouissent pas, ou plutôt ils n'usent point de toute leur raison* C'est ce qui arrîte aux enlanis quand ils apprennent à parler. Ils peuvent redire un mot pendant des années, sans y joindre une idée claire ou une pensée distincte. Presque tous les termes abstraits et gêné-, raux sont pour eux des énigmes, et cependant combien ne leur en fait^n pas répéter chaque jour, ne Ititpce que pour leur apprendre à lire et à ealeuler, et plus tard à parler el à écrire correctement! Que peuYCnt-îls comprendre aux r^les de la grammaire et de l'orthographe? Que signifie pour un enfant le mot rudiment, sinon un lÎTre relié .en parchemm, qu'il faut apprendre par cœur de gré ou de force parce que son maître le veut ? Et dans ce malheureux livre, qui tourmente l'enfant el qui en est torturé, que

<le termes inexplicables qui revieniu iiL à chaque instant : ilécitnaison, cas, genre, article, adjectif, pronoms de toute sorte, personnels, possessifs, démonstratifs, relatifs; verbes actif, passif, moyen, déponent, neutre, réfléchi ^pronominal, impersonnel»..; puis la syntaie airec les formules (les rè^^les et des idiotismes! Peut-on concevoir quelque chose de plus abstrait que ce que ces mots représentent? Aussi Tenfam n'y comprend rien ou presque rien pendant toute la durée de ses todes; et si phis tard, quand sa raison pku forle et plus exeraée sera devenue capable d*abstraire et de généraliser, il ne reTÎeriL par la rétlexion sur toutes ces choses et ne les examine spécialement et avec iiQ regard philosophique, il ne les comprendra jamais. Heureusement qu'on peut parier et écrire pure^ ment, sans connattre les subtilités de la grammarire et de la rliéloriipie , à l'aide du sens eommun el par ce tact des mots que donne Texpérience; comme on peut se conduire très moralement par l'inspiration de la conscience et de la foi, par la délicatesse du sens moral, sans être iniUé aux distinctions de la casuistique I

11 faut donc, autant qu'il est possible, bannir de l'instruclion donnée à l'enfance les termes généraux, les abstractions réalisées, les substantifs abstraits, tous les produits ou les êtres de raison, que sa raison non encore développée ne peut saisir; ou bien , si l'on est quelquefois obligé de lui présenter des choses de ce genre, on doit les revêtir d'images, de formes qui donnent quelque prise aux sens et à Timagination , et fournissent ainsi à son esprit, sinon la pensée pure, au moins une figui^, une ombie cl comme une projection de la pensée.

( aoo )

Dans tous les temps il a fallu annoncer la vérité aux enfanU et aux hommes-enrants en paraboles , par des fables,

des allégories , des apologues; car l'homme terrestre se développe avant rhomme céleste , et tout ce qui va à l'esprit et à f âme doit passer par les oiiganes et par la forme du corps. Le métaphysique ne se manifeste ici<J>as qu'à travei ô ie phj isiquc, invisibilia..., per ea quœ facta sunt^intel- Ucia, conspiciuntur (Kom. 1, 20). L'enseignement des sciences abstraites ne convient point à Taifance, qui n'a point encore l'usage de la faculté qui jr correspond; et quand on est obligé de les aborder avec elle, comme dans l'enseignement du calcul et de la grammaire, on doit, auLaut (ju'il est possible» individualiser, concréter les abstractions, afin de les rendre visibles, presque palpables et élever peu à peu l'esprit des enfants de la conception de la figure et de l'image à la perception et à la compréhension de la pensée. Ceux qui sont chargé d'instruire les petits enfants en font tous les jours Texpérience.

Le nom substantif doit être dans le langage ce que sou objet est dans la réalité. Comme dans la nature toute qualité, tout mode, tout attribut, tout ce qui peut être affirmé se rapporte à une substance, à un sujet quelconque et que la diversité n est que la substance elle-môme y dÎTersement et formellement modifiée; ainsi 4dQ» le discours, lesubstan-

tif est le terme auquel la proposition se rapporte ; c'est lui qui la régit et qui iuilige aux noms d'attributs les modifications du genre, du nombre, du cas, etc.

Le nom étant signe de son objet , doit ayoir des rapports de ressemblance ou d*anal<^e avec l'être

qu'il représente, et ces i a jjjjorls devraient se relrou- Yer dans les noms écrits comme dans les noms parlés, car les signes tracés représentent les signes parlés comme ceux-ci rendent les impressions de celui qui parle. Le langage , qui est l'émission et la modification de la voix humaine, doit donc par sa constitution correspondre à Timpression de l'objet sur le sujet. De là la forme primitive et essentielle des noms, leur racine, qui répond dans les langues à la première impression faite sur l'homme par l'objet, laquelle répond elle-nièiiie plus ou moins à la forme et à la vertu essentielle de la chose qui affecte l'esprit par la vue.

Toute racine de nom ou de mot se compose au moins d'une voyelle, voilée ou.maniféstée, et d'une

consonne qui modifie la voix. La voyelle est la base

de la racine, Texpression du ^subjectif répoudanl à l'actioa de robJecùL La consonne est la dëterniioatioii de la Toix , correspoDdaat à la modificatioa imposée par la réflexion à l'impression reçue. Ce n est pas seulement par la forme extérieure, par le dessin et ToDomatopée, que les mots se rapportent aux choses, c'est encore par leur fond et par leur nature. On peut donc affirmer que priuiiuvemenl il a dû exister une langue unique^ Traiment naturelle, commune à tous les hommes existant alors, puisque tous ayant la iiième nature, la même organisation , vivant dans la même région , en face des mêmes objets, étaient afiectës par ces objets à peu près de la même manière. Celle langue primordiale, brisée par la dispersion de la famille humaine, altérée par les changements de pays et de dimat, par la diversité des relations et des influences , est encore au ibnd des langues multiples et dérivées.

Gomme tout discours est renfermé dans une proposition, tout mot, si complexe qu'il soit et quelque forme qu'il revête, est contenu dans sa racine. Les racines des mois sont dans les langues ce que les semences sont dans la nature : elles portent en elles le développement futur de l'existence, avec les générations qui peuvent en sortir. Or ne connatt à fond la signiicaition d'un terme « que si on en saisit la racine, en discernant ce qui en est sorti na« lurellemenl, ou ce (^ui y a été ajoute, pour delennincr cl

spécifier le sens gén^LlIyadaiw les langues des lanilles

de moU ÎMus (le la même racine ; et ces raciiics-mi^res , peu nombreuses en comparaison de leurs dérivés el de leurs comp04iés , constilueiit le fond de chaque langue. I^'oli YÎennent-eUes? Gomment ont-elles ëlé fovmées? Estoe la cooTention des hommes qui les a inslîluëes et leur a donné du sens? Cola u'est pas soutcnablt. J^a convenlion peut composer des mots , elle n'inveiUe point des racines pas plus que l'honuiie ne fiiit lessemeooes des pbntes, bien qu'ifpaisselesmodifier noCablemeni par la culture^ Ainsi que tout oe qui est naturel et simple en nous, les racines nais» seul sans nous, sans la coopéialioii rëlléchie de notre volonté. Dans le langage , comme en toutes choses , ies éléments nous sont fournis; nous commençons par agir sous rîmpulsion de la nature,- sans savoir oe que nous faisons, et nous ne songeons que beaucoup plus Laid à nous en rendre compte.

Toute racine est composée au moins de deux éléments, une voyelle et une consonne; car il faut qu'il j ait dualité dans une racine, autrement la mnltiplicilé n'eti sortirait pas, l'unilé ne mulliplianl pas el ne donnant jamais qu'elle-même. La racine est dualité ou Uias, parce qu'elle est toujours le résultat de deux termes, l'un passif > Tautre actif, qui la produisent par leur union; en sorte que la loi du sexe se relrouvc jusque dans la formation des mois. La voyelle est le passif ou la voix-mère du langage ariieulé;. aussi exprime-t-elle le sentiment, qui est le caractère de la passivité. La consonne forme vide en elle-même, devient le représentant de l'actif ou du mâle^ quand elle est animée par l'esprilj elle détermine, modifie, pousse au

debors; c'est par elle que la première forme du langage artieulé est posée; car tant que la voyelle reste seule, il n^

a point de discours, mais seuleinenl expression spontaucc de ce qui est senti. Or ce que la consonne opère sur la voix ou la TOjdle, exprime ce qui se passe dans le sujet parlant. Nous ne parlons que pour dire quelque chose; nous avons à dire ce que nous avons pensé; nous ne pensons que ce que nous avons conçu, et nous ne concevons qu'après avoir reçu l'impression d'un objet. C'est cette impression qui tend à se produire tout d*abord par Texpression , d'où l'exclamation et le langage spontané de la voix. Mais dans Pétre raison* nabic et jouissant de sa raison, ce qui est senti se réfléchit en image dans l'entendement; et les images ou conceptions sont transformées en pensées par l'acte de l'esprit qui cherche les rapports. Voilà donc un nouvel élément qui s'ajoute au premier, à savoir Tacte réflexif qui élabore l'impression, ou le h ivail de la pensée. (xL élément aussi doit être représenté dans l'expression; .c'est par la consonne qu'il prend sa place et joue son rôle dans le discours. La consonne frappe, façonne, transforme la voyelle pour en déterminer le Son , comme la réflexion de l'esprit réduit en tableau et en système les impressions et les conceptions. On uc commence donc à parler le langage articulé que quand on commence à réfléchir; les êtres qui sont incapables de réflexion, ne le possèdent point, parée qu'ils n*ont rien à exprimer qui y corresponde. Les animaux poussent des cris ou chantent, mais ils ne peuvent articuler la voix; ils ne parient point*

La voyelle exprime ce qui est senti sous l'action de l'objet. La consonne radicale qui la modifie, vient de la pre-

mière réÛenon de Tesprit.sur ce qu*il a éprouvé à la première aspcction de l'objet, et quand l'une et l'autre Réunissent spontanément et s'échappent enscml)lc dans un son articulé, elles constituent une racine. L'impression, fruit de l'aotion de l'objet, provoque la réfleiion; la réflexion modifie l'impression^ et toutes deux délermineni Fatpressioii analogue. II passe donc dans le mot quelque chose de l'objet; car une Ycrlu de l'objet nous pénètre, quand nous reoevons son action; quelque chose de lui entre en nous, peu près, quoique d'une manière moins gressièro^ comme dans la respînitîon ou dans l'ingestion des aliments, dans l'absorption d'un iiicdicamcnt. Cctjuelque chose s'élabore dans l'esprit, y est digéré et en sort ensmte moulé, façonné, enveloppé dans l'expression, de même que la nourriture assimilée s'objective par nos mou^ vements, par toute notre manière d'être et d'agir; ou encore, poiu rendre la chose plus sensible, comme le liquide coloré dont on arrose la racine de certaines plantes, reproduit sa couleur dans 1er pétales de leur corolle.

Il y a donc dans les mots bien faits un sens inné , naturel , original. Les langues vraiuienL riches sont celles qui ont le plus de mots de ce genre, correspondant à leur objet, non seulement par la forme, par l'imitation du son ou de la figure, mais encore par une force, par une vertu qui dérive de la chose même. Platon a beaucoup insist sur ce caractère naturel des mots , en opposition aux Sophistes qui en attribuaient Tinstitulion aux conventions humaines, expliquanl l'origine du langage aussi superficiellement que toutes les autres origines. Nous avouons que dans les langues^érfvées et composées il est aujour-

d^bui très difficile de relrouver le sens primiitf des racines. C'est un malheur pour ces langues qui en soni plus confuses et moins énergiques; c'est un toalfaeur pour les peuples qui les parlent, parce qu'il devient plus malaisé de parler avec pleine conscience de ce qu'on veut dire» avec l'assurance cpie le mot emplojré répond justement à la pensée, à la conception, à Tobjet. Néanmoins dans toute langue, si imparfaite qu'elle soit, il y a des racines naturelles, d'abord parce que les racines les plus générales sont à peu près les mêmes dans tous les idiomes, et ensuite, parce que la langu^ étant l'expression de la vie d'un peuple, n 'est impossible qu'il n'y ait pas en elle quelque chose de naïf et d'original; car les élémenls des langues, ou les racines , se constituent pendant l'enfance des peuples, quand ils sont encore peu capables de réfléchir, et par conséquent sous llnspiration de la nature. Plus tard . seulement la langue s'organise dans la forme bien arrêtée du discours et par la composiliou des mots.

Prenons pour exemple la racine qui signifie dans toutes les langues la mère ou la maternité, et cdle qui signifie la paternité ou le père. En hébreu àm, en sanscrit miiri, en grec iA?jr?]0 en latin mater, en italien madré, en français mère, en allemand muUer, en anglais moUier, elc» La racine dans 'tous ces mots est au fond la même, une Toyelle modifiée par la consonne M, labiale-nasale qui refoule le son au dedans et le fait retentir dans les cavités du nez; tandis que le son qui désigne la paternité, est une labiale franche, poussant le son au dehors, et signe de l'objectivisation, ab, pétri, TCazi]^, pater, pddre, përe, vater^ father, toujours B,P, F^, V, modifiant la voix. Ces deux

Gonsofines marquent deux mouVenients opposés; Tan qui reprend, pour embrasser au dedans, absorber cl former en soi: c'est la fonction maternelle; l'autre qui projette au dehors , émet, produit, iengendre : c'est la fonction paternelle» Il 7 a donc Traiment quelque chose de la mère et du père , une Tertu maternelle et paterneUe dans ces racines . Quant à la voyelle, elle varie en raison du seiiLîment plus ou moins profond des peuples, ou du point de vue sous lequel ils considèrent l' objet. La voyelle A, voix gutturale parlant de la profondeur, exprime lé sentiment de ce qu'il j a déplus profond dans la paternité et dans la maternité: aniy ah, naTTjÇ^ mater. J'ai lier, LeE, le Zf et le / exprime plus de réflexion;- Tésprit s'y fait sentir | avec le O c'est la fonction vue plus objeclivement et dans ses résultats. Le Ou dans Mutter, indique la chose considérée â son origine ou danî^ s<i virtualité, avant la manifestation. Si maintenant nous rapportons à ces racines d'autres mots qui en dérivent, par exemple tes mots aimer, amour, amare, amor, nous apercevrons le sens admirable de ces expressions;* car leur racine est la même que celle du signe de la maternité , am ou ma, en sorte que la maternité et Tamour sont identiques, ou autrement la maternité est la racine ou la source de Tamour. Nous pourrions encore y ramener le mot âme, qui signifie au fond la même chose que l'amour, parce que le caractère essentiel de 1 àaie est la capacité d'aimer, et le mot latin anima, avec ses dérivés et ses composés, lequel signifie proprement ce qui fait * vivre, le principe de la vie, c'est-ànclire encore l'amour.

Nous ne pousserons pas plus loin ces observations pour ne pas nous arrêter à des détails philologiques. Nous (lé-

tfiriont jeulemeol donner un exenifiie de la manière dont on pourrait étudier plus à fond le sens naturel des mots.

Tous les peuples ont cru instinctivement à ce sens naturel, tqui élablit une commun ica lion entre l'expression et son objet, au point qu'en prononçant tel mot avec sentiment

• et énergie» on se met pour ainsi dire en présence de l'objet, ou on l'évoque devant soi. De là le respect pour les noms * qui désignent les choses divines, comme le nom de/<Mtoi^ah chez les Hébreux, qu'il n'était pas même permis d'articuler« Dans toute lithurgie il est de foi qu'il j a une vertu attachée à certains si^es; les substances physiques, employées dans la confection des choses sacrées, sont purifiées, trajisloi iiiées ou sanctifiées par les paroles qui s'y appliquent. Dans le nom de Dieu surtout il y a quelque chose de si sainte de si vénérable, qu'on ne doit jamais le pren^ . dreen vain,, suivant la défense du Décalogue, à plus forte raison le blasphémer ni l'outrager; car le mépris du nom remonte jusqu'à Celui qu'il représente. Il en est de même,

. jusqu'à uo certain point, du nom des familles et des personnes. Chacun tient à faire respecter son nom à l'ég;al de luimême, pour le transmettre pur ou au moins le laisser sans tache. Il V a quelque chose de la race dans le nom qu'elle porte; le nom, représentant l'être vivant, participe jusqu'à un œrtain point à sa nature. Prononcer le nom d'une personne aimée est déjà une jouissance, non seulement parce qu'il la rappelle au souvenir du eaur, mais encore parce que cela établit un certain rapport cl supplée en quelque chose à la présence. L'application de cette vérité se retrouve jusque dans les superstitions populaires. La magie, les incantations, les érocatioiw s'opèrent en pronon-

( dm )

vaut des mois auxquels est attribué le pouvoir mystérieux

d'altirer l'être qu'on désire, ou de repousser celui qu'on craint. Les amulettes, les talismans et autres choses de ce genre portent toujours des caractères inconnus. Il j a une vérité au fond de ces erreurs, fruits de la superstition et de rignoranoe, ét cette vérité formulée philosophiquement, c'csL (jii'iine analogie iialurellc et vivante existe entre le sigoe et la chose signifiée.

Après le sens de la vue se développe daas l'eafa0t le sens du goût, qui le met eu rapport avec les qualités intimes des substances. De même dans la

formation da langage, li coiiimeace pai proacneer les substautiÊs, puis les noms qualillcatifs, appelés dans, la grammaire adjectifs ou noms d'attribut. Comme les (jiuilités naturelles souL des modes, des caractères particuliers des substances, ainsi les qualificatifs sont daos la proposition des modificateurs du nom substantif ou du sujet. Le premier qualiiicatif prononcé par l'enfant est le mot bon; car ce qui importe le plus à Thomme dans cette période de son existence ) c'est de discerner les substances alimentaires analogues à sa nature , homogèues à sa vie. Or ce qui est bomogèae à sa vie lui est bon.

( aïo )

L'enfant nomme le bon nyani de prononcer le

nom de mauvais. Ce u est même que dans le boa déjà goûté ou dans le goût du bon, que réside la possibilité de discerner le mauvais, lequel n'est jamais, à tous les degrés, qu'un négatif, une négation. C'est que le premier acte de l'existence de l'homme a été le résultat du triomphe de la vie sur la mort; il n'a commencé à vivre que par l'action du principe vivifjcateur. Les perceptions acquises par le goût s'al- ' lient naturellement aux conceptions qui se forment par la vue. Aussi l'entant, recevant la sensation des qualités par l'actiou de la substance à laquelle elles sont inhérentes, lie instinctivement lé qualificatif au substantif, et forme ainsi la première affirmation, le premier jugement. Ce jugement n'est point encore une proposition , parce que l'expression du verbe manque; mais il en renferme le sens et l'esprit, et de la première réflexion que l'enfant fera en lui-même, de l'objet, de sa qualité et de leur rapport, jaillira la lumière de la parole qu'il exprimera par le verbe.

Nous avons déjà expliqué ce que nous entendons par le mot qualité, pris dans flon aoeeption la plus rigoureuse. 11 n'y a au fond dans chaque chose qu'une seule qualité d'où dérivent les autrejB; et c'est d'après le discernement

du rapport de oelte qualité snec notre existence que nous disons: telle diose est bonne ou mauyaise» Nous n'apprédons ainsi les objets qu'en les comparant à une mesure, et celte mesure se trouve en ndus-mèines, dans notre nature ou dans notre organisation. Mais notre organisalion étant variable et soumise à. toutes sortes. d'accidents, les jugements fondés sur elle sont variables, accidentels comme elle, et c'est pourquoi nous ne pouvons jamais affirmer qu'une bonté relative dans les choses physiques. L'enfant qui apprend à parler^ n'est juge que de cette espèce de bonté; le mot bon dans son langage signifie: « €et objet qui me donne une sensation agréable est doux au goût.» L'homme esl alors comme raniaial, qui n'aime les choses que par leui-s rapports avec ses appétits. Kt remarquez qu'il ne qualifie bonnes que celles qui plaisent au goût en le nourrissant; c'est pour lui la qualité essentielle. l>asc (le ton Les les autres. Une chose ne^l bonne en eilet que quand elle nous procure un bien , et le vrai bien partout, c'est ce qui réjouit et nourrit tout ensemble. La diose peut flatter les sens d'une autre manière,' par sa forme, par sa couleur, par son poli, etc.; elle ne'sera point pour cela bonne; elle sera belle, brillante, ap^réable : pour être bonne, il faut qu'elle soit bonne à manger. C'est pourquoi l'enfant qui veut toucher tout ce qu'il aperçoit, porte à sa bouche tout ce qu'il touche. Dans l'ordre spirituel il n'y a aussi Je vi aiiiiciit bon que ce qui convient à la vie de l'âme, la parole de vérité qui l'éclairé et la dirige, la science, la justice, la charité, qui, en la développant, la font vivre davantage et mieux. Les autres qualités morales sont des conséquences de la bonté, des formes varijécs sous les-

fpielles die se produtl, et elles n'ont de valeur vériiabic qu'à mesure qu'elles y participent, toutes belles et brillantes qu'elles soient d'ailleurs.

Le bon est iioiiiiiic avant le mauvais, parce qu'en toutes choses le bien a la priorité; car le bien seul est positif, le mai en est la négation» Or une nation n'a point de valeur en sol ; elle n'est qu'une restriction , une déviation , une penrersion ; c'est le positif entrairé , obscurci , Toilé. 11 nV a point d'être dans le mal , en tant que mal , ou plutôt ce qu'il y a d'être en lui est bon. C'est pourquoi ii y a du bien partout» même dans le plus grand mal, pavoe qu'il y a de l'être partout» et ce qui constitue le crime du mal , c'est justement de penrerttr le bien, d'en abuser et ainsi de gâter le doti de Dieu: ce qui arrive par la volonté de la créature, agissant librement contre sa loi et s'opposant à la volonté divine. Ainsi commence le mal, et quand il peut finir, il ne finit que par la conversion ou le redressement de la volonté pervertie, cbcrchant a i entrer dans l'ordre, sentant, reconnaissant, avouant, rejelani et détestant le mal commis , déÊusant, autant qu'il est en elle, oe qu'eUe a tait et détruisant sa première négation par une seconde, qui rétablit l'affirmation de Dieu. Ici se trouve la raison profonde des moyens de réparation et d'expiation, enseignés par la religion chrétienne et par l'Église, pour revenir au bien*

Si le mal est la nation du bien, il est évident que,

pour juger ce qui est mauvais, il faut d'abord avoir connu ce qui est bon. rsous commençons par le bien , dans l'ordre physique comme dans l'ordre intellectuel et moral; et nous ne pouvons commencer, autrement, (wisque, pour

exister et vivre, il faut d abord recevoir ractiou du Pria-t cipe ^TÎtoteur» action éninemiiieDt bonne pour nous, puisqu'elle nous donne la vië; Nous appelons mauvais,

par la suite, ce qui ne lui ressemble pas, ce qui lui est contraire. Ainsi dans le développement de sa nature morale, l'enfant vivifié par une parole de vérité et de bien^ ne con* niaU d'abord que le bien et la Térité, il ignore le maK C'est l'innocence première, qui dure mialheureusement si peu au luilieu des influences corruptrices de ce monde. Elle est

. pleuie de candeur, d'abandon et de foi; l'enfant croit tout ce qu'on lui dit» il reçoit toute parole pour parole de vérité et la prend au sérieux, ne soupçonnant pas encore ce qui est contraire à la vérité , et qu'on puisse parler sàns dire ce qui est vrai, II ne coiiiïaiL pa.s ia uégaLioii du vrai, le mensonge 9 et maUieur à qui le lui apprendra l De même il ne peut juger du mal moral qu'après que la loi du bien»

* dont le mal est une tnIWiction , lui aura été révélée, quand il sera ciiLri; en lapporL uycc l' Auteur mcmc de cette loi, avec le Bien souverain dont elle dérive. Jusque-là il ignore le bien et le ianal; il u*y a point de distinction morale pour lui,

Pour aiïinuer explicitement que la qualité appartient au sujet, pour prononcer foroieilemeat le preno ier jugement, il faut le verbe ou le motparexcelleucc, qui affirme en gcuéral la vérité, ce qui est. Or l'être en général n'étant perçu, ni par le sens de

l» vue , ni par celui du goût, Vïdée de letre ne peut être formée dans notre esprit par le moyen de ces deux sens« Elle est déyélôppëe en nous par la parole qui, en nous transmettant l'expression fondamentale du discours, le verbe, nous annonce TÊtre uni* versel qu'elle désigne. Aussi avons-nous remarqué que l'ouïe est le troisième sens qui se développe dans Tenfant,' comme le ver bis est le troisième terme qu*il emploie.

Quand l'enfant prononce une proposition complète, quand il dit : cette' chose est bonne, un grand progrès a été fait; car il parle pour la première fois en élreraison- .nable, en homme; il pense ce qui était senti jusque-là; il perçoil,di$tinctement le rapport entre le sujet et la qualité; Texpression nécessaire du rapport doit donc intervenir. Av aiiL ce iiioiiK ni, tout en prononçant le substanlif et le qualilicalil , et même en les associant , il n'affirmait que sa manière d'être et de voir, le phénomène qui frappait ses sens, l'image conçue dans son entendement, l'alfeclion éprouvée. Sa parole était purement subjective, sans aucune portée objective, et sous ce rapport son langage ressemblait à celui de Tanimal , qui manifeste ses sensations» ses appétits, ses instincts. Biais quand reniant articule: cela est ou cela n'est pas, il prouvé qu'il vient d'entrer en rapport avec un nouvel ordre de choses, avec la vérité, et qu'il juge les objets, non plus seulement par leur rapport avec lui et tels qu'ito sont pour lui , mais encore en eux-mêmes ^t selon la vérité. Il n'y a que l'être in-

telligcnt, distinguant le moi et le non-moi, capable de

conscience et de science, qui puisse poser celte alîmiiution , parce que lui seul peut percevoir et atlirmer ce c|ui . est TKii.

 cette époquecommenoe l'existence morale de l'homme; car il est créé pour connattre la vérité, pour l'aimer et la

pratiquer, et dès qu'il se met à la chercher et à la reproduire par sa parole , il peut aussi y en vertu de sa liberté , la repousser et la nier; il peut se mettre en opposition avec elle, Il peut mentir* Ce changement remarquable, qui vient de s'opérer dans l'enfant, csL mai tjLiû au tU liois par le terme le plus simple, est. Mais ce mot si simple a line immense signification; il contient Tirtuellement la proposition tout entière, tout -le discours. Le verbe être

' exprime en général la vérité, ce qui est. En paraissant dans la proposition, il y introduit donc la vérilé, Têtre,

• c'est-à-dire qu'il lui donne l'àme et la vie dont elle est susceptible. Puisque le verbe affirme l'être , il faut que celui qui le prononce en ait conçu l'idée, et céltè idée universelle ne peut être formée en lui ni par Toeil ni par le goiit, qui ne mettent son esprit en rapport qu'avec des êtres spécialisés; elle est le produit nécessaire de Tinlluence de TÉtre universel lui-même , agissant sur l'âme de l'homme par une voie plus pure, plus spirituelle, par la parole et au mojen de l ouie. C'est la parole, et elle seulement, qui n vêle aux hommes les choses intelligibles, le monde de la vérilé, rÉtre par eicellence; et la parole dans son sens éminent» c'est le verbe lui-même, d'abord le Ferbe de Dieu, parlant au premier homme et lui manifestant Celui qui Est ; puis le verbe humain , ou la tradition de la parole humaine trans-

metUni d'âge en âge la Parole divine. IL se fait donc véritablement une révâalion de Dieu à l'enfant, la première fois (pi'U entend le Yerbe être et qu'il en saisit le senâ. Alors aussi il commence à comprendre ce que c'est que la

Vérité, ce qu'elle est pour lui et ce qu'il doit être pour elle. Tant que l'Être ne lui a point été annoncé , sa raison n'a point de base^ son esprit n'a point de irîe; il est incapable de parler et de penser. Aussitôt que cette annonce lui est faîte, il y adhère spontanément, instinctivenient, parce que la vérité est la fin dernière de sa nature. Là est l'origine de la foi, sans laquelle l'intelligence humaine n'aurait ni principe m soutien. La foi en l'Être se fonde mystérieusement dans l'enfant qiii, en apprenant à parler, entre au moyen des mots et \k\v la langue en rapj)orL iivco rarclictype de toute langue et de tout mot, avec la Parole éternelle, avec le Verbe. De là la haute importance de l'étude du langage, qui est la voie nécessaire pourremettre l'homme en oommunicatkïn avec la yérité. Ainsi a- été fondée dans l'origine la foi du genre humain, en mcaie lenips que sa première langue: la première proposition articulée par rhomme a été une profession de foi en l'Être universel, ou

l'affirmation de l'eiistence de Dieu.

Toute langue > si imparfaite qu'elle soit, a néces-

sairemenl l'expressiou du verbe êlre; aulrement elle ue serait poiai une langue^ car de même que dans

runivers, tout a été fiut par l'idéal de tout verbe,

par le Verbe sul>slantiel de l'Elie uu pai* la Parole éternelte, et que rien de ce qui existe n'a été fait sans Lui ; de même aussi que rien n'est conçu dans' l'esprit qu'au moyen de l'idée de l'être , idée absolue, nécessaire, vraiment innée à 1 homme, ainsi rien ne peut être posé ni proposé dans le langage àins Texpression du verbe, sans le verbe substantif être, type de ridée pure et de son idéal.

S uu

^Le Yerhe être est dans la proposition^ entre le substantif et le qualificatif, ce que le rayon ou lé cercle .

est entre le centre et la circonférence, ce que Tintelligeuioe ^t entre Tàme et le corps, ce que la lumière est entre le oiel et la terre, moyen terme entre . deux extrêmes. C'est le lien, la copule qui établit toute relation, toute communication , tout rapport ▼îyant entre Tétre et l'existence formelle, entre le moi et le non -moi, entre la subslauce et la qualité, entre le substantif et le qualificatif. En un mot le Verbe conèidéré soit en lui-même, soit dans son idée, soit dans son expression^ est le Médiateur universel»

La ioQCtion d u verbe dans ic langage dérive dejsa nature»

Il eiprime la Térilé, l'être «n déTeloppcment, c'eat^-dire ce qnt se manifeste, ce qui passe de puissance en acle» ce

qui vit. Le vcrl iL est dans la proposition ce que son archétype est dans l'univers; il est le signe de l'inlcrvcution de l'Être universel en toutes choses et partout. Il est la lumière» la vie du discours, comme le Verbe divin est la lumière, la vie du monde. C'est par la Parole étemélle que tout a été fait, ou que TEtre universel, riiiliïii, s'est posé dans des êtres finis; et c'est encoie par cette divine Parole qu'est entretenu le rapport du Créateur avec les créatures. Voilà pourquoi il est dit: « On ne va au Père que par le Fils.» Dans la langue, la proposition ne peut être constituée que par le verbe. Seul, le substantif reste sans vie, sans développement, stérile* Enlever le verbe de la phrase» c'ést ôter le soleil du monde; il n'y a plus qu'obscurité» immobilité, mort. Pour comprendre' une proposition, pour l'expliquer, le sujet ne suffit pas; il faut le verbe qui en est la lumière. C'est lui qui fait sortir des entrailles du substantif les puissances, les qualités et les rapports quil contient, comme c'est par lui que l'existence une fois constituée, réagît sur sa substance et reflue pour ainsi dire vers sa racine, vers son centre, pour s'y re-poser et s'y fonder.

Remarquons cependant quf dans les langues humaines le verbe être a deux sens distincts. D'un côté il représente

TÉlre universel cl son action sur toutes choses, donnant à toutes la lumière et la vie, et c'est ainsi que Dieu se retrouve partout, dans la proposition la plus simple comme dans la plus diétive enstence. Mais cette Lumière universelle , qui distribue la substance et la nourriture.

CBl assimilée par les élres qu'elle a erëés, lesquels Tobjectiyent à leur lour dans leur forme et s'en font une vie propre et leur lumièi'e parliculière. Ainsi dans chaque proposition, le sujet une fois vivifié par la lumière de Pélre el passant en développement, a san verbe qui n'est que le verbe général spécifié , la lumière universelle qu'il s'est appropriée, et c'esi, p.w cv. verbe a iui j)i oprc, (ju'il développe, établit sa sphère ou sa phrase, et consliluc le corps du discours. Tous les membres de la période sortent du sujet au moyen du verbe qui marque leurs rapports et qui les unit au sujet et entre euK. C'est pourquoi les logiciens cl les i^r.uiiLnairiêns l'ont :ij>pelé copule. Le métyphvsîcien qui va plus au fond, voit dans le verbe plus. qu'un signe de liaison, un moyen d'union; il y voit le type de Celui-là même qui unit tout, parce qu'il a tout fait; ij y voit lesym* bolc du McdidLcur universel. •

L'iafiattif du verbe être est Texpressioa de l'idée la plus pure, la plus simple, la plus nécessaire, la seule uaiverselle. Il exprime la stabilité, l'iiumutabilité^ la vérité absolue. Aussi cet iulinilif ne coa- Tient-il comme nom t^kCêiui qui Est, Infléchie par les formes du temps, du nombre et de la personnalité, sa. racine n'apparaît guère dans uos langues qu'au présent. Elle disparaît danai les passés et les futurs. C'est qu'il n*y a de passé et de futur que

|>uur la créature temporaire. C'est seulement par

rapport à elle que l'Etre a été et sera. Ea lui-même il est VÈttéy toujouriprësenty éternel ^ absolu, sans

modification aucune.

Le Terbc e&l le terme mystérieux de la proposition* Le àabslantif -naturel exprime un objet qui tombe sous les sens, qui est tu, un arbre,- une pierre, un bomme» Le qualificatif désigne une manière d*être qui affecte aussi les sens; mais ce que le verbe représente leur échappe, et n'est, perceptible qu'à rinteiligenoe^ qui jouît d'une autre tile que la vision oigaiilque* Ctist pourquoi l'être intdligent est le seul qui puisse affirmer l'être, prononcer je verbe et cpnstiluer une Iangin\ Le verbe pris dans toute son «extension , sans restriction aucune , à Tinfinitif, est.le signe même de l'infini, de l'Être dans son universalité, de Celui qui Est, de Dieu. C'est le seul nom qui convienne à la nature divine, ou qui en soit le moins inclip^ne: Je suis celui qui suis, Jéhovidt, Il nous est même impossible de concevoir Dieu purement d'une autre manière , si toutefois on peut appeler cela une conception; car toute conception étant formulée ilans notre esprit, est nécessairement restreinte par les formes de l'entendement, et dès lors l'universalité de l'objet en est altérée. Aussi, excepté chez le peuple juif, qui avait reçu la défense jpositive de se faire une image de Dieu avec aucune forme des créatures , en d'autres termes de diercher à en*fermer l'infini dans le fini, on ne trouve dans l'antiquité qu'antbropomorphisme ou naturalisme, l'homme étant

toujours porté à Mre Dieu à sa ressemblance» depuis ipi'il ' a Toulu se rendre semblable à Dieu. La défense du décà-^

logue qui, en conservant pure sur la terre l'idée du Dieu un, sauva le monde de l'idolâtrie, a subsisté dans toute sa rigueur, jusqu'à ce que Dieu lui-même, le Verbe divin, ait revêtu la nature bumaine pour s'unir à iliommct et se soit ainsi accommodé à la forme et aux conditions de cette nature. Depuis ce moment les liuiiimes peuvent se représenter Dieu dans la personne de Jésus-Christ; ils peuvent Tadorer sous la forme de Thomme. Toute autre image ou figure est plus ou moins arbitraire et par cela même fausse et dangereuse.

Si le verbe ne devait signifier que l'Être universel et la Vie divine qui en émane, il resterait immuable, toujours le même comme son objet, et son infinitif serait en même temps le substantif par excellenoe. Mais par l'acte même de

la création, pai' sa parole, Dieu se pose dans la créature; rétre passe dans les formes de l'existence finie et par conséquent dans les conditions de cette existence, l'espace et le temps. Or toute extstmoe créée a un commencement et une destination; la vie qui l'anime, se développe entre ces deux termes et va de l'un à l'autre. L'action de la vie est donc en mouvement, en progression dans les créatures, et ainsi le mot qui exprime la vie doit subir des Tariations analogues à celles de l'existence, en d'autres termes il doit se modifier avec le temps. Ces modifications qu'on appelle les temps des verbes, sont au nombre de trois, en raison des trois phases du temps, le passé, le présent et le futur.

Le verbe varie encore avec les rapports généraux sous II. 21

leMfuete cm peut considérer la vie* Tântôt il exprime Faction (lu sujet qui passt; ihins un objcl^ c'tiSl ce qu'on ^\)-' peilc lé voie açtii^e ou transitive; lanlot l'état du sujet qui reçoii ractîon , c'esl la voie pasnçe, Tanlèt le sujet devient l'objet de sa propre action » c'est la voie r^léehie ou moyenne^ et on conçoit qu'on puisse multiplier ces voies pour expi jjiicr d'aulres nuances, comme dans la langue hébraïque qui en compte sept. En outre l'action est faite ou subie par quelqu'un; c'est moi, toi ou lui. Les penannes y apportent donc leur part d'influence, que la forme du verbe doit représenter; ce qui ajoute au radical de nou*> velles mudidcalions , préfixes ou suffixes, pour marquer ces rapports. Eniin le nombre y est aussi pour quelque chose, et la forme verbale aura encore des signes pour l'exprimer. Au milieu de ces changements le radical reste le luéroe, comme le représentant de la racine de l'existence qui ne varie pas; mais il peut être chargé de signes accessoires, augments, redoublements, désinences, etc., qui le soumettent à des transformations aocidenlelles, se- - Ion les temps, les modes, les voies, les personnes et les nombres. C'est ce qu'on appelle conjuguer le verbe, terme qui doit signifier: faire passer le radical fixe et invariable en lui-même sous le joug de toutes les influences auiquelles l'être et son acte doivent s'astreindre en entrant dans la sphère du fini, dans le monde de l'espace et du temps. C'est pourquoi les variations que subissent les radicaux des substantiis dans la déclinaison s'appellent cas.

Du reste, et cela est reoiarquable, dans toutes les lan» gues le verbe être, qui est le verbe unique, puisque les autres verbes ne sont qu'un qualificatif uni au signe de

rexistence, est axmï le pKit irrëgulier ou phatôl U M dessus des règles. Auoun de ses temps ne se forme mëtlio-

diquernent. Sa racine se voile dans la plupart, quelqueiois même disparaît entièremenL Ainsi en français rinfînitif être fait à la première personne du présent de l'indicatif» je suis, où la racine ne se Toit plus; elle reparaît dans b seconde et dans la troisième, tu e#. Il ett. Bile s'enfonce (Je ïiouvcau dans la première personne du pluriel, nous sommes, se remontre dans vous êtes et s'en va dans ils jonL II en est de même dans le la lin. En grec^ la racine se conserve sous toutes les variations du présent de l'indicatif, êijLiiy eïg, et, èofjbév, etc. ^imparfait du latin la reproduit dans eram; elle devient invisible dans le parfait fui, venant du grec Ëi^Vy dont nous avons tiré notre prétérit je L'allemand présente la même singularité. Llnfinitif teyn fait au présent de l'indicatif ich bin, qui n'a aucun rapport avec la racine de seyn ou Uy laquelle ne se montre qu'à la deuxième et à la troisième personne, du biêt, er ist. L'imparfait ich nuar présente encore une nouvelle anomalie, et le participe ip^ssé geofesen, d'où se forme le parfait, est encore autre. En anglais, rinfiniiil lui-même est irrégulier, to be, qui vient probablement de la première personne de l'indicatif présent allemand, ich bin, lequel vient du grec ^vv. Puis à ce même présent de l'indicatif vient lam, qui n'a aucune ressemblance avec llnfinilif; thouari, lu es, qui n'en a pas davantage; et enfin he Is, il est, où reparait seulement la racine commune du verbe être dans toutes les langues, savoir eij s ou fj, eç, tç. La conclusion qui sort de ces faits, c'est que la racine du verbe être ne parait en général à découvert qu'à l'infinitif et au

présent de Tindicatif, c'est-à-^lire eu deux formes» dont l'une exprime la vie dans son unÎTersaUté» sans restriction aucune, et l'autre le présent ou ce qui existe absolument,

sans condition, cui-dcssus du temps. Dans les formes du passé et du futur elle est presque toujours voilée, obscurcie, souvent méconnaissable y parce qu'elle est modifiée par les conditions du temps, comme l'idée qui est au fond de chaque existence, apparente dans son développement radical et primitif, finit par s'enfouir dans les formes qui ' la recouvrent. Ici-bas la forme, expression de l'idée, est toujours prête à raocabler; la letirc tue Tesprit. Tout tend à se pétrifier,-à se cristalliser dans les formules; et la mort s'ensuivrait, si de temps à autre une impulsion d'en haut ne venait exciter Fcsprit, Ieraninjd\, et lui donner la force de secouer la poussière et le joug du corps, pour se produire dans une nouvelle manifestation et par une nouvelle forme* Ce besoin de rénovation, afin que la vie puisse jaillir et se déployer, explique les révolutions dans rhislQiie des honniics et de la naluro; ce ({ni veut exister ayant toujours à combattre ce qui existe; ce qui doit prendi-e la place heurtant nécessairement ce qui l'occupe^

UenfaDt prononce le subslaotii avant le qualificatif, Vun et l'autre avaut le verbe, le verbe être avant les verbes dérivés; et il prononce le verbe être

dans sa généralité, avant de le déleniiiiier par le temps, le nombre et les personnes. Cesjt que par-

tout l'homme voit Tunité, la généralité avant la spécialité. Il voit la lumière avant de distinguer les couleurs; il goûte le boa et le vrai avant leurs contraires; et il pressent la nécessité de TÊtre et de son Verbe avant de compreudre les action s des existences particulières, désignées par la multitude des verbes at* tributifs, qui ne sont que des qualificatifs verbalisés. En résumé le verbe être est le nécessaire dans la proposition, comme son idée Test dans la pensée et le jugement, dans la science et la doctrine, comme son idéal ou l'Être lui-même Test dans lliomme et dans l'univers.

Nous parlerons plus en détail dans la Logique et dans là Grammaire générale qui en est un corollaire, de chaque espèce de mots ou des parties du discoui*s, soit csseaiielies, soit accessoires ou complétives. Nous examinerons alors les signes dans leurs rapports avec les choses signifiées, et nous verrons comment on doit les combiner et les coûi Llonner pour construire un discours régulier cL conforme à la nature. Nous n'avions à considérer ici le langage articulé que sous le point de vue du développement de la raison, et ainsi nous ne devions nous occuper que de ce qui est rigoureusement indispensable à l'esprit pour former la pensée, c'est-à-dire des éléments du discours, sans lesquels la proposition ne peut être constituée ni le jugement exprimé*

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