PREMIÈRE PROPOSITION
LA MORT PRÉLÈVE AUJOURD'HUI SUR l'AGE VIRIL LE TRIBUT
QUE l'influence variolique imposait, avant la vaccine,
AU premier AGE DE LA VIE.
DémoDstration.
Yoici quel a été le mouvement annuel moyen de la population de la France à trois grandes époques paisibles, entre 1770 et 1841 (1).
Époques comparées. Naissances. Décès. Excédant.
De 1829 à 1840 (12 ans). . . 997,214 837,252 159,962
1° De la première époque à la seconde, bien que le oliifFre des naissances augmente de 16,407, les
(1) Les morts -nés sont compris aux naissances et aux décès, à raison de 314 pour 10,000 viables, de 1770 à 1838 inclus. (Voir l'Annuaire du bureau des longitudes.)
(2) Comptes rendus de l'Académie des sciences , tome XXVI, p. 588.
(3) SUBDIVISION PAR SEXE DES DÉCÈS, DE 1817 A iS/fO.
Périodes Hommes. Feoimes.
De 1817 à 1828 393,298 386,081
De 1829 à 1840 422,088 415,164
Augmentation simultanée. 28,790 29,083 L'augmentation ayant porté simultanément et également sur les deux sexes, les a évidemment frappés très-sensiblement aux mêmes âges et en vertu de la même cause. Voilà ce qu'^ignorait M. Andral le 8 février 1858.
décès diminuent de 58,201, en sorte que l'excédant des naissances augmente de 74,608.
Cet effet prodigieux de conservation est bien évidemment dû A LA VACCINE, importée en France à l'origine du dix-neuvième siècle !
2° De la deuxième époque à la troisième, bien que le chiffre des naissances diminue quelque peu, les décès augmentent de tout ce dont ils avaient diminué précédemment, et se retrouvent au chiffre du dixhuitième siècle.
La vaccine n'a donc eu, bien évidemment, qu'un effet temporaire de conservation. Cet effet produit, la nature a repris ses droits imprescriptibles, et conformément aux lois fondamentales de la mécanique, la réaction a été égale à l'action.
Propagée activement dès 1803, la vaccine a donc cessé, vers 1817, d'agir sur les premiers enfants soumis à son influence, en sorte que de 1817 à 1840., de 17 à 40 ans environ, les vaccinés ont payé leur tribut à la mort. L'art n'a fait que déplacer la nature : — ce qu'il fallait démontrer.
Observation,
Le tribut que le premier âge payait avant la vaccine à l'influence variolique était acquitté, partie sous le nom de petite vér^ole, partie sous le nom de convulsions. L'expérience qui redresse les écarts de la raison humaine prouve que le nombre des con-
vulsions a diminué, simultanément et dans la même proportion que celui des petites véroles, sous l'influence vaccinale ; ce qui démontre que la maladie varioleuse a de tout temps enlevé un très-gi-and nombre de ses victimes, sans éruption qui la caractérisât! C'est là un fait acquis désormais à la science, fait qui serait sans doute resté dans l'ombre sans la découverte de Jenner, analysée dans ses résultats. Nous ne croyons pas devoir entrer ici dans plus de détails sur ce sujet; le lecteur les trouvera dans V Analyse de l'influence exercée par la variole, mémoire adressé à l'Académie des sciences et publié en 1851 par son auteur. Il trouvera encore de curieux renseignements à cet égard dans l'ouvrage sur la vaccine publié en 1855 par M. le docteur Bayard (1).
La proposition précédente suffit pour démontrer le. déplacement de la mortalité qui s'est produit en Fi-ance depuis la vaccine. Celle qui va suivre est destinée à signaler la conséquence la plus remarquable de cette immense révolution sanitaire.
(1) Influence de la vaccine su7' la population. (Pages 92 et suiv.')