A DOUBLÉ
Démonstration.
1° Population FÉMININE. Les décès féminins annuels, entre 15 et 25 ans, comparés à la population corres^ pondante, présentent à Paris les résultats suivants (1 ) :
Époquçs comparées. Décès. Population. Rapport.
Dans l'an 1813 S41 67,4S2 0,0080
De 1813 à 1821 802 76,486 0,0103
Del847 àl8S5 i,63S 101,936 0,0160
Dans l'an 1855 2,085 113,620 0,0184
Donc, 38 ans ont suffi pour doubler la mortalité des jeunes femmes!
2° Armée française. Voici comment s'exprimait, en 1787, le docteur ûaignan, médecin en chef des armées (2) :
« Par les recherches que j'ai faites depuis 14 ans, il m'a paru que , dans les Pays-Bas, le tiers ou à peu près de la garnison passait chaque année aux hôpitaux et que la perte qui s'y fait peut êlre estimée de cinq à huit hommes par hataillon. Si elle va à dix,
(1) Voir, pour plus de détails, la Revue médicale du 15 fév. 1857.
(2) Voir l'ouvrage intitulé : Ordre du service des hôpitaux militaires (1787).
elle est très-forte; si elle dépasse ce nombre, elle est extraordinaire, à moins qu'il n'y ait épidémie, ce que je n'ai pas vu depuis la paix. »
En estimant donc, de 1763 à 1793, la mortalité de l'armée à un pour cent de son effectif, et la proportion des morts aux malades à trois pour cent, on est assuré d'être plutôt au-dessus qu'au-dessous de la vérité.
Del816àl818, au retour de la paix générale, on trouve ces mêmes proportions au Yal-de-Grâce de Paris. C'est à partir de cette époque qu'elles s'accroissent, l'une et l'autre, avec une prodigieuse rapidité, comme on le verra plus loin, et le Moniteur du 21 décembre 1848 évalue, d'après les documents officiels des 29 années précédentes, la mortalité de l'armée de Vintériaur, en temps de paix, à 2 pour 100 de l'effectif, ou à 20 hommes par bataillon.
Donc 20 ans ont suffi pour doubler la mortalité des jeunes soldats!
observation.
L'armée se compose d'hommes de 18 à 30 ans, engagés volontaires, appelés et remplaçants. Or, d'après la table dressée par Deparcieux en 1746 pour les tontiniers de Paris, on voit que sur 9,382 individus de cette catégorie, âgés de 18 à 30 ans, il en mourait annuellement 94, soit 1 pour 100. Ce fait prouve, sans réplique possible, que la mortalité des soldats ne dépassait pas, au dix-huitième siècle, celle
des tontiniers de Paris, quoi qu'en aient pu dire certains hygiénistes habitués à prendre au sérieux des hypothèses et des opinions problématiques.
Il est naturel d'en conclure que les tontiniers de Paris meurent, de nos jours, entre 18 et 30 ans, dans une proportion double de celle fixée par la table , de Deparcieux , qui a cependant servi de base aux tarifs de la Caisse des retraites en 1851 1...
Conclusion.
Non-seulement l'armée française se compose des hommes d'éJite du peuple, mais son mode de recrutement, son alimentation, ses habitudes sont identiques, pendant la paix, à toutes les époques. EUe offre, par cette seule raison, des termes comparatifs d'une rigueur presque mathématique, quand il s'agit de dégager des causes fortuites de mortalité les influences providentielles; elle doit en conséquence servir de règle, sous ce rapport, pour la population màle de la France.
La population féminine, menant une vie plus réguHère et moins exposée aux dangers accidentels, ne recevant d'ailleurs qu'un contre-coup très-affiiibh des orages et des commotions politiques, doit être, à son tour, examinée scrupuleusement à p'art, sous le rapport des influences qui font varier sa morlahté.
Les faits exposés dans cette proposition suffisent donc, sans entrer dans de plus grands détails, pour
conclure que la mortalité de la jeunesse des deux sexes a doublé depuis l'an 1813; — ce qu'il fallait démontrer.
Il est essentiel de rechercher maintenant si les maladies sont, à cet âge de la vie, plus fréquentes ou plus graves. Tel est le but de la proposition suivante.