‹ Philosophie mathématique et médicale de la vaccine [electronic resource]Chapitre 39 sur 43 · ÉPILOGUE · texte numérisé non relu

ÉPILOGUE

Notre siècle e§t fécond en chauds admirateurs.

fiOILEAD.

L'approbation donnée publiquement à M. Bertillon par MM. Andi^al et Bousquet nous impose un pénible devoir ; c'est de choisir, au milieu de son recueil d'assertions fausses ou absurdes, cinq excentricités notoires, afin d'éclairer le public sans le fatiguer. • 1 " La table III de V Annuaire est signée de M. Mathieu. Dans cette table, il donne les populations partielles de la France, sur un million d'habitants. Or, M. Bertillon se permet, page 77, d'attribuer à M. Mathieu et de donner, comme extraite de V Annuaire, une table de population qui ne s'y est jamais trouvée! — Et d'une.

2° M. Mathieu donne dans Y Annuaire de 1 834, page 1 03 , la population moyenne de 1 81 7 à 1 83 1 , « en ayant égard, dit-il, à l'accroissement de la population et en partant de celles observées en 1820 et en 1831. « — Or, cette population moyenne, ne cadrant pas avec

les désirs de M. Rerlillon, il l'augmente, page 96, de près de 1 ,200,000 habitants ! — Et de deux.

3° A la même page, pour le même motif, avec la même outrecuidance, il augmente de plus d'un million d'habitants la population moyenne de 1840 à 1849! —Et de trois.

4° A la page 69, il dit qu'on compte en France 1,876 morts de 0 à 1 an, sur 10,000 décès. — A la page 70, il suppose que c'est sur 10,000 naissances; ce qui implique l'égaUté des décès et des naissances, bien évidemment! — « Mais votre supposition est absurde, appliquée à la France, » lui crie-t-on de toutes parts? — C'est la méthode de ïïaUey, répondil?... Il persiste à ne pas vou^ que lorsque Halley à Breslau, Buffon à Paris, ont admis cette égahté, c'est qu'elle existait, de fait, dans ces deux villes!... Ils étaient, l'un et l'autre, trop bons géomètres pour ne pas savoir qu'une hypothèse fausse engendre, nécessairement, une conclusion absurde ! — Et de quatre.

5° Depuis l'étabHssement du suffrage universel, la population totale a augmenté et le nombre des électeurs inscrits a diminué ! Ce fait a été constaté, en 1857, par le Corps législatif et tout le monde en a conclu que l'augmentation s'était faite ^en mineurs.

Mais M. Bertdlon n'est pas tout le monde ! « Cela n'est pas possible, dit-il, page 82, puisque le nombre des naissances et des conscrits n'a pas changé. >^

— Ainsi; quand les chiffres extrêmes de deux séries sont identiques , ce docteur en conclut qu'il en est de même des intermédiaires... Cette arithmétique-là est nouvelle !...

Et ce qu'il y a de curieux, c'est qu'il dément, à la page 6, son axiome de la page 82, puisque, tout en adoptant, pour les naissances et les conscrits, les mêmes chiffres que M. Mathieu, il compte, à la fin de la première année, 7,000 survivants de plus que lui!... — Et de cinq.

a Mes conclusions ^ dit M. Bertillon, sont acquises à... la science. )) — Quelle science?... Nous savons bien que cette acquisition a été faite par MM. An dr al et Bousquet; mais les métaphores de CotiUon III n'ont plus cours et ces deux Messieurs ne se nomment pas plus LÀ Science , que Louis XY ne se nommait la France! Aucun d'eux n'a singé Louis XIT, en disant : «La Science, c'est -moi! » Ils ont, l'un et l'autre, trop d'esprit pour avoir si peu de jugement.

Chiffres notoirement faux, suppositions notoirement déplacées, déclamations verbeuses, destinées à suppléer à l'insuffisance du fond par la suffisance de la forme, voilà, en résumé, ce que MM. Andral et Bousquet ont payé" 2,000 francs, aux frais des contribuables!...

Poussé par de mauvais conseillers, M. Bertillon commença, en 1855, sa campagne contre la. vérité.

A cet effet, F Union médicale lui ouvrit ses colonnes ! . . . Soit conscience, soit autre chose, il se décida, plus tard, à revenir sur ses assertions premières et à reconnaître, en 1857, que la mortalité des adultes avait réellement augmenté !...

Cet aveu tardif n'était pas de nature à lui mériter les bonnes grâces de MM. Andral, Rayer, Yelpeau et autres immortels, qui tiennent beaucoup plus à leur infaillibilité qu'à la réputation même de Jenner, et feraient assez bon marché de la vaccine, si leur vanité dé corps savant n'y était intéressée !.. .

C'est alors que M. Bertillon imagina, pour sauver ' les apparences, le petit mrac^e annoncé par M. Andral, le 8 février 1858, en séance solennelle!...

Cette découverte lui fut payée 1,500 francs!... Malheureusement pour la section médicale de l'Institut de France, elle avait compté un peu trop sur la créduhté publique.

On le lui fit bien voir ! — En deux mots , le docteur Caffe démontra, dans son journal du 20 mars, que « la vérité mathématique était en désaccord complet avec l'assertion de M. Andral. »

Chacun reconnut immédiatement le fait. Le sens commun n'est pas rare et ce qui le choque ouvertement est toujours très-mal venu !... C'est alors que l'inventeur consterné balbutia cette mauvaise excuse : c( Il n'est pas loisible en statistique, dit-il, de choisir

les périodes... Il fallait prendre celles de l'auteur qu'on critiquait! » [Sic, p. 248 du journal.) Cette prétention n'était pas seulement irrationnelle , elle était souverainement 'déplacée ; car M. Andral et son assertion avaient seuls été mis en cause et il n'avait pas été dit le moindre mot du médecin de Montmorency, aux paroles duquel on n'attachait aucune importance. En conséquence, l'excuse fut dédaignée !

Comme il serait possible cependant que quelque vaccinopMle, de la force de M. Eugène Bertin, attribuât ce dédain à l'embarras de répondre , comme nous ne méprisons aucune objection, quelque pué- , rile qu'elle soit, nous terminerons notre travail en accordant à M. Bertillon la satisfaction qu'il demandait du bout des lèvres, selon sa coutume. Nous allons donc comparer la période 1817-1831 à la période 1840-1849.

Décès moyens ordinaires, subdivisés pat sexe, à vingt années d'intervalle. (1)

Décès par sexe. Vers 1824. Vers 18/i/i. Augmentation.

Masculins 383,711 417,S88 31,877

Féminins 381,782 413,787 32,005

Totaux. . . . 767,493 831,375 63,882

(1) V Annuaire de 183/( donne, page 103, la subdivision par sexe, de 1817 à 1831; mais Demonferrand signale 17,080 morts-nés, comme y figurant mal à propos et réduit, en conséquence, les 784,573 décès de V Annuaire à 767,493. Cette rectification est juste

En présence de ces chiffres si clairs, si explicites, de quel nom poli peul-on qualifier l'assertion, soufflée par M. Bertillon à l'oreille de M. Andral, et répétée complaisamment par celui-ci? •

La comparaison des naissances aux conscrits correspondants prouve, comme on le verra tout à l'heure, que l'augmentation des 63,882 décès a porté, pour 13,882 environ, entre la naissance et l'âge de 20 ans ou pour mieux dire, sur les adolescents de 10 à 20 ; car il est avéré, nul ne le conteste, que de 0 à 10, la mortalité ne s'est pas accrue. Le simple rapprochement des dates suffit maintenant pour indiquer que les 50,000 autres décès ont porté sur les 20 années suivantes, c'est-à-dire de 20 à 40 ans^ puisque 20 ans séparent, en moyenne, les deux périodes comparées (1).

Depuis 1839 , on a reconnu que sur 5 morts-nés, il se trouve 3 garçons , ce que Demonferrand ne savait pas! — II suit de là que pour dégager, des morts-nés, les chiffres de V Annuaire, il est nécessaire et il suffit de retrancher 10,248 décès masculins et 6,832 féminins. C'est ce qui a été fait ici.

(1) II faut assurément toute l'imaginative de M. Bertillon pobr gratifier de ces 50,000 décès les vieillards non vaccinés, au-dessus de 60 ans! Le sens commun ne dépose-t-il pas encore contre cette nouvelle invention? — ]Ne savons-nous donc pas que les rangs de nos vieillards ont été tellement éclaircis par les gloires impériales que, parmi eux, on ne compte aujourd'hui que 5 décès masculins pour 6 féminins?... {Statistique de la France, 1856, t. III, p. 42 et 43.)

Voici donc, cette fois, la subdivision par âges :

Ages des morts. Vers 1824. (1) Vers 1844.(2) Augmentation.

Avant 20.ans. . 342,852 356,734 13,882

De 20 à 40 ans. 95,279 145,279 50,000

Après 40 ans. . 329,362 329,362 Néant.

Totaux. . . . 767,493 831,375 63,882 En résumé, le rapport entre les décès avant 40 ans et les décès généraux, qui était de 62 pour 100 en l'an x , à l'aurore de la vaccine , était descendu à 57 pour 100, vers 1824 ; — 20 ans plus tard, il était remonté déjà à plus de 60 pour 100!...

N'est-ce donc pas avec raison que M. Carnot termine son post-scriptum., page 17, en disant, à propos des énormités accumulées par l'avocat du vaccin :

RiSUM TENEATIS!

Notre travail est terminé.

Nous avons exposé des faits dans tout le cours de cet ouvrage; nous nous bornerons maintenant à prier nos lecteurs d'en vérifier, par eux-mêmes, la scrupuleuse exactitude. A l'exemple de M. Carnot, « nous avons fermé la porte à l'hypothèse, de peur que le mensonge n'y passât avec elle. » M. Bertillon

(1) Subdivision donnée par Demonferrand. {Pairia^i. II.)

(2) De 1820 à 1849, les naissances s'élèvent, en moyenne, à 970,600. — De 1840 à 1849, Ips conscrits à 304,341 ; ce qui suppose à peu près 613,866 individus de 20 ans et, par suite, 356,734 décès avant cet âge. — Ce fait n'est pas contestable !

n'avait pas pris cette sage précaution. On sait maintenant ce qu'il en est advenu !... (1)

(1) Le baron Dupin était, jusqu'ici, le seul mathématicien dont les vaccinomanes consentissent à reconnaître l'autorité, en fait de statistique. — Aujourd'hui, M. Bertillon le met au rebut, comme les autres ! Pourquoi ?

Parce qu'il est arrivé à ce savant géomètre de dire, le 19 mars 1849, à l'Académie des sciences :

P, étant la population actuelle de 20 à 21 ans ;

N, les naissances qui l'ont produite;

c?, le nombre des morts de 0 à 20 ans 1/2 ;

on a 10P = 0,63N et 2<'d = 0,37N

d'où l'on tire d= — la)

Maintenant, si l'on représente par D les décès moyens actuels de tout âge, en divisant par ce terme les deux membres de l'équation (a), on aura

rf 37P 1d^63D

Cette dernière formule, d'un calcul facile, est admirablement justifiée par les documents authentiques des quarante ans écDuléé du 1*"^ janvier 1814 au 1" janvier 1854, comme on peut le voir, page 10 de cet ouvrage, au 5°.

Mais comme elle donne un éclatant démenti à la mortuaire mise au jour par M. Bertillon, celui-ci la déclare invraisemblable, inconséquente et absurde (sic), dans la Gazette hebdomadaire du 15 octobre 1858!

Ecce homol... Celui qui a la jaunisse voit, dit-on, tout en jaune, mais il n'y a pas lieu de s'en formaliser ; car les infirmités physiques et morales ont, avant tout, droit à la compassion, quels que puissent être leurs écarts !

22 octobre 1858.

De même que nous méprisons L'hypothèse, nous dédaignons la rhétorique empesée dont notre confrère de Montmorency affuble cette femme perdue ; Là Vérité ne porte pas de crintDline !...

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