‹ Philosophie mathématique et médicale de la vaccine [electronic resource]Chapitre 38 sur 43 · BOILEAU · texte numérisé non relu

BOILEAU

En 1848, le ministre demanda quel serait le chiffre des électeurs de la France, en vertu du suffrage universel. M. Mathieu répondit que leur nombre dépasserait 11,545,000 : — M. Carnot, qu'il n'atteindrait pas 9,945,000. — Différence, 1,600,000!...

Le ministre , surpris d'une telle divergence , attendit l'épreuve et, lé 13 mai 1849, elle donna 9,936,004 électeurs inscrits! La vérité était donc du côté de M. Carnot : M. Mathieu ne voulut cependant pas encore se rendre !...

Mais après le 2 décembre 1852, époque où l'importance du vote à émettre décida le gouvernement à dispenser exceptionnellement les électeurs de jus-

tifier de leur résidence, voyant que 9,843,076 seulement figuraient sur les Hstes, H n'hésita plus et écrivit, dans V Annuaire du bureau des longitudes de 1853 :

« // faut que la population majeure soit d'environ 20 mdlions, puisque le nombre des inscriptions électorales s'élève à près de 10 millions. » (P. 223.)

Depuis cette époque, V Annuaire n'a pas varié et cette population n'a évidemment pas augmenté, puisque le nombre des électeurs inscrits en 1857 ne s'est élevé qu'à 9,495,955 {Moniteur).

Cependant il s'est rencontré un écrivain pour démentir V Annuaire et l'évidence en évaluant à 22 millions la population majeure; mais, chose bien plus incroyable, il s'est trouvé un médecin célèbre pour proposera l'Institut de France d'accorder une gratification de 1,500 francs et une mention honorable à l'auteur de cette découverte inespérée de 2 miUions de maj eurs fantastiques ! . . .

Ainsi, l'esprit... de corps a conduit les oracles de la Faculté à prendre sous leur -propre responsabilité le plus absurde des contre-sens, dix^ années après la révolution de 1848, alors que l'importante vérité ne pouvait plus être mise en doute que par des folliculaires ignorants. — Ne sutor ultha crepidam !

La Nature n'est pas du nombre de ces femmes sans pudeur qui se dévoilent à une première demande. Très-souvent elle s'exphque avec la clarté des oracles.

Pour paryenir à la connaître, à lui arracher des aveux positifs,

Il faut du temps, des soins, et ce pénible ouvrage Jamais d'un écolier ne fut l'apprentissage.

Les mésaventures des statisticiens modernes, soit officiels (1) soit officieux, depuis M. Legoyt jusqu'à M. Bertillon, fournissent une preuve palpable de cette vérité méconnue, comme nous l'avons montré dans le cours de cet ouvrage.

Lorsque M. Carnot, après plusieurs années de recherches analytiques, se décida à pubUer son premier mémoire, il l'adressa à l'Académie des sciences mathématiques, parce que cette assemblée seule lui parut posséder la haute impartiahté et les connais-

(1) Exemple : Le nombre moyen des garçons, nés'de 1814 à 1833, est 499,000 et celui des conscrits, figurant aux classes de 1834 h 1853, est 305,000. — Donc il meurt, année commune, 194,000 mâles, avant l'rge du recrutement. — Cela est incontestable!,..

Or, comme le dit avec raison le chef du bureau de la Statistique, l'année 1853 est normale et régulière; elle a fourni, en outre, 397,000 décès masculins de tout âge, ce qui concorde avec la moyenne des 35 ans qui la précèdent. — Donc le chiffre des mâles morts avant 20 ans et demi, dans le cours de cette année, doit être 194,000 à peu près. — Cela est rationnel !...

Hé bien! ]& Statistique in-40, officiellement publiée en 1856, dit aux pages 42 et 43, que le nombre des mâles morts avant 20 ans et demi, dans cette année 1853, normale et régulière, a été 160,149 ! — Ce chiffre est évidemment impossible et trop faible de 34,000 à peu près!...

Ab uno, disce.

sances nécessaires pour le juger. « Le tribunal était bien choisi, » comme la dit M. Bousquet lui-même dans son rapport sur les vaccinations de 1848. Dix ans se sont écoulés depuis lors et, malgré l'extrême importance de la question soulevée, l'Académie n'a voulu se prononcer ni pour ni contre la vaccine (1) ! . .

Qu'on interprète ce silence, comme' on voudra, il est évident qu'on ne peut l'attribuer au dédain de l'Académie des sciences pour le travail, soumis à son jugement, puisque ce travail a suffi pour émouvoir tous les corps savants de l'Europe et, en particulier, les Académies de paédecine.

La nôtre, en effet, au lieu d'attendre avec calme la décision souveraine de l'Institut, comme c'était son devoir, aux termes de son règlement, — la nôtre ne s'est-elle pas avisée d'évoquer à son tribunal, par l'organe de M. Bousquet, cette question qui ne lui était pas soumise?... Ne s'est-elle pas efforcée de combattre, par des phrases sans portée ou par de maladroites dénégations, des faits et des chiffres dont tout le monde était à même de vérifier la scrupuleuse exactitude, dont elle comprenait à peine l'enchaînement logique, mais dont l'mexorable conclusion suffisait pour l'épouvanter?-... Ne l'avonsnouspas vue, en 1853, faire preuve de la plus in-

(1) La commission, nommée le 23 avril 18/i9, se composait de MM. Arago et.Matliieii.

croyable ignorance des lois fondamentales de l'équilibre et du mouvement, lorsque, par l'organe de M. Roche, elle s'est avisée de traduire l'axiome éternel de mécanique, invoqué par M. Carnot : — Il n'y a pas d'action sans réaction, — par le rude assemblage de ces cinq mots latins : Post hoc, ergo propter hoc? A défaut de connaissances mathématiques, nous aurions cru du moins M. Roche un peu plus fort en thème ; mais comme dit le poète.

L'esprit qu'on veut avoir gâte celui qu'on a,

et l'esprit de système a gâté notre Académie !

Nos lecteurs auront pu remarquer que, dans le cours de cet ouvrage, il n'a été fait aucune mention des diverses objections, adressées aux travaux de M. Carnot, de 1848 à 1855, parce que complète justice en a été faite par notre savant ami le docteur Bayard, dans le quatrième chapitre de son livre déjà cité, ainsi que dans la Bévue médicale et dans la Gazette des hôpitaux. L'opinion pubhque a si bien ratifié les jugements qu'il a portés, que l'Académie de médecine, après avoir enterré ses morts, ne trouvant plus aucun de ses membres disposé à se faire occupe, s'est vue réduite à recruter des défenseurs dans les derniers rangs de l'armée médicale! Là se rencontrent parfois, en effet, de hardis volontaires, capables de tout entreprendre et de tout oser, mais

aussi bien compromettants pour les causes qu'ils servent ou pour les chefs qu'ils agréent. L'Académie en a fait la triste expérience ; son choix a été. si malheureux, sa confiance tellement abusée, qu'elle s'est mise dans le cas de s'entendre dire pubhquement et avec justice en 1856 : « Il est permis de se tromper, mais non de tromper les autres. Noblesse oblige, et l'Académie impériale de médecine devrait se le rappeler ! (1) »

Cette leçon sévère a-t-eUe déterminé la retraite du rapporteur perpétuel de la commission de vaccine ? Nous ne savons; toujours est-il que M. Bousquet semble avoir dit son dernier mot, en s'oubHant au point de signaler à l'Académie et au ministre comme un travail consciencieux, l'œuvre incroyable de M. Bertillon.

(1) Journal des connaissances médicales, vingt-troisième année, p. 27G et m.

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