POST SCRIPTUM
L'homme naît pour mourir, telle est la loi divine.
Toutefois la chance de mort à un âge donné varie, dans le même pays, d'une province à une autre. Cette chance dépend, en premier lieu, de l'influence des agents naturels ; en second lieu, des coutumes et de l'alimentation des diverses classes qui habitent ces provinces.
Cela posé, il est évident que le rapport entre la mortalité par âge de deux départements doit rester constant, à un demisiècle d'intervalle, si, dans le cours dace demi-siècle, les coutumes et l'alimentation des habitants sont restées dans le même rapport.
Or, de 1800 à 1850, la France et sa capitale n'ont pas vu changer d'une manière très-sensible leur situation hygiénique réciprogwe. La centralisation administrative est aujourd'hui la même que sous le consulat. Le luxe, la misère, sa compagne inséparable, ont grandi partout dans les mômes proportions. Si l'alimentation des classes pauvres est aujourd'hui moins bonne à Paris qu'au dix-huitième siècle, il en est malheureusement de môme par toute la France, car le prix des denrées de première nécessité a augmenté partout. Si la valeur locative des maisons s'est accrue à Paris, celle des domaines ruraux a augmenté en France, en proportion de l'accroissement des impôts, qui a été partout le même> Si à ^
Paris le rapport des naissances natnrelies aux naissances légitimes était au dix-huitième siècle de un sur deux, il est encore le même aujourd'hui ; el, comme les départements ont, de tout temps, fourni à la capitale le plus grand nombre de ses filles mères, il est évident que l'immoralité n'a pas progressé éu France depuis un demi-siècle, quoi qu'en disent quelques moralistes chagrins, qui ne savent pas l'arithmétique !.,.
Enfin en France, comme dans sa capitale, les^deux fiers des nouveaux-nés ont été vaccinés, mais avec cette seule diiïérence, que la propagation du prétendu spécifique y a été plus tardive d'environ 10 ans. Il en résulte que si l'influence du vaccin s'étend aujourd'hui jusqu'à l'âge de S5 à 60 ans à Paris, elle ne dépasse pas, dans les campagnes, celui de 45 à oO ans. C'est donc seuleme7it entre la naissance et l'âge de 40 ans qu'il convient d'étudier cette influence; car ce n'est que dans cette période de la vie humaine qu'elle peut se faire sentir partout aujourd'hui, avec une égale intensité.
Cela posé et bien compris, il est incontestable que sur 1,000 décès, morts-nés à part, on en a compté à Paris, de 1840 à 1847, 634 avant l'âge de 40 ans et qu'il en était absolument de même au dix-huitième siècle (Buffon et Annuaires). Donc, en France, on doit aussi en compter aujourd'hui, avant l'âge de 40 ans, le même nombre qu'au dix-lmitième siècle ! Or, sur 1,000 décès généraux, on en comptait alors ;
Selon Deparcieux 608 (1)
Selon Duvillard f 631
D'après le relevé mortuaire de l'an x. . . 620 Ce chiffre authentique, moyen entre ceux qui le précèdent.
(1) Pour comparer Deparcieux ;i Duvillard, il faut tenir compte du rapport des décès aux naissances, parce que le premier rap-
me paraît le plus digne de foi ; car il est reconnu, depuis trèslongtemps, que Deparcieux indique une mortalité trop lente et Duvillard une mortalité trop rapide ! (Annuaires.)
J'évalue en conséquence à 62 pour 100 le rapport actuel des morts avant 40 ans aux décès généraux de la France ; — en cela, beaucoup moins pessimiste que la table II de, VAnnuaire du bureau des longitudes, qui le fixe à 65 pour 100!...
Mais que dire dii médecin optimiste de Montmorency, qui réduit ce rapport à 54 1/2 pour 100, c'est-à-dire aux neuf dixièmes de celui, déjà trop faible, donné par Deparcieux?...
RiSUM TENEATIS !
Il faut être aveugle-né ou membre d'une académie devenue aveugle sur ses vieux jours, pour ne pas reconnaître que la table de l'Annuaire du bureau des longitudes, tant de fois citée dans ma lettre, est la condamnation positive des assertions hasardées de MM. Andral, Bousquet, Rayer, Velpeau et autres admirateurs du vaccinophile de Montmorency ! . . . '
Cette petite tabl-î, répandue à profusion depuis six ans et continuant à se répandre, finira par être comprise de tout le monde et, ce jour là, toute l'éloquence des médecins académiques sera dépensée en pure perte ! . . .
Que dis-je, en effet, qui ne soit dit et redit par M. Mathieu, avec bien plus de force ? Qu'on en juge ! . . .
Dans la dernière période de 15 ans (1841-1855), le mouve-
porte aux naissances les décès partiels, tandis que le second les rapporte au contraire au total des morts.
Or, de 1770 à 1784, on compte, morts-nés à part, 1,000 décès pour 1,178 naissances; et, sur 1,178 naissances, Deparcieux et Fourier signalent 608 morts avant l'âge de ZiO ans, — C'est pour n'avoir pas fait cette distinction que sir Francis d'Invernois a injustement attaqué Duvillard. Voir, à ce sujet, la loi de survivance de Deparcieux, complétée par Fourier, à la page 69 de cet ouvrage. (H. C.j
ment annuel moyen donne 841,751 décès ordinaires et 961,113 naissances. Il y a, de plus, 32,360 morts-nés. Or :
1° Sur les 841,751 décès, j'en compte 524,000 avant 40 ans, soit 62 pour 100.
Hé bien! M. Mathieu ne nous apprend-il pas que, de 1854 à 1856, il n'y avait en France que 441,000 habitants de 40 ans, reste des 972,000 nouveaux-nés de 1814 à 1816? Il en était donc , mort 531,000 avant d'arriver à l'âge de 40 ans. — C'est 7,000 de plus que je n'en compte !...
2° De 611,000 habitants de 20 ans et demi, je compte qu'il en est moi 1 161,700, avant d'atteindre l'âge de 40 ans.
Hé bien! si, de 611,000, on retranche 441,000 habitants de 40 ans, n'est-il pas clair que, d'après la table, 170,000 sont morts dans l'intervalle? — C'est 8,300 de plus que je n'en compte ! . . .
Donc, si je ne m'accorde pas avec M. Mathieu, c'est parce que, je suis au-dessous de la vérité qu'il annonce!