PARTIE PSYCHOLOGIQUE. — CHAP. II
dans son point de vue et différaient par la forme et par l'expression pins que par le fond. Il est évident par ce qui précède qu'il ne peut y a\oir dans Tètre créé ni désir ni amour sans un motif , et que si nous aimons quelqu'un ou quelque chose , c est parce que nous espérons y trouver le bien dont nous avons besoin ; et plus notre amour s'adresse haut, plus l'objet aimé est audessus de nous , plus aussi notre espérance du bien est grande et efficace sur notre volonté. C'est sans donte ce que Bossuet voulait dire. Mais il est constant aussi , par l'expérience intime , que plus l'amour est pur et élevé, plus il est spontané , dépourvu de réflexion , sans retour sur soi; plus il tend à s'unir à l'objet, comme pour s'y perdre , se fondre en lui , devenir un avec lui. L'âme, attirée puissamment par ce qui lui représente le bien souverain , s'y précipite instinctivement avec toute la force de son désir, et elle s'oublie elle-même dans son transport, dans son élan vers l'objet aimé ; alors elle n'a conscience ni du motif ni du mobile , elle ne voit que le terme où elle tend , elle oublie tout le reste et elle-même pour y parvenir. C'était le sentiment de Fénelon, et il parlait de l'amour comme il l'éprouvait. Son illustre adversaire le raisonnait plus qu'il ne le sentait; c'est pourquoi il analysait plus subtilement la question. Fénelon était au point de vue de la spontanéité , Bossuet à celui de la réflexion.
L'amour tendant vers un objet connu, dont la
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PaStIS psychologique. — CHAP. II. 95
nnltipl^ et (Complexes indiqués ci-dessus , et qui constipent la trame de notre vie de tous les jours. L'amour est le principe de tous ces faits ; il est la base de la haine , parce qu'au fond de la négation se trouve Faffirmation. Le positif a partout Finitiati ve , et le négatif en est la privation ou la restriction.
L'amour est la propriété essentielle de Fàme ; elle aime dès qu'elle commence à vivre, c'est-à-dire qu'aussitôt qu'elle vit , elle sent en elle le vide de la créature qui ne se suffit point à elle-même, parce qu'elle n'est point d'elle; ït, ayant besoin de stimulation et de nourriture , elle aspire vers autre chose qu'elle attire et cherche sans le cou*laitre, sans savoir où le trouver. L'amour à son origine ist toujours aveugle ; voilà pourquoi sans doute les andens le représentaient avec un bandeau sur les yeux. Il end instinctivement vers l'objet du besoin éprouvé ; il îherche et trouve d'abord cet objet aveuglément : l'enfant .'attache naturellement au sein maternel , et personne ne ai apprend à en aspirer le fluide nourricier. Il tourne ;pontanément les yeux vers la lumière , il l'aime , il la îherche, sans savoir ce qu'elle est en elle-même et pour ai. Dès que son intelligence se développe , il aime la véîté sans la connaître , il la suit sans être capable de la iiscemer. A l'époque de l'adolescence, il aime la beauté la'il ne connaît point encore ; et de là une tendance aveagle, une inquiétude vague, qui le pousse incessamment vers tout ce qui est beau.
Le désir dans l'homme est l'amour avec une certaine connaissance de l'objet , et par conséquent une direction de racti\dté vers l'objet , une recherche libre et éclairée.
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