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CHAPITRE PREMIER

Objet de la Psychologie morale.

La Psychologie morale est la science de l'âme humaine considérée dans sa vie pratique. Elle étudie rhomme^ non plus seulement comme un être intelligent 9 capable de connaissance et de science, mais surtout comme un agent libre qui a eu lui une force propre , toujours actionnée par les forces qui l'entourent et réagissant vers ces forces. Elle a donc à expliquer trois choses principales : l'' la force morale de Tâme^ et les lois de son exercice dans l'état présent de Thumanité ; 2^ les influences diverses qui portent l'homme à agir^ d'où résultent ses impressions, ses sentiments et les motifs de ses actes ; 3^ la manière dont la volonté réagit vers ces influences et choisit entre elles, ou Texercice de la liberté et ses suites. I. 1*

i PflILOSOPHnE MORâLE»

Dans la psychologie intellectaelle , noas n*ayons observé qu*aQ «6té de T homme ^ Thomme^esprit dans le développemeitt de ses f acidiés et dafift sos rapports et ses relations avec ce qai les excite et les perfectionne. C'est la partie spéculative de la vie humaine , et c est seulement par abstraction, et pour la commodité de la science, qu'on peut Tenvisager à part et comme si elle existait seule. Dans la réalité, la spéculation est toujours mêlée à la pratique, la pensée à Taction, la vie intellectuelle à la vie morale. Toutes les facultés de Thomme opèrent ensemble et s impliquent mutuellement. Quand il pense , c'est pour agir; l'action, de scm côté, excite la pensée; Fintelligence et la volonté sont dans une action et réaction continuelles. Telle est la vie réelle ; tel ne peut pas être renseignement; car nous ne pouvons tout considérer ni tout dire à la fois. Il faut que chaque chose soit vue à son tour ; et, comme toute exposition par le langage est successive , les objets qui passent Tun après Vautre devant Fœil de l'esprit prennent rang dans le discours et se posent avec ordre dans le cadre de la science. Cest maintenant le tour de Thomme moral , étude encore plus importante que la première, bien que tout ce qui concerne l'homme nous importe. Vacte moral a des conséquences plus graves que l'acte intellectuel, la responsabilité humaine s'y trouvant plus profondément engagée. Il ne s'agit plus seulement , dans cette sphère , de ce que l'homme pense et comment il pense ; il s'agit de ce qu'il sent , de ce qu'il veut, de ce qu'il fait. Ici tout tend à la réalisation extérieure, non-seulement par la parole, qui est déjà un fait grave, mais encore par l'action, qui se pose dans

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le monde de Fespace et du temps , et s'y propage en conr séquences multiples dont le développement ne peut plus être arrêté.

Tout effet suppose uoe force capable de le produire. Les actes de Thomme, étant très-distincts des faits et des mouvements effectués par les autres êtres de ce monde , impliquent donc une force humaine, sui generis, dis* tincte aussi des autres forces de la nature, et contenant d'abord en puissance tout ce qu elle posera plus tard au dehors par son rayonnement ou sa manifestation. L'homme est cause dans le sens rigoureux de ce mot , c est-à-dire principe d'action, commençant une sér rie de mouvements par sa propre énergie , l'interrompant ou la continuant à sou gré avec les modifications qu'il Teat lui imprimer, et ainsi soutenant ou supportant les conséquences qui en sortent , puisqu'elles sont parties de lui et qu'il en est l'auteur. Mais cette force, par laquelle il se commande à lui-même et déternûne ses actes , n'est point aulonome; elle dépend, pour entrer en activité, de quelque chose d'extérieur. Elle n'a point l'initiative de son exercice, tellement que si elle était seule et sans excitation objective, elle resterait inerte, immobile, comme la plante dans son germe non fécondé , ou tout au plus elle sagiterait en elle-même, se dévorant dans son fond «ans pouvoir se manifester. Telle est la condition de la force créée, de la force humaine comme de toutes les autres. En tant que créature , elle est seconde ou secondaire ; car cHe relève nécessairement de son créateur et dépend de lui-, non-seulement par le fait de la création , mais encore parce qu'elle ne peut être animée, vivifiée et

vérité, soit pour l^accomplissement du devoir et la réalisation du bien. Elles sont nécessairement dogmatiques et impératives. La psychologie expé-r rimentale est purement historique. Elle s'occupe à constater et à expliquer tous les faits et les moments du développement de Tâme humaine. Elle fait l'histoire naturelle de Tame.

De tout temps sans doute l'homme a été porté à s'ol>server pour se connaître, et chez les anciens comme chez les modernes , le nosce teipsum a été la première condition de la science philosophique. Cependant, c'est seulement dans les derniers siècles, et depuis Bacon et Descartes , que la connaissance de soi-même , au moyen dune observation méthodique, a été réduite peu à peu en une doctrine positive sous le nom de psychologie expérimentale. La méthode baconienne fut d'abord appliquée à l'étude du monde extérieur, et les excellents résultats qu'on en retira au commencement devaient encourager à en étendre l'application au monde intellectuel et moral. Il devait arriver aussi , par le penchant naturel à l'homme d'aller d'un extrême à l'autre, qu'on ne voulût plus d'autre méthode, et qu'on prétendit fonder la science de l'àme exclusivement sur les données de l'observation. C'est ce qui a eu lieu en effet, et c'est par l'école écossaise, fille de Loke, bien qu'elle l'ait renié plus tard en le combattant sur plusieurs points , que cette prétention a été mise en avant avec le plus d'assurance. Les philosophes d'Ecosse, et particulièrement les docteurs Reid et Dugald-Steward ,

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ont voulu fonder la science de l\me humaine comme les physiciens font celle de la nature , n'admettant que les faits constatés par Tobservatlon et les conséquences que rînduction peut en tirer légitimement; en d'autreii termes , procédant toujours a posteriori , et excluant comme hypothèse tout ce qui pourrait venir d'une autre source ou par une autre voie. Il en est résulté une doctrine sans base et sans unité , composée de faits multiples très-divers, et couronnée par des abstractions ou des résidus d*induction posés gratuitement en premiers principes, sans être ordonnés hiérarchiquement entre eux ; en sorte que l'enseignement psychologique est tombé dans l'arbitaire et la confusion où nous le voyons encore aujourd'hui. Tant il est vrai que l'ordre et Tunité viennent d'en haut, et que dans la science aussi il n'y a de vérité que par la participation à quelque chose de supérieur, que l'abstraction ne crée point j mais qui descend , comme tout don parfait, du Père des lumières et de la source de tout bien.

La psychologie expérimentale a faussé sa voie au point de départ : en voulant se suffire à elle-même, et en déclarant ne vouloir admettre que ce qui lui est fourni par l'expérience , elle s'est ôlé la possibilité de devenir une science , c'est-à-dire d'avoir un principe inébranlable, une forme nécessaire et une portée universelle. Elle s'est réduite à n'être qu'une collection de phénomènes ou un système d'abstractions toujours relatif ou provisoire. Il faut qu'elle abjure cette fausse prétention , fruit de l'orgueil de la raison livrée à elle-même, et qu'elle rentre dans la voie de la vérité , en s'alliant avec les doctrines

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supérieures qui peuvent seules lui donner de Vidée, et par Yidie un élânent nécessaire et fixe. Il faut que Va posteriori s'associe à Fa priori, qu'ils s'embrassent et se confirment Tun par l'autre, le second consolidant le premier en lui donnant une base, et le premier servant à justifier le second par le développement et l'application. Ainsi faite , la psychologie pourra être très-utile à la logique et à la morale , qui s'appuient en grande partie sur elle , au moins pour la connaissance des facultés qu'elles doivent régler. L'une et l'autre sont une législation; la logique j législation de la pensée ; la morale , législati<MQi de la volonté. Or, une législation est l'imposition d'une loi ; la loi doit toujours être soutenue par une autorité qui la sanctionne, et il n'y a d'autorité légitime en défi* nitive que celle qui est naturellement supérieure à ce qu'elle gouverne. L'homme n'iu vente pas plus la loi de sa volonté que celle de son esprit. Toutes deux lui sont imposées d'en haut, et il ne peut les enfreindre sans tomber dans le désordre , dans le mal ou le désordre moral , dans l'absurde ou le désordre logique. Si donc la psychologie est purement expérimentale, et que la logique et la morale s obstinent à y chercher leurs principes, c'est-à-dire la loi et Tautorité qui leur donnent le droit de prescrire et d'imposer, évidemment elles ne pourront y trouver qu'une loi temporaire, qu'une autorité arbitraire; tout se réduira eu définitive au plaisir, à l'avan* tage ou à 1 intérêt du moi pour la conduite de la vie , à quelques règles abstraites , à quelques préceptes généraux pour la direction de la pensée. C'est en effet ce qui est arrivé aux doctrines philosophiques de nos joorSf

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