‹ Philosophie occulte (volume 2)Chapitre 2 sur 62 · INTRODUCTION · texte numérisé non relu

INTRODUCTION

Dieu ou l'esprit créateur, que la science est forcée d'admettre comme première cause;

Dieu qui est Thypothèse nécessaire à laquelle » rattachent toutes les certitudes ;

L'homme ou l'esprit créé dont la vie apparente commence et finit, maisdont la pensée est immortelle;

Le médiateur pu Fesprit du Christ homme sui^ humain par la pensée. Dieu humanisé par le travail et la douleur :

Tel est le triple sujet de la science des esprits.

L'homme, ne pouvant rien concevoir au-dessus de lui-même, s'idéalise pour concevoir Dieu. Le Christ, par ses sublimes pensées et ses admirables vertus, a réalisé cet idéal. C'est donc en Jésus^ Christ qu'il faut étudier Dieu, et comme le médiateur est aussi le prototype et le modèle de l'humanité , c'est encore en lui qu'il faut étudier l'homme considéré exclusivement sous le point de vue de l'esprit.

La science des esprits se résume donc tout entière dans la science de Jésus-Christ.

Les anges et les démons sont des êtres pu rement hypothétiques ou légendaires; qu'ils restent dans la poésie, ils ne sauraient appartenir à la science.

Contentons-nous des hommes, étudions Jésus- Christ et cherchons Dieu.

Moins on définit Dieu, plus on est forcé d'y croire. Nier le Dieu indéfini et inconnu , principe existant et intelligent de l'être et de l'intelligence, c'est affirmer témérairement la plus vague et la

plus absurde de toutes les négations ; aussi Prou- (BMm . cette contradiction incarnée , a-t-il pu dire avec raison que l'athéisme est un dogme négatif H constitue la plus ridicule de toutes les croyanct*s : la croyance irréligieuse.

Mais un Dieu défini étant nécessairement un Dieu fini, toutes les religions prétendues révélées dune manière positive et particulière s'écroulent d^s que la raison les touche; il n'y a qu'une religion , et Victor Hugo a bien dit lorsqu'il s'est ^rié : Je proteste au nom de la religion contre toutes les religions.

Si Dieu eût autorisé Moïse seul, il n'eût pas permis Jésus. S'il eût autorisé Jésus seul, il n'eût pas permis Mahomet. Il ne peut y avoir qu'une liH divine, mais il y a, dans ce bas monde, une multitude de juges et une grande cohue d'avocats qui tentent de rebâtir sans cesse, malgré sesperp<HueIs écroulements, la Babel des contradictions humaines.

Pascal, cet athée si religieux, ce sceptique snpenlilieux qui doutait de tout en présence de la l^nnqne inexorable dos nombres et qui croyait au dieu des Jansénistes sur la foi d'une amulette , IVsral qui, malgré lui, n'était pas catholique pai^

ce qu'il voulait être trop catholique, n'a pas craint de dire que, TÉglise romaine seule menaçant de l'enfer ceux qui n'adhèrent pas à ses dogmes , il est toujours plus sûr d'y croire, comme si une menace inhumaine était une raison et comme si , en matière de foi , la peur devait légitimement l'emporter sur la confiance.

Faire les ténèbres pour augmenter la peur, redoubler l'obscurité des mystères , exiger l'obéissance aveugle, c'est la magie noire des religions; c'est le secret des sacerdoces ambitieux qui veulent substituer le prêtre à la divinité, le temple à la religion même et les pratiques aux vertus. Ce fut le crime des Mages qui périrent tous dans une réaction fatale ; ce fut le crime des prêtres hébreux contre lesquels Jésus vint protester, et qui crucifièrent Jésus.

Eh quoi ! le ciel nous imposerait une loi rigoureuse sanctionnée par des supplices éternels, et il ne rendrait pas claire et évidente pour tous la promulgation même de cette loi! Quoi! la vérité ou plutôt le livre fermé qui la contient serait le partage exclusif de quelques fanatiques inexorables, et l'humanité presque tout entière serait abandonnée aux ballottements de l'erreur et à la fata-

lité d'une malédiction infinie ! Celui-là seul est un maudit qui peut le croire. Le Dieu qu*il adore ressemble à ces monstrueuses idoles du Mexique dont on humectait sans cesse les lèvres avec des cœurs sanglants. Une religion exclusive n'est pas une religion catholique . Catholique veut dire universel . S'emparer des forces fatales et les diriger pour en faire le levier de l'intelligence, tel est le grand secret de la magie. Faire appel aux passions les plus aveugles et les plus illimitées dans leur essor, les soumettre à une obéissance d'esclave, c'est créer la toute-puissance. Aussi , mettre l'esprit sous l'empire du rêve , exalter jusqu'à l'infini la cupidité et la peur par des promesses et des menaces qu'on croira surnaturelles parce qu'elles seront contre nature, se faire une armée de la multitude immense des tètes faibles et des cœurs lâches qui deviendront généreux par intérêt ou par crainte, et avec cette armée faire la conquête du monde : voilà le grand rêve sacerdotal et tout le secret politique des pontifes de la magie noire. Au contraire, éclairer les ignorants, affranchir les volontés , dégager les hommes de la crainte et les diriger par l'amour, rendre accessibles à tous la vérité et la justice, n'imposer à la foi que les hy-

pothèses nécessaires à la raison, et amener ainsi tous les peuples à un dogme unique, simple, consolant et civilisateur : voilà la réalité divine, et c'est ce que TEvangile a donné au monde.

L'Évangile, c'est l'esprit de Jésus, et cet esprit est divin. Voilà notre profession de foi nettement formulée sur la divinité de Jésus-Christ.

Mes paroles sont esprit et vie, a dit ce révélateur sublime; et la chair ici n'est pour rien.

L'Evangile est l'histoire de son esprit. Ce n'est pas la chronique de sa chair.

Homme par la chair. Dieu par l'esprit.

Il est mort et ressuscité.

Si vous vivez de mon esprit, a-t-il dit à ses Apôtres , votre chair sera ma chair et votre sang sera mon sang, et ces choses si éminemment spirituelles, matérialisées par la stupidité des théologiens barbares, nous ont donné des hosties saignantes et des communions anthropophages.

Le temps est venu de ne plus confondre l'esprit avec la chair. La science des esprits, c'est le discernement de l'esprit, et quand l'esprit de Jésus-Christ sera compris, cet esprit que l'Église appelle et qu'elle adore sous les noms d'esprit de science, d'esprit d'intelligence, d'esprit de force ,

d'esprit d'initiatWe ou de conseil, et, par conséquent, d'esprit de liberté, quand cet esprit, dis-je, sera compris, on ne demandera plus des oracles au sommeil, à la catalepsie, au somnambulisme ou aux tables tournantes. La science des esprits a pour base la connaissance de l'esprit de Jésus^ Christ, qui est la plus haute expression des aspirations intelligentes et aimantes de l'humanité.

Jésus, l'homme de lumière et de bonté, a été pressenti et salué d'avance par les initiateurs de tous les cultes. L'Egypte, sous le nom d'Horus, l'aï dorait dormant encore sur le sein d'Isis ; l'Inde le nommait Chrisna et le suspendait aux mamelles de Deyaki ; les Druides élevaient une statue à la mrge qui devait enfanter ; Moïse et les prophètes préludaient par de magnifiques dithyrambes à l'épopée des évangiles; Mahomet le reconnaît et ne proteste que contre l'adoration idolâtrique de sa chair. L'humanité est donc chrétienne depuis le commencement du monde. Accoutréeà l'indienne, à l'égyptienne , à la juive ou à la tui-que , l'humanité est partout la même et le dogme est universel. Proclamons donc aujourd'hui la catholicité du monde et n'excommunions pas même ceux qui veulent s'isoler dans un ciel dont les nuages

de gloire se formeraient des vapeurs d'un bûcher où brûlerait sous eux et pour eux Thumanité presque tout entière. Un temps viendra, et il est pi-oche, où de telles idées inspireront à tout le monde une telle horreur qu'on n'osera plus les professer tout haut, et que la mémoire des inquisiteurs de tous les cultes sera condamnée à son tour et à jamais par l'inquisition du mépris.

Une des grandes pyramides d'Egypte était à demi cachée par des montagnes de sable. Les hordes nomades du désert avaient de siècle en siècle amoncelé sur elle des constructions hybrides et des immondices, en sorte qu'on ne la voyait plus. Un grand prince arrive, il veut déblayer cette place pour y construire un temple ; on creuse autour du tas d'ordures, on l'escalade, on le démolit et la grande pyramide reparaît dans toute sa majesté.

Ceci est un apologue.

La guerre que la philosophie fait à l'Église ne la détruira pas , mais l'affranchira; car l'Église^ ! c'est la société des hommes qui sont animés de l'es- j prit de Jésus-Christ. A mesure que les superstitions religieuses ou plutôt irréligieuses descendent, l'Évangile monte, il est stable, il est éternel, il

est inébi-aiilable , carré par la base et simple comme les pyi*amides. Il y a toujours une logique dans la puissance ; des forces sans raison seraient des forces sans portée et par conséquent sans effet. Si donc l'Évangile est une puissance, c'est qu'il y a une logique dans l'Évangile.

La logique ou la raison, le logos de la puissance suprême , c'est Dieu. Cette raison , cette logique universelle éclaire toutes les âmes raisonnables; elle luit dans les obscurités du doute; elle perce, die pénètre, elle déchire les ténèbres de l'ignorance, et les ténèbres ne peuvent la saisir, la prendre, l'enfermer, l'emprisonner. Cette raison parle par la bouche des sages, elle s'est résumée dans un homme qui a été nommé pour cela le logos faut chair, ou la grande raison incamée.

Les miracles de cet homme ont été des miracles de lumière, c'est-à-dire d'intelligence et de raison. II a fait comprendre aux hommes que la vraie religion, c'estla philanthropie. Le mot estmoderne en français, mais il se trouve textuellement en grec dans l'évangile selon saint Jean. Il leur a fait voir que ce n'est ni dans telle ville, ni sur telle montagne, ni dans le temple qu'il faut chercher Dieu, mais dans l'esprit et dans la vérité. Son eu-

seignement a été simple comme sa vie. Aimer Dieu, c'est-ià-dire l'esprit et la vérité, plus que toute chose et le prochain comme vous-même , voilà , disait-il, toute la loi.

C'est ainsi qu'il ouvrait les yeux aux aveugles, qu'il forçait les sourds à entendre, et les boiteux à marcher droit. Les merveilles qu'il opérait dans les esprits ont été racontées sous cette forme allégorique si familière aux Orientaux. Sa parole est devenue un pain qui se multiplie, sa puissance morale un pied qui marche sur les flots, une main qui apaise les orages. Les légendes se sont multipliées avec l'admiration toujours crois^ santé de ses disciples. Ce sont des contes char« mants, semblables à ceux des Mille et une Nuits ^ et il était digne des siècles barbares que nous croyons avoir traversés et qui ne sont pas encore finis, de prendre ces gracieuses fictions pour des réalités matérielles et grossières, de discuter ana^* tomiquement la virginité maternelle de Marie, d'établir entre les mains de Jésus une boulan-* gerie invisible et miraculeuse pour multiplier les pains au désert, et de voir couler un sang globu^ laire et séreux, un sang anthropophagique et révoltant, sur les blanches et pures hosties qui

protestent contre le sang et qui annoncent pour jamais la consommation du sacrijBce.

L'Évangile n'appartient à la science que comme monument de la foi, et non comme document de rhistoire. C'est le symbole des grandes aspirations de l'humanité. C'est la légende idéale de l'homme parfait. Cette légende, l'Inde l'avait d^ ébauchée en racontant la merveilleuse incarnation de Vischnou dans la personue de Chrisna. Chrisna est aussi le fils d'une vierge. La chaste Devaki allaitant son divin fils se trouve dans le Panthéon indien et semble une image de Marie. Près du berceau de Chrisna se trouve la figure symbolique de l'Ane ; sa mère l'emporte pour le soustraire à un roi jaloux qui voudrait le faire mourir. Si les Yédas n'étaient antérieurs à l'Évangile, on croirait que tout cela est copié de notre Nouveau Testament. Est-ce à dire que tout cela est méprisable et ne contient rien de divin? Nous croyons qu'il faut en arriver à une conclusion diamétralement opposée.

L'esprit de l'Évangile est éternel et sa formule est celle des aspirations de l'humanité aussi anciennes que le monde. L'idée d'une incarnation, c'est-à-dire d'une manifestation de Dieu dans

l'homme, se retrouve dans tous les dogmes des sanctuaires antiques; le livre de loccultisme, Siphra Dzeniouta, qui contient sur Dieu les plus hautes doctrines du judaïsme, nous représente la divinité sortant de Thumanité comme une lumière, et l'humanité descendant de la divinité comme une ombre, en sorte que Dieu, ayant créé l'homme, l'homme à son tour est appelé à réaliser et à créer en quelque sorte l'idée de Dieu.

Que l'Évangile soit un livre symbolique, les Apôtres ne nous l'ont pas caché. Christ est le fondement, dit saint Paul, et sur ce fondement les uns ont bâti avec de la pierre, d autres avec du bois, d'autres encore avec de la paille. Le feu de l'épreuve viendra, et tout ce qui n'est pas solide sera consumé. C'est ainsi qu'on peut expliquer le choix qu'on a fait plus tard des livres canoniques, et le rejet définitif des Évangiles apocryphes.

Saint Jean, de son côté, nous dit : <( Jésus a fait et dit encore beaucoup de choses, et si on voulait les écrire toutes, je ne crois pas que le monde entier pût contenir les livres qu'on pourrait en faire. » Or, le champ de l'histoire est borné, mais celui de l'allégorie est immense, et si saint

leao n*eât pas voulu indiquer par cette parole la véritable portée des Évangiles, il eût dit une absurdité.

Mais quand les Apôtres se tairaient, l'évidence parlerait assez. Comment faut-il, par exemple, qu on démontre à des gens raisonnables que le diable, c'est-à-dire le personnage fictif qui représente le mal, n'a pas matériellement et en effet emporté Jésus sur une montagne si haute qu'on pouvait voir de là tous les royaumes de la terre? L'Évangile est plein de semblables histoires composées suivant le génie des Hébreux, qui enveloppaient toujours leur doctrine secrète d'èoigmes et d'images; suivant le génie de Jésus luimême qui, au dire des Évangélistes, ne parlait presque jamais sans paraboles. Le Talmud tout routier est composé suivant cette méthode, et Maimonides dit que les plus évidentes absurdités de œ livre cachent les seci-ets de la plus haute fi^eÊÊe. « Nous observerons seulement, dit labbé Chîarini, dans sa Théorie dvjudàmne, que, pour étudier le Talmud, il est en outre indispensable de jeter un coup d'œil sur les antiquités relineoies de tous les peuples d'Orient, afin de ne pointmettre* ainsi qu'on le fait d'ordinaire, sur le

compte du seul judaïsme, le style allégorique et cet amour immodéré des fables sacrées qui est commun à tous les interprètes des religions orientales. »

Est-ce à dire que sous toutes ces all^ories la personne réelle du Christ disparaisse et s'anéantisse? Faut41 penser, avec Dupuis et Volney, que l'existence humaine et personnelle de Jésus soit aussi douteuse que celle d'Osiris, aussi fabuleuse que celle de l'Indien Chrisna? Comment oseraiton l'affirmer quand Jésus-Christ est encore vivant dans ses œuvres, encore présent dans son esprit, qui a déjà changé et qui transfigurera certainement toute la face de la terre? On a douté de l'existence d'Homère, mais de quel Homère? De celui des commentateurs peut-être, mais est-ce que V Iliade et V Odyssée ne sont pas là? Est-ce que ces divins poèmes se sont composés tout seuls? Et qu'il y a loin de ces livres admimbles sans doute au poème vivant du christianisme, à cette Iliade des martyrs oti les dieux combattent et sont vaincus par des femmes et des enfants? A cette Odyssée de l'Église qui, après tant de persécutions et d'orages, arrive, mendiante sublime, au seuil du palais des Césars, lance d'un

bras victorieux les flèches qui percent les cœurs de

ses ennemis et va s'asseoir sur le trône du monde*

L'esprit de Jésus existe bien plus certainement

et bien plus évidemment encore que le génie

d*Homère. Mais cet esprit est un esprit d'abné^

gation et de sacrifice, et c'est pour cela qu'il est

divin. Moins Thomme se cherche, plus il se

trouve. Plus il s'abandonne, plus il mérite l'a^

doption du ciel. Plus il s'oublie, plus on se sou^

viendra de lui. Voilà, en peu de mots, les grands

secrets de la toute-puissance du christianisme.

Jésus, qui a donné ces préceptes, a aussi donné

l'exemple. Il s'est anéanti en présence de son

œuvre. L'homme a passé dans le symbole, et c'est

ainsi qu'il s'est fait Dieu. L'Évangile nous dit

qu'U a mené ses disciples sur une montagne et

qu'il s'est transfiguré en leur présence. Son visage

devint un soleil et ses vêtements fuirent blancs

comme la neige, c'est-à-<lire que l'homme s'effaça

dans la lumière de la révélation nouvelle. Et plus

lard la tradition, complétant la légende, dit que

Jésus, en montant au ciel, ne laissa rien de lui

sur la terre que son esprit répandu dans toute

l'Église, et l'empreinte ineffaçable de ses pieds

sur le sommet de la montagne.

A quoi bon chercher maintenant soit à Nazareth, soit à Bethléem, le berceau de l'enfant qui fut Jésus*Christ, dans Tespoir de retrouver sur quelque lambeau de ses langes des traces de sa vie purement humaine? L'échoppe de Joseph est renversée depuis longtemps, et des langes du Sauveur blanchis par la Vierge on a fait de la charpie pour les plaies de Thumanité. Jésus est ressuscité. Il n'est plus ici, pourquoi cherchezvous un vivant parmi les morts?

L'Évangile, c'est Jésus transfiguré ; c'est l'épopée de son admirable esprit, ce sont les miracles de sa morale représentés par les plus touchantes images. Il ne faut pas effacer un mot de ce livre ; il ne faut pas y ajouter une lettre. Car c'est le testament divin de l'honmie qui s'est anéanti pour nous. Cherchons-y des lumières pour la foi et non des i*enseignements pour l'histoire des croyances consolantes et non des probabilités scientifiques. Lorsque les anciens statuaires del'Orient représentaient les dieux, ils leur donnaient des formes hybrides et monstrueuses, afin de faire comprendra à tous que les dieux ne sont pas des hommes. C'est ainsi que les évangélistes, en semant leur récit de faits matériellement

impossibles ou formellement contradictoires, ont ¥0ula nous faire comprendre qu'ils n'écrivaient pas une simple histoire, mais un profond symbole et qu*ici, comme dans tous les livres sacrés, la lettre qui tue sert de voile à l'esprit qui seul vivifie!

C'est donc une impiété, c'est une véritable profanation, que de rechercher, en dehors de l'em* preinte qu'il a laissée sur la montagne en s'élevant au ciel, les traces purement humaines et matérielles de cet homme qui , par le plus parfait des sacrifices, s'est immatérialisé en se confondant de quelque manière avec Dieu. Mais si on voulait pourtant le faire, si les critiques ennemis du christianisme voulaient des documents pour l'histoire de cet homme, ce n'est pas en travestissant l'Évangile et en y cousant des variantes de fantaisie ; ce n'est pas en donnant de ses miracles pris à la lettre de grotesques explications qu'ils parviendraient à faire quelque chose de raisonnable. Jésus était juif; il a vécu et il est mort parmi les Juifs.

Ce sont les Juifs qui l'ont connu, qui l'ont rejeté , qui l'ont accusé et condamné , et si dix^neuf siècles après sa glorification on veut reviser son procès, ce sont les Juifs qu'il faut entendre. Or, les Juifs, en dépit des risibles assertions deDupuis

et de Volney, attestent l'existence réelle de Jésus et l'accusent encore de plusieurs crimes; leurs souvenirs sont consignés dans le Talmud, ce répertoire immense et complet de toutes leurs traditions. Des vies de Jésus, rédigées d'après le Tal« mud et augmentées des commentaires de la haine, ont été écrites par des kabbalistes et des rabbins. Nous en connaissons deux : le Sepher Toldos Jeschu et le Maasé Taiouy, ou l'histoire du pendu. Nous avons recherché et retrouvé ces livres dont nous donnons une analyse fidèle en écartant seulement les divagations et les injures. On comprendra, en les lisant, pourquoi la grande et antique sagesse d'Israël repousse et dédaigne nos mystères. Quel déplorable malentendu sépare les pères des enfants. Gomme si nous disions qu'il y a un autre dieu que Dieu I Gonmie si David avait blasphémé quand il a dit aux maîtres de la terre : Vous êtes des dieux et vous mourrez comme les honmies; comme si Jésus lui-même u'avait pas dit : Je retourne vers mon Père et votre Père , vers votre Dieu et mon Dieu ! mais à quoi bon plaider une cause qui manque déjuges? je ne vois ici que des parties intéressées. Je vois le trop illustre M. Renan, je vois M. Veuillot, cet ultramontain si tris-

(anent célèbre, et derrière ces deux avocats codh promettants , une plèbe plus ardente qu'habile* Pour qui donc écrirai-je? Mon livre sera sans portée pour mon siècle si je ne piétine pas dans nn des sillons creusés par ces laboureurs de ter* rains vagues; mais que m'importe? j'ai voué ma vie à la vérité et je la dirai pour qui voudra et saura Ventendre ; si ce n'est dans un jour, ce sert dans unan^ si een est dans un an, ce sera dans un siè*« de, mais je suis tranquille, car je sais qu'on y viendra, le n'aurai ni enthousiasme ni découragement* le ne cherche pas de prosélytes et je ne crains pas les adversaires, je ne veux ni un Thabor ni un pi* lori, mais je suis résigné à l'un comme à l'autrOé La vérité ne vient pas de nous et n'est paa à nous. Insensé est celui qui la cache c(Hmne celui qui la révMe et s'en glorifie. J'ai vu des hommes qui la vendaient comme on a vendu le Sauveur; ouiis ceux qui ont cru la payer étaient des dupes et des fous. La vérité n'est pas une prostituée, eile ne se vend pas , elle se donne à ceux qui l'aiment et qui la cherchent avec une grande siucérité.

L'%norance où se trouvait la plupart des chré* Ueas de la théologie des Juifs, de leur exégèse, de

leur Talmud , de leur Kabbale, les empêche de bien comprendre le génie des éirangiles nés en Judée. Tous les docteurs juifs s'accordent pour admettre l'allégorie dans les traditions que le peuple élu voulait dérober à Tinintelligence des profanes. Maimonides, nous l'avons déjà dit, trouve 4'autant plus de science et de profondeur dans les fables talmudiques , qu'elles paraissent plus dépourvues de bon sens, car l'énormité même des absurdités est un préservatif contre la crédulité aveugle qui prend tout à la lettre, préservatif hiérarchique, si l'on peut parler ainsi, car il n'éclaire que les sages et aveugle de plus en plus les insensés. C'est pour les sages que nous écrivons. Nous donnerons d'abord la notice talmudique sur Jésus, puis nous analyserons rapidement les évangiles canoniques et consacrés pour en faire ressortir le génie; nous chercherons dans les évangiles apocryphes les manifestations excentriques de ce génie universel. Nous étudierons les hypothèses des plus anciens et des plus grands sages du monde. Puis nous reprendrons la question des esprits et des miracles, nous en chercherons le principe, nous examinerons, pour mieux expliquer les anciens, ceux qui s'accomplissent de

DOS jours* Nous dirons notre dernier mot sur le spiritisme, et notre livre entier ne sera qu'un hommage au christianisme véritable et à l'étemelle

raison.

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