UN MIRACLE
Au même instant que Marie fut née, vint incontinent un aigle volant sur la maison où Anne était accouchée, tenant en son bec plusieurs rameaux, et fit un nid dessus ladite maison, lequel dura depuis plusieurs années, mêmement après la résurrection de Jésus-Christ.
▲CTAE lURÀCUI.
Au même temps dans un désert, près de là, était une licorne fort grande, dont Ton n'avait
jamais vu sa pareille, et qui souvent avait été chassée des rois, mais ils ne la purent prendre; hors que quand Marie fut née, elle venait devant la porte, et nul ne pouvait la chasser. Alors ud chevalier nommé Adrianes, demeurant près de Nazareth, la perça d'une lance et la tua, et loffrit au souverain prêtre de Jérusalem, qui l'en remercia grandement.
AUTRE AIIRAGLE.
En ce temps, tous ceux des environs de Jérusalem et du pays de Judée étaient oppressés de mauvais esprits, et jetaient des cris si horribles, que le peuple fut fort étonné, craignant que Dieu voulût confondre tout le pays. Alors il y avait en Jérusalem un saint homme, lequel conjura Tun des oppressés de lui dire pourquoi ce tumulte se faisait. Alors le mauvais esprit dit par la bouche d'un démoniaque : qu'en ce jour était née à Nazareth une fille dont les anges étaient fort réjouis, et qu'ils ne pourraient plus demeurer en possession des corps, et qu'ils seraient obligés d'en sortir pour être mis au profond de l'enfer par la vertu de cette divine créature.
AUTR£ MIRACXE.
En ce temps furent délivrées de lennemi deux cent cinquante personnes démoniaques au pays de Judée et en Samarie.
COMME l'ange AN.NONCA A JOAGHIM LA NATIVITÉ DE
Pendant qu'Anne enfanta Marie, Joachim était hors de la maison, attendant les joyeuses nouvelles de Fenfantement. Sitôt que Tenfant fut venu, l'ange s'en vint à lui, disant : Joachim, je t'annonce grande joie, car aujourd'hui est né le fruit qui t'avait été promis, et je te commande que de seize jours tu n'entres où Anne est accouchée, afin que les sages-fenmies qui y sont assemblées ne soient troublées au lieu de réjouissance; ce jour sera ta joie et à tout le monde.
Cela dit, l'ange disparut, et Joachim se prosterna incontinent en terre, remerciant Dieu ; après il se leva et vint en sa maison, rempli de joie, et commanda à tous ceux de sa famille que de seize
jours personne n'entr&t où sa femme était en couche.
Après cela Joachim se vêtit de ses meilleurs habits, et prit don et offrande avec lui, et s'en alla avec sa famille à Jérusalem offrir à Dieu son offrande. Quand les prêtres du temple ouïrent que Dieu leur avait envoyé une fille, ils en furent bien réjouis, louant Dieu par des cantiques, et faisant à Joachim et à sa famille honneur et révérence. Joachim s'arrêta au temple avec sa famille Tespace de huit jours, pour solenniser la naissance de la fille nouvellement née, puis après se tournèrent à ThôteL Et quand les seize jours furent passés, Joachim envoya une de ses servantes en la chambre d*Anne, où étaient encore les sages-femmes, et leur fit savoir que les seize jours étaient passés; ce qu'elles ne pouvaient croire, car il ne leur semblait pas qu'elles y eussent été un demi-jour; aussi n'avaient-elles point aperçu de nuit, en sorte qu'elles ne pouvaient croire ce que la servante leur disait; mais pour en être plus assurées, elles le demandèrent à Joachim, lequel leur dit que les seize jours étaient passés. Lors elles sortirent, et chacune retourna en sa maison.
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Après qae les sages-femmes eurent été dieac Amie pendant scâze jours, elles s en retournénent. Au moment Joachim s'en alla vers Anne, sa feomie, et la salua. Incontinent elle lui donna entre ses bras sa fille, laquelle il reçut joyeusement en louant Dieu, et de grande joie se mit à pleurer en voyant la beauté de cet enfant, puis la rendit à Anne, et la nomma Marie, comme Tange lui avait ordonné. Quand ils lui eurent imposé et' nom, il vint neuf anges, lesquels se prosternèrent neuf fois à genoux, disant : Béni est le doux nom de Marie; aujourd'hui nous est manifesté le nom de notre reine ; c'est pourquoi réjouissonsnous en attendant ce doux nom. Alors ils disparurent en chantant mélodieusement.
Ouand Marie entendit le mélodieux chant des anges, elle les regarda d'une face riante, dont ses parents en eurent grande joie, s'étonnant des choses mervetUeuses que Dieu faisait eu
terre, et lors ouïrent une voix du ciel, disant : Joachim et Anne, ne soyez point surpris de ce que vous avez vu et ouï, comme si c'était chose nouvelle, car cela a été prévu de la Sainte-Trinité, et pour le présent arrivé selon le vouloir de Dieu, pour être manifesté à toutes les créatures sur la terre. Desquelles choses Joachim et Anne s'étonnaient; ils se mirent à genoux, rendant bénédiction et louange à Dieu tout-puissant.
GOMME MARTE EST PRÉFIGURÉE EN l'aNGIEN TESTAMEOT.
Saint Jérôme disait en un sermon de TAssomption de Marie : Elle a été figurée des patriarches, annoncée des prophètes, montrée des évangélistes; Marie est cette dame de laquelle est fait mention au premier livre de l'Ancien Testament, dit la Genèse^ qui a brisé la tète du serpent, c'est à savoir l'ennemi qui pousse à la concupiscence chamelle et à l'oi^ueU du cœur; elle est aussi la lumière que Dieu commanda d'être faite, de laquelle il en sortit.
Elle est la fidèle copie de Jésus en plénitude des grâces de Dieu, lequel homme eut quand elle
ooDçut du Saint-Ebprit, et l'enfanta sans peine, et demeura Viei^ mmaculée. C'est pourquoi aussi Eve n'est appelée qu'une mère des morts, amie des mourants, tant de la mort de l'âme que de celle du corps; mais Marie nous a tous déliirrés de ces deux morts, car Jésus, son Fils, est la ▼raie vie de l'ftme et du corps des fidèles, qui, par lui, ont été sauvés et seront ci-après ; mais elle est aussi l'arche de Noé, qui est faite d'un tH>is incorruptible, du vrai Noé Jésus-Christ, qui a été trouvé seul juste en sa nativité ; elle est cette Rebecca dont le fils Jacob luttait contre l'ange qui a procuré et obtenu la bénédiction paternelle pour tous ceux qui lutteront contre le mauvais ennemi. Elle est aussi l'échelle que vit Jacob le bon patriarche en vision, et par laquelle les anges montaient et descendaient. Elle est aussi la belle Rachel, dont Dieu a été amoureux comme fut Jacob, et est descendu du ciel pour prendre chair humaine, et s'est humilié prenant grande peine pour l'amour d'elle. Elle est aussi la belle Rachel ayant enfanté le vrai Joseph, lequel n'a seulement pas été seigneur de ses frères, mois de toute l'Egypte, et aussi il est le prince des anges, Seigneur de toutes créatures, Jésutr-Chritt
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toujoun^ béni. £lle est aussi Ugur^ par la huisr son ardent de Moïse qui semblait brûler, toutefds ne brûlait pas, car elle a conçu un Fils, et demeurée Yieiige. inunaculée. Elle est encore figurée par la verge florissante d' Aaron avec humilité, car elle a produit Jésus-Christ. Elle est aussi figurée par la toison deGédéon, auquel descendit la rosée de nuit sans humecter la terre; car le Fils de Dieu est descendu en elle sans nulle fraction ni souillure de sa pudicité. Elle est encore figurée par la verge de Moïse qui sépara la mer en deux parties par où les enfants d'Israël passèrent à pieds secs, et dont icelui Moise frappa la pierre qai donna grande abondance d*eau, dont le peuple et tout le bétail burent et furent rassasiés. Elle est aussi figurée du vrai écu de Josué, duquel il vainquit les ennemis de Dieu; car elle seule a exterminé toutes les hénésies. Marie est aussi le trône du vrai roi Salomon, et un siège d'ivoire; car sa pure virginité a préparé à Jésus-Christ un trône et un siège en son ventre virginal, où il a reposé l'espace de neuf mois. Elle est encore le renom du temple de Jérusalem, qu'on édifia sans outils, hoches ni marteaux, car «Ue enfanta Jésus-Christ sans douleur. Marie eit
aufifti la bienheureuse Vierge, de qui oat prophétisé Isaie et Jérémie ; le premier dit : Il sortira une verge de la racine de Jessé, et une fille enfantera un fils, et l'autre dit que le Seigneur ferait chose nouvelle sur la terre, car une fenune environnerait un homme. S'il eût dit un enfant, cela n'eût pas été chose nouvelle à s'étonner, si était Jésus-Christ un homme au ventre de sa mère, non point d'âge, mais de sagesse; non en force corporelle, mais en force spirituelle, tant posé en la crèche, tant en l'âge de trente-trois ans, qu'il prêcha et qu'il est à présent où il est assis à la droite de son père étemel; mais il n'a usé de cette sagesse pour un temps, comme de sagesse mondaine, pour faire voir que véritablement il avait pris nature humaine. Elle est aussi la mon-tagne de la haute perfection, dont a été coupée une pierre sans mains d'hommes, et par laquelle pierre entendons Jésus-Christ, qui a été né par la Vieiige sans œuvre virile. £lle est aussi la porte close en qui le Seigneur seul a passé et repassé; car Marie est demeurée Viei^e en concevant et enfantant, et le demeurera toujours.
Marie est aussi le chandelier d'or, lequel » dit le prophète Zacharie, où il y avait sept lampes
ardentes au temple de Jérusalem, qui signifiaient les sept œuvres de miséricorde en Marie, et lexemple lumineux de sa 'sainte vie et bonnes mœurs. Elle est aussi larche du Testament où furent mis les commandements de la loi, et les deux tables de Moïse où furent écrits de la main de Dieu les dix commandements que Marie garda soigneusement, eu vivant selon iceux : eu ladite arche était aussi la verge d'Aarou, laquelle florissante produisait le fruit de vie, Jésus-Christ qui nous nourrit de sa divine chair et précieux sang au saint sacrement de Tautel ; ladite arche contenait aussi la manne, dont les enfants d'Israël furent reçus dans le désert, et Marie a porté la vraie manne du ciel pendant neuf mois, le vrai pain des anges, et la viande des malades ; ladite arche était aussi du bois imputride, ainsi a été Marie, sans corruption, transférée au ciel en corps et en âme; l'arche avait quatre anneaux d'or aux côtés, par lesquels on la portait; Marie a eu en elle les quatre vertus cardinales, qui sont les racines de toutes vertus.
L'arche avait deux fustes, lesquels on portait parmi les quatre anneaux d'or quand on les portait, lesquels sont figurés par la charité qui était
en Marie, c'est, à savoir, Tamour deDieu et de son prochain. L arche était par dedans et dehors dorée, ainsi Marie est décorée, étant luisante en toutes vertus. Marie est figurée par la fille du roi Astiages, lequel, comme est contenu en l'histoire scholastique, vit en vision comme si une vigne croissait du ventre de cette fille, qui s'étendit si fort, qu'elle environna tout son royaume, lui fut dit que de sa fille sortirait un roi, et après elle produisit le roi Cyrus, qui délivra les enfants d'Israël de la captivité de Babylone; ainsi fut dit par range à Joachim et Anne, que d'eux viendrait une fille qui nous délivrerait de la passion du diable, aussi préfigurée par la fontaine sortant du jardin fermé; car elle était enclose au ventre de sa mère, elle fut sanctifiée du Saint-Esprit et de la Sainte-Trinité prémunie, que nul péché d'impureté ne pouvait entrer en elle; elle est encore figurée par le prophète Balaam, qui dit que de la lignée de Jacob il sortirait une étoile de la grande mer. à savoir de ce monde périlleux, sans aide de laquelle on ne peut passer sans naufrage, ni arriver au port du salut. La sainte Église la salue journellement par l'hymne : Ave, morts Stella, c est-à-dire, je vous salue, étoile de mor, dont
aussi saint Bernard a écrit à Thomélie de i'aage, disant : Marie est l'étoile luisante de cette grande mer du monde, resplendissante par les ?wtus, œuvres et exemples de bonne yie et de bonnes mœurs. Marie est aussi figurée par le temple de Salomon, lequel on édifia à Dieu de pierre blanche, de marbre, doré par-dessus; ainsi Marie est blanche et sainte de pureté, virginale en corps et en Ame, décorée d*amour et de charité.
GOnCE JOACmM ST AMNE NOURÎ^tSS AIENT MiftlS tSUR FDXE.
Quand Anne eut fait sa nmchp, et offert Marif au temple suivant la loi, et après Favoir ramenée à la maison, Anne et Joachim la nourrifitsaienÉsoi* gneusement en grande révérence, et ne la bissaient toucher de personne, sinon d'eui et et Fine, la sœur d'Anne. Qui esl-œ qui poumit expliquer la grande joie qu'Us eurent en iiflVdant ce béni enfant, en la baisant el jouaol avoel je crois que nul ne le peut exprimor. Joadûm qi Anne la regardaient avec tant d'Bfbnirattan, qu ilf oubliaient quelquefois mèiuf? le buitv i*i in man^ gsr, et leur semblait que ce temps m
qu*un moment. Ils avairat ordonné à leur laflûlle que, qoand ils étaient ensmible a^ec leur enfant en la chambre, personne ne les troublftt; œ qui fut exécuté.