DE LA TRISTESSE D'ANNE A CAUSE QUE SA FILLE ÉTAIT DEMEURÉE DERRIÈRE
Quand Anne vint en Nazareth dans sa maison, elle la prépara le plus honnêtement qu'il lui était possible, pour recevoir TEnfant-Jésus avec sa mère, et désirait fort leur arrivée : elle allait souvent Tarder si elle ne les verrait point; et n'apercevant rien, elle s'en alla au-devant d'eux vers Jérusalem, craignant qu'il leur fût arrivé quelque inconvénient en chemin, d'autant qu'ils demeuraient si longtemps; et quand elle eut beaucoup cheminé, elle demanda, de maison en maison, si on ne les avait point vus, les dépeignant comme ils étaient. Quand elle vit qu'elle n'en pouvait avoir des nouvelles, elle s'en alla en Jérusalem, étant fort désolée, et demanda partout si on ne les avait point vus ; elle fît le semblable en Bé-
thanie, en Bethléem, en Jéricho, en Afrique, en Syrie, en Samarie, à Naïm, et en tous lieux où il était possible d'aller; mais, hélas! elle ne put découvrir où ils étaient.
Quand Anne eut cherché un an, et ne les pouvait trouver, elle prit le chemin de sa maison, disant : Hélas ! que je suis désolée ! et quel précieux trésor ai-je perdu ! Plût au Seigneur de me priver de la vie, car je Fai bien mérité, puisque j'ai laissé ma mère Émérantiane l'espace de deux ans ainsi chercher en tout pays après moi en grande douleur de son cœur; j'aperçois à présent quel ennui elle pouvait avoir pour l'amour de moi. En cette tristesse, elle s'en retourna en Bethléem, afin qu'encore une fois avant sa mort elle pût voir le lieu et la crèche où Jésus avait reposé.
OUELUB FUT LA COMPASSION D'AMinB YENA1«T BN BETHLÉEM, VOYANT LE MASSACRE DES PETITS INNOGENTS.
Quand Anne, pleine d'ennui, fut venue près de Bethléem, elle ouït les cris perçants des Innocents, et les lamentations pitoyables des mères qui pleuraient de telle sorte, que non-seulement les personnes en étaient tristes, mais aussi les
npimaiix, car le bruit était si graad, que toute la nature était dans la consternation ; les bœufs, les brebis et autres bestiaux étaient errants dans les campagnes, marquant par leur situation la trisrtesse où Us étaient ; et lorsque Anne approcha de plu^ près la cité de Bethléem, elle ouït de plus en plus les clameurs; et entrant pn la oité, elle vit les petits innocents gisant par les rues, morts sans noipbre., et le sang qui coulait par les rues. Elle Yit aussi des enfants que les bourreaux inhumains avaient égorgés eutre les bras de leurs mères.
Plusieurs pères et mères suivaient leurs enflants, pleurant et s arrachant les cheveux ; d'autres of-^ fraient leur bien pour sauver la vie de leurs en^ fants ; mais rien n'était capable de les épargner de cette cruauté ; leur résistance leur faisait quel quefois perdre \^ vie e^yeç q^le 4e leurs anfsgiits; et généralem^it tout le monde était dans la consternation dans ces villes affligées ; il y en avait ffiôme qui quittaient leur demeure, pour s'arguer 4^ voir une pareille cruimté. 0 Dieu toutpuissant I je cQm^aisi à oette heure que, depuis que je suis vivante, je n'ai vu semUaUe tyrannie. Seigneur tout miséricordieux, o^^usole» ees pan-
▼res mènes désoiées, dont les petits enfante oat été Mastaorés. Je vous fMrie, ô Dîeu trèe-béoi, de prendre veogeanee Ae oeux q«i soat les auteurs de «et liorrible cama^; car le monde «iniiiersel ae aaurttt ré^panerune telle offMse; il n'y a que TOUS seul, non Dieu, qni la puissiez réparer.
AimK FIT EAHAiBSER UB8 PETITS B1IFANT5 MOKTB QUI ÉTAICHT DANS UB8 ftIJEB, ^LOffOÉS DAlf8 tSCK SAliO, PUIS IJ» HT
Quand Anne vit qu*Hérode eut mi» k mort les petits enfants, et que le peuple ému de pitié s'était retiré hors de Bethléem, elle fut touchée de compassion à la vue de ces pauvres innocents qui étaient jetés çà et là dans les rues ; elle les mit daas un endroit pour les faire enterrer en grande rêvérenoe. Owasd, qiMtre jours passés, le peuple, qui s Méiait enfui, revint chacun en « onaison, et voyant Ia grande charité qu 'Anne avait montrée envers leurs «ufants morts, ils disaient l'un à l'autre : Anne nous a fait déjà beaucoup de bien au temps passé, en guérissant nos aveufdes, boiteux, paralytiques et autres malades, et à nous, en donnant, la sépulbure à nos enfants, et noms en
sommes ingrats , même voyant sa fille enceinte, n'y a eu nul d'entre nous qui lui ait donné le couvert ; ainsi il fallut prendre logis dans cette étable, où elle enfanta, et personne de nous ne la assistée ; c'est pourquoi il est à douter qu'à cause de notre ingratitude, Dieu nous a envoyé cette punition ; et en outre, dirent : Anne , dame pitoyable entre les filles de Jérusalem, n'a été trouvée semblable à toi, nous te remercions de tes bienfaits ; nous confessons que nous sonmies insuffisants pour te remercier comme il faut. Anne alla consoler les pères et mères affligés.
ANNE FUT PRENDRE SON REPOS OU XÉSUS-CHRIST lYAIT ÉTÉ NÉ.
Six jours après, Anne s'en alla dans l'endroit qui avait servi d'asile à Marie pour enfanter le Fils de Dieu; elle était pour lors fatiguée et n'avait guère mangé ; elle se mit à genoux là oti Jésus--Ghrist avait été pour reposer , elle fit son oraison devant la crèche, puis prit un peu de foin de la crèche, où Jésus-Christ avait été né, et se mit dessus pour prendre repos, et étant endormie, elle fut ravie en esprit et vit toutes les
V,- . . ., • .-. .1. mÎ. ... -v ^- \ ,, .» ,» l- "' •'♦
-«V - ^ >i'nV n'» -I" !'•■ I ♦•'•»"
i3r:.:ir— ^ mut. Vf M i-P i piui-tn >
vie austère, elle fut prendre congé des paavm malades qu elle axait ooutttmB de smilagi^, et «Tant de partir elle les oignit et leur dictriboa aussi le reste de ses biens. Cela fait, die prit congé d'eux et s'en alia dm» les déserts, i^uand tes pou^ vres le suneiit, Us coururent «près lalle, pleurait et émuxt : Notre mère et bîeiiAûtrîee nws a lats^ fiés. Oui s^a-ee qui aura soîa de nom ? qui nous assistera en aos oéeessités? qui nous donnera à fcoûreetàmaoger?
Soieil, éelaîreznDous, afin que nous puàrams trou^iïer Anae qui aous a fait tant de bien : Us ae lamentaient et oouraiewit par le 4ésert pour la nechercher ; nais ils ne pwrent la tnrai^er, 4ont phisieuns moururent de ehagdn.
U. VIE lUCSSTÈBE DB SAIKII àJXlit,
CkwKHe Anne avait proposéde là en aérant de me* ner une vie austère, elle le mit à efifet ; car depuis ce temps elle ne toucha point sur son lit, mais sur La terre ; et sa nourrituro était du pain et de Feau ; elle visita les malades et pansa les pauvres, et oignii les p^erins de précieux oignements. Elle faiaait le semblable auz iadres^ quoiqu'ils fissent
difirormes; elle nettoyait et renouTelait leurs habits; de sorte que la renommée de sa sainte \ie 9e répandit par tout le pays, néanmoins elle eon-^ ser99L son humilité. Il serait à souhaiter que tes riches et les pauvres imitassent sa sainte vie. A râpe de cinquante ans, elle entreprit de vivre en* core plus austèrement ; c'est pourquoi elle s'en-fonça dans le désert le plus secret qu'elle put trouver; elle s'arrêta dans un endroit où il y avait une caverne sur une hauteur, et en icelle s'en alla reposer, et ne mangeait que des racines; quand Aie avait soif, elle allait chercher de l'eau à deux lieues de là, et cette austérité continua plusieurs années.
UOTB ÉTÀJIT AU DÉSERT FUT TENTÉS DB L'XNKSMI.
L'ennemi, voyant qu'Anne vivait saintement dans le désert, en fut envieux ; il se transforma en un jeune homme, comme s'il eût été un ange en- \o\ô de Dieu, il vint à elle, disant : Anne, Ihe-toi f^omf)tenimt et viens avec moi; car Diett m'a enrot/^ pnyr te mener mi est ta fille et non enfant , et ils te Mnt fmirmyéê au désert où ils sont entrés cherchant après toi. Anne se leva bien vite et le
suivit, pensant que œ fût un Ange envoyé de bie^i. Il la mena au pied d'une montagne fort haute e( droite, de sorte qu on n'y pouvait monter qu'avec grande peine. Liors le malin esprit lui dit : Anne, ton va voir maintenant si tu aimes Dieu et si tu veux châtier ta chair pour Tamjour de hti, suùmoi. Anne répondit : Je monterai la montagne d'amertume. Mais ne regarde nullement derrière toi. Il monta le premier en haut, et elle après lai. Quand ils furent un peu montés, elle trouva des pierres tranchantes par où il fallait passer, de sorte que les pieds d* Anne se coupaient dessous, dont le sang en sortait de toute part. Anne, voyant cela, dit en se lamentant : 0 Marie, ma chère fille ! si tu passes par ici, considère ce chemin arrosé de mon sang en te cherchant. Lorsqu'elle s'efforça de monter encore plus haut, elle trouva encore des pierres plus aiguës, de sorte que ses pieds en étaient déchirés ; ce qui la fit tomber à terre de faiblesse : en cet état elle dit d'une voix plaintive : L'esprit estpi*ompt, mais la chair est faible. Lors l'ennemi, qui était sous la figure d'un ange, lui dit : Si tu ne peux marcher, permets que je te traîne sur le sommet de cette montagne. Elle lui permit. Cet esprit malin tira Anne au haut de la
montagne et heurta son corps contre les pierres tranchantes, de sorte que tout son corps était découpé. Lors Anne dit: Mon Dieu, béni soyez-yous, qui ^m'avez donné une créature qui châtie mon corps et éprouve ma patience; je le souffre volontiers pour votre amour.
IN ASa CONSOLA ANNE , ET LA DÉLIVRA DE LA TYRANNIE DU MAUN ESPRIT.
Anne étant en grande peine et douleur, l'ange de Dieu vint à elle, lui disant : Je te salue, ftme généreuse, sache que Dieu a pour agréable tout ce que tu as souffert pour Tamour de lui, et tu en recevras la récompense ; car tu as enseigné à tout le monde comment il devait vivre en l'amour de Dieu et de leur prochain, et comment il faut chercher Dieu pour le trouver. Quand il eut dit cela, il la porta où Fennemi l'avait prise , et soudain tontes les plaies furent guéries, et fut aussi saine ({lie jamais.
JÉStS ET HARIE AVEC SES SCEDRS VISITÈRENT ANNE AU DÉSERT.
Après qu'Anne eut longuement continué sa vie austère au désert, et étant pour lors âgée de
— Jkkê —
septante-uA ans, elle commraçaitàdéelhMr; dje avait toujours ¥écu en tnstesse depuis f o'eUe s'était vBeséparée de Jésos et de Marie, ne udianC où ils étaient. Maïs lésu», le Fila de Marîe^ qui connaissait tout selon sa dÎTinité, savait fawfi oh elle était ; il avait été témoin oenlaîre de se» souffrances et de son austère pénitence ; il savait bien anssî qu'elle était près de son décès et qu'elle se préparait à la mort.
Jésus dit à sa mère : tout V Ancien TestaoBoii ne nous a pas fourni un plus parfait modelé do vertu que tasainte mère, qui incessamm^it est embrasée de Tamour divin, et doit bientôt passer de cette vie à l'autre pour y jouir du re^m étemel.
Pour ce, ma mère,, allons ensemble, tes sœurs et le«rs enfants, pour la voir, et la consoler avant sa mort. Quand Marie entendit ce discoups, elle fut réjouie de ee qu'eiftcore une fois eUe pourrait voir sa mère et lui parier ;. die a^senabla ses sœurs et leurs enfants, puis s'en allèrent , Jésus avec eux, dans le désert, où saint Jean-Baptiste fit pénitence près du fleuve du Jourdain, lequel désert les enfants d'Israël passèrent avec Josué à b Terre promise, et parce qu'Elisabeth, mère de saint Jean,, était sœur d'Anne, Jésus lui dît:
Vietts attss) voir une sainlft daina dans le désert, qui mène une vie angélicpiie dan» un corps mortel ; ma mère a reposé neuf mois dans son sein, sa grande sainteté attire sur elle les regards du ciel et de la terre ; et pour ce, il est convenable, vu que nous sommes encore sur la terre, que nous lui allions rendre visite. Quand saint Jean- Baptiste eut ce eikteodu, il tut réjoui, désirant de voir larbre qui avait porté de si précieux fruits.
JÉSUS VINT VISITER SAUfTS A>5£ i.V£G SX GOliPAONU , ET GOMME UJS FUEENT REÇUS.
Lorsque Jésus et sa compagnie furent arrivés vers Anne au désert, elle en fut jpjeuse; elle se leva, fut au-devant d'eux et les reçut en grande révérence. Jésus et Marie allaient devant les autres. Quand Anne fut auprès de Jésus,, elle se prosterna à ses pieds, et les baisa eu pleurant^ puis chantant le psaume , In te. Domine, spe^ ravi, etc. En vous. Seigneur, j'ai mis ma confiance, je ne serai point confondue éternellement. Ce psaume continua jusqu'à la fin. Puis après, elle embrassa sa bonne fille avec tendresse, et fit le semblable à ses sœui*s et à ceux de la suite.
— Itë —
Après cela, Jésus et Marie s'assirent, et Anne an milieu d eux, et ceux de leur suite en firent autant avec leurs enfants.