LE POËTE ET LA CIGALE
Méènent devant les dieux une existence égale, Et confiant leur vie aux faveurs du soleil, S'endorment sur la foi de l’horizon vermeil !
Une piqûre importune
Vient l’interrompre; il croit voir
S’agiter comme un point noir :
La fourmi difforme et brune,
L’avare et sotte fourmi
Qui ne chante pour personne,
Prêle peu, jamais ne donne,
Et ne connaît pas d'ami.
Il veut écraser la bête ; Mais la cigale, en chantant, Attendrit son cœur content :
Peut-on, lorsqu'on est poëte Avoir un cœur sans bonté Et sans générosité ?
La cigale, qui devine,
Dit au vieil Anacréon :
— En épargnant ma voisine, Tu m'as payé ma chanson.