SAINT MICHEL ET LE PASSANT
— Frappe donc! disait un passant voyant saint Michel, dans une pose étrange, Des ténèbres menacer l’ange:
© diable une fois mort, le monde est innocent. » Et si je le frappais, dit l’ange de lumiere, l'enfer et du ciel où serait la barrière ?
»n pied l’arrête au seuil du céleste séjour, repousse mon vol loin de la nuit proforule ; Nous nous menacons tour à tour, nous faisons ainsi l'équilibre dn monde,
monde vertuens, du monde crime nc tout le secret. s'il font mon vos be dire : est le combat divin. renœsaant, #ternei,
De l'esprit esatrs la hétine.
FABLE XV
Deux parleurs qui tous eux auraient pu faire un sage. Un mystique, un épieurien, Disputaient. comme c'est l'usage, Sans venir à se prouver ren.
— L'ime est tout, disat le mystique ; Par une chaine sympathique
leu toujours l'entraine après In.
Le corps n’est qu’une prison sombre ; Et quand sa forme, comme une ombre, Devant la lumiere aura fui.
Notre àme pure et dégagée,
Dans l'éternel esprit plongée, S'abreuvera d’immensité,
De science et d'éternité.
Dans le néant qui doit le prendre, Laissons done notre corps descendre, Sans jamais lui rien accorder
De ce qu'il ose demander.
Le péché lui revient, qu'il pleure!
La mort est son œuvre, qu'il meure !
Qu'il soit anéanti! — Fort bien, Disait alors l’épicurien.
Mais du jour la divine flamme La verrais-je les yeux fermés ?
Par mes sens je comprends mon âme, Par eux mes désirs sont formés :
Ma pensée est la quintessence Des fleurs, des fruits mûrs et du vin.
Le plaisir est l’esprit divin Qui me révèle l’existence.
Me perdre dans l’immensité N'est pas un bonheur que j’envie ; J'aime mieux jouir de la vie Pendant toute l'éternité.
Si pourtant il faut que je meare, Pourquoi voulez-vous qne je pleure ?
Je veux rire jusqu'au trépes ; Apres je ne sentirai pas Si ma destinée est emnelle.
À moins qu'une forme nouvelle Ne me rende capable encor De presser la grappe arrondie
trs
Lans ma bouteille rebondie Et de brovyer les épis d'or.
Buvons, mangeons, c est la sagesse ; Novons le chagrin dans l'ivresse ; Vivons, et qui vivra verra, Le temps entre nous jugera.
-— Oui, le temps jugera, répondait le mystique Avec un accent prophétique En roulant des veux menaçants.
Servileur de ton corps, esclave de tes sens, L'ange déjà tire son glaive Pour trancher la fin de ton rêve.
Comme tu dis: le temps viendra, Le temps entre nous jugera !
En attendant, vis à ton aise.
Le temps vint en eflet : la mort creusa son trou Pour les deux disputeurs. L'un d'eux mourut obèse, lot et goutteux. — Mais l'autre? fl mourut fou.
Ame Sans corps el vorps sans âme,
Feu sans bois et laver sans flamme,
Adorer où bruler <oi-mètre sa maison, Qu'est-ve que tout sela? — Des rôves sans rai.