LES OBSÈQUES DU ROSSIGNOL
‘elletan, mon ami, pourquoi donc outrager La mémoire de Béranger ?
Sans doute il fallait, pour te plaire, Dis-le maintenant sans façons, Que Béranger fût militaire Et nc fit jamais de chansons!
FABLE XI
LE PHÉNIX ET LA COLOMBE
Il est un oiseau solitaire Qui renaît de lui-même et meurt pour rajeunir : Seul il est son passé, seul tout son avenir; Il est son propre enfant, il est son propre père. C’est le phénix, esclave et roi, Esclave du destin, roi de la solitude.
Pour lui la mort est sans effroi, La naissance est une habitude.
J1 vieillit sans aimer, il périt sans regrets, Il est sans mère et sans épouse.
il est toujours nouveau sans espoir de progrès, Et du néant qui dort sa tristesse est jalouse. La colombe d’Anacréon, Passant un jour à tre-d'ailes, Pour porter des odes nouvelles Du vicux père de la chanson, Voit le phénix et le salue.
Comment? Sans doute à la facon Des colombes de l’Hellénie.
Mais de son beau plumage il semble trop chargé;
LE PHÉNIX ET LA COLOMBE. 21
ne lui répond pas, il rêve, il est plongé Dans une tristesse infinie, — Sire, lui dit en roucoulant La toute belle Colombelle :
ecrains de vous troubler peut-être en vous parlant. Laissez-moi seulement vous dire he je passe à vos pieds et que je vous admire : M peuple des oiseaux vous êtes le premier.
— J'en suis le premier, le dernier ile plus malheureux, dit l'enfant de la tombe; Que ne suis-je un simple ramier Pour vous aimer, douce colombe!
Vivre seul, ne jamais mourir, Toujours briller, toujours souffrir, it traîner dans l'exil sa tristesse immortelle, Puis, par le soleil consumé, Renaître sans avoir aimé, N'est-ce pas la mort éternelle ?
Tous les phénix me font pitié.
4 olitude est plus qu’un malheur, c’est un crime. Il en est un seul que j'estime :
C'est le phénix de l’amitié!
FABLE XI
LE PEINTRE ET LE CRITIQUE
Un peintre, dans un paysage Aride, effrayant et sauvage, Avait mis un très beau lion Dévorant un pauvre mouton.
Un critique vient, il admire
Le talent, mais il plaint l'innocent aminal, Tant qu’au peintre il se prend à dire :
— Votre tableau n’est pas moral.
Quoi toujours du plus fort retracer l’injusticé ? Toujours 6 triomphe du vive!
Du faible toujours le supplice!
Je voudrais voir votre lion Ramassant l'herbe dés prairies, Et les tiges les inieut fleuries Les offrir au petit mouton ;
Près d’eux de l'amitié votis ouvririez le temple : Ce sérait d'ut meilleur exemple — Oui, répotid l'artiste, en effët, Cet exemple serait parfüit,
LE PEINTRE ET LE CRITIQUE, 23
Mais ma peinture, peu fidèle, Serait un fort mauvais mpdèle.
Il nous est permis d'inventer
Les ornements d’une figure, Mais dans le vrai l'on doit rester Lorsqu'on veut peindre la nature.
Monsieur Prud’homme un jour lisait Une fable de la Fontaine, Et d'une voix grave il disait ; — le veux la corriger, elle en vaut bien ln peine. J'aurais tourné la hose ainsi, Si j'eusse été le grand banhomme.
— Eh parbleg! la Fontaine anssi, S'il eût été mangeur Prud'hammel