LE SOLEIL ET L'ÉTOILE
Je m'enrichis en m'oubliant, madame, Puis, loin de vous on me trouve meilleur; Car je dois un reflet de grâce À votre esprit, à votre cœur.
Ainsi je puis sans trop d'audace, Pauvre filon perdu des belles mines d’or Dont j'aime à refléter la richesse lointaine, Donner quelque parure à des fables encor, Après celles de la Fontaine.
FABLE XI
LE NOYAGEUR ET LE ROURMANR.
Je ne suis point jaloux des plaisirs de la table; D'un vivre plus frugal le corps se trouve mieux, it l'esprit peut avec les dieux S’asseoir au banquet de la Fable.
On dit que le peuple allemand En juge un peu différemment.
Et pourtant je ne saurais croire Ce que naguëre en a conté Un voyageur. Voici l'histoire :
Passant par un beau jour d'été Au bord du Rhin, près d'une treille, I vit nn Allemand, bien en point, gros et gras, Seul à table et sans altercas, Fèter également l'écuelle et la bouteille.
L'an suivant, notre voyageur Retrouve au même endroit le mème gros mangeut — Oh, oh! dit-il, le fait va paraitre incroyable, Et pourtant cet homme est à table Depuis l'an dernier : je l'ai vu!