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LIVRE III

Le combat de la vie.

En apprenant à connaître la nalure et à croire en Dieu dont il est l’image, l’homme a senti naître en lui-même une magnifique ambition, il veut monter au ciel comme Prométhée avec l'assistance de la sagesse et s'emparer du feu du ciel. C’est alors que * commence pour lui le grand combat de la vie. Toutes les faiblesses de la terre sont jalouses de sa force et veulent le détourner ou le retenir. C’est ce que nous avons essayé de peindre dans les fables de notre troisième livre. Ici nous cessons l'analyse de nos symboles pour en comm

luiüé aux grands principes de l'équilibre, connaissant l'agent universel qui est la lumière universelle ou l'éther avec ses quatre forces astrales et magnétiques, l'adepte se repose dans sa force. Combien peu lui importent les vaines disputes des philosophes, l'échafaudage mobile des systèmes, les naïvetés ou les temerités dogmatiques des théologiens ?

Mais cette forve, 1l ne faut pas en laisser deviner le secret au monde ; cette force qui réside dans l’autogéme de ses pensées, dans cette chevelure vierge qui sert d'aursole à sa tête et qu'il ne faut pas exposer aux perfides ciseaux de Dalila.

La virilité de l'âme est aux veux du vulgaire une indécence qu'il faut eacher. L'homme sans préjugés passerait pour un homme sans conviction. L'homme sans colère semblerait être sans cœur et le roquet viendrait mordre l'oreille du lion (fable F).

Socrate serait insulté par Xantippe, Minos serait trahi par Pasiphaë : fable (1).

Jamais le stupide vulsaire ne comprendra la haute sagesse des mages. Orphée chante et les singes font la grimace. Que voulez-vous? Ils espéraient que le poëte ferait l'éloge de leur queue (fable TT. La gloire qu'on demande à la foule est une ambroisie bien

amère, car elle contient beaucoup de fiel et peu de miel, d’ailleurs les palmes immortelles sont tardives à naître et n’ombragent guère que des cercueils. Les véritables grands homunies sont peu jaloux d’escompter leur gloire, ils savent que si le tonherre, comme oii le dit vulgairement, épargnait le laurier, ce serait par une sorte de complicité entre fléaux {fable IV); une couronne de laurier est trop souvent une coùronne de vertiges. La séve du laurier contient le plus subtil de tous les poisons.

A l'abri de l’orgueil dans son heureuse obscurité, qui le défendra de l'amour ? La femme a toujours été exclue de l'initiation, pourquoi? C’est que la riatüre passive de la femrne la rend nécessairement passionriée. C’est qu’elle est absolüe et par conséquent injuste en amour, et qu'elle n’admire la grandeur chez l'homme que dans l'espérance d'obtenir tôt ou tard le sacrilicc de cette grandeur. On se trompe si l’on croit qu’à la bataille d’Actium la reine Cléopâtre a eu peur. Si elle a fui, ç’a été pour entraîner à sa suite Antoirie déjà triomphant et pour se sentir préférée à l'empire du monde. Tant que la femme admire une force inconnue et qu'elle craint de voir cette force lui échapper, elle est admirable de dévouement et de

sacrifice ; mais dès qu’elle se sent reine, elle veut plus: elle veut devenir à la fois et divinité et prétresse, et elle sacrifie son amant à deux insaliables idoles qu'elle cache au fond de son cœur : sa coquetterie et sa vanité (fable V).

Nous ne voulons certes pas dire qu’il n’y ait des femmes raisonnables et sages, mais celles-là on les aime par devoir, on les honore, on les respecte, on les respecte même trop. 1] est si rare, en effet, de voir les hommes se passionner pour la sagesse et pour la raison. |

L'amour sensuel est une folie, puisque c'est une ivresse. Ne faut-il pas, en effet, être ivre ou fou pour repeupler à plaisir les domaines de la mort?

Aussi la débauche stérile eût-elle été un progrès si le christianisme en révélant les horizons infinis d’une vie nouvelle, n'avait donné à l'amour la foi pour raison ct l'éternité pour espérance.

Le sage ne se préoccupe plus des intérêts qui divisent les hmomes et ne prend jamais part à ces luttes de la vanité qui amusent un monde sans convictions (fable VI). Aussi trouvera-t-1l difficilement un ami, car les petils ne prennent jamais en pitié la solitude des grandeurs (fable VII.

Quelle consolation aura-t-il donc ? Celle d'aimer comme savent aimer les mères; celle de faire du bien aux petits sans rien attendre d'eux, et de se contenter de la part qu'il saura prendre à leur bonheur. ci nous avons placé l’admirable légende de Mahomet et du petit enfant {fable VII), légende qui nous révèle un Mahomet bien autre que celui de Voltaire, et qui devrait faire appeler le chef des croyants le bon Mahomet, comme on dit le bon la Fontaine.

La bonté conduit à la piété. Le symbolisme religieux et les magiques influences du culte sont trop nécessaires aux jeunes âmes pour que le sage travaille à les en détourner, et ne les encourage pas au contraire à les respecter par ses discours et par son exemple. Relisez attentivement ici la fable ou plutôt le dialogue lyrique intitulé : Le moraliste et le poëte (fable IX).

Reconnaissant que l'ordre est le balancier du progrès, le sage ne se heurtera pas follement aux puissances établies et les laissera tomber d’elles-mêmes si elles sont injustes, sans entreprendre de leur donner de vaines et dangereuses leçons. Nous avons dit que les abuseurs du pouvoir sont des anarchistes

couronnés, Or, comment voulez-vous qu’un anar- 2h

chiste se soumette à la raison qui est Ia piitissanite la plus inébranlable et l'autorité la plus absohie dé l'ünlvers (fable X)?

Le véritable ennemi publie, le monstre sdns tesse renaissant qu'il faut combattre, c’est 14 fnisère {fable XI). Or, la misère n’a pas d'autre catiée qe les vices des hommes; et les dérèglements dés päuvres en creusent le souffre avec plus d’achärriëéinei encore que l'égoïsme des riches. C’est le vice qui perd les grands : que ce soit la vertu qui travaille au salut des peuples!

La vertu cependant n’est pis toujouté là ahptsse. On pent être un héros et parler cdinine Li itisetisé. C'est pour toi que je dis cela, noble soldat de l'Ifdlle, qui prends des royaumes pat le seul prestige dE bi nom. Tu as rappelé aux Sicillens et aux Napüoliinis qu'ils foulent la terre de Mazaniello et des Vébrès.. N'essaye pas de recommencer les Vépres; Edf Hi tecommencerais aussi et plus céridiiéméntie, } la folie de Mazaniello (fable XI1). !

Comment, toutefois, n’exe prudences d'un homme de güërre eût pu nommer le princéMiemi Jésus-Christ, saint Pierrelel}

LE COMBAT DE LA VIE. EL porter jusqu'à tirer l'épée pour répandré ün Säti inutile? Le motif de saint Pierre était louable pourtant, il voulait défendre son maître; il ne ressembläit pas au derviche de notre fable (fable XILI), qui vétt attirer la vengeance de Dieu et des hommes sf titi mauvais sujet qui lui a pris tout simplemitit s4 bourse.

Evitant ainsi tous les écueils de la bonté foi ët tous les emportements de l’opinidn, faisant justice dé la gauche et de la droite sans se détourner Jatriais hi à droite ni à gauche, le sage poursuivra sn thettin avet ealme sans s'inquiéter des obstdcles. Voyez la rivière qui roule paisiblement ses eaux, si ellé rëneontre un monticule, s’irritera-t-elle pourle franchir? Non, elle l’embrasse en passant, en fait une ile que suvent elle couvrira d’ärbustes et de fleuts, puis réunit tranquillement ses bras et marche victorléusé sans avoir lutté (fable XIV).

D Mais omrriveralessage? Séra:t-il porté ati pou- L | itudes sera-t-il salué

représente le mieux l'ignorance des multitudes, ce n’est pas la science (fable XV). Si le sage devient roi, ce sera dans la république des abeilles, c’est-à-dire dans la société invisible de ceux qui, comme les abeilles par leur miel, se révèlent seulement par des bienfaits ; 1] cachera la vérité comme le miel dans ses alvéoles de cire, car il ne faut pas l’exposer aux dédains et aux outrages de la folie. Quand l’homme arrive aux limbes de la science, quand il commence à deviner qu’il existe une vie intellectuelle, il est tout d’abord envahi par une immense présomption : il croit savoir tout ce qu'il pressent; il prend ses hallucinations pour des lumières et les rêves de son cerveau pour des systèmes qu’il doit défendre ; il se passionne pour ces systèmes. Ne perdez pas de temps à les réfuter : opposez l’absurde à l'absurde, car le temps n’est pas encore venu de laisser entrevoir la vérité (fable X VIT.

Laissez rimer la gloire avec la victoire, ne vous préoccupez ni des grands combats ni des disgrâces conjugales du noble sire de Framboisy, l’orgue de Barbarie fera justice de toutes ces gloires et de tous ces revers (fable XVIIT. Tous les systèmes, soit politiques, soit religieux, soit philosophiques, soit litté-

raires, qui n'ont pas pour base la justice et la vérité, périront comme ces rois dont les crânes vides semblent des dômes préparés pour servir de panthéon aux vers de la tombe (fable XIX).

Il sait, 1l veut, 1l se tait. Que lui reste-t-il à faire ? Il faut qu'il ose. Oser quoi? Tout ce que la science lui fait trouver possible pour arriver à cette paix pro- . fonde qui est la récompense de l’œuvre accomplie.

Oui, il faut oser, pour s'occuper sérieusement de cette philosophie occulte traitée avec tant de mépris par ceux qui la nient, avec tant de haine par ceux qui l’attribuent au démon ; il faui oser, pour commander à cette lumière vitale qui prolonge nos organes au delà même de leurs limites visibles et qui aimante de notre vie les objets soumis à nos usages. Il faut oser, pour commander aux fantômes de l'imagination et aux inquiétudes de l’esprit; il faut oser pour penser autrement que le vulgaire et pour opposer l’immuable bon sens des sages aux divagations toujours changeantes de la foule. Dieu a mis à notre disposition la paix et le bonheur; mais il faut oser étendre:ni mains jusqu’à ces fruits de l’arbre de vie défe par tant de chimères et ne pas craindre de le car dès que nous les aurons cueillis, la na

lps donnera. Souvenons-nous que le ciel souffre voi { lontiers violence et qu'il veut être pris d’asadfà (fable XÀ,.

Mais pas à la maniére du pape Jules IT, qui co

la tiare pontificale par un casque de soudart : un pape À qu'on déponille peut crier au voleur, mais il ne dot pas endosser la capote dn gendarme. Où s'arrête. rait-il, en effet, dans cette voie, et qui l’empêcherait de descendre jusqu'à la casaque rouge du bourreu À (fable XXI)?

Ne nous écartons pas de notre sujet. Nous parlons du sage, et nous ne parlons pas du pape. Nous disions ce que notre sage doit oser ; nous avons dit précédeminent avec quel soin il doit dissimuler son audace. Pour le vulgaire on est un athée dès qu'on n'est pas anthropomorphilte ou idolâtre; on est immaral dès qu'on n’a pas de fausses et bruyantes vertus; on est fou dès qu'on n’est pas sage à la manière de tout le monde, et Dieu sait comment tout le monde est sage (fable XXII):

Il doit se défier du succès ct des engouements de Ja mode. Exploiter la bêtise humaine, c’est squyent très lucrglif, mais ce n’est jamais honorable. Eleila

ru dans les sciences occultes qu'un moyen de ga- > de l’argent en disant la bonne aventure; Eteilla ait qu’un saltimbanque. Il faut bien se tenir en le contre ces cupidités vulgaires. Vous parlez de sience devant un homme que vous croyez votre : prenez garde que cet homme ne s'établisse es- 1oteur ou chiromancien en se disant votre disciple vrd, puis votre émule, puis votre maître, et que wblic ne vous rende responsabie des soitises qu’il itera (fable XIII).

sardez-vous des envieux, et je ne parle pas ici des qpcrates, bien qu'au dire de M. Prondhon, qui ts’y connaître, Ja démorratie soit l'envie. Démolie n’est pas un mot heureux; j'en voudrais nn qui rimât le même sens que la belle devise qu'on ibue à M. Guizot : Tout pour le peuple! rien par On tentera vainement de s'écarter de cetfe time : toujours et forcément on y reviendra jle XXI).

Nous arrivons à la conclu e et à notre XXV° sy Il ne faut pas se rés Aux chaînes,

Lonsqu'on Peur,

Ainsi, enfants à la lisière, vous ne pouvez pas rompre cette chaîne conservatrice. Résignez-vous € grandissez.

Prolétaires et travailleurs, vous ne pouvez pas vous affranchir du travail, mais par le travail vous pouvez vous affranchir de la misère. Ne vous résignez pas à la misère, mais résignez-vous au travail.

Mais vous, hommes vicieux, que les passions tiennent attachés à leur chaîne honteuse, ne vous résignez pas, affranchissez-vous !

La vraie liberté est celle de l’âme, et nul pouvoir humain ne saurait l’enchaîner. L’homme est libre dès qu’il veut l'être, car Dieu même ne saurait faire violence à la volonté humaine. Lucrèce était libre devant Tarquin et pouvait mourir pure en sacrifiant son faux honneur, celui qui pouvait être terni par un mensonge lorsqu'elle préféra l’adultère avec la gloire d'en mourir, et se fit ainsi la prostituée de la vengeance. Les chrétiens étaient libres devant Néron lorsqu'ils mouraient en foule plutô. que de jurer par le génie de César, attendu que ce génie était la plus atroce de toutes les démences. Mais Samson n'élait pas libre devant Dalila, Alexandre le Grand n'était pas libre devant la colère et l'ivresse. Regardez, voilà

le maitre du monde qui se cache et qui pleure : il a tué son ami Clytus dans une orgie; demain, dans une orgie nouvelle, il se tuera lui-même pour devenir plus vite un dieu, et ne deviendra rien que le cadavre d’un ivrogne.

Combien de princes ont régné sans avoir jamais été libres! Mais combien de pauvres esclaves ont élé libres dans les fers! Ésope était-il l’esclave ou le maitre de Xanthus? Épictète ne forçait-il pas à se courber devant lui la tête orgueilleuse d'Épaphrodite? Vous connaitrez la vérité, et la vérité vous affranchira, a dit le grand Maitre. O la belle et vraie parole’ Est-ce que l'intelligence éclairée par la vérité n'est pas la maïtresse du monde? Est-ce qu'Ulysse sorti tout nu et tout limoneux de la mer ne se fait pas reconnaitre pour un roi par l’habileté et la noblesse de son langage? Si vous êtes les affranchis de l'intelligence, vous ne serez plus jamais les esclaves de personne ; et que les auxiliaires de la brutalité essayent de vous faire peur et de vous courber sous leur joug, ils verront!

Prométhée est enchaîné sur le Caucase: mais il n'est pas esclave, ct, malgré le clou qui lui traverse la poitrine, 1] insulle à la fureur de Jupiter. L

Jupiter. en effet. ne resistera pas à la patience de Prométhée : le vautour immortel a pris goût à la chair des dieux. et il dévorera un jour toute la posté. . rilé de Jupiter. Regardez Hercule et Rrométhée descendant de la montagne : ils sont appuvés l’un sur l'autre; l'un saigne d'une blessure incurable, et l'autre est déjà dévoré par la robe de Déjanire; mais ils sont libres tous deux et vont monter ensemble sur le bûcher de l'expiation pour se régénérer dans la mort !

L'homme n'a plus de maitres lorsqu'il est maitre de lui-même, et, s'il existait au monde un peuple de sages, ce serait un peuple de rois. Alors seulement la république serait possible. parce qu'un pare peuple n'aurait pas besoin d’être gouverné. Mais quand je vois une populace abrutie par l'ivresse, une bourgcoisie insouciante pour tout ce qui n’est pas bénéfice et comptoir, uue presse passionnée par intérêt et souvent menteuse par calcul, une aristpgratie enfin qui se bat pour des Rigolboches, je me demande ce que pourrait être la république de ess gens-là, et, s'ils se plaignent des riguegrs du pouvoir, je suppose qu'ils demandent la liberté de faire encore plus mal qu'ils ne font. C'est gps Belle ape

que la Déclaration des droits de l’homme, mais commencez par créer des hommes avant de leur donner des droits. Je ne crois pas que vous preniez pour des hommes la multitude immonde qui traînait Bailly à l'échafaud en le souffletant avec un drapeau trempé dans la boue. Si vous me demandez à quoi de pareils hommes avaient droit, je vous répondrai qu'ils avaient droit à la mitraille du 13 vendémiaire; et ils l'ont rencontrée. fatalement.

Les élus, c’est-à-dire les hommes d'élite, sont et seront toujours en petit nombre. C’est pourquoi les multitudes ne seront jamais libres : une foule abandonnée à elle-même serait un fléau dont la nature se hâterait de débarrasser la terre. Aussi la foule finit-elle toujours par se laisser conduire ; elle admire facilement un grand sabre, un habit rouge ou le * chapeau galonné d’un charlatan. Le sage sourit des entrainements de la foule et ne se laisse pas égarer par elle. De toutes les chaines, celle de l'opinion est la plus difficile à briser. Le sage la prend à la main et ne s'y laisse pas attacher ; il ne désire plus rien, il w'ambitionne plus rien; ibp ünérichesse qui

pouvoir ne peut lui ravir. Il est ce qu'il y a de plus noble, de plus grand et de plus heureux sous le ciel : un homme libre!

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