‹ Philosophie occulteChapitre 226 sur 242 · VIT · texte numérisé non relu

VIT

Ne pas permettre au cynisme de l’incrédulilé de se produire devant nous. (VII* symbole, La prude et le mousquelaire.)

Croire à la réalité de tout ce qui est bon, même dans les formes les plus passagères de la vie. Un verre d'eau qu’on nous présente quand nous avons soif mérite la vie éternelle, a dit le grand initiateur,

il est donc d’un prix infini, comme tout ce qui vient de Dieu. (VIT symbole, Le satyre et le vieux faune.)

Ne jamais craindre de banqueroute dans la maison de Dieu, c’est-à-dire ne jamais croire qu'il n’y a plus de religion dans Je monde et que la vérité s’en va. (IX° symbole, La nuit et le jour.)

Être humble et ne jamais croire que nous sommes grands parce que nous avons une grande science ou de grandes pensées. Une goutte de rosée reflète toutes les gloires d’un beau jour, mais rien de cela ne lui appartient : il en est ainsi de notre âme. Le soleil boit la rosée et Dieu peut retirer à lui toute notre intelligence et tout notre génie. Nous ne sommes que des miroirs tremblants et fugitifs comme la goutte d’eau, et si la nature nous brise, aucun vide ne sc fera dans l'immensité. Le ciel n’a pas besoin de nous,

c'est nous qui avons besoin du ciel. (X° symbole, La goutte d’eau.)

Se préserver des croyances puériles qui troublent la conscience et avoir surtout en horreur cette idée: que Dieu veut confondre la raison humaine et se trouve honoré par le préjugé et la folie, qu'il donne comme le sphinx des énigmes à deviner et qu’il tue ou torture à jamais ceux qui devinent et ceux qui, ne devinant pas, ne s'inquiètent pas de l'énigme, tandis que Ja raison suprême qui est en Dieu veut élever jusqu’à elle la raison de l’homme par la foi en sa justesse et en sa justice, le Dieu des sages étant la lumière des âmes généreuses et non la ténébraus agitation des âmes lâches et serviles. (XI° symbole, La barbe bleue.)

Élever l'indépendance de sa conscience au-dessus de toutes les influences humaines et de toutes les craintes, ear il ne saurait nous arriver rien de pis que la mort, Or, nous n'avons pas à la craindre, puisque c'est une chose naturelle et nécessaire à legeslk echappent l'mdépendance et la grandeer de l'esprit

quand l'esprit s'attache irrévocablement à la vérité et à la justice qui sont éternelles. (XII* symbole, Néron et le philosophe.)

Ne jamais subir l'amour. Aimer parce qu'on le doit et parce qu'on le veut. L'amour devient une gloire lorsqu'il n'est jamais une honte. Les joies de l'amour suivent celui qui ne les achète jamais par l'infamie. Préférer son plaisir à son honneur, c'est êtreunlâche. Or, par la lâcheté on se rend indigne de l'amour même d'une courtisane. La femme méprise l’homme qu’elle avilit, et lorsqu'elle se sent méprisable, elle estime l’homme qui la méprise. (XIII symbole, Ulysse et les syrènes.)

Ne pas laisser à la Providence le soin de faire notre travail. Ne nous plaindre jamais du mal que

que | la lutte gontre

inconvénients qui résultent de notre sottise ou de notre paresse. (XIV° symbole, Épictète et le raismneur.) |

Ne chercher l'infini que dans l’ordre intellectuel et moral. Le monde entier n’est pas assez grand pour remplir notre âme, elle a soif d’une perfection infinie, et c’est ce qui prouve assez qu'elle est immortelle. Les richesses de la terre, lorsqu'elles sont immenses, deviennent d'immenses embarras et ne satisfont jamais leur possesseur. Les grandeurs du monde sont souvent de grands désespoirs. Tout ce qui peut finir cst déjà comme fini, et le vautour de Prométhée revient sans cesse agrandir le vide dans le cœur de l’homme qui est cloué au rocher du pouvoir, car, plus on est élevé au-dessus des autres, plus on est solitaire, et Dieu pèse d’un poids infini sur l’isolement de l’orgueil. (XV° symbole, Alexandre et le pécheur.)

Ne pas croire aux illusions. Les réalités de Dieu étant mille fois plus belles que les rêves de l’homme,

il ne faut jamais se contenter de rêver ce qu'on peut apprécier et connaître. La jeunesse, l'amitié, l'amour, la poésie, la gloire, tout cela est vrai, tout cela est éternellement vrai, bien que tout cela change de zone comme le printemps. Le printemps n'est pas une illusion pour les hirondelles ; elles ont le courage de le suivre et elles le retrouvent toujours. (XVI symbole, Le poële et le tableau.)

XVIT.

Faire son devoir dans le présent et ne rien craindre de l'avenir. Étre heureux quand le bonheur se présente comme si l’on n’avait qu'un jour à vivre, pourvu que nous trouvions le bonheur dans la satisfaction d’un besoin éternel. L’abandon à Dieu, la joic confiante au milieu des fêtes de la nature, la gaieté qui s’enivre de lumière et de soleil, l'enthoustasme pour le beau, le dévouement pour le bien, tout cela ne calcule pas, ne raisonne pas avec le souci du lendemain. Heureux, dit Horace, celui qui chaque soir peut se dire : aujourd'hui j'ai vécu, vienne demain la tempête, elle ne m’enlèvera pas la sérénité du jour qui s'achève. Vous avez bien assez, disait le

430 EXPLIÉATIN DES SYEEOLES.

Christ, du chagrin de chaque journée, ne theésaurisez pas l'inquiétude du lendemain ; à chaque jour sufit son mal.

Vonlez-vous n'avoir rien à craindre pour demain? Faites du bien aujourd'hui, les bonnes actions sont la semence du bonheur. (XVIle symbole, La demoiselle et la fourmi.)

XVII er XIX.

Obéir à la loi, aller au-devant du devoir, mais ne souffrir jamais la servitude. La mort des martyrs à été sublime parce qu’on voulait violenter leur conscience. On ne renonce pas à ses croyances, à ses affections, à ses habitudes nationales, parce qu'un maître impérieux l’exige. On peut se taire devant l’oppression, on peut renoncer à la résistance armée, mais alors on prie et l’on meurt en embrassant l’autel de la patrie. (X VITE symbole, Lejeune Spartiate et son maître. — XIX° symbole, Les loups et le troupeau.)

Ne jamais raisonner sur l'essence de Dieu. La foi en Dieu doit rendre les hommes meilleurs et non égarer leur raison. Comment définir l'infini? Com-

ment expliquer ce qu’on ne saurait comprendre? Plus on raisonne, moins on adore. Raïsonnons tant qu'il nous plaira sur le besoin d’adorer, mais lorsque nous prononçons le nom de l’indéfinissable, que tout en nous garde un suprême silence! Prosternons-nous et adorons! Ce n’est ni l’éléphant des brahmes, ni le vieillard à trois têtes des gnostiques, ni rien de ce que l’idolâtrie des nations a consacré. Ce n'est rien que nous puissions voir, que nous puissions toucher, que nous puissions entendre, que nous puissions goûter, que nous puissions dire. C’est ce que nous devons adorer dans la paix profonde de l'esprit et dans l'enthousiasme du cœur. (XX° symbole, Les deux paradoæes.)

XXI Er XXIT,

Respecter la conscience des autres et ne leur jamais imposer même la vérité. Ne pas briser de force le joug des esclaves qui aiment leur joug. Avoir toujours du dévouement, jamais trop de zèle. Les fous jouissent de leur folie, ce serait cruel de la leur ter sans leur rendre la raison. Il faut donc avoir jatience, il faut laisser au faquir sa chaîne et au

monde ses idoles en attendant que tout cela tombe de soi-même. Ne perdons pas notre temps en vains discours pour décrier les ténèbres; faisons briller la lumière, mais que ce ne soit pas la lumière d'une torche qui incendie. Ne renversons plus ni la statue de Jupiter ni celle de saint Nicolas, quand même une population imbécile adorerait saint Nicolas. Philosophes, respectez les reliques, si vous ne voulez pas qu'on brüle vos livres. La lumière luit pour tout le monde , mais tout le monde a le droit d’ouvrir et de fermer les yeux comme il lui plaît. (XXI° symbok, Le nabab et le faquir. — XXII symbole, Le proconsul et le martyr.)

Ne pas accorder d'existence réelle au mal. Dieu, en effet, ne le veut pas; la nature le repousse, hi douleur proteste contre lui. Les créatures raisonnables ne peuvent le vouloir. L’harmonie universelle ne lui laisse pas de place. La vie triomphe sans cesse de lui comme de la mort. Satan ne saurait donc être un roi : c’est le dernier des esclaves de la fatalité qu’il a voulue. La réprobation éternelle du mal est

dans le triomphe éternel du bien. L'ordre remédie au désordre par le supplice, et le supplice même est un bien, puisque c’est un remède. Le mal, d’ailleurs, se condamne et se détruit lui-même. Dieu le voue au supplice éternel. L’orgueil est un diadème de honte, la luxure un avortement du plaisir; l’avarice est le culte de la misère. Les voies du mal sont larges au commencement, maiselles se rétrécissent à mesure qu’on avance et finissent par l’étouffement, par l’écrasement prolongé de leur victime. Ce sont bientôt des impasses où il faut périr si l’on n’a pas la vaillance et la force de se retourner. On dit, pour prouver l'existence d’une autre vie, que les méchants peuvent être heureux en ce monde. Cela n’est pas vrai : les méchants sont les derniers et les plus malheureux des hommes.

Ne pas chercher la gloire qui vient de l'estime prématurée des hommes, mais celle qui vient de l'honneur, cette conscience de la justice et du dévouement, qui tôt ou tard produira sa splendeur. Les

homnes finissent par subir l’ascendant du génie et

ans EXPLICATION DES SYMBOLES.

du talent: mais ils le haïssent parce que ka passe et le tourment des faibles, c'est l'envie. La gloin pour eux n'est qu'un tromphe de l'égoisme, part qu'ils ne la comprennent pas autrement, égoisis qu'ils sont. Toujours %< nient le dévouement et von cherchant au sacrine des héros de l'humanité quelque motif servile et infâme. Laissons-les dire; ik veulent parier sans savoir et ne veulent pas écouter. lis couroonent volontiers k nullité qui ne leur fai pas ombrage. N'avons pas besoin de leurs couronnes ; il faudra bien qu’un jour ils les apportent sur nos tombeaux. Et quand ils devraient se tromper encore de tombeaux, qu'est-ce que cela ferait à n0$ cadavres? qu'est-ce que cela ferait surtout à nos âmes, si, comme nous n’en doutons pas, nos àmes survivent aux erreurs de la terre? Aimons le bien pour le bien, la science pour la science, le beau pour le beau, la vérité pour la vérité. Croyez-vous qu'Homère ait composé ses admirables poëmes en vue de l’aumône dont il avait pourtant besoin? Les villes de la Grèce se renvoyaient sa misère, elles se sont disputé sa naissance et son nom, et l’on ne sait pas bien laquelle lui a rendu les honneurs suprèmes et a mérité de posséder ses restes.

Laissons, disait le Christ, laissons les morts ensevelir les morts. Cherchons d'abord le règne de Dieu et sa justice ; tout le reste est du superflu. (XXIV*symbole, L'académie des oiseauæ. — XXV° symbole, L'aveugle du pont des Arts.)

Page 1