LIVRE*VI
La parfaite sagesse ou les grands arcanes.
Lorsqu'il est parvenu au parfait équilibre, l’homme devient un aimant régulateur de l’aimant universel. Les puissances magnétiques obéissent à deux sortes de forces : les forces réglées et les forces désordonnées; les forces réglées soumettent la nature au règne de l'intelligence, les forces déréglées ou désordonnées entraînent avec elles des courants soumis à l'instinct.
Or, les forces instinctives chez l’homme qui n'est pas créé pour être conduit par l'instinct sont fatalement subversives et mortelles.
Le désordre moral étant une souffrance qui doit cesser par la conversion ou par la mort, les pécheurs ct les pécheresses endurcis ont soif de la destruction. Les courtisanes aiment l’homme qui sait le mieux les rendre malheureuses, et ce qui rend don Jun
rrésistible, c’est que l’amour de don Juan est un ivatar de la mort (fable I).
Plus l'intelligence de l'homme est élevée, plus le iésordre est immense lorsqu'il s’abandonne à la fataité des instincts. L’ivresse de l’orgueil est plus déraisonnable que celle du vin, et le plus profond savant, lorsqu'il s’égare à plaisir, pourrait recevoir des leçons de bon sens et de sagesse de l’être le plus infime et le plus abruti (fable IT).
La clef des miracles est donc l’équilibre parfait, et c’est à l’aide de cette clef que Salomon ouvrait le trésor des mystères. La science directrice du magnétisme universel, que nous avons indiquée dans nos précédents ouvrages, nous la révélons ici clairement. Que ceux qui savent lire s’appliquent à nous comprendre. |
La volonté de l’homme est invincible lorsqu'elle est raisonnable et calme. Lorsqu'on marche doucement et toujours, on finit certainement par arriver.
Les hommes bien équilibrés sont des centres de mouvement : ce sont des soleils qui entraînent nécessairement des mondes dans leur cercle d'attraction et qui créent ainsi des univers. Cela se fait de soimême et sans que l'adepte y songe, et c'est pour
il: ESA DES SSSRUEEE
aa que Le Chr disait - Civrubez d'abord k sngaume te Die la ven. et sas peste et ni reste viendra d sais. Eeurens cus qu cm prembront este grasde paruke'
Les loves épsibrées sam essentiellement cœ trices. Les Éloham ont Et k monde, et les Élohn sont les pasaneces épmbrantes de la nature. Cet | por cela que, suivant là Kgende orientale, Salomos ayant mitié la reine de Saba à la véritable sagesse, k rendit mère d’un fils (fable IT). De la postérité de Salomon et de la reine de Saba naquirent les tros rois mages qui vinrent plus tard visiter le Sauveur à Bethléem, réunissant ainsi dans un seul temple qui était une pauvre étable, mais sous les rayons d’une seule étoile, le pentagramme de l'intelligence occulte (voyez notre Dogme et rituel de la haute magie), tous les symbolismes du monde.
Mais cet équilibre parfait ne sera-t-il point la cessation du mouvement, et par conséquent la mort? C'est ainsi que l'avaient mal compris les gymnosophistes de l'Inde. C’est comme si l’on disait qu'une horloge est définitivement réglée quand elle s'arrête. Le sage n'a plus de passions dans le sens grammatical du mot, c'est-à-dire qu'il n'est plus passif, mais
LA PARFAITE SAGESSE QU LES GRANDS ARCANES. 489 actif et créateur même, quand il goûte en passant les délices de la terre. Chez lui, le plaisir est une vertu, parce que c’est la conquête d’une force. Il sait s’abstenir des ivresses de l'âme ; il ne se laisse point dérégler par des élans continuels vers l'infini. Souvent il se tourne vers la terre et lui dit en souriant : Donne-moi tes fruits et tes fleurs. Platon aimait les élégances du luxe, Jésus se laissait accuser d'aimer la bonne chère et de boire du vin. Son premier miracle se produit au milieu d’un festin de noces, et Voltaire lui reproche d’avoir donné du vin à des gens qui, suivant toutes les probabilités, avaient fort raisonnablement bu. S’abstenir à propos de laustérité, c’est la plus belle et la plus rare des abstinences (fable IV).
Tout désordre est un mal, et il faut s’abstenir de ce qui le produit. Que ce désordre soit l’extase ascétique ou l'ivresse brutale, c’est également la déraison. Mais il faut s'abstenir par justice et non par
crainte. La poltronnerie n’est jamais la vertu, et il ne faut pas confondre la peur de Dieu avec la crainte de Dieu. Un enfant peut craindre le wais le fils qui a peur de son.pè
un mauvais fils, à moins qu'il ne soit le fils d’un dé testable père.
L’audace ressemble tant au courage qu’elle excuse certaines fautes. Tout oser pour la science, pour l'a mour, pour la liberté, telle fut la grande circonstance atténuante dans le procès de nos premiers parents. Si Adam avait eu peur de mourir avec son Eve, la race humaine périssait dans son principe. Le premier mariage a été une sorte d'enlèvement réciproque, et les deux époux vainqueurs des terreurs de la mort ont été les conquérants de la vie. Travaillez et mourez, puisque vous voulez être libres, leur a dit la sagesse suprême; mais parce que vous avez aimé a liberté et l'amour jusqu’à la mort, vous serez affranchis par le travail et régénérés par la tombe. La femme, en devenant mère, écrasera la tête du serpent, parce que le serpent replié sur lui-même, c'est l’'égoïsme et l'envie; mais la maternité, c’est le dévouement et le sacrifice (fable V).
Osons surtout lorsqu'il s’agit de nous affranchir des fausses vertus du vulgaire. La vraie sagesse ne se singularise pas par des austérités affectées; elle n'est ni prude ni puritaine. Elle nc tolère jamais le
mal, mais elle est pleine d’indulgence pour toutes les faiblesses. Rien de moins sages que les poseurs, rien de moins vertueux que les comédiens de la vertu. Or, par les comédiens de la vertu nous n’entendons pas précisément les hypocrites. Les hypocrites, en effet, sont des comédiens de mauvaise foi; mais les poseurs se trompent souvent eux-mêmes : on s’impose un rôle, on le prend au sérieux, on le joue devant le public, on le repasse quand on est seul, on se croit un héros, parce qu’on violente la nature pour lui faire dire ce qu’elle ne dit pas; on se donne un caractère de fantaisie, et l’on néglige d’améliorer le sien. On devient souvent le martyr de sa vanité, et l’on se drape en tombant dans un manteau imaginaire. Dans le domaine de la science, que d'efforts perdus pour accomplir le grand œuvre sans le consentement de la raison ! Quelles folles recherches pour arriver à produire des effets surnaturels, comme si le monde des effets était celui des causes! comme si dans la nature quelque chose de surnaturel pouvait se produire! On ne veut pas croire que les merveilles de la nature sont mille fois plus admirables que les fictions de la bibliothèque bleue. On s’abandonne aux expériences les plus dangereuses ou les plus puériles, et l’on
blasphème la science, parce qu’on n'arrive pas à s4 résullats par des moyens qu'elle désapprouve. Lx combien de manières n’a-t-on pas torturé le sel, k soufre et le mercure, pour en faire de l’or, comme l’on faisait de l'or! On peut bien prendre un œuf, k faire couver par une poule jusqu’à ce qu’il en sorte un jeune coq ; est-ce à dire pour cela que l’on a fai un coq? C'est la nature qui fait l'or, et toute l science d’Hermès consiste dans la sagacité qui fai choisir et disposer les matériaux mêmes de la nature, afin qu’elle fasse son œuvre, ce qu’elle ne manque jamais de faire quand les instruments dont elle se sert se trouvent, soit naturellement, soit artificiellement disposés comme elle-même les dispose. Plantez le gland, et vous ferez venir le chène. Tout le secret de la philosophie hermétique est dans cette seule indication. Nous avons trouvé la pisciculture ; l’hermétisme, c’est la métalliculture. Mais ferez-vous venir des carpes en semant du frai de hareng? ferez-vous une levrette d'une grenouille, et un éléphant d’un rat (fable VI)? Comment donc ferait-on de l’or avec du sel, du soufre et du mercure, quand bien même on'y mêlerait de l’antimoine, du vitriol, de l’arsenic, de l’orpiment et toutes les drogues des souffleurs ?
M. Louis Lucas, le savant inventeur du biomètre, a déjà démontré que, suivant les idées des anciens, la substance est une et ne doit ses formes spéciales qu’à la diversité de ses modes de polarisation moléculaire et aux angulaisons différentes de son rayonnement magnétique. La conséquence de cette découverte, c’est que tous les êtres sont des aimants spéciaux dont la vie est le travail attractif et répulsif. Ce hardi chimiste ne recule pas devant le problème hermétique, et la découverte du potassium semble l'avoir mis sur la voie de la formation du mercure des sages. Il reconnaît que, sous d’autres noms, les anciens ont connu l'oxygène... Nous allons plus loin, et nous osons aftirmer qu'ils n’ont pas été étrangers aux mystères de l’électro-magnétisme. Nous avons retrouvé la pantarbe d’Apollonius, ce métal qui est une pierre, cette pierre qui est un fruit, ce fruit qui rayonne et qui n'a point de clarté. Nous savons pourquoi la mère des dieux était adorée sous la figure d’une pierre noire appelée Élagabale, et comment on tire l’eau et le feu de la terre par l'entremise d’un feu sorti de la terre et de l’eau. Nous en disons assez pour les adeptes et trop peut-être pour les profaness. mais ce qui nous rassure, C’est que noué por-
tout dire à ceux-ci sans danger, attendu qu'ils ne .nous comprendraient pas, parce qu'ils ne nous croiraient pas s’ils arrivaient jamais à nous comprendre. « Ne vous écartez jamais des voies de la nature ». Tel est le grand précepte des sages, et en effet c’est la nature qui opère, et tout ce qu’on veut faire sans elle n'est qu'un avortement de la pensée et de la force. La nature est une mère, et la science qui se conforme à la nature est seule une science féconde. On doit juger l'arbre par ses fruits, a dit le grand Maitre. L'arbre qui ne fructifie pas est un arbre stérile qu'on peut regarder comme mort {fable VID). Le sage doit exercer la puissance bienfaisante du soleil et non la force ravageuse de la foudre. Plus 1 est dans l’ordre, plus il se sent libre; de même que, plus il est calme, plus il est fort. La liberté véritable, c’est la paix ; or, la paix est la tranquillité qui résulte de l’ordre. Les aveugles peuvent réclamer le droit de tâtonner et de s’agiter dans l’ombre; ils feraient mieux de sc laisser conduire par ceux qui voient; inais les clairvoyants vont droit au but, et comme ce but est l’ordre, leur liberté a le même résultat que l'obcissance la plus aveugle. Je fais le bien, parce qu’on m'a dit de le faire : voilà la raison du croyant.
Je fais le bien, parce que je dois le faire : voilà la foi de l’homme raisonnable (fable VIII).
Si vous voulez ce què veulent la raison et la nature, vous pourrez tout ce que vous voudrez; mais, si vous voulez ce qui est contre la nature et contre la raison, votre volonté pourra encore bouleverser en vous-même la raison et la nature, c’est-à-dire que vous deviendrez fou. La nature dirigée par la raison impose le devoir ; la folie affirme le droit absolu. L'affirmation du devoir, c’est l'affirmation de l’honneur ; le droit dégagé du devoir, c'est la honte. Or, pour accepler la honte il faut être fou. La foi est donc la raison suprême de l'humanité, car l'honneur c'est la foi: Le soldat qui se sacrifie pour l'honneur ne croit pas mourir, il est sûr de vivre ; et qui donc osera dire que le soldat mourant avec courage est un enthousiaste qui se trompe? quel sophiste viendra nous affirmer que le brave est un fou et que le lâche seul a raison (fable IX)?
__ L'honneur est le gardien du devoir ; c’est lui qui
règle la liberté et qui enchaîne la force brutale (fable X). C’est à lui qu’on doit sacritier l'attrait, comme ne l’ont pas compris les fouriéristes, qui, tout en disant avec raison que les attractions sont pro-
portionnelles aux destinées, n'ont songé qu'aux at tractions physiques, et ont oublié cet immense attrait de l'honneur, qui, en imposant le mariage à l’amour comme une règle et comme un frein, a créé la 80ciété. Il faut que l’amour sacrifie à la justice ou que la justice le sacrifie. La justice aime l'amour quand l'amour peut être juste. L'amour consacré par la jus tice, c’est l'alliance de l'attrait et du devoir, c’est la liberté mise sous la sauvegarde de la loi, c'est le plaisir transformé en honneur par l’acceptation de la peine. Les caractères, en effet, peuvent s’aigrir; les époux peuvent devenir malades et difficiles à soigner : c'est alors surtout que l'honneur commence. Les honnêtes gens alors se dévouent, les malhonnêtes gens se séparent. Une courtisane peut quitter un amant, mais une honnête femme ne quitte jamais son mari. La femme qui plaide en séparation s’affiche prostituée à vendre, et elle volera ses acheteurs, puisqu'elle reprend une première fois ce qu'elle a engagé pour toujours. Elle a trompé le prêtre qui a béni son mariage, mais elle ne trompera ni le juge ni le médecin : le premier dira qu’elle est infâme, À moins que le second ne vienne déclarer qu'elle est folle (fables XI, XIT, XIIT). En effet, il faut être fou
pour sortir de l'honnêteté publique, et nous devons en dire autant des hommes que des femmes. Eûüt-il l'aplomb et la facilité de M. de Girardin, le savoirfaire et la ténacité de M. Mirès, la faconde pratique et rompue à la lutte de M. Granier (de Cassagnac); eût-il des qualités plus grandes et plus rares encore, l’homme qui n’a pas l'esprit d’être honnête est un sot (fable XIV).
C’est dire assez qu'il ne saurait être un sage, et que, dans les grandes œuvres de la science, il se trompera toujours. C’est pour cela que, dans notre Dogme et rituel de la haute magie, nous avons indiqué le magnétisme humain comme l’un des principes efficients du grand œuvre. L'homme parfaitement équilibré est, en effet, un centre équilibrant pour les choses dont il s'occupe, et la rectitude des pensées donne l'exactitude des œuvres. Or, les opérations de la science sont si délicates qu’elles demandent des esprits dégagés de toutes passions, de toutes cupidités et de tous systèmes. Ceux qui, en nous lisant, auront compris qu’il faut faire des passes magnétiques sur l’Athanor auront été plus que naïfs.
Cette naïveté excessive est d’ailleurs le caractère de ceux qui cherchent uniquement dans les science
aus EXPLICATION DES SYMBOLES.
occultes un moyen artificiel de s’ennchir ou de stisfaire plus aisément quelque mauvaise passion. | Peut-on imaginer qu'une science qui nous rapproche | de la justice éternelle par l'initiation à la justesse untverselle de la nature puisse avoir pour résultat l'injuste dérèglement des forces divines au profit de | quelques appétits luxurieux et voraces ou de quelques haines mal assouvies ?
La pauvreté est presque toujours plus utile à l'homme que la nchesse (fable XV), et pourtant combien de fois n'avons-nous pas éprouvé cette toutepuissance de l'aimant universel qui satisfait tous les besoins et prévient tous les désirs de l'adepte lorsqu'ils ne sont pas déréglés' Nous en sommes venus au point de redouter, comme dans le conte enfanlin des Trois souhaits, de laisser échapper, sans v avoir pensé, Fexpression vague d’un désir. La science nous apporte ses livres oubliés ou perdus, la terre exhume pour nous ses vieux talismans. La richesse, les mains pleines d'or, passe devant nous et dit en souriant : Prends tout ce qu'il te faudra. Notre demeure est un palais, notre vie une longue ft, et nous rencontrons encore des hommes naïfs qu nous disent en hochant la tête : Prouve-nous donc
Jar des miracles la puissance de tes doctrines!
Nous leur avons répondu l’année dernière en publiant le Sorcier de Meudon, une étude sur Rabelais, qui est un peu notre biographie : là nous avons fait comprendre aux vrais pantagruellistes ce que le sage auteur de la folie gargantuaine entendait par l’oracle de la dive bouteille : Trinquez! En effet, les Élohim ont créé le monde en trinquant. L'homme et la femme sont une bouteille et un verre qui se rapprochent pour trinquer. La lumière trinque avec l'ombre, la mort avec la vie, et quand la science trinquera avec la foi, quand la raison trinquera avec le dogme, la liberté avec l'autorité, le droit avec le devoir, le passé avec l'avenir, ce sera toute une création nouvelle ! Pourquoi voulez-vous que je casse la bouteille du passé, vous qui voulez que le verre de l'avenir ne soit pas vide? Allons, Grégoire VII, sors de ta tombe et trinque avec Garibaldi, car tous deux vous avez fait bonne guerre aux abus du pouvoir temporel! Le vieux catholicisme s’en va; mais qui le remplacera? Eh! bonnes gens, ne savez-vous pas que, depuis le commencement des choses, les jeunes remplacent les vieux? On demande par/quoiser remplacé ce qui s'en va? Eh! bonbi
viendra. Après le catholicisme aveugle nous aurons la catholicité éclairée. Dieu nous la donne : ainsi soit-il (fable XVI) !
Nous ressemblons tous à des boiteux mal guéris : il nous semble qu'on nous prend nos bras lorsqu'on nous Ôte nos béquilles. Hélas! qu’allons-nous devenir? Voilà les chapeaux-gibus qui ne sont plus à mode; irons-nous désormais tête nue? Mais comment faire lorsqu'il pleuvra? Soyez tranquilles, enfants, on inventera d’autres chapeaux. Quoi donc? toujours des chapeaux? Eh! sans doute ; mais que voulez-vous faire, puisqu'on a inventé déjà les chaperons, les casquettes et les bonnets?
Nos vieilles chimères sont pour nous des souvenirs de tendresse. Nous les avons aimées comme on s'aime dans Florian, nous les avons pleurées et nous les pleurons comme Vénus pleure Adonis (fables XVII et XVIII); mais demain Vénus sera infidèle à sa douleur : l'émotion des larmes va la préparer à la far blesse, et Mars héritera de la bonne fortune adultère. Aïnsi nous allons d’erreur en erreur; la vie humaine est ainsi faite et nous ne la changerons pas. Il y aura toujours une multitude aveugle, et les élus de Ja lumière seront toujours en petit nombre. Qu'ils pro-
fitent de leur science, ceux-là; mais surtout qu'ils sachent se taire. Qu'ils cachent bien à la folle multitude leur mépris pour ses idoles, leur pitié pour ses craintes et ses espérances. Aussi bien ne les comprendrait-on pas et leur prêterait-on les opinions les plus disparates et les plus bizarres. Les sages et les fous ne parlent plus la même langue; la vérité ennuie, la raison endort, la vertu fait peur. Si quelqu’un sort du cercle vicieux des déceptions et des désirs insensés, le monde ne le comprend plus; il disparaît aux yeux de la foule; les plus clairvoyants peuvent le suivre encore, mais évidemment à leurs regards il s'amoindrit : c’est le sort de tout ce qui monte (fable XIX).
Le royaume de Dieu est au dedans de vous, disait le Christ, et ce royaume c’est celui de la conscience. Ne nous dites pas que la conscience est arbitraire ; ne nous dites pas que le méchant peut jouir de la paix. Lacenaire nous dit qu’ il sol ï vierge chaste et pure, et L rêve de la guillotine, belle fiancée! Il attend le:
ret, et toute sa chair Et puis comme il
qu'il affirme en même temps dans les contradictions de son agonie :
Pardonne-moi, si dans ta créature
J'ai méconnu l'ouvrage de ta main;
Dieu !.., le néant !..., mon âme !..., la nature! C'est un secret..., je le saurai demain.
Demain! le lendemain de ton supplice tu dis que tu sauras quelque chose, Ô pauvre misérable qui prétends ne pas croire à l'immortalité de l'âme! (fable XX).
Si le crime pouvait donner le bonheur, le crime serait la vertu, et l’on aurait raison de mal faire. Mais que la société se rassure, le mal ne se confondra jamais avec le bien. Si tu fais le bien, a dit l'Éternel à Caïn, le bien sera ta récompense; mais si tu fais le mal, ton crime sc dressera immédiatement sur le seuil de ta porte comme un juge et comme un bourreau | |
Le dernier triomphe du sage sur le mal se traduit par la mansuétude et le pardon. Si l’on est malheureux de mal faire, est-ce de la haine ou de la pitié que mérite un pareil malheur? Le sage ne s'irrite jamais, nous l'avons déjà dit; mais il fait plus, 1
rend le bien pour le mal, la bénédiction pour l'injure, et reste inébranlable dans l'indépendance de son cœur. Le vulgaire se met en fureur contre lui ; on le bannit, on l’emprisonne, on le persécute, on le tue, mais on ne lui ravit pas la loute-puissance de sa paix profonde. Orphée, Pythagore, Socrate, Apollo. nius de Thyane, Hypathie, sont morts glorieux comme nos saints et nos martyrs, car ils ont été, eux aussi, les martyrs de la vérité dans l’ancien monde; ils ont deviné l'immense pardon du Fils de Dieu, et, dans une mort triomphante, ils ont reçu à la fois le baptême du désir et celui du sang (fable XXT)!
Une nouvelle alliance se prépare entre la religion et l’homme : ce sera le mariage de raison après le mariage d'amour, et de même que les irrégularités de la passion doivent disparaître devant la sainteté du mariage (fable XXI), toutes les puériles et naïves controverses religieuses du moyen âge feront place à cet éclat de vérité, à cette splendeur que les grands kabbalistes ont pressentie, et dont ils ont fait briller les premières étincelles dans le Sepher Jesirah et le Sohar. Les chrétiens arrêtés devant une porte que les Juifs seuls penvent ouvrir leur en demanderont la clef, et les deux peuples entreront ensemble, con-
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fondant tous leurs sanglants souvenirs dans le même oubli, tous leurs ressentiments dans le même pardon. Quel mal sur la terre est assez grand pour mériter un souvenir en présence du bien, et quelle erreur en s’effaçant pourra jamais laisser une ombre sur la splendide vérité (fable XXII) ?
Les cultes changent, et la religion est toujours l même; les dogmes se dévorent et s’absorbent les uns les autres, comme font les animaux qui vivent sur la terre, et le monde dogmatique n’est pas plus le domaine de l'erreur que le monde terrestre n’est l'empire de la mort. La mort apparente alimente la vie réelle, et les controverses religieuses doivent aboutir tôt ou tard à une grande catholicité. Alors l'humanité saura pourquoi elle a souffert, et la vie éternelle, en désarmant l'ange de la mort, révèlera aux nations le mystère de la douleur (fables XXIV et XX V).